LA PIE-GRIÉCHE GRISE
{l\ pie-grifxue commune.)
Ordre des passereaux, famille des dentirostres, genre pie-griècbe. (Cuvieh.)
Cette pie-grièche grise est très-commune dans nos provinces de France, et paraît être naturelle à notre climat, car elle y passe 1 hiver et ne le quitte en aucun temps : elle habite les bois et les montagnes en été, et vient dans les plaines et près des habiialions en hiver; elle fait son nid sur les arbres les plus élevés des bois ou des terres en montagne. Ce nid est composé au dehors de mousse blanche entrelacée d'herbes longues, et au dedans il est bien doublé et tapissé <le laine; ordinairement il est appuyé sur une branche à double et triple l'ourclic. La femelle, qui ne diffère pas du mâle par la grosseur, mais seulement par la teinte des couleurs plus claires que celles du mâle, pond ordinairement cinq ou six et quelquefois sept, ou même huit œufs, gros comme ceux d'une grive; elle nourrit scs petits de chenilles et d'autres insectes dans les premiers jours, et bientôt elle leur fait manger de petits morceaux de viande que leur père leur apporte avec un soin et une diligence admirables. Rien différente des outres oiseaux de proie, qui chassent leurs petits avant qu’ils soient en état de se pourvoir d’eux-mêmes, la pie-grièche garde et soigne les siens tout le temps du premièr âge, et quand ils sont adultes, elle les soigne encore; la famille ne se sépare pas; on les voit voler ensemble pendant l'automne entier, et encore en hiver, sans qu’ils se réunissent en grandes troupes. Chaque fomille fait une petite bande à part, ordinairement composée du père, de la mère et de cinq ou six petits, qui tous prennent un intérêt commun à ce qui leur arrive, vivent en paix, et cbnssent de concert, jusqu'à ce que le sentiment ou le besoin d’amour, plus fort que tout autre sentiment, détruise les liens de cet attachement, et enlève les enfants à leurs parents : la famille ne se sépare que pour en former de nouvelles.
Il est aisé de reconnaître les pies-grièches de loin, non seulement à cause de cette petite troupe qu’elles forment après le temps des nichées, mais encore à leur vol qui n’csl ni direct ni oblique h la même hauteur, et qui se fait toujours de bas en haut, et de haut en bas, alternativement et précipitamment ; on peut aussi les reconnaître, sans les voir, à leur cri aigu : Iroui, troui, qu’on entend de fort loin, et qu'elles ne ce.ssent de répéter lorsqu’elles sont perehées au sommet des arbres.
Il y a, dans cette première espèce, variété pour la grandeur et variété pour la couleur. Nous avons au Cabinet une pie-grièche qui nous a été envoyée d’Italie, et qui ne diffère de la pie-grièche commune que par une teiiiie de roux sur la poitrine et le ventre : on en trouve d’absolument blanches dans les Alpes, et ces pies-grièches blanches, aussi bien que celles qui ont une teinte de roux sur le ventre, sont de la même grandeur que la pie-griècbe grise, qui n’est elle-même pas plus grosse que le maucis, autrenient la grive-mauvielle * : mais il s’en trouve d’autres en Allemagne et
* Elle diffère de la première en ee qu’elle est plus grande et plus grosse, et en ce qu’elle