‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 457 sur 525 · DE LORRAINE · texte numérisé non relu

DE LORRAINE

Genre gnbe-iiuniches. (Gcviuh.)

Le gobe-mouches noir à collh'r est la seconde des deux espèces do gohe-monches d’Europe. On l’a nommé aussi yobe-mourhes de Lorrame ; et cette dénomination peut avec raison s’ajouter à la première , puisque c’est dans cette province qu’il a été, pour la première fois, bien vu et bien décrit, et où il est plus connu et apparemment pins commun. 11 est un peu moins grand que le pnicédent, n’ayant guère que cinq pouces de longueur. 11 n’a d’autres couleurs que du blanc et du noir par plaques et taches bien marquées ; néanmoins son plumage varie pins singulièrement que celui d’aucun autre oiseau.

Suivant les différentes saisons, l’oiseau mâle paraît porter quatre habits différents : l’un, qui est celui d’automne ou d’hiver, n’est guère ou point différent de celui de sa femelle, laquelle n’est pas sujette à ces chan-

DES GOI5E-.MOi;CliES. 053

geiiü'iils (le. couleur ; leur plumage ressemble alors à celui du «Ktrter, vulgairemeiil petit pinson des bois. J)aiis le second étal, lorsque ces oiseaux ;jrri\eiit en Provence ou en Italie, le plumage du mâle est tout pareil à celui du becligue : le troisième état est celui qu'il prend quelque temps après son arrivée dans notre pays, et qu’on peut appeler son habit de printemps, (l’est comme la nuance par laquelle il passe au quali ième, qui est celui d’été, et qu’on peut nommer avec raison, dit Ai. Lotlinger, son habit de noces, puisqu’il ne le prend que lorsqu’il s’apparie, et qu’il h' (liiiltc aussitôt après les nichees. L’oiseau est alors dans toute sa beauté. Un collier blanc de trois lignes de hauteur environne son cou, qui est du plus beau noir, ainsi que la tète, à l’exception du front et de la face qui sont d’un très-beau blanc: le dos et la (jueue sont du noii- de la tète; le croupion est varié de noir et de blanc; un trait blanc large d’une ligne borde, sur quelque longueur, la penne la plus extérieure de la queue près de son origine; les ailes, composées de dix-sept pennes, sont d’un marron foncé; la troisième penne et les quatre suivantes sont terminées par un brun beaucoup plus clair, ce qui, l’aile étant pliée, fait un très-bel ellèt; toutes les pennes, excepté les deux premières, ont sur le côté extérieur une tache blanche qui augmente à mesure qu’elle aj)proche du corps; en sorte que le côté exléi'ieur de, la dernière penne est (’iitièrcment de cette couleur ; la gorge, la poitrine et le \ entre sont blancs; le bec et les pieds noirs. Un lustre et une fraîcheur singulière relèvent tout ce plumage; mais ces beautés disparaissent dès le commencement de juillet : hiS TOulcurs deviemnent faibles et bionissent-, le collier s’évanouit le premier, et tout le reste bientôt se ternit et se confond. Alors rois(.:au mâle est tout à fait méconnaissable; il perd son beau plumage dans les premiers jours de juilh't.

« J’ai clé irouver plusieurs fois, dit M. foltitiger, des oiseleucs qui avaient des trnducs sur di s fiiuUiines, dari.s des lieux où niclicul ces oiseaux . et quoique ce ne fût qu’eu juillet, ils me dirent qu’ils prenaient fréquemment des femelles, mais pas un seul mâle. »

Tant les mâles étaient devenus .semblables aux femelles. C’estaussisous leur livrée qu’ils reviennent avec elles, dans leur retour au printemps : mais Al. Lottinger ne nous écrit pas, avec le même détail, l’habit que ce gobe-mouches prend dans .son passage aux provinces méridionales; je veuxdire le quatrième changement, qui lui donne l'apparence de becligue. Aldrovande paraît indiquer le changement de ce gobe-mouches qiul a bien désigné ailleurs, lorsque le rappelant de nouveau parmi les becligues, il (lit l’avoir surpris l'instant même de sa métamorphose, et où il n’était ni bccfiyue ni tête-noire. Il avait déjà cependant, ajoute-t-il, le collier blanc, ia tache blanche au front, du bhuic dans la queue et sur l'aile, le dessous du corps blanc et le reste noir. A ces traits le gobemouches à collier est pleinement reconnaissable.

Cet oiseau arrive en Lorraine vers le milieu d’avril. 11 se lient dans les forêts, surtout dans celles de haute futaie; il y niche dans des trous d’arbre, quelquefois as.sez profonds et îi une distance de terre assez con- .sidérable. .Son nid est composé de petits brins d’herbe et thun peu de mou.sse qui couvre le fond du trou ott il s’est établi. 11 pond jusqu’à six ü-ufs. Lorsque les petits sont éclos, le père et la mère ne cc.ssent d’entrer et de .sortir pour leur porttn' à manger; et par cette sollicitude ils décèlent eux -mêmes leur nichée, (pie sans cela il ne serait pas facile de découvrir.

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Rs ne se nourrissent que de inouciics ci autres insectes volants; on ne les voit pas à terre, et piesquc toujours ils se tiennent fort éleve's, voltigeant d’arbre en arbre. Leur voix n’est pas un chant, mais un accent plaintif très-aigu, roulant sur une consonne aigre, crrî, crrî. Ils paraissent sombres et trfstes: mais l’amour de leurs petits leur donne de l’activité et même du courage.

La Lorraine n’est pas la seule province de France où l’on trouve ce gobe-mouches à collier. IM. Hébert nous a dit en avoir vu dans la Brie, où néanmoins il est peu connu, parce qu’il est sauvage et pas.sager. Nous avons trouvé un de ces gobe-mouches, le 10 mai 1773, dans un petit parc près de Montbard,en Bourgogne; il était dans le même état de plumage que celui qu’a décrit >[. Brisson. Les grandes couvertures des ailes, qu’il représente terminées de blanc, ne l’étaient que sur les plus voisines du corps; les plus éloignées n’étaient que brunes: les seules couvertures du dessous de la queue étaient blanches ; celles du dessus d’un brun noirâtre; le croupion était d'un gris de perle terne; et le derrière du cou, dans rendroit du collier, moins foncé que la tète et le dos; les pennes moyennes de l’aile étaient, vers le bout, du même brun que les grandes peiincs; la langue nous parut oirrangée par le bout, large pour la grosseur de l’oiseau, mais proportionnée à lu largeur de la hase du hcc; le tube inte.slinal était de huit à neuf pouces de longueur; le gésier musculeux, précédé d’une dilatation dans l’œsüphage; quelques vestiges de cæcum; point de vésicule du fiel. Cet oiseau était mâle, et des testicules paraissaient d'environ une ligne de diamètre : il pesait trois gros.

Dans cette espèce de gobe-mouches, le bout des ailes se rejoint et s’étend au delà du milieu de la queue, ce qui fait une exception dans ce genre, où l’aile [)liée n’atteint pas le milieu de la queue. L’oiseau ne la tient pas élevée; le blanc du devant de la tête est aussi plus étendu, et M. Lottinger juge qu’on a donné un mâle commençant à changer d’habit, pour une femelle : il observe de plus que le collier du mâle devrait environner tout le cou sans être coupé de noir. L’on doit avoir égard aux remarques de cet observateur exact, qui, le premier, nous a fait connaître les haliitudes et les cliangements de couleur de ces oiseaux.

Au reste, ce petit oiseau triste et sauvage, mène pourtant une vie tranquille, sans danger, sans combats, protégée par la solitude. Il n’arrive qu’à la fin du printemiis, lorsque les insectes dont il fait sa proie ont pris leurs ailes, cl part dans l’arrière-saison pour retrouver aux con- Irées du Midi sa pâture, sa solitude et scs amours.

Il pénètre assez avant dans le Nord puisqu’on le trouve en Suède : mais il paraît s’être poi té beaucoup plus loin vers le Midi, qui est véritablement son climat natal; car nous ne croyons pas devoir faire deux espèces du gobe-mouches du cap de Bonne-Esperaucc, décrit .sous le nom de gobe-mouches à collier du Cap, et de noire gobe-mouches de Lorlaine, la ressemblance étant frappante, à une tache rousse jvrès que le premier a .sur la poitrine; différence, comme l’on voit, très-légère, vu l'intervalle des climats, et surtout dans un plumage qui nous a paru .si susceptible de diverses teintes, et sujet à des changements si rapides et. si singuliers. Un second gobe-mouches du Cap, qu’on aurait pu aussi nommer à collier (puisque si l’autre en a un qui lui ceint le cou par dei rière, celui-ci en porte un par devant), ne nous paraissant que la femelle, doit se rapporter encore à notre gobe-mouches à collier, dont on retrouve dans ces deux variétés le même port, la même figure et plus de re.ssemblances que l'on n’a droit d'en attendre à cette distance de climat.

DES GOBlî-MOUCHES.

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