‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 450 sur 525 · LES FOURMILIERS ROSSIGNOLS · texte numérisé non relu

LES FOURMILIERS ROSSIGNOLS

Ces oiseaux, par leur conformation extérieure, forment un genre moyen entre les fourmiliers et les rossignols; ils ont le bec et tes pieds des fourmiliers, et par leur longue queue ils se rapprochent des rossignols. Ils vivent en troupes dansJes grands bois de la Guyane, courent à terre et sautent sur les branches peu' élevés, sans \oler en plein air; ils se nourrissent de fourmis et d’autres petits insectes. Ils sont très-agiles, et font entendre en sautillant une espèce de fredonnement suivi d’un petit cri aigu, qu’ils répètent plusieurs fois de suite lorsqu'ils se rappellent.

Nous n’en connaissons que de deux espèces.

LE CORAYA.

Nous l’avons ainsi nommé parce (ju'il a ta queue rayée transversalement de noirâtre. La longueur de cet oiseau est de cinq pouces et demi, mesuré depuis l’extrémité du bec jusqu’à celle de la queue; la gorge et le devant du cou sont blancs; la poitrine est moins blanche, et prenefune teinte de cendré; il y a un peu de roussâtre .sous le ventre et sur les jambes; la tête est noire, et te dessus du corps d’un brun roux : la queue étagée est longue de deux pouces : elle dépasse les ailes de dix-huit lignes au moins; l’ongle postérieur est, comme dans les fourmiliers, le plus long et le plus fort de tous.

L’A L APL

Cette seconde espèce de fourmilier-rossignol est un peu plus grande que la première. Cet oiseau a près de six pouces de longueur; la gni'ge.

DK L’AGAMI. Gü

le devant du cou et la poitrine sont noirs; le reste liu dessous du corps estcendi'é; une couleur brun olivâtre, couvre le dessus delà tète, du cou et du dos; le reste du dessus du corps est d’un cendré plus fonce que celui du ventre; l’on remarque une tache blanche sur le milieu du dosla queue noirâtre et un peu étagée dépasse d’un pouce et demi les ailes* dont les pennes sont brunes en dessus et noirâtres en dessous; et les couvertures supérieures sont d'un fvrun très-foncé, piqueté de blanc, ce qui a fait donner à cet oiseau le nom à’ukipi.

La femelle n’a pas la tache blanche sur le clos; sa gorge est blanche, et le reste du dessous du corps roussâtre avec des plumes gris cendré sur les côtés du bas-ventre et sur celles qui forment les couvertures inféi-ieuresde la queue; les points des couvertures des ailes sont aussi roussâtres, et la couleur du dessus du corps est moins foncée que dans le mâle.

Au reste, ces teintes de couleurs et les couleurs elles-mêmes sont sujettes à varier dans les différents individus de cette espèce, comme nous l’av ons observé dans celle des fourmiliers.

L’AGAMI.

Ordre des ccliii.ssiors, famille de.s cullriroslrcs. genre grue. (Crvii k.)

Nour rendons à cct oiseau le nom (Xaijami, qu’il a toujours porté dans son pays natal, afin d’éviter les équivoques dans lesquelles l’on ne-tombe que trop souvent par la confusion des noms : nous-memes avons déjà parlé de cet oiseau sous le nom de caracara, sans savoir que ce fût l’agami; mais tout ce que nous avons dit d’après le père Dutertre doit néanmoins se rapporter à cet oiseau, qui n’est point un faisan, comme le dit cet auteur,et qui est encore plus éloigné du caracara de Maregrave, lequel est un oiseau de proie, et dont le [)ôrc Dutertre avait mal à propos emprunté le nom.

L’agami n’est donc ni le caracara ni un faisan ; mais ce n’est pas non plus une poule sauvage, comme l’a écrit Barrère, ni une grue, comme il est dénommé dans l’ouvrage de 31. Pallas, ni même un grand oiseau d’eau de la famille des vanneaux, comme M. Adanson para'ît l’insinuer, en disant qu’il est de cette famille à cause de scs genouillères relevées et du doigt postérieur situé un peu plus haut que les trois antérieurs, et qu’il forme un genre intermediaire entre le jacana et le kamichi.

Il est vrai que l’agami a quelque rapport avec les oiseaux d’eau, par ce caractère très-bien .saisi par 31. Adanson , et encore par la couleur verdâtre de ses pieds; mais il en diffère par tout le reste de sa nature, puisqu’il habite les montagnes sèches et les forêts sur les hauteurs, et qu’on ne le voit jamais ni dans les marécages ni sui' le bord des eaux. Nous n’avions pas besoin de ce nouvel e.xemplc pour démontrer l’insuffisance de toutes les méthodes, qui ne portant jamais que sur quelques caractères particuliers, se trou\ ent très-souvent en défaut lorsqu’on vient à les appliquer; car tout méthodiste rangera, comme M. Adanson, l’agami dans la classe des oiseaux d’eau, et se trompera autant qu’il est possible de .SC tromper, puisqu’il ne fréquente pas les eaux, et qu’il vit dans les bois comme les perdj-ix et les faisans.

Cependant ce n’est point un faisan ni un hocco; car il diffère de ce genre, non-seulement par les pieds et les jambes, mais encore par les doigts et les ongles, qui sont beaucoup plus courts : il diffère encore plus

de la poule, et l’on :ie doit pas non plus le placer avec les grues, parce ciu’il a le bec, le cou et les jambes beaucoup plus courts que la grue, qu’on doit mettre avec les oiseaux d’eau, au lieu que l’agami doit être rançé dans les gallinacés.

L agami a vingt-deux pouces de longueur; le bec, qui ressemble parfaitement à celui des gallinacés, a vingt-deux lignes; la queue est trèscourte, n’ayant que trois pouces un quart; de plus, elle est couverte et un peu dépassée par les couvertuirs supérieures, et elle n’excède pas les ailes lorsqu'elles sont pliées; les pieds ont cinq pouces de hauteur et sont revêtus tout autour de petites écailles, comme dans les autres gallinacés ; et ces écailles s’étendent jusqu’à deux pouces au-dessus des genouillères, où il n’y a point de plumes.

La tète en entier, ainsi que la gorge et la moitié supérieure du cou, en dessus et en dessous, sont également couvertes d’un duvet court, bien serré et très-doux au toucher ; la partie antérieure du bas du cou, ainsi que la poitrine, sont couvertes d’une belle plaque de près de quatre pouces d’étendue, dont les couleurs éclatantes varient entre le vert, le vert doré, le bleu et le violet; la partie supérieure du dos et celle du cou ({ui y est contiguë sont noires; après quoi le plumage .se change sur le bas du dos en'iine couleur de roux brûlé; mais tout le dessous du corps est noir ainsi que les ailes et la queue; seulement les grandes plumes qui s’étendent sur le croupion et sur la queue sont d’un cendré clair; les pieds sont v erdûtres. La planche enluminée présente une image assez fidèle de la forme et des couleurs de cet oiseau.

Non-seulement les nomcnclateurs avaient pris Tagami pour un faisan, une poule ou une grue, mais ils l’avaient encore confondu avec le macucagua de Maregrave, qui est le grand tinamou, et dont nous parlerons dans l’article suivant, sous le nom de magoua. M. Adanson est le premier qui ait remarqué cette dernière erreur.

MM. Fallas et Vosmaër ont très-bien observé la faculté singulière qu’a cet oiseau de faire entendre un son sourd et profond qu’on croyait sortir de l’anus; ils ont reconnu que c’était une erreur. Nous observerons seulement qu’il y a beaucoup d’oiseaux qui, comme Tagami, ont la trachéeartère d’abord osseuse et ensuite cartilagineuse, et qu’en général ces oiseaux ont la voix grave; mais il y a aussi Iveaucoup d’oiseaux qui ont au contraire la trachee-artère d'abord cartilagineuse, et ensuite osseuse à l’entrée de la poitrine, et ce sont ordinairement ceux-ci qui ont la voix aiguë et perçante.

Mais à l’égard de la formation du son singulier que rend cet oiseau, elle peut en effet provenir de la plus grande étendue de son poumon, et des cloisons membraneuses qui le traversent : cependant on doit observer que c’est par un faux préjugé qu’on est porté à croire que tous les sons qu’un animal fait entendre passent par la gorge ou par l’extrémité opposée; car, quoique le son en général ait besoin de l’air pour véhicule, cependant on entend tous les jours dans le grouillement des intestins des sons qui ne passent ni par la bouche ni par Tanus, et qui sont cependant très-sensibles à l’oreille. Il n’est donc pas nécessaire même de supposer que Tagami ouvre un peu le bec, comme le dit M. Vosmaër, pour que ce son se fa.sse entendre; il suffit qu’il soit produit dansTintéiicur du corps de l’animal pour être entendu au dehors, parce que le son perce à travers les membranes et les chairs, et qu’étant une fois excité au dedans, il est nécessaire qu’il se fasse entendre plus ou moins au dehors. D’ailleurs ce son sourd que Tagami fait entendre ne lui est pas particulier; le hocco

DE L’ACAMf. fii.l

rend souvent un son de même nature, et (lui même est plus articulé que celui de l’agami; il prononce son nom et le fait entendre par syllabes, CO, hocco, CO, CO, CO, d’un ton grave, profond, et bien plus fort que celui de l’agami. 11 n’ouvre pas le bec, en sorte qu’on peut les comparer parfaitement à cet égard. Et, comme dans leur conformation intérieure il n’y a rien d’assez sensiblement différent de celle des autres oiseaux, nous croyons qu’on ne doit regarder ce son que comme une habitude naturelle, commune à un grand nombre d’oiseaux, mais seulement plus sensible dans l'agami et le hocco. Le son grave que font entendre les coqsd’inde avant leur cri, le roucoulement des pigeons, qui s’exécute sans qu’ils ouvrent le bec, sont des sons de même nature; seulement ils se produisent dans une partie plus voisine de la gorge : l’on voit celle du pigeon .s’enfler et .se distendre, au lieu que le son du hocco, et surtout celui de l’agami, sont produits dans une partie plus basse, si éloignée de la gorge qu’on est tenté de rapporter leur issue Èi l’ouverture opposée, parle préjugé dont je viens de parler; tandis que ce son intérieur, semblable aux autres sons qui se lorment au dedans du corps des animaux, et surtout dans le grouillement des intestins, n’a point d’autre issue que la perméabilité des chairs et de la peau qui laisse passer le son au dehors du corps. Ces sons doivent moins étonner dans les oi.seaux que dans les animaux quadrupèdes; car les oiseaux ont plus de facilité de produire ces sons sourds, parce qu’ils ont des poumons et des réservoirs d’air bien plus grands à proportion que les autres animaux : et comme le corps entier des oiseaux est plus perméable à l’air, ces sons peuvent aussi sortir et sc faire entendre d’une manière plus sensible; en sorte que cette faculté, au lieu d’ètre particulière à l’agami, doit être regardée comme une pi’opriété générale que les oiseaux exercent plus ou moins, et qui n'a frappé, dans l’agami el le hocco, que par la profondeur du lieu où se produit ce son, au lieu qu’on n’y a point fait attention dans les coqs-d’Inde, les pigeons, et dans d’autres où il se produit plus à l’extérieur, c’est-à-dire, dans la poitrine ou dans le voisinage de la gorge.

A l’égard des habitudes de l’agami, dans l’état de domesticité, voici ce (fu’en dit M. Vosmaër ;

« Quanil ces oise.nix sont cniteictms avec propreté, ils .se tiennent aussi fort nets, et font souvent passer par leur bec les plumes du corps et des ailes : lorsqu’ils jouent qoebiuefois (uii.re eux, cela se fait tout en sautant, et] avec d'assez forts niouveinontsel hallements d'ailes. I.a différence du climat et des aliments amortit certainement ici (en Hollande) leur ardeur naturelle pour la propagation, dont ils ne donnent que de lrè.s-faibles marques. Leur nourriture ordinaire est rio grain. i(!l qoe le blé- .sarrasin, etc. ; mais ils mangent aussi fori volontiers de petits poissons, de la viande et du pain. I.eur goût pour le poisson, et b uis jambes passablement longiie.s, font assez voir qu’en ceci ils tiennent encore do. la nature des hérons et des grues, qu’ils sont amis des eaux, et qu'ils apiiarlienuenl à la classe des oiseaux aquatiques. »

Nous devorus remarquer ici que ce goût pour le poisson n’est pas une preuve, puisque les poules en sont aussi friandes que de toute autre nourriture.

n Ce que Pisloriiis nous raconte, continue M. Vosmaër, de la reconnaissance de cet oiseau, peut faire honte à bien des gens. Cet oiseau, dit il. est reconnaissant quand on l’a apprivoisé et distingue siui rnaitre ou bienfaiteur par-dessus tout autre; je l’ai expérimenté moi même, en ayant élevé un tout jeune. Lorsque, le malin, j’ouvrais sa cage, celte caressante bête me sautait autour du corps, les doux ailes étendues, trompetant (c'est ainsi qoe plusieurs ont cm devoir exprimer ce son) du bee et du derrière, comme si, de celle manière, il voulût me souhaiter le bonjour.

llJSTOllîJi AATIJUEJJJi

Il nu me laisail pas un accueil moins artcclueux quand j’étais sorti, cl que je revenais au logis : à peine ni'apcrcevail-il de loin, qu'il courait a moi, bien que je fusse ineme dans un bateau, et en niellant pied à b ne il me félicitait de mon arrivée par les memes compliments; ce qu'il ne faisait qu’à moi seul en particulier, cl jamais a d autres. » e > j

Nous pouvons ojouti'i' à ces ob.scrvations beaucoup d’autres faits qui nous ont été communiqués par M. de iTlanoncourl.

Dans 1 état de nature, l’agami liabite les grandes forêts des climats chauds de 1 Amérique, et ne s’approche pas des endroits découverts, et encore rnoins des lieux habites. 11 se tient eu troupes assez nombreuses et ne Iréqiiente pas de préférence les marais ni le bord des eaux; car ii se trouve souvent sur hvs montagnes et autres terres élevées. Il marche et court plutôt qu'jl ne v oie, et sa course, est aussi rapide que son vol est pesant; car il ne s élevé jamais que de queltjiies pieds, pour se reposer à une petite distance sur terre ou sur quelques branches peu élevées. Il se nourrit do Iruits sauvages comme les lioceos, les marails et autres oiseaux gallmaco-s. Lor.squ on le surprend, il luit et court plus .souvent qu’il ne \ oie, et il jette en meme temps un cri aigu semblable à celui du dindon.

Ces oi.seaux grattent la terre au pied des grands arbres pour y creuser la place du dépôt de leurs œufs; car ils ne ramassent rien pour le garnir et ne font point de nid. Ils pondent des œufs en grand noinltrc, de dix jusqu a seize, et ce nombre est proportionné, comme dans tous l(!s oiseaux, à l’âge de la femelle. Ces œufs sont presque sphériques, plus gros que ceux de nos poules, est peints d Une couleur de vert clair. Les jeunes agamis conservent leur duvet oti plutôt leurs premières plumes elFilées, bien plus longtemps que^ nos poussins ou nos perdreaux. On en trouve qui les ont longues de près de deux pouces; en sorte qu’on les prendrait pour des animaux couverts de poil ou de soie jirsqu’à cet Age, et ce duvet ou ces .soies sont tres-.serrées, tres-lournies et très-douces au toucher; les vraies plumes ne viennent que quand ils ont pris plus du quart de leur accroissement.

Non-seulement les agmnis s’apprivoisent très-aisément, mais ils s’attachent meme à celui cpii les soigne avec autant d’empressement et de fidélité que le chien : ils en donnent les marques les moins équivoques; car si l’on garde un agami dans la maison, il vient au-devant de son maître, lui fait des caresses, le suit ou le précède, et lui témoigne la joie qu’il a de l’accompagner ou de le revoir : mais aussi lorsqu’il prend quelqu'un en guignon, il le chasse à coups do bec dans les jambes, et h reconduit quelquefois fort loin, toujours avec les mêmes démonstrations d humeur ou de colère, qui souvent ne provient pas de mauvais traitements ou d offenses, et qu on ne peut guère attribuer qu’au caprice de l’oiseau, déterminé peut-être par la figure déplaisante, ou par lodeur dé.sagreable de certaines personnes. Il ne rnaiKjue pas aussi d’oiféir à la voix de son maître; il vient même auprès do tous ceux qu’il ne hait pas dès qu il e.st appelé. 11 aime à recevoir des caresses, et présente surtotit la tête et le cou pour les lairc gratter; et lorsqu’il est une fois accoutumé à ces complaisances, il en devient importun, et stmble exiger qu’on les renouvelle à chaque instant. Il arrive aussi, sans être appelé, toutes les fois qu’on est à table, td il commence par chasser les chats et les chiens, et se rendre le maître de la chambre avant de demander a manger; car il est .si confiant et si courageux, qu'il ne fuit jamais, et les chiens ^e taille ordinaire sont obliges de céder, souv eut après un combat long, et dans lequel il sait éviter la dent du chien en s’élevanl en l’air, cl relombaiit

DK I;A(ÎA.\IJ. 04;i

ensuite sur son ennemi, auquel il clicrelie à crever les yeux et qu’il meurtrit a coups de bec et d ongles j et lorsqu une lois il s^est rendu vainqueur, il poursuit son ennemi avec un acharnement singulier, et finirait par le faire périr si on ne les séparait. Enfin il prend dans le commerce de l'homme presque autant d’instinct relatif que le chien, et Ton nous a même assuré qu’on pouvait apprendre à l’agami à garder et conduire un troupeau de moutons. Il parait encore qu’il est jaloux contre tous ceux qui peuvent partager les caresses de son maître j car souvent lorsqu’il vient autour do la table, il donne de violents coups de bec contrôles jambes nues des nègres ou des autres domestiques quand ils approchent de la personne de son maître.

La chair de ces oiseaux, surtout celle des jeunes, n’est pas de mauvais goût, mais elle est sèche et ordinairement dure. On découpe dans leurs dépouilles la partie brillante de leur plumage; c’est cette plaque de couleur changeante et vive que l'on a soin de préparer pour faire des parures.

M. de la Horde nous a aussi communiqué les notices suivantes au sujet de ces oiseaux :

« L('s ag onis sauvages, dil-il, soûl écarfés ilaus l’inlcrieur des terres, de in.niicrn riii’il n'y en a plus aux environs de Cayenne..., :H ils sont très-communs dans les terres fdoignées ou inliabilèes... On les trouve toujours dans les grands bois, en nombreuses troupes de dix .à douze, jusqu’.à quarante... Ils se lèvent de terre pour voler à des arbres peu élevés, sur lesquels ils restent tranquilles; les chasseurs en tuent qiielquel'ois plusieurs sans que les antres rnietii... Il y a des hommes qui imitent leur bourdonnement ou son sourd si parfaitement, ([u'ils les font venir .à lems pieds... Quand les chasseurs ont trouve une compagnie d’agamis, ils ne quilli nl pas prise qu'ils n’en aient lué plusieurs. Ces oiseaux ne voh ni presque pas. et leur chair n'est pas bisii bonne : elle est noire, toujours dure, mais celle des jeunes est moins mauvaise... 11 n’y a pas d’oiseau qui s'apprivoise plus aisément que celui ci ; il y en a toujours plusieurs dans les rues tie Cayenne... Us vont aussi bois de la ville et reviennent exactement se reiirer chez leur uiailrc. On les a|iprocho et on les manie tant qn’on veut; ils ne craignent ni les chiens ni les oiseaux de proie, dans les h:i.5ses-cüurs : ils sc rendent maîtres des poules cl ils s'en fout craindre. Ils se nourrisseiil comme les jioules, les marails, les paraguas; cependant les agamis très-jeunes prel'crenl les petits vers et la viande à luuic autre nourriture.

« l’rcsqiie tous ces oiseaux preuncnl à tic de suivre quelqu’un dans les rues ou hors de la ville, des personnes même qu'ils n’auront jamais vues ; vous avez heau vouscaeher, entier dans les maisons, ils vuu.s alkndcnl, reviemienl biujmirs à vous qii. Iqm lois pendant plus de trois heures. Je me suis mis a eourir qiielquel'ois, ajoute' -M.de la ilordc, iis coiiruieiil plus que moi et me gagnaient toujours le devant ; quand je ni arrélais, ils s'arrèlaiciit aussi fort près de moi. J'en coiiiiais nu qui ne manque pas de suivre lous les élrangers qui entrent dans la maisuii de son maître et de les suivre dans le jardin, uü il fait daiis les .allées aidant de luiirs de promenade qu’eux, jusipi'a ce qu’ils se retirent. »

Comme les habitudes naturelles de cet oiseau étaient très-peu connues, j'ai cru devoir rapporter mot à mot les différentes notices que l’on m’en a données. Il en résulte que de tous les oiseaux l’agami est celui qui a le plus d’instinct et le moins d’éloignement pour la société de l’homme. 11 paraît à cet égard être ans, si supérieur aux autres oiseaux que le chien l’est aux autres animaux. Il a même ravaiitage d’être le seul qui ail cet instinct social, cette cormais.sance, cet altaclieracnt bien décide pour son maître; au lieu que dans les animaux quadrupèdes, le chien, quoique le premier, n’est pas le seul qui soit su.sccpliblc de ces sentiments relatifs. Et puisque l’oii connaît ces qualités dans l’agami, tic devrait-on pas tâcher de multiplier l’espèce? Dès que ces oiseaux aiment la domesticité pourquoi ne les pas élever, s’en servir et chercher à perfectionner encore

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leur instinct et leurs facultés? Rien ne démontre mieux la distance immense qui se trou\ e entre Thomme sauvaqe et Thomme policé que les conquêtes de celui-ci sur les animaux : il s^est aidé du chien, s’est servi du cheval, del’ûne, du bœuf, du chameau, de Téléphant, du renne, etc. Il a réuni autour de lui les poules, les oies, les dindons, les canards, et lo^é les pigeons : le sauvage a tout négligé ou plutôt n’a rien entrepris, meme pour son utilité ni pour scs besoins : tant il est vrai que le sentiment du bien-être, et même l’instinct de la conservation de soi-même, tient plus à la société qu’à lu nature, plus aux idées morales qu’aux sensations physiques!

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