LA LINOTTE
(l.F. GKOS-BEC LINOTTE.)
Gemo imiini'au, sous-genre liiiuilc. ( CrviKii. )
C’est la nature elle-même qui semble avoir marqué la [ilace de ces oiseaux immédiatement après les serins, puisque c’est en vertu des rapports établis par elle entre ces deux espèces que leur mélange réussit mieux que celui de l’une des deux avec toute auli'c espèce voisine} et, ce qui annonce encore une plus grande anologie, les individus (pii résultent de ce mélange .sont féconds, surtout lorsqu'on a eu soin de former la première union entre le linot mâle et la femelle, canari.
11 est peu d’oiseaux aussi communs que la linotte } mais il en i;st peutêtre encore moins qui réunissent autant de (pialités : ramage agréable, couleurs distingmies, natui cl docile et susceptible d’attachement, tout lui a été donni', tout ce qui peut attirer l’attention de l’homme et contribuer à ses plaisirs : il était didicile avec cela que cet oiseau con.servâl sa libertii} mais il était encore plus dilficile qu’au sein de la servitude où nous l’avons réduit, il conservât ses avantages naturels dans toute leur pureté. En eHét, la belle couleur rouge dont la nature a décoré sa tête et sa poitriiKî, et qui, dans l’état de lilierté, brille d’un ik'Iat durable, s’efface par degri'S cl s’éteint bientot dans nos cages et nos volières. 11 en reste à peine quelqui's vestiges obscurs après la première mue.
A l’égard de son chant, nous le di'maturons, nous substituons aux modulations libres et variiics que lui ins[)ircnl le printemps et ramoui', les phrases contraintes d’un chant apprêté qu’il ne répète qu’imparfaitement, et oii l’on ne retrouve ni les agréments de Tart, ni le charme de la nature. On est pai'vcnu aussi à lui apprendre à parler diftVuontc'S langues, c’est-à-dire à siffler quelques mots italiens, français, anglais, etc. , quelquefois même à les prononcer assez franchement. Plusieurs curieux ont fait cxpiôsle voyage de Londres à Kensington pour avoir la satisfaction d’entendre la linotte d’un apothicaire qui articulait ces mots jtreUy boy; c’était tout son ramage, et même tout son cri, parce qu’ayant été enlevée du nid deux on trois jours après qu’elle était éclose, elto n’avait pas
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eu le temps d eeouter, de retenir le chant de ses père et mère, et que , dans le moment où elle commençait à donner de l’attention aux sons, les sons articulés de pretly boy furent apparemment les seuls qui frappèrent son oreille, les sons qu’elle apprit à imiter. Ce fait, joint à plusieurs autres, prouve assez bitm, ce me semble, l’opinion dé M. Daines Barrington, que les oiseaux n ont point de chant inné , et que le ramage propre aux div erses espèces d’oiseaux, et ses variétés, ont eu à peu près la meme oiigine que les langues des dilTérents peuples, et leurs dialectes divers. M. Barrington avertit que, dans les expériences de ce genre, il s’est servi par préférence du jeune linot mâle, âgé d’environ trois semaines et commençant a avoir des ailes , non-seulement à cause de sa grande docilité, et de son talent pour l’imitation, mais encore à cause de la facilité de distinguer, dans cette espèce, le jeune mâle de la jeune femelle, le male ayant le côte- extérieur de quelques-unes des pennes de l’aile blanc jusqu’à la côte, etla femelle l’ayant seulement bordée de cette couleur.
Il résulte des expériences de ce savant, que les jeunes linots élevés par dilterentes especes d alouettes, et même par une linotte d’Afrique appelée vengohne, dont nous parlerons bientôt, avaient pi-is non le chant de leur pere, mais celui de leur institutrice: sculcmcntquelqiies-ims d’euxavaient conservé ce qu’il nomme le petit cri d’appel propre à leur espèce, et commun au mâle et à la Icmcllc, qu’ils avaient pu entendre de leurs père et mere avant d’en être s(':parés.
Il est plus que douteux que notre linotte ordinaire, nommée par quelques-uns linotte grise, soit une espèce différente de celle qui est connue sous le nom de linotte de vignes, ou de linotte ro-uqe : car I " les taches rouges, qui distinguent les mâles de cette dernière 'linotte, ne sont rien moins qu’un caractère constant, puisqu’elles s’effacent dans la cage, comme nous l’avons vu plus haut. 2'' Elles ne sont pas môme un caractère exclusif, puisqu’on en reconnaît des vestiges dans l’oiseau décrit comme le mâle de la linotte grise, lequel mâle a îcs plumes de la poitrine d un rouge obscur dans leur partie moyenne. 3° La mue ternit et fait presque disparaître pour un temps ce rouge, qui ne ref)rend son éclat qu’à la la belle saison, mais qui, dès la fin du mois de septembre, colore la partie moyenne des plumes de la poitrine, comme dans l’individu que âl. Brisson donne pour le mâle de la linotte ordinaire. 4" Gessner à Turin, Olina à Rome, M. Linnæus à Stocldiolm, Belon en France, et plusieurs autres n’ont connu dans leurs pays respectifs que les linottes rouges. 5" Des oiseleurs expérimentes de notre pays, qui ont suivi les petites chasses des oiseaux pendant plus de trente ans, n’ont jamais pris un seul linot mâle qui n’eût cette livrée rouge au degré que comportait la saison ; et il est à remarquer que, dans ce môme pays, on voit beaucoup de linottes grises en cage, fi" Ceux môme qui admettent l’existence des linottc's grises conviennent que l’on ne prend presque jamais de ces linottes, surtout en étéj ce qii’ilsattribuentà leui‘ naturel défiant. 7".\joutez que les linottes rouaes et grises se ressemblent singulièrement quant au reste du plumage, iria taille, aux proportions et à la forme des parties, au ramage, aux habitudes, et il sera facile de conclure que, s’il existe des linottes grises ce sont 1" toutes les femelles; 2” tous les jeunes mâles de l’année avant le mois d'octobre, qui est le temps où ils commencent à marquer; 3° celles qui, ayant été élevées à la brochette, n'ont pu prendre do rouge dans l’état de captivité; 4" celles qui, l’ayant pris dans l’état de nature, l'ont perdu dans la cage; a" enfin celles en qui cette belle couleur est presque effacée par la mue, ou les maladies, on par quelque cause que ce soit.