‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 344 sur 525 · E LA LINOTTE · texte numérisé non relu

E LA LINOTTE

ILapi'ès cela, on scia peu surpris (j ne je rapporte ces deux linottes à une seule et inènic espèce, et que je regarde la grise comme une variété accidentelle, que les hommes ont créée en pailic, et qui a ensuite été méconnue par scs auteurs.

La linotte lait souvent son nid dans les vignes, c’est de là que lui est venu le nom de linolte de vignes; quelquefois elle le pose à terrej mais plus fréquemment elle l’attache entre deux perches ou au cep même : elle le fait aussi sur les genéviiers, les groseilliers, les noiselicrsdanslesjeunes taillis, etc. On m’a apporté un grand nombre de ces nids dans le mois de mai, quelques-uns dans le moi de juillet, cl un seul dans le mois de septembre ; ils sont tous composés de petites racines, de petites feuilles et de mousse au dehors, d’un peu do plumes, de crins et de beaucoup de laine au dedans. Je n’y ai jamais trouvé plus de six œufs : celui du 4 septembre n’en avait que trois. Ils sont d’un blanc sale, tachetés de rouge brun au gros bout. Les linottes ne font ordinairement que deux pontes, à moins qiî on ne leur enlève leurs œufs, ou qu’on ne les oblige de les renoncer; dans ce cas, elles font jusqu'à ciuatre pontes : la mère, pour nourrir ses petits, leur dégorge dans le bec les aliments qu’elle leur a préparés en les avalant et les digérant à demi dons son jabot.

Lorsque les couvées sont finies et la famille éhivée, les linottes vont par troupes nombreuses; ces troupes commencent à se former dès la fin d’aoiil, temps auquel le chènevis parvient h sa maturité ; on en a pris, à cette époque, jusqu’àsoixanlc d’unscul coup de filet, clparmi ces soixante il y avait quarante mâles. Elles continuent de vivre ainsi en .société pendant tout l’hiver; elles volent très-serrées, s’abattent et se lèvent toutes ensemble, se posent sur les mêmes ardires, et vers le commenccnKmt du printemps, on les entend chanter toutes à la fois : leur asile pour la nuit, ce sont des chênes, des charmes dont les feuilles, quoique sèches, ne sont point encore tombées. On les a vues sur des tilleuls, des peupliers dont elles piquaient les boutons. Elles vivent encore de toutes sortes de petites graine3,notammcnt de celle de chardon, etc. ; aussi les trouve-t-on indifFéremmentdans les champs cultives. Elles marchent en sautillant ; mais leur vol est suivi, et no va point par élans répétés comme celui du moineau.

Le chant de la linotte s’annonce par une espèce de prélude. En Italie, on préfère les linottes de l’Abruzzc ultérieure et de la Alarche d’Ancône pour leur apprendre à chanter. On croit commun('mcnl en France que le ramage de la linotte rouge est meilleur que celui de la linotte grise : cela est dans l'ordre; car l’oiseau qui a formé son chant au sein de la liberté, et d’après les impressions intérieures du sentiment, doit avoir des accents plus touchants, plus expressifs que l’oiseau qui chante sans objet, et seulement pour SC désennuyer, ou par la nécessité d’exercer scs organes.

Les femelles ne chantent ni n’apprennent à chanter; les mâles adultes pris au filet ou autrement ne profiteraient point non plus des leçons qu’on poiirraicnt leur donner : les jeunes mâles pris au nid sont les seuls qui soient susceptibles d’éducation. On les nourrit avec du gruau d’avoine et de la navette broyée dans du lait ou de l’eau sucrée ; on les siffle le soir à la lueur de la chandelle, ayant attention de bien articuler les mots qu’on veut leur faire dire. Quelquefois, pour les mettre en train, on les prend .sur le doigt; on leur présente un miroir, où ils se voient et où ils croient voii' un autre oiseau de leur c.spèce; bientôt ils croient l’entendre, et cette illusion produit une .sorte d’émulation, des chants plus animés et des proarès réels. On a cru remarquer qu’ils chantaient plus dans une petite cage que dans une grande.

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IIISTOIHE NATURELLE

Le nom seul de ces oiseaux indique assez la nourriture qui leur convient; on ne les a noraines linotte,s {Imarim) que parce qiiils aiment la graine du lin, ou celle de la linaiie : on y ajoute le panis, la navette, le U encvis, le millet, l alpisle, les graines de l'avcs, de choux, de pavots, de plantain, de poiree, et quelqiiclbis celle du melon brovee ; de temps en temps du niassepain, de l’épinc-x inette, du mouron, quelque épis de hle, de 1 avoine concassée, imune un peu de sel; tout cela varié avec intelligence. Ils cas.sent les petites graines dans leur bec, et rejettent les enveloppes. Il leur laut tres-jieu de cliènevis, parce qu’il les eharaissc trop, et que cette graisse excessi\ c les fait mourir, ou tout au moins les empèclie de cJianter. En les nomTis.sant et les élevant ainsi soi-mème, non-seuement on leur apprendra les airs que l’on \ oiidra, avec une serinette, un tlageolcd, etc., maison les apprivoisera. Olina conseilledeles aarantir du lioid, et meme il veut qu on les traite dans leurs maladies; que Ton mette, pai excrnple, dans leur cage un petit plâtras, afin de prévenir la constipation a laquelle ils sont suiels; il ordonne Tüxymel,la cTiicorée et d’autres remedes contre 1 asthme, l etisic et certaines convulsions ou battements de bec que Ion prend quelquelois, et que j’ai pris moi-méme pour une caresse ; on dirait que ce petit animal, pressé par le sentiment, fait tous scs efforts pour Texprimcr; on dirait qu’il parle on effet, et cette expression muette, il ne 1 adresse pas indistinctement à tout le monde. Oiiiconque aura bien observé tout cela sera tenté de croire que c’est Olina qui .s est trompe, en prenant une simple carcs.se pour un symptôme de maladie. Quoi qu il ('n .soit, il faut surtout beaucoup (Tattention sur le choix et la qualité des graines que Ton donne à ces oiseaux; beaucoup de propreté dams la nourriture, le breuvage, la volière. Avec tous ces soins on peut les faire vivre en captivité cinq ou six années, suivant Olina, et beaucoup plus, selon d autres. Ils reconnaissent les personnes qui les soignent •

I s s y attachent, viennent .se poser sur elles par préférence, et les regardent avec 1 air de 1 aficction. On peut, si Ton veut abuser de leur docilité les accoutumer a 1 cxinTiec de la galère; ils en prennent les habitiide.s aussi facilement que le tarin et le chardonneret. Ils entrent en mue aux environs de la canicule et quelquefois beaucoup plus lard. On a vu une linotte et un tarin qui nont commencé à muer qu’au mois d’octobre ■ ils avaient chanté jusque-là, et leur chant était plus animé que celui d’aucun autre oiseau de la même volière. Leur mue, quoique retardée, se passa tort vite, et tres-heurciisemcnt. ^

La linotte est un oi.scau pulvérateiir, et on fera bien de garnir le fond do sa cage d une couche de petit sable qu’on renouvcllerâ de temps en temps. Il lui laut aus.si une petite baignoire; car elle aime également à se poudier et a se baigner. Sa longueur totale est de cinq pouces quelques lignes; vol, près de neuf pouces; bec, cinq lignes; queue, deux pouces, un peu fourchue, depa.ssaril les ailes d’un pouce. e ,

Dans le mâle, le sommet de la tète et la poitrine sont rouges; la gorge et le dessous du corps d’un blanc roiissâtrc; le dessus couleur de marron ■ presque toutes les pennes de la queue et des ailes noires, bordées de blanc, d ou résulté sur les ailes repliées une raie blanche parallèle aux pennes. Communément la femelle n’a point de rouge comme on Ta dit ci-dessus, et elle a le plumage du dos plus varié quelle mâle.

Variétés de la linotte.

1 - La lixotte beaxcue. J’ai vu cette variété chez le sieur Desmoulins, peintre. Le blanc dominait en cfict dans son plumage; mais les pennes

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