‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 416 sur 525 · LE BRUANT FOU · texte numérisé non relu

LE BRUANT FOU

(l.E BllCANT FOU OU DE PUÉ.)

Genre bruant. (Cuvii'H.)

Les Italiens ont ainsi appelé cet oiseau, parce qu’il donne indifféremment dans tous les pièges, et que cette insouciance de soi-mème et de sa propre conservation est en effet la plus grande marque de folie, meme dans les animaux; mais comme nous l’avons remarqué, le bruant et le zizi participent plus ou moins à cette espèce de folie, cl l’on peut la regarder comme une maladie do famille, que le bruant dont il sAgit ici a seulement dans un plus haut degré : je lui ai donc conscrv'é le nom qu il porte en Italie, avec d’autant plus de raison que celui de bruant des prés me paraît ne lui point convenir, les oiseleurs et les chasseurs les plus attentils m ayant assure unanimcmentqu’ilsn’avaient jamais vudans les prés de ces prétendus bruants des prés.

Ainsi que. le zizi, le bruant fou ne se trouve point dans les pays septentrionaux, et son nom ne paraît point dans les Zoologics locales de la Suède, du Danemarck, etc. : il cherche la solitude et se plaît sur les montagnes; il est fort commun et trè.s-connu dans celles qui sont autour de Nantua. 51. Hébert l’y a vu souv ent et d’assez près, soit à terre, soit sur des noyers; les gens du pays lui ont assuré que sa chair était un trèsbon manger. Son chant est fort ordinaire et a rapport à celui de notre bruant. Les oiseleurs prussiens prennent souvent de ces oiseaux, et ils ont remarque que lorsqu’on les met dans une volière où il y a d’autres oiseaux de diffei'entcs espèces, ils s’approchent des bruants ordinaires avec une predileelion marquée; ils semblent les reconnaître pour leurs

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parents : ils ont en efi'ct le même cri, comme nous venons de le dire, la même taille, la même conformation que les bruants, et ils n’en diffèrent que par quelques habitudes et par le plumage. Le mâle a toute la partie supérieure variée de noirâtre et de gris : mais ce gris est plus franc sur la tête, et il est roussâlre partout ailleurs, excepté sur quelques-unes des couvertures moyennes des ailes où il devient presque blanc; ce même gris roussàtre borde presque toutes les pennes des ailes et de la queue dont le fond est brun, seulement les deux pennes extérieures de la queue sont bordées et terminées de blanc. Le tour des yeux est blanc roussàtre ; les côtés de la tête et du cou sont gris; la gorge est de cette dernière couleur pointillée de noirâtre, et bordée de chaque côté et par le bas d’une ligne presque noire, qui forme une espèce de cadre irrégulier à la plaque grise des côtés de la tête; tout le dessous du corps est d’un roux plus ou'fnoins clair, mais pointillé ou varié de noirâtre sur la gorge, la poitrine et les flancs; le bec et les pieds sont gris.

Longueur totale, six pouces un quart; bec,'cinq à six lignes; vol, neuf à dix pouces; queue, deux pouces un tiers, un peu fourchue, composée de douze pennes ; elle dépasse les ailes de seize lignes.

LE PROYEIL

(le BKUA.XT P!!0YE!5.)

Genre bruanl. (Guvier.j

C’est un oiseau de passage et que l’on voit arriver de bonne heure au printemps. Je suis surpris qu’on ne l'ait pas appelé bruant des prés, car il ne s’éloigne guère des prairies dans la belle saison : il y établit son nid, ou bien dans les orges, les avoines, les millières, etc., rarement à platctei-re, mais trois ou quatre pouces au-dessus du sol, dans l’herbe la plus serrée et assez forte pour porter ce nid. La femelle y pond quatre, cinq et quelquefois six œufs, et tandis qu’elle les couve, le mâle pourvoit à sa nourriture, et, se posant sur la cime d’un arbre, il répète sans cesse son désagréable cri, tri, tri, tri, tiritz, qu’il ne conserve que jusqu’au mois d’aout : ce cri est plus vif et plus coui't que celui du bruant.

On a remarqué que lorsque le jaroyer s’élevait de terre pour s’aller poser sur une branche, ses pieds étaient pendants, et que ses ailes, au lieu de se mouvoir régulièrement, paraissaient agitées d’un mouvement de trépidation propre à la saison de l’amour. Le reste du temps, par exemple, en automne, il vole très-bien et très-\ itc, et même il s élève à une assez grande hauteur.

l.es petits quittcntleur nid bien avant de pouvoir s’envoler : ils se plaisent à courir dans l’herbe, et il semble que les père et mère ne posent leur nid h terre que pour leur en donner la facilité : les chiens couchants les rencontrent fort souvent lorsque l’on chasse aux cailles vertes. Le père et la mère continuent de les nourriretde veillcrsur euxjusqu’à ce qu’ils soient en état de \ olcr : mais leur sollicitude est quclquelois indiscrète ; car lorsqu’on approche de la couvée, ils contribuent eux-mêmes à la déceler, en voltigeant au-dessus d’un air inquiet.

La famille élevée, ils se jettent par bandes nom1)rcuses dans les plaines, surtout dans les champs d’avoine, de fèves et autres menues graines, dont la récolte se fait la dernière. Us partent un peu après les hirondelles, et il est très-rare qu’il en reste quelques-uns pendant l’hiver,

comme avait l’ait celui qui fut apporté à Gessner, dans celte saison.

On a remarqué que le proyer ne voltip pas de laranchc en branche, mais qu’il se pose sur l’extrémité de la branche la plus haute, la plus isolée, soit d’un arbre, soit d’un buisson ; qu’au moment meme il se met à chanter; qu’il s’y tient des heures entières dans la meme place à répéter sou ennuyeux tri, tri; cfifin qu’en prenant sa volée il fait craquer son bec.

I^a lemclle chante aussi, lorsque ses soins ne sont plus nécessaires à scs petits; mais elle ne chante que perchée sur une branche, et lorsque le soleil est au méridien ou qu’il en est peu éloigné : elle sc tait le reste du jour et lait très-bien, car clic ne chante pas mieux que le mâle : elle est un peu plus petite et son plumage est à peu près le même; tous deux SC nourrissent de graines et de petits ^crs qu’ils trouvent dans les prés et dans les champs. Ces oi.seaux sont répandus dans toute l’Europe, ou plutôt ils embrassent toute l’Europe dans leur miirration ; mais Olina prétend qu’on en voit une plus grande quantité à Roine et dans les environs que partout ailleurs. Les oiseleurs les gardent en cage pour leur servir d’appeaux ou d’appelanfs dans leurs petites chasses d’automne; et ces appeaux attirent dans le piège, noii-.seulement des bruants fous, mais encore plusieurs autres petits oiseaux de différentes espèces. On tient ces appelants dans des cages basses, et où il n’y a point de bâtons ou juchoirs, sans doute parce qu'on s’est aperçu cju’ils n'aimaient pas à se percher, au moins de cette manière.

Le proyer a le dessus de la tète et du corps varié de Imun et de roux ; la gorge et le tour des ^yeux est d’un roux clair; la poitrine et tout le reste du dessous du corps d un blanc jaunâtre tacheté de brun sur la poitrine et les flancs; les couvertures supérieures des ailes, les pennes de ces mêmes ailes et celles de la queue brunes, bordées de roux plus ou moins clair; le bec et les pieds gris brun.

La femelle a le croupion d’un gris tirant sur le roux, sans aucune tache ; les couvertures supérieures de fa queue de la même couleur bordées do blanchâtre; et en général .ses plumes et les pennes de sa queue et de scs ailes sont bordées de couleurs plus claires.

J.c bec do ces oiseaux est d’ùnc forme remarquable ; les deux pièces en sont mobiles comme dans les ortolans; leurs bords .sont rentrants de même que dans le bruant ordinaire, et ils ne se joignent point par une ligne droite, mais par une ligne anguleuse; chaque liord du bec inférieur forme, vers le tiers de sa longueui-, un angle saillant obtus, lequel est reçu dans un angle rentrant que forme le bord correspondant du bec supérieur : ce l»ec .supérieur est plus solide et plus plein que dans la plupart des autres oiseaux. La langue est étroite, épaisse et taillée cà sa pointe en manière de cure-dent; les narines sont recouvertes clans leur jDartie supérieure par une membrane en forme de croissant, et dans leur partie inférieure par de petites plumes; la première phalange du doigt extérieur est unie à celle du doigt du milieu.

Tube intestinal, treize pouces (T demi; gé.sier musculeux, précédé d'une médiocre dilatation de l’œsophage, contenant des débris de substances végétales, entre autres des noyaux mêlés avec de petites pierres ; de légers vestiges de cæcum; point de vésicule de fiel; grand axe des testicules, quatre lignes; petit axe, trois lignes; longueur totale de l’oiseau, sept pouces et demi; bec, sept lignes; vol, onze pouces un tiers; queue, près de trois pouces, un peu fourchue, composée de douze pennes ; elle dépasse les ailes de dix-huit lignes.

QUÎ ONT RAPl'OUT AUX BRUANTS.

LE GUIRNEGAT.

Genre inninean. (Ccvier.)

Si CO, bruant n’ctait point de rAmerique méridionale, et que son cri ne rùt point différent de celui de notre bruant, je ne l’aurais donné que comme une variété de celui-ci : il est morne en quelque sorte plus bruant que le nôtre j car il a plus de jaune que le nôtre n’en a communément, et je ne doute pas ciue ces de,ux races ne se croisassent avec succès, et qu'il ne résultât de leur mélange des individus féconds et perfectionnés.

Le jaune règne .sans mélange sur la tète, le cou et tout le dessous du corqas, et cotte meme couleur borne presque toutes les couvertures supérieures et les pennes de la queue et des ailes qui sont brunes; sur le dos elle est mêlée de brun et de vert •. le bec et les yeux .sont noirs et tes pieds bruns.

Cet oiseau se trouve au Brésil, et selon toute apparence il en est originaire, puisqu’il a été nommé par les naturels du pays. Maregrave fait l’éloge do son ramage, et le compare à celui du pinson.

La femelle cstforl différente du mâle, puisque, suivant le meme auteur, elle a le plumage et le cri du moineau.

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