‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 445 sur 525 · LES FOURMILIERS · texte numérisé non relu

LES FOURMILIERS

Dans les terres basses, humides et mal peuplées du continent de l'Amériqiie méridionale, les reptiles cl les insectes semblent dominer, par le nombre, sur toutes les autres espèces vivantes. Il y a dans la Guyane et au Rrésil des fourmis en si grand nombre, que pouf en avoir une idée, il faut se figurer des aires de quelques toi.ses de largeur sur plusieurs pieds de hauteur; et ces monceaux immenses accumulés par les fourmis sont aussi remplis, aussi peuplés que nos petites fourmilières, dont l(>s plus grandes n ont que deux ou trois pieds de diamètre ; en sorte qu’une .seule de ces fourmilières d’Amérique peut équivaloir à deux ou trois cents de nos fourmilières d Europe; e.t non-seulement ces magasins, ces nids formés par ces insectes en Américpie, excèdent prodigieusement ceux d’Europe par la grandeur, mais ils les excèdent encore de beaucoup par le nombre. Il y a cent lois plus de fourmilières dans les teri'cs désertes de la Guyane que dans aucune contrée de notre continent; et comme il est dans l’ordre de la nature que les unes de ses productions servent cà la subsistance des autres, on trouve dans ce meme climat des quadrupèdes et des oiseaux qui semblent être faits exprès pour se nourrir de fourmis. Nous ayons donné l’histoire du tamanoir, du tamandua, et des autres fourmiliers quadrupèdes; nous allons donner ici celle des oiseaux fourmiliers qui ne nous étaient pas connus avant que M. de Manoncourt les CLit apportés pour le Cabinet du Roi.

Les fourmiliers sont des oiseaux de la Guyane qui ne ressemblent h aucun de ceux d’Europe, mais qui pour la figure du corps, du bec, des pattes et de la queue, ont beaucoup de ressemblance avec ceux que nous avons appelés dreves. et que les nomcnclateurs avaient mal à propos confondus avec les merles; mais comme les brèves se trouvent aux Philippines, aux Moliiques, à l’île de Ceylan, au Bengale et à Madagascar, il est plus que probalile qu’ils ne .sont pas de la nième famille que les fourmiliers d’Amérique. Ces dei-nicrs me paraissent foimer un nouveau genre qui est entièrement dû aux recherches de 31. de iManoncourt, que j’ai déjà cité plusieurs fois, parce qu’il a fait une étude approfondie sur les oiseaux étrangers, dont il a donné au Cabinet du Roi plus de cent

DKS FOl HMILlKliS.

soixante espèces. Jl a !)ieii souhi inc eonunimuincr aussi (outes les olisenations qu’il a laites dans ses voyages au Sénégal cl en Amérione • cest de ces memes observations que j’ai tiré l’iiistoire et la dcscrintioi’i de plusieurs oiseaux, et en pai-tieulier ei-lle des iburmiliers.

Dans la (iuyanc française, ainsi que dans tous les pays où l’on n’est nas instruit en histoire naturelle, il suffît d'apercevoir dans un animal un caractère on une habitude qui ait de la conformité avec les caractères et les habitudes d’un genre connu, pour lui imposer le nom de ce genrec est ce qui est arrive au su jet des fourmiliers. L’on a remarqué qu’ils né SC perchaient point ou très-iieu, et qu’ils couraient à tei-re comme les perdrix : il n’en a pas fallu davantage pour ne plus les distinguer que par la taille, et sans faire attention aux traits nombreux de dissemblance on les a nommés à Cayenne pc/Z/es perdrix. ’

Mais CCS oiseaux ne sont ni des perdrix ni des merles, ni même des brèves : ils ont .seulement comme ces derniers, pour principaux caractères exteneurs, les jambes longues, la queue et les ailes courtes, l’onale du doigt postene-ur plus arqué et plus long que les antérieurs, le Éce droit et nliqngi', la mandibule .supérieure écnancrée à son exirémité qui .se courbe a .sa jonction avec la mandibule inférieure qu’elle débordé d environ une ligne: mais il.s ont de plus ou de moins que les brèves (car nous ne connaissons pas la forme de la langue de ces oiseaux) la langue courte cl garnie de petit.s tilels cartilagineijx et charnus vers sa pointe : le.s couleurs sont aussi trè^-dill'érentes, comme on le verra par leurs de.scriptions particulières, et il y a toute apparence que les fourmiliers diilèrent encore des brèves par leurs habitudes naturelles, puisqu’ils sont de climats très-éloignés, et dont les productions étant différentes les nourritures ne peuvent guère être les mêmes. Lorsque nous avons parlé des brèves, nous n’avons rien pu dire de. leurs habitudes naturehes parce qu’aucun voyageur n’en a fait mention : ainsi nous ne pouvons nas leur comparer à cet egard les fourmiliers d’Amérique. '

Kn gi'méral les fourmiliers se tiennent en lioupes et se nourris.sent de petits insectes, et principalement de fourmis, Ic.squellcs pour la plupart sont assez siunblablcs à eelle.s d’Europe. On rcnconti'c pre.sque toujours ces oiseaux à terre, c’est-à-dire sur les grandes fourmilières, qui comimmcincnt, dans l’intérie.iir de la Guyane, ont plus de vingt pieds do diamètre, (.es insectes, par leur multitude presque infinie^ sont trosnuisibles aux progrès de la culture, et même à la conservation des denrce.s dans celte partie de r.Dnérique, méridionale.

L on distingue plusieurs espèces dans ces oiseaux mangeurs de fourmis j et quoique diirérentes entre clics, on les trouve assez souvent réunies dans le même lieu : on \ oit ensemble ceux des grandes et ceux des petites espèces, et aussi ceux qui ont la queue un peu longue et ceux qui l’ont très-courte. .A.U reste, il est rare, si l’on en excepte les espèces principales qui se réduisent à un petit nombre; il est rare, dis-je, de trouver dans aucune des autres deux individus qui se rcs.semblent parfaitement et l’on peut présumer que ces vai-iétés si multipliées proviennent de l.à facilité que les petites e.spèces ont do se mêler et de produire ensemblede sorte qu’on ne doit les regarder pour la plupart que comme de simples variétés, et non pas comme des espèces distinctes et .séparées.

Tous CCS oiseaux ont les ailes et la queue fort courtes, ce qui les" rend peu propres pour le vol; elles ne leur servent que pour courir et sauter légèrement sur quelques branches peu élevées. On ne les voit jamais voler en plein air : ce n’est pas faute d’agilité, car ils sont très-vifs et

BfFFiix, Ionie VIII. /i

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presque toujours en mouvement j mais c’est faute des organes ou plutôt des instruments nécessaires à l’exccution du vol, leurs ailes et leur queue étant trop courtes pour pouvoir les soutenir et les diriger dans un vol

élevé et continu. . , ^

La voix dos fourmiliers est aussi très-singulierej ils font entendre un cri qui \ aric dans les différentes espèces, mais qui dans plusieurs a quelque chose de fort extraordinaire, comme on le verra dans la description de chaque espèce particulière.

Les environs des lieux habites ne leur conviennent pas; les insectes dont ils font leur principale nourriture, détruits ou éloignés par les soins de l’homme, s’y trouvent avec moins d’abondance : aussi ces oiseaux se tiennent-ils dans les bois épais et éloignés, et jamais dans les sav ânes ni dans les autres lieux découverts, et encore moins dans ceux qui sont voisins des habitations. Ils construisent, avec des herbes sèches assez grossièrement entrelacées, des nids hémisphériques, de deux, trois et quatre pouces de diamètre selon leur propre grandeur; ils attachent ces nids ou l('s suspendent par les deux cotés, sur des arbrisseaux à deux ou trois pieds au-dessus de terre : les femelles y déposent trois ou quatre œufs

presque ronds. , , s

La chair de la plupart de ces oiseaux n est pas bonne a manger : elle a un goût huileux et désagréable, et le mélange digéré des fourmis et des autres insectes qu’ils avalent exhale une odeur infecte lorsqu’on les ouvre.

LE ROI DES FOliRiVlILIERS.

Onlrp des passereaux, lamille (les dentiroslres, genre f(jurmilier. (C.I’vihr.)

Lelui-ci est le plus grand et le plus rare de tous les oiseaux de ce genre ; on ne le v oit jamais en troupes et très-rarc'ment par paires, et comme il est presque toujours seul parmi les autres qui sont en nombre, et qu’il est plus grand qu’eux, on lui a donné le nom de roi des fourmiliers. Nous avons d’autant plus de raison d’en faire une espèce particulière et différente de toutes les autres, que cette affectation avec laquelle il semble fuir tous les autres oiseaux et mi'me ceux de son espèce, est assez extraordinaire. Et si un observateur aussi exact que M. de Manoncourt ne nous avait pas fait connaître les mœurs de cet oiseau, il ne serait guère possible de le reconnaître à la simple inspection pour un fourmilier; car il a le bec d’une grosseur et d’une loi me différentes de celles du bec de tous les autres fourmiliers ; mais comme il a plusieurs habitudes communes avec ces memes oiseaux, nous sommes fondés à présumer qu’il est du même genre. Ce roi des fourmiliei's se tient presque toujours à tei re, et il est beaucoup moins vif que les autres, qui renvironnenl en sautillant; il fréquente les memes lieux et se nourrit de meme d’insectes et surtout de fourmis ; sa femelle est, comme dans toutes les autres espèces de ce genre, plus grosse que le mâle.

Cet oiseau, mesuré du bout du bec à l’extrémité de la queue, a sept [ onces et demi de longueur. Son Lee est brun, un peu crochu, long de quatorze lignes, et épais de cinq lignes à sa base, qui est garnie de petites moustaches; les ailes pliées aboutissent à rextremité de la queue qui n’a que quatorze lignes de longueur; les pieds sont bruns et longs de deux pouces.

Le dessous du corps est varié de roux brun, de noirâtre et de blanc, et c’est la première de ces couleurs qui domine jusqu’au ventre, où elle

DES FOi;R.\nLlEUS. 0^5

devient moins foncde, et où le blanchâtre est 1^ couleur dominante • deux bandes blanches descendent des coins du j)cc et accompacrient la plaque de couleur sombre de la gor^e et du cou; l’on remarque sur la poitrine une tache blanche à peu près triangulaire : le roux brun est la couleur du dessus du corps; il est nuancé de noirâtre et df! blanc, excepté le croupion et la queue où il est sans mélange. Au reste, les dimensions en grandeur et les teintes des couleurs sont sujettes à varier dans les différents individus; ear il y en a de plus ou moins colorés, comme aussi de moins grands et de plus grands, quoique adultes, et nous en avons présenté ici le terme moyen.

L’AZIJHIN.

Onre fourmilier, (Cuviku.)

Nous avons donné à la suite des merles la description de cel oiseau à laquelle nous n’avons rien à ajouter. Nous avons déjà observé qu’il n’était certainement pas un nnetie ; par sa forme extérieure il doit se rapporter au genre des fourmiliers : nous ne connai.ssons cependant pas ses habitudes naturelles. Il est assez rare à la Guv'ano', d’où néanmoins il a été envoyé à M. .Mauduit *.

LE GRAND BÉFROI.

Oenre foiirmilipr. (Ci vin;.)

Ce n’est que par comparaison avec un autre plus petit, que nous donnons à cet oiseau l’épithète de grand; car sa longueur totale n’est que de six pouces et demi. Sa queue, longue de seize lignes, dépa.ssc de six lignes les ailes pliées; le bec, long de onze lignes, est noir en dessus et blanc en dessous, large à sa base de trois lignes et demie ; les pieds ont dix-huit lignes do longueur, et .sont, ainsi que les doigts, d’une couleur plombé clair.

La planche enluminée, n" 706 de l’édition in-i”, repré.scnte les couleurs du plumage, mais les teintes en varient presque dans chaque individu : les dimensions varient de même, et nous venons d’en présenter le terme moyen .

Dans cette espèce les femelles sont beaucoup plus grosses que les mâles, et plus à proportion que dans la première espèce; c’est un rapport que tous les fourmiliers ont avec les oiseaux de proie, dont les femelles sont plus grosses que les mâles.

Ce qui distingue plus particulièrement cet oiseau, auquel nous avons donné le nom de béfroi, c’est le son singulier qu’il fait entendre le matin et le soir; il est semblable à celui d’une cloche qui sonne l’alarme. Sa voix est si forte, qu’on peut l’entendre à une grande distance, et l’on a peine à s’imaginer qu’elle soit produite par un oiseau do si petite taille. Ces sons aussi précipités que ceux d’une cloche sur laquelle on frappe rapidement, se font entendre pendant une heure environ : il semble que ce soit une espèce de rappel comme celui des perdrix, quoique ce bruit singulier se fasse entendre en toutes sai.sons et tous les jours, les matins au

‘ 1,’aznriii n'esl pnini de Cayenne, niais des Indes orientales.

G;J(i IIISTOÏKK XATIKKLLI-;

Icvor (lu soleil, cl les soirs iivaiil son ('ouchcr; mais on doit ol»ser\ er que, (’ommo la saison des amours n’cst pas fixée dans ces climats, les perdrix, ainsi que nos fourmiliers, se rappellent dans tous les temps de l’année.

Au reste, le l'oi des fourmiliers et le béfroi sont les seuls oiseaux de ce genre dont la chair ne soit pas mauvaise à manger.

Variété du petit béfroi.

Genre fonrmilier. (Cuvieb.)

Il y a dans cette espèce une diirércnce sensible pour la grandeur, et c’est par cette raison que nous rappellerons le petit béfroi.

Sa jongueur est de cinq pouces et demi ; le dessus (du corps est d’une couleur olivâtre, qui devient moins foncée sur le croupion; la queue, dont les pennes sont brunes, ainsi que celles des ailes, dépasse celles-ci de dix lignes; le dessous de la gorge est blanc; ensuite les plumes deviennent grises et tachetées de brun roussâtre jusqu’au ventre, qui est de cette dernière couleur.

Par cette description, il est facile d'apercevoir les rapports frappants des couleurs de cet oiseau avec celles du grand béfroi, et du reste la conformation est la même.

LE PALIKOlJR OU FOUllMIldER PROPREMENT DIT.

Genre fourmilier. (Cuvieb.)

Il a près de six pouces de longueur; le corps moins gros et le bec plus ' allongé que le petit béfroi ; les yeux, dont l’iris est rougeâtre, sont entoures d’une peau d’un bleu céleste; les pieds et la partie inférieure du bec sont de la m(}me couleur.

La gorge, le devant du cou et le haut de la poitrine sont couverts d’une plaque noire en forme d’une cravate, a\ ec une bordure noire et blanche, qui s’étend derrière le cou et y forme un demi-collier; le reste du dessous du corps est cendré.

Les oiseaux de cette espèce .sont très-vifs : mais ils ne volent pas plus que les autres en plein air; ils grimpent sur les arbrisseaux à la manière des pics et en étendant les plumes (le leur queue.

Ils font entendre une espèce de fredonnement coupé par un petit cri bref et aigu.

Les œufs sont bruns, gros à peu près comme des œufs de moineau; le gros bout est semé de taches d’une couleur brun foncé : le nid est plus épais et mieux tissu crue celui des autres fourmiliers, et a de plus une couche de mousse qui le revêt â l’extérieur.

Nous avons mis à la suite des merles plusieurs fourmiliers; mais maintenant qiie M. di; Manoncourt nous a fait connaître pleinement ce nom eau genre, il faut rapporter à l’espèce du paUkour ou fourmilier pt'oprement dit, le merle à cravate, de Cayenne, le merle roux de Cayenne, et le petit merle brun à gorge rousse de Cayenne. On peut les regai'der comme des variétés de ciîtte quatrième espèce de fourmilier. Au reste, la description en est bonne et n’exige aucun changement : nous observerons seulement que les dimensions du merle à cravate et du merle roux ont été prises sur de grands individus; ce qui pourrait les faire juger plus grands que le grand béfroi dont nous n’avons donné que la grandeur moyenne, et qui est réellement plus gros que ceux-ci.

DES FOÜIEMILIERS.

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