LE ROSSIGNOL DE .MURAILIÆ
(le bec-fin de limUILLE.)
(ienre bec-lin, sous-genie rubielte. (Ccvikk.)
Le chant de cet oiseau n a pas 1 etendue ni la variété de celui du rossignol, mais il a quelque chose de sa modulation; il est tendre et inéh' d un accent de tristesse : du moins c’est ainsi qu’il nous affecte: car il n’est sans doute, pour le chantre lui-mènie, qu’une expression de joie et déplaisir, puisqu il est l’expression de l’amour, et que ce sentiment intime est également délicieux pour tous les êtres. Cette ressemblance ou plutôt ce rapport du chant est le seul cju il y ait entre le rossignol et cet oiseau : car ce n’est point un rossignol, quoiqu’il en porte le nom; il n’en a ni les mœurs, ni la taille, ni le plumage : cependant nous sommes forces par 1 usage de lui laisser la dénomination de rossignol de muraille, qui a été généralement adoptée parles oiseleurs et les naturalistes.
Cet oiseau arrive avec les autres au printemps, et se pose sur les tours et les combles des édifices inhabités; c’est de là qu’il fait entendre son
Di; KÜSSIGNOL DE Ml KAiLLE. 7;^!
ramage. Il sait liouvur la soliUidc jusqu'au milieu des villes dans lesquelles il s’élablit sur le pignon d'un gi’und mur, sut un clocher sur une cheminée, chercliant partout les lieux les plus élevés elles plus'inaccessibles; on le trouve aussi dans l’épaisseur des forets les plus sombres H vole légèrement, et lorsqu’il s’est porche il fait entendre un petit cri’ secouant incessamment la queue par un tnimousscmeul assez singuirer' non de bas en haut, mais horizontalement et de droite à gauche. Il aimé les pays de montagne et ne paraît guère dans les plaines. îl est beaucoup moins gros que le rossignol, et même un peu moins que le l'ougc-gorge • sa taille est plus menuc,^ [dus allongée; un plastron noir lui couvre la gorge, le devant et les côtés du cou; ce même noir environne les yeux cti-emonle jinsque sous le bec : un bandeau blanc masque son front; le haut, le deri'ière de la tête, le dessus du cou et le dos, sont d’un gris lustré, mais foncé; dans quelques individus, apparemment plus vieux tout ce gris est pre.sque noir : les pennes de l’aile, cendré noirâtre ont leurs barbes extérieures plus claires cl frangées de gris Idancliâtre; audessous du plastron noir, un beau roux de leu garnit la poitrine au laVge SC porte, en s’éteignant un peu, .sur les lianes, et reparaît dans sa vivacité sur tout le laisceau des plumes de la queue, excepté les deux du milieu qui .sont brunes; le ventre est blanc; les pieds sont noirs; la langue est fourchue au bout comme celle du ro.ssignol. ^
La femelle est assez différente du màlé pour excuser la méprise de quelques naturalistes qui en ont fait une seconde e.spèce : elle n’a ni le front blanc, ni la gorge noire; ces deux parties sont d’un gris mêlé de roiissâtre, et le reste du plumage est d’une teinh; plus taible.
Ces oiseaux nichent dans des trous de murailles, à la ville et à la campagne, ou dans des creux d’ai'bres et des fentes de rocher; leur ponte est de cinq ou six œufs bleus; les petits éclosent au mois de mai. Le mâle pendant tout le temps de la couvée, lait entendre sa voix de la pointé d’une roche ou du haut de quckpie édifice i.solé, voisin du domicile de s;i famille : c’est sm tout le matin et dès l’aurore qu’il prélude à ses chants
On prétend que ces oiseaux craintifs et soupçonneux abandonnent leur nid s'ils s’aperçoivent qu’on les obsei've pendant qu’ils y travaillent et l'on assure qu’ils quittent leurs œufs si on les touche; ce qui e.st assez croyable : mais ce (jui ne l’est point du tout, c’est ce qu’ajoute Albin que dans ce même cas ils délaissent leurs petits ou les jettent hors du nid.
JjC lossignol de mu/’ailhg v[uoique habitant pi’cs de nous ou parmi nous, n’en demeure pas moins sauvage ; il vient dans le séjourde l’homme sans paraître le remarquer ni le connaître; il n’a rien de la familiarité du rouge-gorge, ni de la gaieté de la fauvette, ni de la vivacité du rossignolson instinct est solitaire, son naturel sauvage, et son caractèi-c triste. Si on le prend adulte, il refuse de manger et se laisse mourir; ou s’il survit à la perle dosa liberté, .son silence obstiné marque .sa triste.s.se et ses regrets. Cependant en le prenant au nid et l’élevant en cage, on peut jouir de son chant; il le fait entendre à toute heure et même pendant la nuit; il le perfectionne, soit pur les leçons qu’on lui donne, soit en imitant celui des oiseaux qu’il est à portée d’écouter.
On le nourrit de mie de pain et de la même pâtée que le rossignol : il est encore plus délicat. Dans .son étal de liberté il vit de mouches d’araignées, de chrysalides, de fourmis et de petites baies ou fruits tendres En Italie il va becqueter les figues. Olina dit qu’on le voit encore dans cé pays en novembre, tandis que dès le mois d’octobre il a déjà disparu de nos contrées. Il part quand le rouge-gorge commence à venir près des
r.yi msToiKE natl'hklli!: du hossignol, etc.
lialtilations : c csl peul-ôtre ce qui a t'ail croii'e à Arislote et à Pline que c’était le meme oiseau qui paraissait rouge-gorge en hiver et rossignol de muraille en été. Dans leur départ non plus qu’à leur retour, les rossignols de muraille ne démentent point leur instinct solitaire; ils ne paraissent jamais en troupes, et passent .seul à seul.
On en connaît quelques variétés, dont les unes ne sont vraisemblablement que des variétés d’àgc, et les autres de climat. Aldrovande fait mention de trois : mais la première n’est que la femelle; il donne pour la seconde la ligure très-imparfaite de Gessner, et ce n’est que le rossignol de muraille lui-même défiguré; il n’y a que la troisième qui soit une véritable variété; l’oiseau porte un long trait blanc sur le devant de la tètc; c’est celui que M. Ih'isson appelle l’ossifjnol de nmraille cendré, et que Willughby et Ray indiquent d après Aldrovande. Frisch donne une auti e variété de la femelle du rossignol de muraille, dans lacpielle la poitrine est marquetée de taches rousses, et c’est de cette variété que Klein fait sa seconde espèce. Le rouge-queue gris d’Edwards {lhe grey red-start) envoyé de Gibraltar à M. Catesby , et dont M. Rrisson fait sa seconde espèce, pourrait bien n’étre qu’une variété de climat. La taille de cet oiseau est la même que celle de notre ros.signol de muraille : la plus grande différence consiste en ce qu’il n’y a pomt de roux sur la poitrine, etquelesbordsextérieursdes pennes moycnnesde l’ailesontblancs.
Encore une variété à peu près semblable est l’oiseau que nous a donné M. d’Orcy, dans lequel la eoulcur noire de la gorge s’étend sui' la poitrine et les côtés, au lieu que dans le rossignol àe muraille commun ces mêmes parties sont rousses; nous ne savons pas d’où cet oiseau a été envoyé à M. d’Orcy : il avait une tache blanche dans l’aile, dont les pennes sont noirâtres; tout le cendré du dessus du corps est plus foncé ([ue dans le rossignol de muraille, et le blanc du front est beaucoup moins apparent.
De plus, il existe en Amérique une espèce de rossignol de muraille que décrit Catesby, et que nous laisserons indécise, sans la joindre expressément à celle d’Europe, moins cà cause des ditrérences de caractère que de celle du climat. En cfïét, Catesby prête au rossignol de muraille de Virginie les mômes habitudes que nous voyons au nôtre : il fréquente, dit-il, les bois Icsijlus couverts, et on ne le voit qu’en été; la tête, le cou, le dos et les ailes sont noirs, excepté une petite tache de roux vif dans l’aile; le roux de la poitrine est séparé en deux par le prolongement du gris de I estomac; ta pointe de la queue est noire : ces dilïérenccs sontelles spécifiques et plus fortes que celles que doit subir un oiseau sous les influences d un autre hémisphère?
Au reste, le charbonnier du Bugey, suivant la notice que nous en donne M. Hébert, est le rossignol de muraille. Nous en dirons autant du cidrousset ou ciil-roussel farnou de Provence, que nous a fait connaître M. Guys. Nous pensons, de plus, que l’oiseau nommé dans le meme pays fourmeiron ou fourneiron de cheminée n’est également qu’un rossignol de muraille; du moins l’analogie de mœurs et d’habitudes, autant que la ressemblance des caractères, nous le font présumer.
Fl^ nu nriTiKviK volu.ue.
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TABLE DES MATIÈRES