‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 440 sur 525 · LE COQ DE ROCHE · texte numérisé non relu

LE COQ DE ROCHE

Onfre de.s passereaux, famille des deiitirostres, genre maiiakin. (Cüvikh.)

Cet oiseau, quoique d’une couleur uniforme, est l’un des plus beaux de l’Amérique méridionale, parce que cette couleur est très-belle, et que son plumage est parfaitement étage. Il se nourrit de fruits, pcmt-ètre faute de grains; car il serait du genre des gallinacés s’il n’en dillérait pas par la forme des doigts, qui sont joints par une membrane, le premier et le second jusqu’à la troisième articulation, et le second au troisième jusqu’à la première seulement. Il a le bec comprimé par les cotés vei's 1 extrémité, la queue ti'cis-courte , et coupée carrément, ainsi que quelques plumes des couvertures des ailes; quelques-uiuis des plumes ont une espèce de frange de chaque côté, et la première grande plume de chaque aile est échancréc du tiers de sa longueui’ de la pointe à la liaso. IMais ce qui le distingue et le caractérise plus particulièrement, c’est la belle huppe qu'il porte sur la tète : elle est longitudinale en forme de demi-cercle. Dans les descriptions détaillées que MIM. Rrisson et Vosmaër ont données de cet oiseau, la huppe n’est pas bien indiquée; car cette, huppe n’est pas simple, mais double, étant formée de deux plans inclinés qui se rejoignent au sommet. Du reste, leurs descriptions sont assez fidèles; seulement ils n’ont donné que celle du mâle. Nous nous dispenserons d’en faire une nouvelle ici, parce que cet oiseau est trèsditierent de tous les autres et fort aisé à reconnaître. Les figures de nos planches enluminées représentent le mâle et la femelle; un coup d’œil sur la planche suffira pour faire remarquer qu’elle dillère du mâle, en ce ciue le jîlumage de celui-ci est d’une belle couleur rouge, au lieu que celui de la femelle est entièrement brun; on aperçoit seulement quelques teintes de roux sur le croupion, la queue et les pennes des ailes. Sa huppe, double comme celle du mâle, est moins fournie, moins élevée, moins arrondie, et plus avancée sur le bec qne celle du mâle. Tous deux sont ordinairement plus gros et plus grands qu’un pi.gcon ramier : mais il y a apparence que les (iiinensions varient dans les différents individus, puisque IM. Brisson donne à cet oiseau la grosseur d’un gros pigeon romain, et que M. Vosmaër assure qu’il est un peu plus petit que le pigeon commun; différence qui peut aussi venir de la manièi'C de les empailler: mais, dans l’état de nature, la femelle, quoiqu’un pou plus petite que le mâle, est certainement bien plus grosse qu’un pigeon commun.

Le mâle ne prend qu’avec l’âge sa belle couleur rouge; dans la première année il n’est que brun comme la femelle : mais à mesure qu’il grandit, son plumage prend des pointes et des taches de couleur rousse qui deviennent tout à fait rouges lorsqu’il est adulte et peut-être même â,gé; car il est assez rare d’en trouvei' qui soient peints partout et uniformément d’un beau rouge.

Quoique cet oiseau ait dû frapper les yeux de tous ceux (}ui l’ont rencontré, aucun voyageur n’a fait mention de ses habitudes naturelles. M. de âlanoncourt est le premier qui l’ait obscj v é. Il habile non-seuh“-

mont les fentes piolondes dos rochers, mais meme les grandes cavernes obscures, ou la lumière du jour ne peut pénétrei'; ce qui a fait croire à plusieurs personnes que le coc[ de roche était un oiseau de nuit : mais ctst une erreur; car il vole et voit Ircs-bien pendant le jour. Cependant

parait^ que 1 inclination naturelle do ces oiseaux les rappelle plus souvent à leur habitation obscure qu’aux endroits éclairés, puisqu’on lc.s trouve en grand nombre dans les cavernes où Ton ne peut entrer qu’avec des flambeaux. Neanmoins, comme on en trouve aussi pendant le jour en assez grand nombre aux environs de ces mêmes cavernes, on doit présumer qu ils ont les yeux comme les chats, qui voient très-bien pendant le jour et très-bien aussi pendant la nuit. Le mâle et la femelle sont egalement vils et très-farouches,- on ne peut les tirer qu’on se cachant derrière quelque rocher, oii il faut les attendre souv ont pendant plusieurs heures avant qu ils se présentent à la portée du coup, parce que dès qu ils vous aperçoivent ils fuient assez loin, par un vol rapide mais court et peu eleve. Ils se nourris.scnt de petits fruits sauvages, et ils ont Thabitude de graltor la terre, de battre dos ailes et do sc secouer comme les poules : mais ils n on! ni le chant du coq ni la voix de la poule- leur cri pourrmt s’exprimer par la syllabe ké, prononcée d’un ton aigu et traînant. C est dans un trou de rocher qu’ils construisent grossièrement leur nid avec de petits moiccaiix de bois sec i ils ne pondiint communément que deux œufs sphériques cl blancs, de la gros.seur de Teeuf des plus gros pigeons. '

Les mâles sortent plus souvent des cavernes que les femelles, qui ne ^ montrent que rarement, et qui probablement sortent pendant la nuit. On peut les apprivoiser aisément, et x\l. de 3Ianoncourt en a vu dans le poste hollandais du llcuvc Maroni, qu’on laissait en liberté viv re et courir avec les poules.

On les trouve en assez grande quantité dans la montagne Luca, près dOyapock, cl dans la montagne Ccmrmtaye, près de là rivière d’Aprouack. Ce sont les seuls endroits de cette partie de l’Amérique où Tou puisse espérer de se procurer quelques-uns do cos oiseaux. On les recherche à cause de leur beau plumage, et ils sont fort rares et trè.sehers, parce que les sauvages et les nègres, soit par superstition ou par timidité, ne veulent point entrer dans les cavernes obscures qui leur servent de retraites. *

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