LE FAUCON
(le faucon OnOINAlRE.)
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Cuvieb.)
Lorsqu’on jette les yeux sur les listes de nos nomcnclateurs d’histoire naturelle *, on serait porté à croire qu’il y a dans l’espèce du faucon autant de variétés que dans celles du pigeon, de la poule ou des autres oiseaux domestiques; cependant rien n’est moins vrai : l’homme n’a point influé sur la nature de ces animaux; quelque utiles aux plaisirs,^ quelque agréables qu’ils soient pour le faste des princes chasseurs, jamais on n’a pu en élever, en multiplier l’espèce. On dompte à la vérité le naturel féroce de ces oiseaux par la force de l’art et de privations ; ou leur fait acheter leur vie par des mouvements qu’on leur commande ; chaque morceau de leur subsistance ne leur est accordé que pour un service rendu ; on les attache, on les garrotte, on les affuble, on les prive même de la lumière et de toute nourriture, pour les rendre plus dé[iendanis, plus dociles, et ajouter à leur vivacité naturelle l'impétuosité du besoin ; mais ils servent par nécessité, par habitude cl sans attachement; ils demeurent captifs, sans devenir doinestiiiues : l'individu seul est esclave; rcspèce est toujours libre, toujours également éloignée de l’empire de l’homme : ce n’est même qu’avec des peines infinies qu’on en fait quelques-uns prisonniers, et rien n’est plus difficile que d étudier leurs mœurs dans l'état de nature. Comme ils habitent les rochers les plus escarpés des plus hautes montagnes, qu’ils s approchent très-rarement
* M. Brisson compte treize varictes cl.ans celte première espèce, savoir : le faucon sois, le faucon hagard ou bossu, le faucon à tête blanche, le faucon blanc, le faucon noir, le faucon tacheté, le faucon brun, le faucon rouge, le faucon rouge dos Indes, le faucon d’Italie, le faucon d’Islande et le sacre ; et en meme temps il compte douze autres espèces ou variées de faucons, différentes de la première, savoir : le faucon gentil, le faucon pèlerin dont le faucon de Barbarie et le faucon de ïartaric sont des variclés; le faucon à collier,’ le faucon de roche ou roebier ; le faucon de montagne ou monlagncr, dont le faucon de montaime cendré est une variété; le faucon de la baie de Hudson, le faucon étoilé, le faucon huppé des Indes, le faucon des Antilles cl le faucon pêcheur de la Caroline. 51. Linnæiis comprend sous l’indication générique de faucon vmgl-six espèces dillercntes ; mais il est vrai qu’il confond sous ce même nom, comme il fait en tout, les espèces éloignées, aussi bien que les espèces voisines, car on trouve dans celle liste de faucons, les aigles, les pygargues, les orfraies, les ciécerelles, les buses, etc. Au moins, la liste de HHBri’sson, quoique d’un tiers trop nombreuse, est faite avec plus de cii conspeetioii et de discernement.
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de terre, qu ils volent d une hauteur et d'une rapididitc sans égale, on ne peut avoir que peu de laits sur leurs habitudes naturelles : on a seulement remarqué qu ils choisissent toujours, pour élever leurs petits, les rochers exposes au midi; qu’ils se placent dans les trous et hs enfraciures les plus inaccessibles; qu'ils font ordinairement quatre œufs dans les derniers mois de I hiver; qu ils ne couvent pas longtemps, car les petits sont adultes vers le lo de mai; qu'ils changent de couleur suivant le sexe, l’àge et la mue ; que les femelles sont considérablement plus grosses que les mâles; que tous deux jettent des cris perçants, désagréables et presque continuels, dans le temps qu ils chassent leurs petits pour les dépayser, ce qui se fait, comme chez les aigles, par la dure nécessité, qui rompt les liens des familles et de toute société, dès qu il n y a pas assez pour partager, ou qu’il y a impossibilité de trouver assez de vivres pour subsister ensemble dans les mêmes terres.
Le faucon est peut-être l’oiseau dont le courage est le plus franc, le plus grand, relativement à ses forces; il fond sans détour et perpendiculairement sur sa proie, au lieu que l’autour et la plupart des autres arrivent de côté ; aussi prend-on l'autour avec des lilels dans lesquels le lançon ne s empêtre jamais; il tombe à plomb sur l'oiseau victime, exposé au milieu de l'enceinte des filets, le tue, le mange sur le lieu s’il est gros ou l’emporte s’il n’est pas trop lourd, en se relevant à plomb. S’il y a quelque faisanderie dans son voisinage, il choisit celte proie de préférence : on le voit tout à coup fondre sur un troupeau de faisans comme s’il tombait des nues, parce qu il arrive de si haut, cl en si peu de temps, que son apparition est toujours imprévue et souvent inopinée. On le voit fréquemment attaquer le milan, soit pour' exercer son courage, soit pour lui enlever une [iroio ; niais il lui fait plutôt la honte que la guerre; il le traite comme un lâche, le chasse, le frappe avec dédain, cl ne le met point à mort, parce que le milan se défend mal, cl que probablement sa chair répugne au faucon encore plus que sa lâcheté ne lui déplaît.
Les gens qui habitent dans le voisinage de nos grandes montagnes, en üauphiiie, lîiigey, Auvergne et au pied des Alpes, peuvent s'assurer de tous ces laits. On a envoyé de Genève, à la fauconnerie du roi, de jeunes faucons pris dans les montagnes voisines au mois d’avril, et qui paraissaient avoir acquis tontes les dimensions de leur taille et toutes leurs forces avant e mois de juin. Lorsqu'ils sont jeunes, on les appelle faucons sors, comme I on dit harenrjs sors, parce qu’ils sont alors plus bruns que dans les aimées suivantes ; et l’on appelle les vieux faucons, hagards, qui ont beaucoup plus de blanc que les jeunes. Le faucon qui est représenté dans une de nos planches nous paraît être de la seconde année, ayant encore un assez grand nombre de taches brunes sur la poitrine et sur le ventre; car à la troisième
année ces taches diminuent, et la quantité du blanc sur le plumage augmente. r O »
Comme ces oiseaux cherchent partout les rochers les plus hauts, et que la plupart des îles ne sont que des groupes et des pointes de montagnes il y en a beaucoup à Uhodes^ en Chypre, à Malle, et dans les autres îles de la Méditerranée, aussi bien qu’aux Orcades et en Islande; mais on peut croire que, suivant les dilïércnts climats, ils parais.sent subir des variétés différentes, dont il est nécessaire que nous fassions quelque mention.
Leliiucon qui est naturel en F'rance est gros comme une poule : il a dix-huit pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu’à celui de la queue et autant jusqu’à eelui des pieds : la queue a uii peu plus de cinq pouces de longueur, et il a près de trois pieds et demi de vol ou d’envergure; ses ailes.
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lorsqu'elles sont pliées, s’étendent presque jusqu’au bout de la queue. Je ne dirai rien des couleurs, parce qu’elles cluuigent aux différentes mues, à mesure que l'oiseau avance en âge, et que d’ailleurs elles sont fidèlement représentés par les trois planches que nous venons de citer ci-dessus. J’observerai seulement que la couleur la plus ordinaire des pieds du faucon est verdâtre, cl que quand il s’en trouve qui ont les pieds et la membrane du bec jaunes, les fauconniers les appellent faucons bec jaune, et les regardent comme les plus laids et les moins nobles de tous les faucons j en sorte qu’ils les rejettent de l’école de la fauconnerie. J'observerai encore qu’ils se servent du tiercelet de faucon, c’est-à-dire du mâle, lequel est d’un tiers plus petit qtie la femelle, pour voler les perdrix, pies, geais, merles et autres oiseaux de eette espèce; au lieu qu’on emploie la femelle au vol du lièvre, du milan, de la grue et des autres grands oiseaux.
Il parait que celte espèce de faucon, qui est assez commune en France, se trouve aussi en Allemagne. iM. Friseli a donné la figure coloriée d’un faucon sors à pieds et à membrane du bec jaunes, sous le nom de enlenstosser, ou scbwartz-braune liabigl, et il s’est trompé en lui donnant le nom d'autour brun, car il diffère de l'autour par la grandeur et par le naturel. Il parait qu’on trouve aussi en Allemagne, et quelquefois en F'rancc, une espèce différente de celle-ci, qui est le faucon paitu à tète blanche, que IM. Friscli appelle mal à propos vautour.
« O vautour à pieds velus ou à culotte de plumes est, dit-il, de tous les oiseaux de proie diurnes à hcc crochu, le seul qui ait des plumes jusqu'à la partie iiil'érieure des pieds, auxquels elles s’appliquent exactemenl. L’aigle des rochers a aussi des plumes semblables, mais qui ne vont que jusqu'à la moitié des pieds : les oiseaux du proie nocturnes, comme les chouettes, en ont jusqu’aux ongles ; mais ces plumes sont une espèce de duvet. Ce vautour poursuit toute sorte de proie, et on ne le trouve jamais auprès des cadavres. »
C’est parce que ce n’csl pas un vautour, mai.s un faucon, qui ne se notirrit pas de cadavres; et ce faucon a paru à quelques-uns de nos naturalistes assez semblable à notre faucon de France, pour n’en faire qu’une variété. S'il ne différait en effet de notre faucon que par la blancheur de la tète, tout le reste est assez sendilahle pour qu’on ne dût le considérer que comme variété; mais le caractère des pieds couverts de plumes jusqu’aux ongles me paraît être spécifique, ou tout au moins l’indice d'une variété constante, et qui fait race à part dans l’espèce du faucon.
Fine seconde variété est le faucon blanc, qui se trouve en Russie, et peutêtre dans les autres pays du nord; il y en a de tout à fait blancs et sans taches, à l’exception de l’extrémité des grandes plumes des ailes qui sont noirâtres : il y en a d'autres de celte espèce, qui sont aussi tout blancs, à l’exception de quelque taches brunes sur le dos et sur les ailes, et de quelques raies brunes sur la queue, (lomme ce faucon blanc est de la même grandeur que notre faucon, cl qu'il nén difi'ère que par la blancheur, qui est la couleur que les oiseaux, comme les autres animaux, prennent assez généralement dans les pays du nord, on peut présumer avec fondement que ce n’csl qu'une variété de l’espèce commune, produite par l inlluencc du climat; cependant il paraît qu’en Islande il y a aussi des faucons de la même couleur que les nôtres, mais qui sont un peu plus gros, et qui ont les ailes et la queue plus longues; comme ils ressemblent presque en tout à notre faucon, et qu'ils n'en diffèrent que par ces légers caractères, on ne doit pas les séparer de l’espèce commune. 11 en est de même de celui qu'on appelle faucon geniiï, que presque tous les naluralistes ont donné comme
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iliffcrcnl du Caiicoii coniniuii; laiidis (juc c'est le nièinc, cl que le nom de rienlil ne leur est applique que lorsqu'ils sont bien élevés, bien faits et d'une jolie (igure; aussi nos anciens auteurs de fauconnerie ne coniplaicnl que deux espèces principales de faucon, le faucon gentil ou faucon de notre pays, et le faucon pèlei in ou étranger, et regardaient tous les autres comme de simples variétés de l une ou de l'auire de ces deux espèces. Il arrive en effet (pielqncs faucons des pays étrangers, qui ne font que se montrer sans s’arrêter, et qu’on prend au jiassagc ; il en vient surtout du côté du Midi, que I on prend a Malle, et qui sont beaucoup plus noirs que nos faucons d'Knrope ; on en a pris même quelquefois, de celte csjièce, en France; cl celui dont nous donnons ici la (igure a été pris en Bric. C'est par celle raison que nous avons cru pouvoir l'appeler /'aitcow Il parait que ce fau-
con noir passe en Allemagne comme en France, car c’est le meme que M. Friseh a donné sous le nom de falco fusciis, laucun brun, et qu’il voyage beaucoup plus loin; car c’est encore le même faucon que M. Kdvvards a décrit et représenté sous le nom de faucon noir de la baie de Hudson, et qui en effet lui avait été envoyé de ce climat.. l observerai à ce sujet que le faucon passager, ou pèlerin, décrit par M. Bi isson, n’est point du tout un faucon étranger ni passager, et que c’est absolument le même ipie notre faucon hagard ; en sorte que l’espèce du faucon commun ou passager ne nous est connue jusqu'à présent que par le faucon d'Islande, qui n’est qu’une variété de l’espèce commune, et par le faucon noir d'Afrii]uo, (|ui en dilfère assez, surtout par la couleur, pour pouvoir être regardé comme formant une espèce dilférente.
On pourrait peut-être rapporter à celte espèce le faucon tunisien ou punicien dont parle Belon, et qu'il dit être « un peu plus petit (|ue le faucon « pèlerin, qui a la la lélc plus grosse et ronde, et (pii ressemble par la gran- « (leur et le plumage au lanier; » peut-être aussi le faucon de Tariarie, qui, au contraire, est un peu plus grand que le faucon pèlerin, et (|ue Belon dit en différer encore, en ce (pie le dessus de scs ailes est roux cl que scs doigts sont plus allonges.
En rassemblant et resserrant les différents objets que nous venons de présenter en détail, il parait : 1" qu'il n'y a en France qu'une seule espèce de faucon, bien connue pour y faire son aire dans nos proviiu-es montagneuses; que celle même espèce se trouve en Suisse, en Allemagne, en Pologne et jusqu'en Islande \ers le nord, en Italie, en Espagne cl dans les iles de la Méditerranée, et peut-être jusqu en Egypte vers le midi; 2° que le faucon blanc nèsi, dans celte même espèce, qu'une variété produite par I influence du climat du INord; 3" que le faucon gentil n’est pas d’une espèce dilférente de notre faucon commun *; 4° que le faucon pèlerin ou passager est d'une espèce différente, qu’on doit regarder comme étrangère, et qui peut-être renferme quebpies variétés, telles que le faucon de Barbarie, le faucon tunisien, etc... 11 n’y a donc, quoi qu’en disent les nomeiiclaieurs, que deux espèces réelles de faucon en Europe, dont la première est naturelle à notre
* Jtfiiiii de Fraiichiércs. qui est l’an des plus uiicieiis et peut-être le meilleur de nos autuirs sur la faucoiuierie, ne compte que sept espèces d’oiseaux auxquels il donne le nom de faucon, savoir : le faucon jrenlil, le faucon pèlerin, le faucon tartarin, le gerfaut, le sacre, le lanier et le faucon tunisien ou puriicien : en retranchant de celle liste le gerfaut, le sacre et le laiiicr. qui ne sont pas proprement des faucons, il ne reste que le faucon gentil et le faucon pèlerin, dont le larlarct et le tunisien sont deux variétés. Cet auteur ne connaissait donc qu’une seule espèce de faucon naturelle en France, qu’il indique sous le nom de faucon gentil ; et cela prouve encore ce que j’ai avancé, que le faucon gentil et le faucon commun ne sont tous deux qu’une seule et même espèce.
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climat, et se multiplie elie/ nous, et l’autre ([ui ne l'ait (lu'y passer, et qu’ou doit regarder eomme étrangère. Kn rappelant donc à rexamen la liste la plus nombreuse de nos noincnclatcurs, au sujet des faucons, et suivant article par article celle de 31. Brisson, nous trouverons : 1° que le faucon sors n’est que le jeune de l’espèce commune; 2“ que le faucon hagard n’en est que le vieux; 5“ tpie le faucon à tête blanche et à pieds pattus est une variété ou race constante dans cette même espèce ; i'' sous le nom de faucon blanc, 31. Brisson indicpie deux dilférenles espèces d'oiseaux, et peut-être trois ; car le premier et le troisième pourraient être, absolument parlant, des faucons (|ui auraient subi la variété commune aux oiseaux du Nord, qui est le blanc; mais pour le second, dont 31. Brisson ne parait parler que d’après 31. Friseh, dont il cite la planelu! 80, ce n’est certainement pas un faucon, mais un oiseau de rapine, commun on France, au<|uel on donne le nom de harpmje; 5" (|ue le faucon noir est le véritable faucon pèlerin ou passager, qu'on doit regarder comme étranger; G" <pie le faucon tacheté n’est que le jeune de ce même faucon clranger;7°quelcfaueon brun est moins un faucon qu'un busard : 31. Friseh est le seul qui en ait donné la représentation, et cet auteur nous dit que cet oiseau attrape quelquefois en volant les pigeons sauvages; que son vol est très-haut, et qu on le tire rarement, mais ipie néanmoins il guette les oiseaux aquatiques sur les étangs et dans les autres lieux marécageux : ees indices réunis nous portent à croire que ce faucon brun de 31. Brisson n'est vraisemblablement qu’une variété dans l’espèce des busards, quoiqu’il n’ait pas la queue aussi longue que les autres busards; 8" que le faucon rouge n’est qu'une variété dans notre espèce commune du faucon, que Belon dit, avec quelques anciens fauconniers, se trouver dans les lieux marécageux, qu’il fréquente de préférence; 9° que le faucon rouge des Indes est un oiseau étranger dont nous parlerons dans la suite; 10“ que le faucon d Italie, dont 31. Brisson ne parle que d’après Johnston, peut encore être, sans scrupule, regarde comme une variété de l’espèce commune de notre faucon des Alpes ; 1 1® que le faucon d’Islande est, comme nous l avons dit, une autre variété de rcspèce commune, dont il ne diffère que par un peu plus de grandeur ; 12" que le sacre n’est point, comme dit 31. Brisson, une variété du faucon, mais une espèce différente qu'il faut considérer à part; 13" que le faucon gentil n'est point une espèce différente de celle de notre faucon commun, et que ce n’est que le faucon sors de cette espèce commune que 31. Brisson a décrit sous le nom de faucon (jenlil, mais dans un temps de mue, différent de celui (ju’il a décrit sous le simple nom de faucon; 14° que le faucon appelé pèlerin par .31. Brisson n’est que notre même faucon commun, devenu par l'âge faucon hagard, et quepar conséquent ce n’est qu’une variété de l’âge, et non pas une diversité d’espèce; 13“ que le faucon de Barbarie n'est qu’une variété dans l’espèce du faucon étranger, que nous avons nommé faucon passager-, IG’ qu’il en est de môme du faucon de 'Fartarie ; 17" que le faucon à collier n'est point un faucon, mais un oiseau d'un tout autre genre, auquel nous avons donné le nom de soubuse-, 18° que le faucon de roche n’est point encore un lâucon, puisqu'il approche beaucoup plus du hobereau et de la crécerelle, et que par conséquent c’est un oiseau qu'il faut considérer à part; 19“ que le faucon de campagne n’est qu'une variété du rochier; 20" ipie le faucon de montagnes cendré n’est qu'une variété de l'cspèee commune du faucon; 21" que le faucon de la baie de Hudson est un oiseau étranger, d’une espèce différente de celle d’Europe, et dont nous parlerons dans l'article suivant ; 22" que le faucon étoilé est un oiseau d'un autre genre que le faucon; 25" que le faucon huppé des Indes, le faucon des Antilles, le faucon pé-
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clieur des Antilles, et le faucon pécheur de la Caroline sont encore des oiseaux étrangers dont il sera fait mention dans la suite. On peut voir par celle longue énumération, qu'en séparant même les oiseaux étrangers, et qui ne sont pas précisément des faucons, et en ôtant encore le faucon patlu, qui n’est peul-ctre qu’une variété ou une espèce très-voisine de celle du faucon commun, il y en a dix-neuf, que nous réduisons à quatre especes, savoir: le faucon commun, le faucon passager, le sacre et le busard, dont il n’y en a plus que deux qui soient en etfel des faucons.
Api ès celte réduction faite de tous les prétendus faucons aux deux espèces du faucon commun ou gentil et du faucon passager ou pèlerin, voici les différences que nos anciens fauconniers trouvaient dans leur nature et mettaient dans leur éducation. Le faucon gentil mue dès le mois de mars, et même plus tôt; le faucon pèlerin ne mue qu’au mois d'août; il est plus plein sur les épaules, et il a les yeux plus grands, plus enfoncés, le bec plus gros, les pieds plus longs et mieux fendus que le faucon gentil. Ceux qu’on prend au nid s’appellent faucons niais ; lorsqu’ils sont pris trop jeunes, ils sont souvent criards et dilliciles à élever; il ne faut donc pas les dénicher avant qu’ils soient un peu grands, ou si l’on est obligé de les ôter de leur nid, il ne faut point les manier, mais les meure dans un nid le plus semblable au leur qu’on pourra, et les nourrir de chair d'ours, qui est une viande assez commune dans les montagnes où l’on prend ces oiseaux, et, au défaut de cette nourriture, on leur donnera de la chair de poulet : si l'on ne prend pas ces précautions, les ailes ne leur croissent pas, et leurs jambes se cassent ou se déboitenl aisément. I,es faucons sors, qui sont les jeunes, et qui ont été pris en septembre, octobre cl novembre, sont les meilleurs et les plus aisés à élever : ceux qui ont été pris plus tard en hiver ou au printemps suivant, et qui par conséquent ont neuf ou dix mois d'âge, sont déjà trop accoutumés à leur liberté pour subir aisément la servitude, et demeurer en captivité sans regret, et l'on n’est jamais sûr de leur obéissance et de leur fidélité dans le service : ils trompent souvent leur niaitre, et le quittent lorsqu’il s’y attend le moins. On prend tous les ans les faucons pèlerins au mois de septembre, à leur passage dans les iles, ou sur les falaises de la mer. Ils sont de leur naturel prompts, propres à tout faire, dociles et fort aisés à instruire : on peut les faire voler pendant tout le mois de mai et celui de juin, parce qu’ils sont tardifs à muer; mais aussi, dès que la mue commenee, ils se dépouillent en peu de temps. Les lieux où l’on prend le plus de faucons pèlerins sont non-seulement les côtes de Barbarie, mais toutes les iles de la Méditerranée et particulièrement celle de Candie, d’où nous venaient autrefois les meilleurs faucons.
Comme les arts n’appartiennent point à l'iiisloire naturelle, nous n’entrerons point ici dans les détails de l’art de la fauconnerie; on les trouvera dans l'Encyclopédie, dont nous avons déjà emprunté deux notes.
« Un bon faucon, dit M. le Roi, auteur rie l’article fauconnerie, doit avoir la tôle ronde, le bec court et gros, le cou fort long, la poitrine nerveuse, les mahutes larges les cuisses longues, les jambes courtes, la main large, les doigts déliés, allongés et nerveux aux articles, les ongles fermes et recourbés, les ailes longues; les signes de force et de courage sont les mêmes pour le gerfaut et pour le ticieclet.qui est le mâle dans toutes les espèces d’oiseaux de proie, et qu'un appelle ainsi, parce qu’il est d'un tiers plus petit que la femelle : une marque de bonté moinséquivoque dans un oiseau c’est de ebevaueher contre le vent, c’est-à-dire de se roidir contre, et se tenir ferme sur le poing lorsqu’on l’y pose. Le pennage d’un faucon doit être brun et tout d’une pièce, c’est-à-dire de même couleur : la bonne couleur des mains est de vert-d'eau • ceux dont les mains et le bec sont jaunes, ceux dont le plumage est semé de taches* sont moins estimés que les autres. On l'ait cas des faucons noirs; mais qtn l que soit
leur plumage, ce simt toujours les plus forts en courage qiui sont les meilleurs... Il y a des faucons lâches et paresseux : il y en a d’autres si tiers, qu’ils s'irritent conlre tous les moyens de les apprivoiser : il faut abandonner les uns et les autres, etc. »
M. Forget, capitaine du vol à Versailles, a bien voulu me communiquer la notice suivante :
a II n’y a, dit-il. de difl’érence essentielle entre les faucons de différents pays que par la grosseur. Ceux qui viennent du Nord sont ordimiirement plus grands que ceux des montagnes, des Alpes et des Pyrénées; eeux-ei se prennent, mais dans leurs nids : les autres sc prennent au passage, dans tous les pays; ils passent en octobre et en novembre, et repassent en février et mars... L’âge des faucons se désigne trèsdistinctement la seconde année, c’est-à-dire à la première mue, mais dans la suite les connaissances devicnneut bien plus difliciles. Indépendamment des changements de couleur, on peut les distinguer jusqu'à la troisième mue, c’est-à-dire par la couleur des pieds et celle de la membrane du bec. »