‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 68 sur 525 · LA CHEVÊCHE · texte numérisé non relu

LA CHEVÊCHE

ou PETITE CIIOIIETTE, OU LA CHEVÊCHE PEIll.ÉE.

Ordre des oiscuux de proie, Camille des noclurnos, genre strix. (Cuvieb.)

La chevêche et le scops ou petit duc sont à peu près de la même grandeur : ce sont les plus petits oiseaux du genre des hiboux et des chouettes; ils ont sept ou huit pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu'à l’extrémité des ongles, et ne sont que de la longueur d’un merle; mais on ne les prendra pas l'un pour l'autre, si 1 on se souvient que le petit duc a des aigreties, qui sont à la vérité très-courtes et composées d’une seule plume, <‘t que la cbevèche a la tête dénuée de ces deux plumes éminentes, i) ailleurs elle a l'iris des yeux d’un jaune plus pâle, le bec brun à la base, et jaune vers le bout, au lieu que le petit duc a tout le bec noir. Elle en diffère aussi beaucoup par les couleurs, et peut aisément être reconnue par la régularité des taches blanches qu’elle a sur les ailes et sur le corps, et aussi jiar sa queue BBVFox, tome vm. 9

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conrle comiiK' (^clle d une perdrix; elle a encore, les ailes beaucoup plus courtes à proportion, plus courtes nièine (jue la grande chevêche, l'dle a un cri ordiuaii-e/JoupoM, poM/toit, qu elle pousse et répète en volant, et un autre cri qu’elle ue l'ait entendre que quand elle est posée, qui ressemble beaucoup à la VOIX d'un jeune boinme qui s’écrierait, aime, lieme, esme, [ilusicurs fois de suite*, lîlle se tient rarement dans les bois; son domicile ordinaire est dans les masures écartées des lieux peuplés, dans les carrières, dans les ruines des anciens édiiiccs abandonnés; elle ne s'établit pas dans les arbres creux, et ressemble par toutes cos babiindes à la grande chevêche, bile n'est pas absolumcnl oiseau do, uuil ; elle voit pendant le jour beaucoup mieux que les autres oiseaux nocturnes, et souvent elle s'exerce à la chasse des hirondelles et des autres petits oiseaux, quoique assez infruciiicusemeni, car il est rare qu’elle en prenne : elle réussit mieux avec les souris et les petits mulots, qu’elle ne [leut avaler entiers, et qu elle déchire avec le bec et les ongles ; elle plume aussi très- proprement les oiseaux avant de les manger, au lieu (luc les hiboux, la hulotte et les autres chouettes les avalent avec la plume, qu elles vomissent ensuite, sans pouvoir la digérer, bile pond cini| œufs, qui sont tachetés de blanc et de, jaunâtre, et fait son nid presque à ciai dans des trous de rochers ou de vieilles murailles. iM. Friscli dit que, comme cette |)ctilc chouelle cherche la solitude, qu elle habite communément les églises, les voûtes, les cimetières où l'on construit des tombeaux, quelquesuns l’ont nommée oiseau d'église ou de cadavre, kirchen-odvr, kichen-hulin et que, comme on a remarqué aussi qu’elle voltigeait quelquefois autour des maisons où il y avait des mourants..., le peuple superstitieux l’a appelée oiseau de mort ou de cadavre, s’imaginant qu elle présageait la mort des malades. M. brisch n’a pas fait attention que c’est à l efîraie, et non pas à la chevêche qu'a|>partiennent toutes ces imputations; car cette petite chouette est très-rare en comparaison de l'cirraic ; elle ne se tient pas comme celleci dans les clochers, dans les toits des églises; elle n'a pas le souniement lugubre, ni le en âcre et elï'rayant de l'autre; et, ce qu'il y a de certain, c'est que si cette petite chouette ou chevêche est regardée en Allemagne comme l’oiseau de la mort, en France c’est à l’elïraie qu’on donne ce nom sinistre. Au reste, la chevêche ou petite chouette, dont M. Frisch a donné la ligure, et qui se trouve en Allemagne, paraît être une variété dans rcspéce (le notre chevêche; elle est beaucoup plus noire par le plumage, et a aussi l'iris des yeux noir, au lieu que notre chevêche est beaucoup moins brune, et a l’iris des yeux jaune. Nous avons aussi au Cabinet une variété do l'espèce de la chevêche, qui nous a été envoyée de Saint-Domingue, et ipii ne dilîére de notre chevêche de France qu en ce qu'elle a un peu moins •de blanc sous la gorge et que la poitrine et le ventre sont rayés transversalement de bandes brunes assez régulières; au lieu que, dans notre chevêche, il n'y a que des taches brunes semées irrégulièrement sur ces mêmes parties.

Pour présenter en raccourci, et d'une manière plus facile à saisir, les

* Klaiil couché (laii.s une des vieilles tours du château de MoiUhard, une chevèclie viol se poser un peu avant le jour, à trois heures du iiiatiii, sur lu tahlettc de lu fenêtre de ma ehainhre, et iii’éveillu pur son cri hume, ediiie. Comiiie je prêtais 1 oreille à cette vois, qui me parut d’autant plus singulière qu’elle était tout près de moi, j’entendis un de mes gens, qui ctai. couché dans la chamhre au-dessus de la mienne, ouvrir sa fenêtre, et trompé jiar la ressemblance du son bien articulé edme, répondre à l’oiseau : Qui es-lu làbusl je ne m'appelle pas Edme, je m’appelle Eierre. Ce domestique croyait, en clïel, que c’était un homme qui en appelait un autre, tant la voix de la clievèelie ressrmhie à la \oix luiniaine et articule disl iiielenieiit ce mut.

DES OISEAEX ÉTISANGEHS. 1^2:)

earaclôros (nii dislingiieiU les cinq espèces de cliouettes dont nous venons de parler, nous dirons : 1° que la hulotte est la plus grande et la plus grosse; quelle a les yeux noirs, le plumage noirâtre, et le hec d'un blanc jaunâtre ■ qu’on peut la nommer la grosse chouette noire aux yeux noirs; !2'* que le chat huant est moins grand et beaucoup moins gros que la hulotte, qu’il a les yeux bleuâtres, le plumage roux mêlé de gris de fer, le bec d'un blanc verdâtre, et qu'on peut l'appeler la chouette rousse et gris de fer aux yeux bleus; o" que 1 elfraie est à peu près de la même grandeur que le chat-huant, qu elle a les yeux jaunes, le plumage d’un jaune blanchâtre, varié de taches bien distinctes, et le bec blanc avec le bout du crochet brun, et qu'on peut 1 appeler la chouette blanche ou jaune aux yeux orangés; 4" que la grande chevêche ou chouette des rochers n'est pas si grande que le chat-huant ni l’elfraie, quoiqu'elle soit à peu prés aussi grosse ; qu’elle a le plumage brun, les yeux d’un beau jaune et le bec brun, et qu’on peut l appeler la chouette brune aux yeux jaunes et au bec brun; 5" que la petite chouette ou chevêche est beaucoup plus petite qu’aucune des autres, qu’elle a le plumage brun, régulièrement taché de blanc, les yeux d’un jaune pâle, et le bec brun à là base et jaune vers le bout, et qu’on peut l’appeler la petite chouette brune aux yeux jaunâtres, au bec brun et orangé. Ces caractères se trouveront vrais en général, les femelles et les mâles de toutes ces espèces se ressemblant assez par les couleurs, pour que les différences ne soient pas fort sensibles : cependant il y a ici, comme dans toute la nature, des variétés assez considérables, surtout dans les couleurs. Il se trouve des hulottes plus noires les unes que les autres, des chats-huants, plutôt couleur de plomb que gris de fer foncé, des effraies plus blanches ou plus jaunes les unes que les autres des chouettes ou chevêches grandes et petites, plutôt fauves que brunes; mais, en réunissant ensemble et comparant les caractères (|ue nous venons d'indiquer, je crois que tout le monde pourra les reconnaître, c’est-à-dire les distinguer les unes des autres sans s'y méprendre.

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