‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 407 sur 525 · LE BRUANT ORTOLAN · texte numérisé non relu

LE BRUANT ORTOLAN

Genre bruant. (Cuvier.)

11 est très-probable que notre ortolan n’est autre chose que la miliaire de Varron, ainsi appelée parce qu’on engraissait cet oiseau avec du millet : il est tout aussi probable que le cencïiramos d’Aristote et de Pline est encore le même oi.scau; car ce nom est évidemment formé du mot zs»x(si5, qui signifie aussi du millet; et ce qui donne beaucoup de force à ces probabilités fondées sur l’étymologie, c’est que notre ortolan a toutes les propriétés qu’Aristotc attribue à son cenenramos, et toutes celles que V’arron attribue à sa miliaire.

1 " Le cenchramos est un oiseau do passage, qui, selon Aristote et Pline,

BUFEo.N, lorae viii. 38

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acconipagm; les caillos, coauue font le râle, la barge el ([iiclqucs autre? oiseaux \ oyageurs.

2” Le ceiicbramos fait entendre son cri pendant la nuit; ce qui a donné lieu aux deux mêmes naturalistes do dire qu’il rappelait sans cesse ses compagnes de voyage, et les pressait nuit et jour d’a\ ancer chemin.

3“ Enfin dès le'temps de Varron, l’on engraissait les miliaires ainsi que les cailles et les grives, et lorsqu’elles étaient grasses, on les vendait fort cher aux llorlemsius^ aux Lucullus, etc.

Or, tout cela convient a notre ortolan : car il est oiseau de passage, j’en ai pour témoins la foule des naturalistes el des chasseurs : il chante pendant la nuit, comme l’assurent Kramcr, Frisch, Salcrnc; enfin lorsqu’il est gras, c’est un morceau très-fin et très-recherché. A la vérité, ces oiseaux ne sont pas toujours gras lorsqu’on les prend ; mais il y a une méthode assez sûre pour les engraisser. On les mot dans une claambre parfaitement obscure, c’est-à-dii e dans laquelle le jour extérieur ne puisse pénétrer: on l’éclaire avec des lanternes entretenues sans interruption, afin que les ortolans ne puissent point distinguer le jour de la nuit : on les laisse courir dans cette chambre, où l’on a soin de répandre une quantité suffisante d’avoine et de millet; avec ce régime ils engraissent extraordinainnnent, et finiraient par mourir de gras-fondure , si l’on ne prévenait cet accident en les tuant à propos. Lorsque le moment a été bien choisi, ce sont de petits pelotons de graisse, et d’une graisse délicate, appétissante, exquise; mais elle pèche par son abondance même, et l’on ne peut en mander beaucoup ; la nature toujours sage semble avoir mis le dégoût à colé de l’e-xcès, afin de nous sauver de notre intempérance.

Les ortolans gras se cuisent très-facilement, soit au bain-marie, soit au bail» de sable, de cendres, etc. , el l’on peut très-bien les faire cuire ainsi dans une coque d’œuf naturelle ou artificielle, comme on y faisait cuire autrefois les beefigues.

On ne peut nier que la délicatesse de leur chair ou plutôt do leur graisse, irait plus contribué à leur célébrité que la beauté de leur ramage : cependant lorsqu’on les tient en cage, ils chantent au printemps, à peu près comme le bruant ordinaire, et chantent, ainsi que je l’ai dit plus haut, la nuit comme le jour, ce que ne fait pas le bruant. Dans les pays où il y a beaucoup de ces oiseaux, et où, par conséquent, ils sont bien connus, comme en Lombardie, non-seulement on les engraisse pour la table, mais on les élève aussi pour le chant, et Al. Salerne trouve que leur voix a de la douceur. Cette dernière destination est la plus heureuse pour eux et fait qu’ils sont mieux traités et qu’ils vivent davantage; car on a intérêt de ne point abréger leur v ie, et de ne point étoullèr Icnir talent en les excédant do nourriture. S’ils restent longtemps avec d’autres oiseaux, ils prennent quelque chose de leur chant, surtout lorsqu’ils sont fort jeunes; mais je ne sachepas qu’on leur ait jamais appris ;i prononcer des mots, ni à chanter des airs de musique.

Ces oiseaux arrivent ordinairement avec les hirondelles ou peu après, et ils accompagnent les cailles ou les précèdent de fort peu de temps. Ils viennent de la"^basse Provence, el remontent jusqu’en Bourgogne, surtout dans les cantons les plus chauds où il y a des vignes : ils nelouchent cependant point aux raisins, mais ils mangent les insectes (jui courent sur les pampres et sur les liges de la v igne. En arrivant ils sont un peu maigres, parce qu’ils sont en amour. Ils font leurs nids sur les ceps, et les construisent assez négligemment, <à peu près comme ceux des

UE LOUTüEA.N.

alouettes : la femelle y dépose quatre ou cinq œufs grisâtres, et fait ordinairement deux pontes par an. Dans d’autres pays, tels que la Lorraine, ils font leurs fiids à terre, et par préférence dans les blés.

La jeune famille commence à prendre le chemin des provinces méridionales dès les premiers jours du mois d’août; les vieux ne partent qu’en .septembre et même sur la fin. Ils passent dans le Forez, s’arrêtent aux environs de Saint-Cliaurnont et de Saint-Etienne : ils se jettent dans les axoincs qu’ils aiment bcaucoupj ils y demeurent jusqu’aux preniiers froids, s’y engrai.ssent et dciviennent pesants au point qu’on les pourrait tuer il coups de bâton. Dès que le froid se fait sentir, ils continuent leur route pour la Provence; c’est alors qu’ils sont bons à manger, surtout les jeunes : mais il est plus difficile de les conserver que ceux que l’on prend au premier passage. Dans le Béarn, il y a pareillement deux passes d’ortolans et par conséquent deux chasses, l'une au mois de mai, et l’autre au mois d’octobre.

Quelques personnes regarelcnt ces oiseaux comme étant originaires d’Italie, d’où ils.se sont répandus en Allemagne et ailleurs; cela n est pas sans vraisemblance, quoiqu'ils nichent aujourd'hui en Allemagne ou on les prend pèle-mèle avec les bruants et les pimsons : mais l’Italie est un pays plus anciennement cultivé; d’ailleurs il n’est pas rare de voir ces oiseaux, lorsqu’ils trouvent sur leur route un pays qui leur convient, s’y fixer et l’adopter pour leur patrie, c’est-à-dire pour s’y perpétuer. Il n’y a pas beaucoup d’années qu’ils se sont ainsi naturalisés dans un petit canton de la Lorraine, situé entre üicusc et Mulée; qu’ils y font leur ponte; qu'ils y élèvent leurs petits; qu’ils y séjournent, en un mot, jusqu’à l’arrière-saison, temps où ils partent pour revenir au printemps.

Leurs voyages ne se bornent point à l’Allemagne; M. Linnæus dit qu’ils habitent la Suède, et fixe au mois de mars l’époque de leur migration : mais il ne faut pas se persuader qu’ils se répandent généralement dans tous les pays situés entre la Suède et l’Italie : ils reviennent constamment dans nos provinces méridionales; quelquefois ils prennent leur route par la Picardie : mais on n’en voit presque jamais dans la partie de la Bourgogne septentrionale que j’habite, dans la Brie, dans la Suis.se, etc. On les prend également au filet et aux gluaux.

Le mâle a la gorge jaunâtre, bordée de cendré; le tour des yeux du même jaunAtre; la poitrine, le vimtre et les flancs roux avec quelques mouchetures, d’où lui est venu le nom italien de tordino; les couvertures inférieures de la queue de la même couleur, mais plus claire; la tête et le cou cendré olivâtre; le dessus du corps varié de marron brun et de noirâtre; le ci-oupion et les couvertures supérieures de la queue d'un marron brun uniforme; les pennes de l’aile noirâtres; les grandes bordées, extérieurement de gris, les moyennes de roux ; leurs couvertures supérieures variées de brun et de roux ; les inférieures d’un jaune soufre; les pennes de la queue noirâtres, bordées de roux, les deux plus extérieures bordées de blanc ; enfin le bec et les pieds jaunâtres.

La femelle a un peu plus de cendré sur la tête et sur le cou, et n’a pas de tache jaune au-dessous de l’œil : en général, le plumage de l’ortolan est sujet à beaucoup de xmriétés.

Il est moins gros que le moineau-franc. Longueurs : six pouces un quart, cinq pouces deux tiers; bec, cinq lignes; pied, neuf lignes; doigt du milieu, huit lignes; vol, neuf pouces; queue, deux pouces et demi composée de douze pennes; elle dépasse les ailes de dix-huit à vingt lignes.

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Variétés de li ortolan.

I. L’oktolain jaune. Aldrovande, qui a obsorvc cetto variété, nous dit que son pliiinaeu était d‘un jaune paille, excepté les pennes des ailes qui étaient terminées de blanc, et dont les plus extérieures élaient bordées de cette même couleur. Autre singularité : cet individu avait le bec et kis pieds rouges.

II. L’oktolan blanc. Aldrovande compare sa blancheur à celle du cygne, et dit que tout son plumage sans exception est de cette blancheur. Le sieur Burel, de Lyon, qui aliourri pendant longtemps des ortolans, m’assure qu’il en a vu plusieurs, kîsqucls ont blanchi en vieillissant.

III. L’oktolan noiuatiuî. Le sienr Burel a aussi vu des ortolans qui avaient sans doute le tempérament tout autre que ceux dont on vient de parler, puisqu’ils ont noirci en vieillissant. L’indiv idu observé par Aldrovande avait la tète et le. cou verts, un peu de blanc sur la tète et sur deux pennes de l’aile; le bec rouge et les pieds cendrés; tout le reste était noirâtre.

IV'. L’outolan a queue blanche. Il ne diflêre de l’ortolan que par la couleur de sa queue et en ce que toutes les teintes de .son plumage sont plus faibles.

V. J’ai observé un individu qui avait la gorge jaune mêlé de gris, la poitrine grise, et le ventre roux.

L’ORTOLAN DE ROSEAUX (le bruant de roseau) (mâle).

Genre bruai.l. (CrviKH.)

En comparant les divers oiseaux de cette famille, j’ai trouvé des rapports si frappants entre l’ortolan de cet article et les quati-e suivants, que je les eusse rapportés tous à une seule et même espèce, si j’avais pu réunir un nombre de faits suffisants pour autoriser cette petite innovation ; il est plus que probable cjuc tous ces oiseaux et plusieurs autres du même nom, s’accoupleraient ensemble, si l’on savait s’y prendre; il e.st probable que ces accouplements seraient avoués de là nature, et que les métis qui en résulteraient auraient la faculté de se reproduire; mais une conjecture, quelque fondée qu’elle soit, ne suffit pas toujours pour s’écarter de l’ordre étalili. D’ailleurs, je vois quelques-uns de ces ortolans qui subsistent depuis longtemps dans le même pays sans se mêler, sans se rapproclier, sans rien perclre des différences qui les distinguent les uns des autres; je remarque aussi qu’ils n'ont pas tous absolument les mêmes mœurs ni les mêmes habitudes : je me confoi'merai donc aux idées, ou, pour mieux dire, aux conventions reçues, en séparant ces races diverses et les regardant en effet comme autant de races distinctes, sortant originairement d’une même tige, et qui pourront s’y réunir un jour; maisenlne soumettant ain.si à la pluralité des voix, je protesterai hautement contre la fausse multiplication des espèces, source trop abondante de confusion et d’erreurs.

Les ortolans de roseaux sc plaisent dans les lieux humides, et nichent dans les joncs, comme leur nom l’annonce; cependant ils gagnent quelquefois les hauteurs dans les temps de pluie ; au pi'intemps on les voit le

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lon,n des grands clieinins, et sur la fin d’aoùt ils se jettent, dans les blés. .M. Krainer assure que le millet est la graine qu’ils aiment le mieux. En général, ils cherchent leur nourriturele long d<îs haies et dansles champs cultivés, comme les bruants; ils s’éloignent peu de terre et ne se perchent guère que sur les buissons. Jamais ils ne se rassemblent en troupes nomr)reuses; on n’en voit guère que trois ou quatre à la lois. Ils Hirivent en Loiraine vers le mois d’avril, et s’ en retournent en automne; mais ils ne s’en retournent pas tous, et il y en a toujours quelques-uns qui resUmt dans cette pro\ince pendant l’hiver. On en trouve en Suède, en Allemagne, en .Angleterre, en France, et quelquelbis en Italie, etc.

Ce petit oiseau a presque toujours l’œil au guet, comme pour découvrir rennemi ; et lorsqu’il a aperçu quehiucs chasseurs, il jette un cri qu’il répète sans cc.sse, et qui non-seulement les ennuie, mais quelquelbis avertit le gibier, et lui donne le temps de faire sa retraite. J’ai vu d(;s chasseurs i’ort impatientés de ce cri qui a tlu rapport avec celui du moineau. L’orlolan de joncs a outre cela un chant fort agréable au mois de mai, c’est-à-dire au temps de la ponte.

Cet oiseau est un véritable hoche-queue; car il a dans la queue un mouvement de haut en ba.s, assez brusque et plus vif que les lavandières.

Le m;îlc a le dessus de la tète noir; la gorge et le devant du cou variés de noir et de gris roussàtre; un collier blanc qui n’embrasse que la partie supérieure du cou ; une espèce de sourcil, et une bande au-dessous des yeux de la même couleur; le dessus du corps varié de roux et de noir; le croupion et les couvertures supérieures de la queiie variés de gris et de roussàtre; le dessous du corps d’un blanc teinté de roux ; les flancs un peu tachetés de noirâtre; les pennes des ailes brunes, bordées de dift’érentes nuances de roux ; les pennes de la queue de mémo, excepté les deux plus extérieures de cluapie coté, lesquelles sont bordées de blanc; le bcc brun, et les pieds d’une couleur tic chair fort rembrunie.

La femelle n’a point de collier; sa gorge est moins noire, et .sa tèhî est variée de noir et de roux clair; le blanc qui se trouve dans son plumage n’est point pur, mais prc,squc toujours altéré par une teinte de roux.

Longueurs, cinq pouces trois quarts, cinq pouces; bec, quatre lignes et demie; pied, neuf lignes; doigt du milieu, huit lignes; vol, neuf pouces; queue, deux pouces et demi, composée de douze pennes, dépassant les ailes d’environ quinze lignes.

LA COQUEIAICIIE.

(i.ii iniUAXT DE uosEAi'x) (Icuiclà;).

• Gi'iii e lii'uaiil. ;Gi viiîis.)

Une espèce de coqueluchoii d’un beau noir recouvre la tète, la gorge et le cou d(î cet oiseau, ptiis descend en pointe sur sa poitrine, à peu près comme, dans l’ortolan de roseaux : tout ce noir n’est égayé que [lar une petite tache blanche, placée de chacpie coté fort près do rouverture du bec; le reste du dessous du corps est blanchâtre, mais les flancs sont mouchetés de noir. J.,e coqueluchon dont j’ai parlé est bordé de blanc par derrière : tout le reste du dessus du corps est varié de roux et de noirâtre. Les pennes de la queue sont de celte dernière couleur, mais les deux intermédiaires sont bordées de roussàtre; les deux plus extérieui'es oïd. une grande tache blanche oblicpK'; les trois autres n’ont aucumî tadie.

Longueur totale, cinq pouces; bec, six lignes, noir partout; tarse, neuf lignes; queue, deux pouces, un peu fourchue, dépassant les ailes d’environ treize lignes.

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