LA HUPPE NOIRE
Le plumage de cet oiseau est peint des plus riches couleurs; la tète noire, surmontée d’une huppe de même couleur; le bec blanc; tout le dessus du corps d un rouge brillant; le dessous d’un beau bleu; une marque noire devant le cou. Voilà de quoi justifier ce que dit Seba de cet oiseau, qui ne le cède en beauté à aucun oiseau chanteur. On peut conclure de là, ce me semble, qu’il a quelque ramage. Il se trouve en .'Vmérique.
N.Brisson le juge beaucoup plus gros que notre bouvreuil. Voici comment il détermine ses dimensions principales, autant qiroti peut le faire d apres une figure dont l’exactitude n’est pas trop bien garantie.
Longueur totale, six pouces; bec, six lignes; queue, dix-huit lignes et plus; elle dépasse les ailes d’environ six lignes.
L’IIA3IBOUVREUX.
Genre moineau, soiis-gciire moineau propr. ment dil. (Cumek.)
Quoique ce prétendu bouvreuil habite notre Europe, je ne le place cependant qii’après ceux d’Afrique et d’Amérique, parce que ce n’est point l’ordre géograpliiqiic que je suis, e.t que son habitude de grimper, soit en montant, soit en descendant, le long des branches des arbres, comme les mésanges, celte de vivre de cerfs-volants et d’autres insectes, et sa queue etagée, semblent l’éloigner plus de nos bouvreuils qu’une distance de deux mille lieues entre le pays natal des uns et des autres.
Cet oiseau a le dessus de la tète et du cou d’un brun rougeâtre, teinté de pourpre; la gorge brune; un large collier de même couleur sur un fond blanc; la poitrine d’un brun jaunâtre, semé de taches noires un peu longuettes; le ventre et les couvertures inférieures de la queue lilancs; le dos, les scapulaires et tout le dessus du corps comme la poi- Irino; deux taches Iilanches sur chaque aile; les pennes des ailes d’un hriin clair et jaunâtre; celles de la queue d’un brun sombre dessus, mais blanches dessous; l’iris jaune et le bec noir.
L’hambonvreux est un peu pins grand que notre moineau-franc : il se tron\e aux environs delà ville de IJamhourg.
Longueur totale, cinq ponces trois quarts; hcc, six lignes; queue, \ ingl et nue lignes, iin peu etagee ; elle dépasse les ailes de presque toute sa longueur.
nu CÜLIOL .
LE COIJÜU.
GlMll'C colillll. (Cl VIKIi.)
Il nous paraît qinUc genre de C(‘l oiseau doit être place entre celui tics veiivi's et celui des büuvrtîiiils ; il tient au premier par les deux longues plunu's (jii’il porte comme les \ (uives au milieu de la queue; et il s’tqVproclio du sccontl par la l'oiine du hec, qui serait précisénjcnt la même que celle du houM'euil, s’il était con\exe en dessous comme en dessus; mais il est aplati dans la partie inrci ieiu'e, et du reste tout semblable à celui du bouvreuil, étant (■gaiement un peu crocliu et proportionnellement de la même longueur. D'autre côté, nous devons observer que la queue du coiiou diflrèrede celle dos veuves en ce qu’elle est composée déplumés étagées, dont les deux (k'.rnit'res ou celles qui recouvre.nt et e.xc('(Jent les autres ne les sur|'iassent que de trois ou quatre pouces, au lieu que les veuves ont une queue proprement dite et des appendices à cette qiuîue. J’entends par la queue proprement dite un amas de plumes attachées au croupion et d’(:gale longueur. Mais outre cette queue qu’ont t(vutes les vciuves, les uru's, comme la veuve commune et la veuve dominicaine, {)nt deux plumes; les autres en ont quatre, comme la veuve à quatrebrins; et les autres enfin ont six ou huit plumes, comme les veuves du cap de Bonne-Espérance. Toutes ces plumes excèdent celles de la queue proprement dite; et cet excédant, dans certaines es[Hïces, ngst que de la longueur de la queue propremwit dite, et dans les autres cet excédant est du double et du triple de celte longueur. Les colious n’ont pointeette queue proprement dite, car leur queue n'est composée que de plumes étagées, ün doit encore observer que dans les veuv es les plumes qui excèdent les autres plumes ont des barbes assez longues et égales des (leux côté's; que CCS bai'bes vont insen.siblcment en diminuant'de longueur de la base à la pointe de la plume, exc('pté dans la veuve dominicaine et la veuve à quatre brins : dans la première, les plumes excédantes n’ont que dixs barbes fort courtes, qui vont en diminuant sensiblement de la base à la pointe de la plume; dans la veuve à quatre brins, au contraire, Ic.s quati'e plumes e.xcédantcs n’ont dans leur longueur que des barbes très-courtes qui s’allongent et forment un épanouissement au liout des plumes; et dans les colious kîs plumes de la queue, soit celles qui excèdent, soit celles qui sont excédées, ont également (Jes barbes qui v ont en diminuant do la base à la pointe des plumes. Ainsi le rapport réel entre la queue d(!s veuves et celle des colious n’est que dans la longueur, et celle de toutes les veuv es dont la queue ressemble le plus à la queue des colious est la v euve dominicaine.
31. Mandnit a fait à cette occasion deux remarques intéressantes. La première est que les longues queues et les autres appendices ou ornements que portent certains oiseaux, ne sont pas des parties surabondantes et particulières ràces oiseaux, dont les antres .soient dépourvus; ce ne sont au contraire que les mêmes parties communes à tous les autres oiseaux, mais seulement beaucoup plus étendues; de sorte qu’en général les longues queiuîs ne consistent (juc dans le prolüng(îmont de toutes les plumes ou seulement de quelques plumes de la quciie. De même les hup[)es ne sont que l’allongemcjil des plumes de la tête. Il en est encore de même d(is plumes longues et étroites qui forment des moustaches à l’oiseau de paradis; elles ne paraissent être qu’une extension des plumes
Ol'i' IIISIOIHK NATLHKLLE
fines, éli'üiles (il, ()hl()nguos, qui, d;ins tons les uiscüinx, sei sent à eun\rir \c, méat, umiitif externe. Les plumes longufîs et llottantcs qui partent de dessous les ailes de l’oisciau de paradis commun, elcelles qui représentent comme des douilles ailes dans le roi des oiseaux de paradis, sont les memes plumes qui partent des aisselles dans tous les autres oiseaux. Lorsque ces plumes sont couchées, elles sont dirigées vers la queue; et lorsqu’elles sont relevées, elles sont transversales à Laxe du corps de l’oiseau. Ces plumes difTi-rent dans Ions les oiseaux des autres plumes en ce qu’elles ont les barbes égales des deux côtés du tuyau , (dles n'présentent, quand elles sont relevées, de véritables ramiîs, et l’on peut croii'c qu’elles servent non-seulement à souhiirir les oiseaux, mais prendre la direction du vent lorsqu’ils volent. Ainsi tous les ormimènts du plumage des oiseaux ne sont que des prolongements ou des excroissances des mômes plumes plus petites dans le commun des oiseaux.
La seconde remarque de ]\L ,\lauduit est que ces ornements des plumes prolongées sont assez rares dans les climats froids et tempérés de l’un et l’autre continent, tandis qu’ils sont ass(vz communs dans les oiseaux des climats 1(!S plus chauds, surtout dans l'ancien continent. Il n’y a guère d’oiseaux à longue queue en Europe que les faisans, les coqs, qui sont en môme temps sduv ('.nt huppés, et qui ont de longues plumes flottantes sur les côtés, les pics et la mésange h longue queue; et de môme nous no connaissons guère en Europe d’autres oiseaux huppés que le grand, le moyen et le petit duc, la huppe, le coclievis et la mésange huppée. Quelques (nseaux d’eau, tels que les canards et les hérons, ont souvent de longues queues ou des ornements composés de plumes, des aigrettes, et des plumes flottantes sur le croupion. Ce sont là tous les oiseaux des zones froides et tempérées auxquels on voie des ornements de plumes : dans la zone torride au contraire, et surtout dans l’ancien continent, le plus grand nombre des oiseaux ont de ces ornements; on peut citer avec les côlious, tous les oiseaux de paradis , toutes les veuves, les kakatoès, les pigeons couronnés, les huppes, les paons qui sont originaires des climats chauds de l’Asie, etc.
Les colious appartiennent à l’ancien continent, et se trouvent dans les contrées les plus chaudes de l’Asie et de l’Afrique, mais jamais on n’en a trouvé en .Amérique, non plus qu’en Europe.
Nous en connaissons ass('z impai’faitemcnt trois espèces ou variétés, dont nous ne pouvons donner ici que les descriptions, car nous ne savons ri(‘n de leurs habitudes naturelles.
I" Le coLiOü DU CAP DE BOXNJMiSPÉitAxCE quc uous avons décrit d’après un individu qui est au Cabinet du Iloi, et qui est représenté dans la planche enluminée n" '282, (ig. 1, de l'édition in-4". Nous ne savons si c’est le mâle ou si c’est la l'ctmdle : il a tout le corps d’une couleur cendrée pure sur le dos et le croupion, et mêlée sur la tôte; la gorge et le cou d une légère teinte de lilas, plus foncé sur la poitrine; le ventre ('.st d’un blanc sale. Les pennes de la queue sont cendrées, mais les deux latérales de chaque côte sont bordées extérieurement de blanc; h-s deux pennes intermédiares sont longues de six pouces neuf lignes ; celles des côtes vont toutes en diminuant' de longueur par degré, et la plus extérieure de cha(juecôté n'a plus que dix lignes de long; les pieds sont gris et les ongles noirâtres; le bec est gris à sa base et noirâtre à son extrémité. Ce coliou a dix pouces trois lignes, y compris les longues plumes de la queue; ainsi le corps de l’oiseau n’a réellement que trois pouces et demi de grandeur. Il se trouve au cap de bonne-Espérance.
DIvS .\IA.\Akl.NS. (il5
'2" Le EOEioii m ei'é uu .sém;(iae lesscinblc beaucoup au prociklont et l’on pout rail le rcgoi'dci' comnic une vaiieté de celte espèce, quoiqu’il'en dilïcro parla grandeur; car il a deux pouces de longueur de plus que le coliou du Cap : il a de plus une espèce de Inippc formée par des plumes plus longues sur le sommet de la tète, et cette Imppe est du même ton de couleur que le reste du corps. On voit une bande bien marquée d’un beau bleu céleste derrière la tète; à la naissance du cou ce bleu est beaucoup pins vif et plus margné qu’il n’est représenté dans la planche. La queue de ce coliou se rétrécit de la base à la pointe. Le bec n’est pas entièiement noir; la mandibule supérieure est blanche depuis la base jusqu’aux deux tiers de sa longueur; le liout de cette mandibule est noir. Ces différences, quoique assez gi-andes, ne le sont cependant pas assez pour prononcer si ce coliou huppé du Sénégal est une espèce différente ou une simple variété de celui du cap de Bonne-Espérance.
3" Lne troisième espèce ou variété encore un peu plus grande que la précédente est le coliou rayé, que nous avons vu dans le cabinet de M. iMauduit. 11 a treize pouces de longueur, y compris les longues plumes de la queue, lesquelles ont elles seules huit pouces et demi, et dépassent les ailes de sept pouces et demi; le bec a neuf lignes; il est noir en dessus et blanchâtre en dessous.
On l’appelle coliou rayé parce que tout le dessous de son corps estrayé, d’abord sous la gorge, de bandes brunes sur un fond gris roussiltre,' et sous le ventre, de bandes également brunes sur un fond roux : le dessus du corps n’est point rayé ; il e.st d’un gris terne légèrement varié de couleur de lilas qui devientplus rougeâtre sur le croupion et la queue, laquelle est verte et tout à fait semblable à celle des autres colious.
M. Mauduit, auquel nous devons la connaissance de cet oiseau, croit qu’il est natif des contrées voisines du cap de Bonne-Espérance, parce cpi’il lui a été apporté du Cap avec plusieurs autres oiseaux que nous connaissons et que nous savons appartenir à cette partie de l’Afrique.
4° Le coliou de l’ile paxay. Nous tirons du voyage dcM. Sonnerai la notice que nous allons donner de cet oiseau :
« Il est, dit ce voyageur, de la taille du gros- bec d’Europe; la lête, le cou, le dos, les ailes et la queue sont d’un gris cendre, avec une teinte jaune ; la poitrine est de la même couleur, traversée de raies noires; le bas du ventre et le dessus de la queue sont roussâtres ; les ailes s’étendent un peu au delà de l’origine de la queue, qui est extrêmement longue, composée de douze plumes d’inégale longueur : les deux premières sont très-courtes ; les deux suivantes de chaque côté sont pins longues, et ainsi de paires en paires jusqu’aux deux dernières plumes qui execdenl toutes les autres la quatrième et la cinquième paires diffèrent peu de longueur entre elles. Le bec est noir; les pieds sont de couleur de chair pâle. Les plumes qui couvrent l.a tête sont étroites et assez longues; elles forment une huppe que l’oiseau baisse ou élève à volonté. »
LES MANAKINS.
Ces oièoaux sont petits cl fort jolis; les plus grands ne sont pas si gros qu’un moineau, et les autres sont aussi petits que le roitelet. Leurs caractères communs et généraux sont d’avoir le bec court, droit, comprimé par les côtés vers le bout; la mandibule supérieure convexe en dessus et légèrement échancrée sur les bords, un peu plus longue que la mandibule inférieure qui est plane et droite sur sa longueur. Tous ces oiseaux ont aussi la queue courte et coupée carrément, et la même disposition dans
<i!G MISTOIHE NA l’UllELLE
les doigts que les i'0(|s-do-roe.lic, les todiers et les calaos, c’est-à-dire le doigt du niilieii réuni étroiteinent au doigt extérieui’ par une mcînlu-aiic jusqu’à la troisième articulation, et le doigt intérieur jusqu’à la première articulation seulement; et autant ils ressemldent au coq-dc-roclie par cette disposition des doigts, autant ils di lièrent des cotingas par cette même disposition : néanmoins quelques autours ont mêlé Tes manakins avec les cotingas; d’autres les ont réunis aux moineaux, aux mésanges, aux linottes, aux tangaras, au roitelet; enlin les nomcnclateurs ont encore eu plus de tort de les appeler jiipra, ou de les réunir dans la même section avec le coq-do-roclic auquel ils ne ressemblent réellement que par cette disposition des doigts et par la queue coupée carrément; car ils en diffèrent constamment, non-seulcim'nt par la grandeur, puisq u’un coq- (le-roclic est aussi gros par rapport à un manafin, qu’une de nos poules l'est en comparaison d’un moineau, mais encore par plusieurs caractères évidents. Les manakins ne ressemblent en aucune façon au coq-de-roebe par la conformation du corps ; ils ont le bec à proportion beaucoup plus court; ils n’ont coinuiunémcnt point de huppe, et dans les espèces qui sont huppées, ce n’est point une huppe double comme dans le coq-derochc, mais une huj)pc de plumes simples un peu plus longues que les autres pluiiKîsde la tête. On doit donc .séparer les manakins, non-seulement des cotingas, mais encore des coqs-de-rochc, et en faire un genre particulier, dont his espèces ne laissent pas d’être assez nonibi-euses.
Les habitudes natiuelles qui leur sont communes à tous n’étaient pas connues, et ne sont pas encore atijourd hui autant observées qu’il serait nécessaire pour en donner un détail exact. Nous ne rapporterons ici que ce que nous en a dit M. de iManoncourt, qui a vu un grand nombre de (;es oiseaux dans leur état dénaturé. Ils habitent les grands bois des climats chauds de rAméri(]ue, et n'en .sortent jamais pour aller dans les lieux découverts, ni dans les campagnes voisines des habitations. Leur vol, quoique a.ssez rapide, est toujours coui t et peu élevé : ils ne .se perchent pas au faite des arbres, mais sur les branches à une moyenne hauteur; ils se nourrissent de petits fruits sauvages, et ils ne laissent pas de manger aussi des insect(!s. On les trouve ordinairement en petites troupes de huit ou dix de la même c.spèce, et quelquefois ces petites troupes se confondent a^ec d’auti es troupes d’espèces différentes de leur meme geni'e, et même avec des conipagni(;s d’autres petits oiseaux de genre différent, tels que les pitpUs, etc. C’est ordinairement le matin qu’on les troure ainsi réunis en nombre, ce qui semble les rendi'c joyeux ; car ils font alors entendre un petit gazouillement fin et agréable. l’.a fraîcheur du matin leur donne cette expression de plaisir; car ils sont en silence pendant le jour, et cherchent à éviter la grande chaleur en se séparant de la compagnie, et se retirant semis dans les endroits les plus ombragés et les plus fouri'cis des forêts. Quoique cette habitude soit cominunc à plusieurs espèces d’oiseaux, même dans nos forêts de hYance, où ils se réunissent pour gazouiller le matin et le soir, les manakins ne se rassenddent jamais le soir et ne demeurent ensemble que depuis le lever du soleil jusqu’à neuf ou dix hcm-es du matin ; après quoi ils se séparent pour tout Te reste de la journée et pour la nuit suivante. En général ils préfèrent les terrains humides et frais aux endroits plus secs et plus chauds ; cependant ils ne fréquentent ni les marais ni le bord des eaux.
Le nom manakin a été donné à ces oiseaux par les Hollandais de Surinam. Nous en connai.ssons six espèces bien distinchvs ; mais nous ne pourrons désigner que la première par le nom qu’elle porte dans son
DES MANAKINS. ^ Clî
pays natal. Nous indiquerons les autres par dcis dénominations relatives à leurs caractères les plus apparents.