‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 67 sur 525 · DE L’EFFRAIE OU LA FRESAIE · texte numérisé non relu

DE L’EFFRAIE OU LA FRESAIE

longueur, depuis le bout du bec jusqu'à rextrémilé de la queue, qui n’a que cinq pouces de longueur. Elle a le dessus du corps jaune, ondé de gris et de brun taché de points blancs; le dessous du corps blanc, marqué de points noirs; les yeux environnés très-régulièrement d'un cercle de plumes blanches et si tines, qu’on les prendrait pour des poils; l'iris d’un beau jaune; le bec blanc, excepté le bout du crochet qui est brun; les pieds couverts de duvet blanc, les doigts blancs et les ongles noirâtres. Il y en a d’autres qui, quoique de la même espèce, paraissent au premier cou[) d'œil être assez différentes; elles sont d'un beau jaune sur la poitrine et sur le ventre, marquées de même de points noirs ; d’autres sont parfaitement blanches sur ces mêmes parties, sans la plus petite tache noire; d’autres enfin sont parfaitement jaunes et sans aucune tache.

.Fai eu plusieurs de ces chouettes vivantes; il est fort aisé de les prendre en opposant un petit filet, une trouble à poisson aux trous qu’elles occupent dans les vieux bâtiments. Elles vivent dix ou douze jours dans les volières où elles sont renfermées; mais elles refusent toute nourriture et meurent d'inanition au bout de ce temps. Le jour elles se tiennent sans bouger au bas de la volière; le soir elles montent au sommet des juchoirs, où elles font entendre leur soufflement, che, chei, par lequel elles semblent appeler les autres. J’ai vu plusieurs fois, en clfet, d’autres effraies arriver au soufflement de l’effraie prisonnière, se poser au dessus de la volière, y faire le même soufflement, et s’y laisser prendre au filet. Je n’ai jamais entendu leur cri âcre (stridor) crei, crei, dans les volières; elles ne poussent ce cri qu’en volant et lorsqu’elles sont en pleine liberté. La femelle est un peu plus grosse que le mâle, et a les couleurs plus claires et plus distinctes; c’est de tous les oiseaux nocturnes celui dont le plumage est le plus agréablement varié.

L’espèce de l’effraie est nombreuse, et partout très-commune en Europe : comme on la voit en Suède aussi bien qu’en France, elle a pu passer d’un continent à l’autre; aussi la trouve-t-on en Amérique, depuis les terres du nord jusqu’à celles du midi. Maregrave l’a vue et reconnue au Brésil, où les naturels du pays l'appellent tuidara.

L’effraie ne va pas, comme la hulotte et le chat-huant, pondre dans des nids étrangers : elle dépose ses œufs à cru dans des trous de muraille, ou sur des solives sous les toits, et aussi' dans des creux d’arbres; elle n’y met ni herbes, ni racines, ni feuilles pour les recevoir. Elle pond de très-bonne heure au printemps, c'est-à-dire dès la fin de mars ou le commencement d'avril; clic fait ordinairement cinq œufs et quelquefois six et même sept, d'une forme allongée et de couleur blanchâtre. Elle nourrit ses petits d’insectes et de morceaux de chair de souris : ils sont tout blancs dans le premier âge, et ne sont pas mauvais à manger au bout de trois semaines, car ils sont gras et bien nourris. Les pères et mères purgent les églises de souris; ils boivent aussi assez souvent ou plutôt mangent I huile des lampes, surtout si elle vient à se figer. Us avalent les souris, les mulots et les petits oiseaux tout entiers, et en rendent par le bec les os, les plumes et les peaux roulées. Leurs excréments sont blancs et liquides, comme ceux de tous les autres oiseaux de proie. Dans la belle saison, la plupart de ces oiseaux vont le soir dans les bois voisins; mais ils reviennent tous les matins à leur retraite ordinaire, où ils dorment et ronflent jusqu’aux heures du soir; et quand la nuit arrive, ils se laissent tomber de leur trou, et volent en culbutant presque jusqu'à terre. Lorsque le froid est rigoureux, on les trouve quelquefois cinq ou six dans le même trou, ou cachées dans les fourrages ; elles y cherchent l’abri, l’air tempéré et la nourriture : les souris sont en

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effet alers ci) plus grand nombre dans les granges (|uc dans tout autre temps, hn automne, elles vont souvent visiter pendant la nuit les lieux où on a tendu des rejetloires * et des lacets pour prendre des bécasses et des grives ; elles tuent les bécasses qu’elles trouvent suspendues, et les mangent sur le lieu; mais elles emportent quelquefois les grives et les autres petits oiseaux qui sont pris aux lacets : elles les avalent souvent entiers et avec la plume; mais elles déplument ordinairement, avant de les manger ceux qui sont un peu plus gros. Ces dernières habitudes, aussi bien que celle de voler de travers, c’est à-dire comme .si le vent les einporiait et sans faire aucun bruit des ailes, .sont communes à l’effraie, au chat-buant, à la hulotte et à la chouette proprement dite, dont nous allons parler.

CA CHOUETTE, OU LA GRANDE CHEVÊCHE, ou i.E MOYEN an; a huppes uouitTEs.

Onlre des oiseaux de proie, famille des nocturnes, genre strix. (Cüviek.)

Cette espèce, qui est la chouette proprement dite, et qu’on peut appeler la chouette des rochers ou la grande chevêche, est assez commune, mais elle n’approebe pas aussi souvent de nos habitations que l’effraie; cile se tietii plus volontiers dans les c.yrières, dans les rochers, dans les bâl’imenis ruinés et éloignes des lieux habités. Il semble qu’elle préfère les pa}'s de montagnes, et (|u’elle cherebe les précipices escarpés et les endroits solitaires; cependant on ne la trouve pas dans les bois, et elle ne se loge pas dans des arbres creux. On la distinguera ai.sément de la hulotte et du chat-huant par la couleur des yeux, qui .sont d’un trè.s-beau jaune, au lieu que ceux de la hulotte sontd un brun presque noir, et ceux du chat-huant d’une couleur bleuâtre; 011 la distinguera plus diflieilen eut de l’effraie, parce que tous deux ont. l'iris des yeux jaune, environnés de même d'un grand cercle de petites plumes blanches; que toutes deux ont du jaune sous le ventre, et qn elles sont à peu prés de la même grandeur. .Mais la chouette des rochers est en général plus brune, marquée de taches plus grandes et longues comme de petites flammes; au lieu que les t'aches de l'effraie, lorsipi’elle en a, ne sont, pour ainsi dire, que des points ou des gouttes, et c'est par eette raison qu’on appela l’effraie noctua guttata, et la chouette des rochers, dont il est ici question, noctua flanimeata. Elle a aussi les pieds bien plus garnis de plumes, et le bec tout brun, tandis que celui de l’effraie est blanchâtre et n’a de brun qu’à son extrémité. Au reste, la femelle, dans cette espèce, a les couleurs plus claires, et les taches plus petites que le mâle, comme nous l'avons aussi remarqué sur la famille du chat-huant.

Delon dit que cette espèce s’appelle la grande chevêche. Ce nom n’est pas impropre; car cet oiseau ressemble üs.sez, par son plumage et par ses pieds bien garnis de duvet, à la petite chevêche que nous appelons simplement chevêche : il parait être aussi du même naturel, ne se tenant tous deux que dans les rochers; les carrières, et très-peu dans les bois. Ces deux espèces ont aussi un nom particulier, kautz ou kautz-lein en allemand, qui répond au nom particulier, chevêche en français. M. Salerne dit que la chouette du pays d'Orléans est certainement la grande chevêche de Delon ; qu’en Solo-

* Rejettoire, baguette de bols vert courbée, au bout de laquelle on attache un lacet, et qui, par .sou ressort, en serre le nœud coulant et enlève l’oiseau.

Dli LA CIIIÎVÉCIIE. I2i

gneonl'iippelle chevêche, et plus conimuncrncnl chavoche ou caboche ; (|uc les laboureurs font grami cas de cet oiseau, on ce (ju il détruit quantité de mulots; que ilans le mois d'avril on l'entend crier jour et nuh ç/iml, mais d’un ton assez doux, et que, quand il doit pleuvoir, elle change de cri, et semble dire </<iyon; qu’elle ne fait point de nid, ne pond que trois œufs tout blancs parfaiieinenl ronds, et gros comme ceux d'un pigeon ramier. Il dit aussi qu elle loge dans les arbres creux, et qu’OIina se trompe lourdement quand il avance quelle couve les deux derniers mois de l'hiver. Cependant ce dernier fait n est pas éloigné du vrai; non-seulement cette chouette, n>ais même toutes les autres pondent au commencement de mars, et couvent par conséquent dans ce même temps ; et à l'égard de la demeure habituelle de la chouetie ou grande chevêche dont il est ici question, nous avons observé qu'elle ne la prend pas dans les arbres creux, comme l'assure iM. Salerne, mais dans des trous de rochers et dans les cai rières; habitude qui lui est commune avec la petite chevêche, dont nous allons parler dans l’article suivant. Elle est aussi considérablement plus petite que la hulotte, et même plus peiilc que le chat-huant, n'ayant guère que onze pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu'aux ongles.

Il parait que cette grande chevêche, qui est assez commune en Europe, surtout dans les pays de montagnes, se retrouve en Amériipie dans celles du (^bili, et que l’espèce indiquée par le P. Feuillée sous le nom de chevêchelapin, et à laiiuelle il a donné ce surnom de lapin, parce qu'il l'a trouvée dans un trou fait dans la terre, que cette espèce, dis-je, n’est qu’une variété de notre grande chevêche ou chouette des rochers d Europe; car elle est de la même grandeur, et n'en diffère que par la distribution des couleurs, ce qui n’est pas suffisant pour en faire une espèce distincte et séparée. Si cet oiseau creusait lui-mème son trou, comme le P. Feuillée paraît le croire, ce serait une raison pour le juger d'une autre esjiêce que notre chevêche, et même que toutes nos autres chouettes : mais il ne s'ensuit pas de ce ipi il a trouvé cet oiseau au fond d’un terrier, qiiecesoit l'oiseau qui l’ait creusé; et ce qu'on en peut seulement induire, c’est ipi'il est du même naturel ipie nos chevêches d Europe, qui préfèrent constamment les trous, soit dans les pierres, soit dans les terres, à ceux qu elles pourraient trouverdans les arbres creux.

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