‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 436 sur 525 · LE MANAKIN A TÊTE BLANCHE · texte numérisé non relu

LE MANAKIN A TÊTE BLANCHE

Genre manakin *. (Ccvikh.)

Nous présumons que ces trois oiseaux ne sont que trois variétés de cette cinquième espèce; car ils sont tous trois exactement de la même

* Ce eha|iilre ne comprend que deux esjièces distinctes : 1» te manakin à tête d’or,

DliS MA.XAKLNS. 019

grandeur, n’ayant que trois pouees huit lignes de longueur, tandis que toutes les espèces précédentes, q^ue nous avons données par ordre de grandeur, ont quatre pouces et demi, quatre pouces trois quarts, etc. D’ailleurs tous trois sont de la même forme de corps, et se ressemblent meme piar les couleurs, à l'exception de celles de la tète, qui dans le premier est d’un beau jaune, dans le second est d’un rouge vif, et dans le troisième d’un beau bleu. On ne trouve aucune autre ditiérence sensible dans tout le reste de leur plumage, qui est en tout et partout d’un beau noir luisant. Tous trois ont aussiles plumes qui couvrent les jambes d’un jaune pâle avec une tache oblougue d’un rouge vif sur la face extérieure de ces plumes. Seulement le preihier de ces manakins a le bec blanchâtre et les pieds noirs; le second, le bec noir et les pieds cendrés; et le troisième, le bec gris brun et les pieds rougeâtres : mais ces légères dillérences ne nous ont pas paru des caractères assez tranchés pour faire trois espèces distinctes, et il se pourrait même que de ces trois oiseaux l’un fût la femelle d’un autre. CependantM. Mauduit, auquel j’ai communiqué cet article, m’a assuré qu’il n’avait jamais vu au rnanakin à tète blanche les plumes rouges qui recouvrent le genou dans le rnanakin à tète dor. Sic(dtcdifFércnceétaitconstante,on pourrait croire que cesdeux manakins forment deux espèces différentes; mais M. de Manoncourt nous a assuré qu’il avait vu des manakins à tète blanche avec ces plumes rouges aux genoux, et il y a quelque apparence que les individus observés par M. IMauduitéraient défectueux.

Ces manakins se trouvent dans les mêmes endroits, et sont assez communs à la Guyane. 11 paraît même que l’espèce en est répandue dans plusieurs autres climats chauds, comme au Brésil et au Mexique. Néanmoins l’on ne nous a rien appris de particulier sur Icui's habitudes naturelles. Nous pouvons seulement assurer qu’ils se tiennent, comme tous les auti'es manakins, constamment dans les bois, et qu’ils ont le gazouillement qui leur’ est commun à tous, à rexception de celui que nous avons appelé le casse-noisette, lequel n'a d’autr-e voix ou plutôt d’autre cri que celui d’une noisette qu’on casse en la serivint.

Yanété du mmakin à gorge blanche.

Genre inanakiii. (Cdviiîb.)

Une troisième variété dans cette même espèce est le rnanakin à gorge nlanche, qui ne diffère des précédents que par la couleur de la tète, laquelle est d’un noir luisant, comme tout le reste du plumage, à l’exception d’une sorte de cravate blanche qui prend depuis la gorge et finit en pointe sur la poitr’ine. Il est exactement de la même grandeur que les trois précédents, n’ayant comme eux que trois pouces huit lignes de longueur. Nous ignorons de quel climat il est, ne rayant vu que dans des cabinets particuliers où il était indiqué par ce nom, mais sans aucune autre notice. M. de Manoncourt ne l’a pas rencontré à la Guyane; cependant il y a toute apparence qu’il est, comme les trois autres, originaire des climats chauds de l’Amérique.

(lonl le rnanakin à lêle rouge n est <|u'une variclé; 2” le rnanakin à tète blanclie. Cuvier les cile tonies les deux conime exemples de la division des manakins proprement dits.

6”20 UISTOIRK NATURELLE

LE MANAKIN VARIÉ.

Genre manakin. (Cüvieh.)

Nous donnons la dénomination de manakin varié à cet oiseau, parce que son plumage est en effet varié de plaques de différentes couleurs, toutes tres-belles et très-tranchées. 11 a le Iront d’un beau blanc mat; le sommet de la tète d’une belle couleur d’aiguc-rnarinc; le croupion d’un bleu éclatant; le ventre d’une couleur brillante orangée, et tout le reste du plumage d’un beau noir velouté : le bec et les pieds sont noirs. C’est le plus joli cl le plus petit de tous les manakins, n’ayant que trois pouces et demi de longueur, et n’étant pas plus gros qu’un roitelet. 11 se trouve à la Guyane, croù il nous a été envoyé; niais il y est très-rare, et nous ne savons rien de ses habitudes naturelles.

Indépendamment des six espèces et do leurs variétés, que nous venons de décrire, les norncuclatcurs modernes ont appelé manakins, quatre oiseaux indiqués par Seba, dont nous ne faisons ici mention que pour faire remarquer les méprises oü l’on pourrait tomber en suivant cette nomenclature.

Le premier de ces oiseaux a été indiqué par Seba , dans les termes suivants :

Oiseau nommé par les Brésiliens, ^iaizi de miacatototl.

« Son cor|K est orné de phmu's noirâlrcs, l'I ses ailes de plumes d un bleu lurquin : sa tête, qui est d'un rouge de sang, putle un collier d'un jaune duré aulour du cou cl du jabot ; le bec et les pieds soûl d'un jaune pâle, b

M. Brisson, sans avoir vu cet oiseau, ne laisse pas d’ajouter à cette indication des dimensions et des détails de couleurs qui ne sont point rapportés par Seba ni par aucun autre auteur. On doit aussi être étonné de ce que Seba a donné le surnom de mkwatototl à cet oiseau, qu’il dit venir du Brésil, car ce nom n’est pas de la langue du Brésil, mais de celle du Mexique, dans laquelle il signifie oiseau de maïs. La preuve évidente que ce nom a été mal appliqué par Seba, c’est que Fernandès a indiqué, sous ce même nom, un oiseau du Mexique fort différent de celui-ci, et qu’il décrit dans les termes suivants :

DE MIACATOTOTL, SEU AVE OEUMIMS MAIZI.

Avicula est salis parva, lia nuncupala (juod germtnihus maizi insidere soleat : ventre pallenle ac reli(iuo corpore niçjro, plurnis tamen candentibus mtersertis alœ caudaque inferne cinereœ sunt. Frigidis degit locis, ac bono constat almento.

Il est aisé de voir, en comparant ce que dit ici Fernandès avec ce qu’a dit Seba, que ce sont deux oiseaux différents, mal à propos indiqués sous ce même nom ; mais comme la description de Fernandès est à peu près aussi imparlaile que celle de Seba, et que la figure quecc dernier a donnée est encore plus imparfaite que sa description, il n’est pas possible de rapporter cet oiseau, qui se repose sur les maïs, au genre clu manakin plutôt qu’à tout autre genre.

11 en sera de mcmc'îrun autre oiseau donné par Seba sous le nom de

lU’BETRA OU OISEAU d’aMÉHIQUE HUPPÉ.

« 11 n est pas un des moindres oiseaux de chant, dit ccl auteur. Il a la crête j.aune, e be( jniiiic au.ssi, e\ce[dé dessous qu’il est biun; son plumage est, autour du cou

DES MANAKINS. G2I

e( sur h? corps, il'iui roux jaune; la queue el les grosses plumes des ailes sonl d’uu bleu éclilaiil, tandis que les petites plumes sonl d’un jaune pâle. »

3Î. Brlsson, d’après cette description de Seba, a cru pouvoir prononcer que cet oiseau était un manakin. Cependant, s il eût consulté la figure donnée par cet auteur, quoique imparfaite qu’elle soit, il aurait reconnu que la queue est très-longue, et le bec mince, courbé et aIlongé,caractères très-diflérents de ceux des manakins. Il me paraît donc évident que cet oiseau est encore plus éloignéquele précédent du genre des manakins.

Un lroi.siôme oiseau que nos nomenclateurs ont appelé manakin, est celui que Seba indique sous le nom de

picieiTLi or OISEAU ne urésil très-petit et huppé.

' n 11 a, dit ci-t auteur, le corps et les ailes d'un pourpre qui est par-ci par-là plus ou moitis haut ; la crête est d'uii jaune des plus beaux el forme comme un petit faisceau de plumes; son liée pointu el sa queue sont rouges. Eu uu mot, ce petit oiseau est tout à fait joli de quelque côté qu'on le voie. »

iVI. Brisson, d’après une description aussi mttl laite, a néanmoins jugé que cet oiseau devait être un manakin, quoique Seba dise qu’il a le bec pointu; et il y ajoute des dimensions et d’autres détails, sans dire d’où il les a tirés; caria figure donnée par Seba ne présente rien d’exact. D’ailleurs cet auteur s’est encore trompé on disant que cet oiseau est du Brésil; car son nom pkmUi est mexicain, et Fcrnandèsa Indiqué par ce même nom un autre oiseau qui est vraiment du Mexique, et duquel il fait mention dans les termes suivants :

Tetzeoquensis eliam avis PicicitU, parrnla totaqne cinereo corpore, si caput excipias et coUum quœ atra sunt, sed candenle macula oculos (qui nuKjni sunl) amhienle. cujus acumen in pectus usque procedit; apparent post imbres, educatæque domi brevi rnoriuntur : curent cantu, oonuin præstant alimenUim, sed nesciunt Indi referre id)i producant sobolcm.

En comparant ces deux descriptions, il est aisé de voir que l’oiseau donné par Seba n’a d’autres rapports que le nom avec celui de Eernandès, et que c’est fort mal à pi'opos que ce premier auteur a été chercher ce nom pour l’appliquer à un oiseau du Brésil, fort diiïéi’ent du vrai picicitli du Mexique.

11 en est encore de même d’un quatrième oiseau indiqué par Seba sous le nom de

COQUAXTOTOTL Oü PETIT OISEAU HUPPÉ DE LA FIGURE DU AlOIAEAU.

« Il a, dil Ci l auicur, le bcc jaune, court, recourbé, et se jetant en arrière. On observe au-dessus des yeux une lâche jaune ; son estomac et son ventre tirent sur un jaune blafard ; ses ailes sont de la meme couleur et mélangées de quelques |ilumes grêles incarnai, tandis que les maîtresses plumes sont cendré gris; le reste du corps est gris : il porte sur le derrière de la tète une petite crête. »

Sur cette indication, M. Brisson a encore jugé que cet oiseau était un manakin *. Cependant la seule forme du bec sutlit pour déniontrer le. contraire; et d'ailleurs, pui.'squ'il est delà figure du moineau, il n’est pas de celle des manakins. 11 paraît donc bien certain que cet oiseau, dont le nom est cncere de la langue du Mexique, est très-éloigné du genre des manakins. Nous invitons les voyageurs curieux des productions de la nature, à nous donner quelques renseignements sur ces quatre espèces d’oiseaux, que nous ne pouvons, jusqu’à présent, rapporter à aucun

* Celui-ci est le grey-manakin de l.alluim, pipra grisea de Gmelin.

genre connu, mais qu’en même temps nous nous croyons fondés à exclure de celui des manakins.

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