LES BENGALIS ET LES SÉNÉGALIS, ETC
Tous les voyageurs, et d’après eux les naturalistes, s’accordent à dire que ces |)elils oiseaux sont sujets à changer de couleur dans la mue : quelques-uns même ajoutent des détails qu’il serait à souhaiter (pii fussent vérifiés; que ces variations de plumage roulent exclusivement entj'c cinq couleurs principales , le noir, le bleu, l(î vert, le jaune et le rouge; (juc l(;s bengalis u’en prennent jamais plus d’une à la fois, etc. Cependant les personnes qui ont été à portée d’observ er ces oiseaux en France, et de les suivre [icndant plusieurs années, assurent qu’ils n’ont qu’une seule mue par an et qu’ils ne changent point de couleur. Cette contradio tion apparente peut s’expliquer [lar la dilFéreuce des climats. Celui de l’Asie et de TiVlrique, oii les bengalis et les sénégalis se trouvent naturellement, a beaucoiq) plus d’énergie que le nôtre, et il est possifile qu'il ail une influence plus marquée sur leur plumage. D'ailleurs les bengalis ne sont pas les seuls oiseaux qui éprouvent cette inlhience; car, selon Mérolla, les moineaux d'Afrique deviennent rouges dans la saison des pluies, après quoi ils reprenm'ut leur couleur, et plusieurs autres oiseaux sont sujets à de pareils changements. Quoi qu'il en soit, il est clair que ces variations de couleur qu’éprouvent les bengalis, au moins dans leur pays natal, rendent équivoque toute méthode qui tirerait de ces mêmes couleurs les caractères distinctifs d(vs espèces; puisque ces prétendus caractères ne seraient (jue momentanés, et dépendraient principalement de la saison de l'année où l'individu aurait clé tué. Hlais, d’un autre côté, c(5s caractères si variables en Asie et en Afrique, devenant plus constants dans nos climats plus septentrionaux, il est dilficilc dans l’énumération des différentes espèces d’éviter toute méprise, et de ne pas tomber dans l’un de ces deux inconvénients, ou d’admettre comme
im HISTOIRE iNAUREELE
espèces dislinctcîs de simples variéüîs, ou de donner pour variétés des espèces vraiment différentes. Dans celte incertitude , je ne puis mieux faire que de me prêter aux apparences, et de me soumettre aux idées reçues ; je formerai donc autant d’articles séparés qu’il se trou\ era d’individus notablement différents, soit par le plumage, soit à d’autres égards, sans prétendre déterminer le nombre des véritables espèces. Ce ne peut être que l’ouvrage du temps j le temps amènera les faits, et les faits dissiperont les doutes.
On se tromperait fort .si, d’après les noms de sénégalis et de bengalis, on se jjersuadait que ces oiseaux ne; se trouwmt qu’au Bengale et au Sénégal : ils sont répandus dans la plus grande pai’tic de Tj^sic et de, l’Afrique, et même dans plusieurs des îles adjacentes, telles (juc celles de Madaga.scar, de Bourbon, de France, de Java, etc. On peut même s’attendre à en voir bientôt airiver d’Amérique, JM. Sonnini en ayant laissé échapper dernièrement un assez grand nomlire dans l’île de Cayenne, et les ayant revus depuis fort vifs, foil gais, en un mot, très-disposés à se naturaliser dans cette tcri'c étrangère, et à y perpétuer leur race. Il faut espérer que ces nouveaux colons, dont le pfumage est si variable, éprouveront aussi Tinlluence du climat américain, et qu’il en résultera de nouvelles variétés, plu.s propres toutefois à orner nos cabinets qu’à enrichir riiistoirc naturelle.
Les bengalis sont des oiseaux familiers et destructeurs, en un mot, de vrais moineaux : ils s’approchent des cases, viennent jusqu’au milieu des villages, et se jettent par grandes troupes dans les champs semés de millet, car ils aiment cette graine de préférence : ils aiment aussi beaucoup à se baigner.
On les prend au Sénégal sous une calebasse qu’on pose à terre, la soulevant un peu, et la tenant dans cctlc situation par le moyen d’un support léger, auquel est attachée une longue ffcellej quelques grains de millet servent d’appât : les sénégalis accourent pour manger le millet; l’oiseleui', qui est à portée de tout voir sans être vu, tire la ficelle à propos, et prend tout ce qui se trouve sous la calebasse, bengalis, sénégalis, petits moineaux noirs à ventre blanc, etc. Les oisciaux se transportent assez difficilement, et ne s’aecouhimenl qu’avec peine à un autre climat; mais une fois acclimatés, ils vivent jusqu’à six ou sept ans, c’est-à-dire autant et plus que certaines espèces du pays ; on est même venu à bout de les faire nicher en Hollande; et sans doute on aurait le même succès dans des contrées encore plus froides, car ces oiseaux ont les mœurs très-douces et très-sociables : ils se caressent souvent, surtout les mâles et les femelles, se perchent très-près les uns des autres, chantent tous à la fois, et mettent de l’ensemble dans cette espèce de cœur. On ajoute que le chant de la femelle n’e.st pas fort inférieur à celui du mâle.