LE BEC-D ARGENT
Genre langina, suus-gcnre ritanipliocèlo, '('i:vikb.)
Nos colons de Cayenne ont donné à cet oiseau le nom de bec-d’ argent . que nous avons adopté, parce qu’il exprime un caractère spécifique bien marqué, et qui consiste en ce que les bases de la mandibule inléricui e du bec se prolongiuit jusque sous les yeux en s’arrondissant, et forment de chaque côté une plaque épaisse qui, lorsque l’oiseau est vivant, paraît être de l’argent le plus brillant; col éclat se ternit quand l’oiseau e,st mort. On a manqué ce caractc'rc dans la représentation qu’on a faite de cet oiseau, sous la dénomination de tangara pourpré : apparemment l’on n’a pas cru qu’il lut général dans tous les individus; il l’est néanmoins pour tous les milles. La femelle est mieux à cet égard, parce (|uc dans la nature son bec n’a qu’une légère trace presque insensible de ce renflement si apparent dans le mêle, et par conséquent elle n’a pas comme lui ces plaques de couleur argentée. Dans la planche 207 des Glanurcs d’Edwards, on volt une très-bonne représentation de cet oiseau, qu’il a donné sous le nom de merle à gorge rouge. 11 s’est trompé, comme l’on voit, sur le genre de cet oiseau : mais il a très-bien saisi le caractère singulier du ronflement du bec; seulement la couleur argentée dos plaques est beaucoup plus terne, parce qu’il n’a pas dessiné l’oiseau vivant, et que le brillant de ces parties s’était dissipé.
La longueur totale de cet oiseau est de six pouces et demi; celle du bec est de neuf lignes, et il est noir sur sa partie supérieure; la tète, la gorge et l’estomac sont pourprés, et le reste du corps est noir avec quelques teintes de pourpre. L’iris des yeux est brun. La femelle diflère du mâle, non-seulement par la couleur du bec, mais encore par celle du plumage; le dessus (le son corps est brun avec qtKilqiics teintes d’un pourpre obscur, et le dessous rougeâtre; la queue et les ailes sont brunes.
Un autre caractère distinctif du mâle et qui n’avait pas encore été saisi, c’est une espèce de demi-collier autour ch; l’occiput, formé par de longs poils ou soies pourpi’cs, qui débordent les plumes de près de trois lignes : c’est tT iM. Sonnini de Manoncourt que nous devons cette nouvelle observation ; noua lui devons aussi la connaissance des habitudes naturelles de cet oiseau et des autiTs langaras de la Guyane.
Le bec-d’argent est de tous les tangaras celui qui est le plus répandu dans l’ilc de Cayenne et à la Guyane. 11 y a apparence qu’il se trouve dans plusieurs autres climats chauds de rXméri(]ue; car Fernandès en parle comme d’un oiseau du .Mexique, vois les monlagn(îs de Tcpuzculiula. 11 se nourrit de petits fruits; il entame aussi les bananes, les goyaves et autres gros fruits tendriîs lorsqu’ils sont en maturité, et ne mange point d’insectes. Ces oiseaux fréquentent les lieux découverts, et ne fuient pas le voisinage des habitations; on en voit jusque dans les jardins: cela n’cmpèche' pas qu’ils ne soient assez communs dans les endroits désci'ts et meme dans les elairiiVcs des fon^ts; car dans les plus épaisses, lorsque les vents ont abattu un certain nombre d’arbres et que le soleil peut éclairci' cet abattis et assainir le terrain, on ne manque guère d'y trouver quelques becs-d’argent, qui ne vont cepe.ndant pas en troupes, mais toujours par paires.
DES TANGARAS. 573
Leur nid est un cylindre un peu courbé qu’ils adachcnl cuire les brandies liorizonlalemenl, l’ouverture en bas, cle manière que, de quelque côté que vienne la pluie, elle ne peut y entrer; ce nid est long de plus de six [louces et a quatre pouces et demi de largeur; il est construit de paille et de leuilles de balisier desséchées, et le Tond du nid est bien garni intérieurement de morceaux plus larges des mêmes leuilles. C’est sur les arbres peu élevés que l’oiseau attache ce nid ; la femelle y pond deux mul's elliptiques, blancs cl chargés au gros bout de petites taches d’un rouge léger qui se perdent en approchant de l’autre extrémité.
Quelques nomenclateurs ont donné à cet oiseau le nom de cardinal; mais c’est improprement, parce qu'il a été appliqué, par ces memes nomenclatcurs, à plusieurs autres espèces. D’autres ont cru qu’il y avait une variété assez apparente dans cette espèce. On voit dans le cabinet de M. IManduit un oiseau dont tout le plumage est d'un rose pôle varié de gris; il nous a paru que cette dillèrence n’est produite que par la mue, et que ce n’est point une variété dans l’espèce, qui, quoique très-nombreuse en individus, nous parait très-constante dans tous ses caractères.