‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 451 sur 525 · LES TINA MO US · texte numérisé non relu

LES TINA MO US

Ces oiseaux qui sont propres et particuliers aux climats chauds de TAmérique, doivent être regardés comme faisant partie des oiseaux gallinacés; car ils tiennent de 1 outarde et de la perdilx, quoiqu’ils en diffèrent par plusieurs caractères : mais on se tromperait si Ton prenait pour caractères constants certaines habitudes naturelles qui ne dépendent souvent que du climat ou d’autres circonstances : par exemple, la plupart des oiseaux qui ne se perchent point en Europe et qui demeurent toujours à terre, comme les perdrix, se perchent en Amérique; et même les oiseaux d’eau à pieds palmés, que nous n’avons jamais vus dans nos climats se percher sur les arbres, s’y posent communément; ils vont sur Tcau pendant le jour, et retournent la nuit sur les arbres au lieu de se tenir à terre. 11 paraît que ce qui détermine cette habitude qu’on aurait d’abord jug('îe contraire à leur nature, c’est la nécessité où ils se trouvent d’éviter, non-seulement les jaguars cl autres animaux de proie, mais encore les serpents et les nombreux insectes dont la tern' fourmille dans ces climats chauds, et qui ne leur laisseraient ni tranquillité ni repos; les fourmis seules arrivant toujours en colonnes pressées et en nombre immense, feraient bientôt autant de squelettes des jcanies oiseaux qu’elles pourraient envelopper pendant leur sommeil, et l’on a reconnu que lt;s serpents avalent souvent des cailles, qui sont h's seuls oiseaux qui se tiennent à U rre dans ces contrées. Ceci seml)le d’abord làire une exception à ce que nous venons de dire; tous les oiseaux ne se perchent donc pas, puisque les cailles restent à terre dans ce climat comme dans ceux de l’Europe. Mais il y a toute apparence que ces cailles, qui sont les seuls oiseaux cpii se tiennent à terre en Amérique, n’en sont pas originaires; il est de fait (jue Ton y en a poi'té d’Europe en assez grand nombre, et il est probable qu’elles n’ont pas eu encore le temps de conformer leurs habitudes aux nécessités et aux convenances de leur nouveau domicile, et qu’elles prendront peut-être, à la longue et à force d’être incommodées, le parti de se percher comme le font tous les autres oiseaux.

Nous aurions dû placer le genre des tinamous après celui de l’outarde ; mais ces oiseaux du nouveaii continent ne nous étaient pas alors assez cennus, et c’est à .M. de Manoncourt que nousdevonsla plusgrande partie des faits qui ont rapport à leur histoire, ainsi que les descri{)tions exactes qu’il nous a mis en état de faire, d’après les individus qu’il nous a donnés pour le Cabinet du Roi.

Les Espagnols de TAméi-ique, et les Français de Cayenne, ont également donne aux tinamous le nom de perdrix-, et ce nom, quoique trèsimpropre, a été adopté par quelques nomenclatcurs : mais le tinamou

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difTcrc de la perdrix en ce qu'il a le bec grêle, allonge el mousse à son extrémité, noir par-dessus et blanchâtre en dessous, avec les narines oblongucs et posées vers le milieu de la longueur du bec; il a aussi le doigt postérieur très-court et qui ne pose point à terre; les ongles sont fort courts, assez larges et creusés en gouttière par-dessous : les pieds dilTcrent encore de ceux de la perdrix ; car ils sont charges par derrière comme ceux des poules, et sur toute leur longueur, d’écailles qui ont la forme de petites coquilles, mais dont la partie supérieure se relève et forme autant d’inégalités, ce qui n’est pas si sensible sur le pied des poules. Tous les tinamous ont aussi la gorge cl le jabot assez dégarnis de plumes, qui sont très-ccartées et clair-semées sur ces parties; les pennes de la queue sont si courtes, que dans quelques individus elles sont entièrement cachées par les couvertures supérieures. Ainsi ces oiseaux ont été très-mal à propos appelés perdrix, puisqu'ils en dili'èrent par tant de caractères essentiels.

Mais ils diffèrent aussi de l’outarde par quelques-uns de leurs principaux caractères, el particulièrement par ce quatrième doigt qu’ils ont en arrière el qui manque à l’outarde ; en sorte que nous avons cru devoir en faire un geiwe particulier, sous le nom qu’ils portent dans leur pays natal.

Les bdbiluclcs communes à toutes les espèces de tinamous sont, comme nous l’avons dit, de se pej'cher sur les arbres pour y passer la nuit, et de s’y tenir aussi quelquefois pendant le jour, mais de ne jamais se placer au faîte des grands arbres, et de ne se poser que sur les branches les moins élevées. Il semble donc que ces oiseaux, ainsi que beaucoup d’autres, ne SC perchent que malgré eux, et parce qu’ils y sont contraints par la nécessité : on en a un exemple évident par les perdrix de celte contrée, qui ne diffèrent pas beaucoup de celles de TLurope, et qui ne quittent la terre que le plus tai'd qu’elh's peuvent chaque jour; elles ne se pcirhent même que sur les branches l(!s plus basses, à deux ou trois

Eieds de hauteur de terre. Ces perdiix de la Guyane; ne nous étaient pas ien connues lorsque nous avons écrit riustoire de ce genre d’oiseaux; mais nous en donnei'ons la description Èi la suite de cet article.

En général, les tinamous sont tous bons à manger; leur chair est blanche, ferme, cassante et succulente, surtout celle des ailes, dont le goût a beaucoup de rapport à celui de la perdrix rouge. L(;s cuisses et le rroupion ont d’ordinaire une amertunu' qui les rend d('!sagréables; cette amertume vient des fruits de balisier dont ces oiseaux se nounàssent, et l’on trouve la même amc'rlume dans les pigeons ramiers qui mangent de ces fruits ; mais lorsque les tinamous se nourrissent d’autres fruits, comme de cerises sauvages, etc., alors toute leur chair est bonne, sans cependant avoir de fumet. Au reste, on doit observer que comme l'on ne'^peut garder aucun gibier plus tie vingt-quatre heures, à la Guyane, sans qu’il soit corrompli par la grande chaleur et l’humidité du dimal, il n’est pas possible, que les v ian(r(;s prennent le degré de maturité nécessaire à l’excellence du goût, et c'est par cette raison qu’aucun gibier de ce climat ne peut acquérir de fumet. Ces oiseaux, comme tout ceux qui ont un jabot, avalent souvent les fruits sans les broyer ni même sans les casser; ils aiment de préférence, non-seulement lesceriscs sauvages, mais encore les fruits du palmier Comon, et même ceux de l’arbre de café, lorsqu’ils se trouvent à portée d’en manger. Ce n’est pas sur les arbres mêmes qu’ils cueillent ces fruits ; ils se contentent de les ramasser à terre ; ils les cherchent. Ils grattent aussi la terre et la creusent pour y faire leur

(iiS JllSTOIliE NATLiRKl.LE

nid, qui 11 csl composé, pour Tordinaire, que d'une couche d’hcrlics sèches. Ils font coinrnuriément deux pontes par an, et toutes deux trèsnombreuses; ce. qui prouve encore que ces oiseaux, ainsi que l'agami, sont do la classe des gallinacés, lesquels pondent tous en beaucoup plus grand nombre que les autres oiseaux. Leur vol est au.ssi comme celui des gallinacés, pesant et assez court; mais ils courent à terre a\ ce une givuide vitesse. Ils vont en petites troupes, et il est assez rare de les troin cr seuls ou par paires; ils se rappellent en tout temps, matin et soir, et quelquefois hussi pendant le jour : ce rappel est un sililemcnt lent, tremblant et plaintif que les chas.scurs imitent pour les attirer à leur portée; car c’est l’un des meilleurs gibiers et fe plus commun qui soit dans ce pays.

Au reste, nous obscr\ crons, comme une chose assez singulière, que dans ce genre d'oiseau, ainsi que dans celui des fourmiliiTs, la femelle est néanmoins plus grosse que le m/île; ce qui n’appartient guère, dans nos climats, qii à la classe des oiseanxde proie ; mais du reste les femelles tinamous sont presque entièrement semblables aux mâles par la Ibrme du corps ainsi que par l’ordre et la distribution des rouleurs.

LE 31AGOUA.

Ordre dis gallinacés, genre télras, sous genre linamoii. (Ccvieu.)

Nous donnons au plus grand des tinamous le nom de Maguiia. par contraction de Macoumçoua, nom qu’il porte au Brésil. Cet oiseau est au moins de la grandeur d un faisan; son corps e.st .si chainu, qu'il a, selon Maregrave, le double de la chair d’une bonne poule. Il a la gorge et le bas du ventre blancs; le dessus de la tète d'un roux foncé; le reste du corps d’un gris brun varié de blanc sur le haut du ventre, les côtés et les couvertures des jambes; un peu de verdâtre sur le cou, la poitrine, le haut du dos et les couvertures supérieures des ailes et de la queue, sur lesquelles on remarque quelques taches transversales noirâtres, qui sont moins nombreuses aux couvertures de la queue; le gris brun est plus foncé sur le reste du corps, et il est varié de taches transv ersales noires qui deviennent moins nombreuses vers le croupion; l'on voit aussi quelques petites taches noires sur les pennes latérales de la queue; les pennes moyennes des ailes sont variées de roux et de gris brun, et terminées par un bord roussâtre; les grandes pennes sont ctmdrées, sans taches et sans bordures; h's pieds sont noirâtres, et les yeux noirs, derrière lesquels, à une petite distance, l’on voit les oreilles comme dans les poules. Pisoii a observ’c que toutes les parties intérieures de cet oiseau étai(‘nt semltlables à celles de la poule.

La grandeur n’est pas la meme dans tous les indiv idus de cette espè( e. Voici a peu près le terme mü>en de leurs dimensions. La longueur totale est de quinze pouces; le bec de vingt lignes; la queue de trois pouces et demi; et les pieds de deux pouces trois quarts; la queue dépasse les ailes pliées d’un pouce deux lignes.

Le sifflement par lequel ces oiseaux se rapppellent est un son grave qui se fait entendre de loin et régulièrement à six heures du soir, c’està-dire au moment même du coucher du soleil dans ce climat; de sorte que quand le ciel est couvert et qu’on entend lemagoua, on estaussi sûr de l’heure que si l’on consultait une pendule. Il ne siffle jamais la nuit, à moins que quelque chose ne l’effraie.

i)KS TINA MOI S.

L;i loriK'llc pond de douze à seize fouis prestpic fonds, un ])eu plus ei'os (jue des œufs de poule, d’un bleu vcrdàlre, et Irès-bons à manger. °

l.E TINA.MOU CENDKÉ.

Sous-gonrc liiiamou. (Cioitii.)

Nous avons adopté cette dénomination, parce qu’elle fait, pour ainsi dire, la description de l’oiseau, qui n’était eonnu ci aucun naturaliste, et que noiis devons à M. de 3lanoncourt. C’est de tous les tinamous le moins commun à la Guyane. Il est en effet d’un brun cendré uniforme sur tout le corps, et cette couleur no carie que sur la tète et le haut du cou, où (die prend une teinte de roux. Noua n on donnons pas la repreisentation, parce qu’on peut aisfiment se faire une idée de cet oiseau en jetant les yeux sur le grand tinamou, et le supposant plus petit, avec une couleur uniforme et cendrée.

Sa longueur est d un pied; son bec de seize lignes; sa queue de deux pouces et demi, et scs pieds d’autant.

JJi TINAMOU VARIÉ.

SuiK-genriJ liimmou. ((ioviKR.)

Cette espèce, qui est la troisième dans l’ordre de grandeur, diffère des deux premières par la variété du plumage. C’(!St par cette raison que nous lui avons donné le nom de linamou varié; les créoles de Cayenne l’appellent perf/m;p'mfnf/c, quoique cette dénomination ne lui convienne point; car il ne ressemble en rien à la pintade, et son plumage n’est pas piqueté, mais rayé. 11 a la gorge et le milieu du ventre blaims; le cou, la poitrine et le haut du ventre roux; les côtés et les jambes rayés obliquement de blanc, de brun et de roux; le dessus de' la tète et du haut du cou noir; tout le dessus du corps, les eouverturcs supérieures de la queue et des ailes, et lis pmmes moyennes des ailes raye^s transversalement do noir et de brun olivâtre, plus ioncé sur le (îos, et plus clair sur le croupion et his côtés ; les grandes pennes des ailes sont brunes uniformément, sans aucune tache; les pieds sont noirâtres.

Sa longueur totale est de onze pouces; son bec de quinze lignes; sa queue de deux pouces ; elle dépasse les ailes pliées de six lignes.

11 est assez commun dans les terres delà Guyane, quoique en moindre nombre que le magoua, qui de tous est celui que Ton trouve le plus fréquemment dans les bois; car aucune des trois esp(';ccs que nous venons CIC décrire ne fréquente les lieux découverts. Dans celle-ci la femelle pond dix ou douze œuls, un peu moins gros que ceux de la poule faisane, et qui sont très-remarquables par la belle couleur de lilas dont ils sont peints partout et assez uniformément.

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