‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 7 sur 525 · LE PETIT AIGLE · texte numérisé non relu

LE PETIT AIGLE

(i.’aigi.r tacheté.)

Ordre di^s oiseaux de proie, famille des diurnos, genre aigle (Cuvier.)

La troisième espèce est l’aigle tacheté, que j'appelle petit aiyle, et dont Aristote donne une notion exacte en disant que c'est un oiseau plaintif dont le plumage est tacheté, et qui est |)lus petit et moins fort que les autres aigles : et en effet, il n'a pas deux pieds et demi de longueur de corps, depuis le bout du bec jusqu'à l'extrémité des pieds; et ses ailes sont encore plus courtes à proportion, car elles n’ont guère que quatre pieds d'envergure. On l'a appelé aqiiila planqa, aquila clanga, aigle plaintif, aigle criard ; et ces noms ont été bien appliqués, car il pousse continuellement des plaintes ou ries cris lamentables. On l'a surnommé anataria, parce qu'il attaque les canards de préférence; et motylina, parce (lue son plumage, qui est d'un brun obscur, est marqueté sur les jambes et sous les ailes de plusieurs taches blanches, et qu’il a aussi sur la gorge une grande zone blancbàire. C'est de tous les aigles celui qui s'apprivoise le plus ai.sémeut; il est jdiis faible, moins lier et moins courageux que les autres : c’est celui que les Arabes ont appelé zimiech, pour le distinguer du grand aigle qu’ils appellent zumacli. La grue est sa plus forte proie; car il ne prend ordinairement que des canards, d’autres moindres oiseaux et des rats. L’espèce, quoique peu nombreuse en chaque lieu, est répandue partout, tant en Europe qu’en Asie, en Afrique, où on la trouve jusqu’au cap de Bonne- Espérance dans ce continent; mais il ne parait pas qu'elle soit en Amérique; car, après avoir comparé les indications des voyageurs, j’ai présumé que l’oiseau qu’ils appellent Vaille de VOrénoque, qui a quelque rapport avec celui-ci par la variété de son plumage, est néanmoins un oiseau d'espèce différente. Si ce petit aigle, qui est beaucoup plus docile, plus aisé à apprivoiser que les deux autres, et qui est aussi moins lourd sur le poing, et moins dangereux pour son maître, sc fût trouvé également courageux, on n’aurait pas manqué de s’en servir pour la chasse : mais il est au,ssi lâche ([ue plaintif et criard. Un épervier bien liressé sulTit pour le vaincre et l’abattre. D'ailleurs on voit par les témoignages de nos auieurs de lâueonnerie, qu'on n’a jamais dressé, du moins en France, que les deux [)rcmières espèces d’aigles, savoir, le grand aigle ou aigle fauve et l’aigle brun ou noirâtre, qui est l’aigle commun. Pour les instruire, il faut les prendre jeunes; car un aigle adulte est non-seulement indocile, mais indomptable. 11 faut les nourrir avec la chair du gibier qu'on veut leur faire chasser. Leur éducation exige des soins encore plus assidus que celle des autres oiseaux de fauconnerie. Nous donnerons le précis de cet art à I article du faucon. Je rapporterai seulement ici quelques particularités que 1 on a observées sur les aigles, tant dans leur état de liberté que dans celui de eaplivité.

La femelle, qui dans l’aigle, comme dans toutes les autres espèces d'oiseaux de proie, est plus grande que le mâle, et semble être aussi dans l’état de liberté plus hardie, plus courageuse et |)lus fine, ne parait pas conserver ces dernières qualités dans l’état de captivité. On préfère d’élever des mâles

pour la chassej el ron reinan|ue ciii’au printemps, lorsque commence la saison des ainours, ils clierciient à s’enfuir pour trouver une femelle; en SOI e que si on veut les exercer à la chasse dans celte saison, on risiiue de les perdre, a moins qifon ne prenne la précaution d’cleindre leurs désirs n«,- !! 'lolemment. On a aussi observé que quand l’aigle en

pai aut du poing vole contre terre, el s’élève ensuite en ligne droite, c’est

*' faut alors le rappeler promptement en lui J ant son past; mais s il vole en tournoyant au-dessus de son maître, sans se trop cloigner. c est signe d’attachement et qu’il ne fuira point. On a encore lemarqiie (jue I aigle dressé à la chasse se jette souvent sur les autours et autres moindres oiseaux de proie : ce qui ne lui arrive pas lorsqu’il ne suit que son instinct, car alors il ne les attaque pas comme proie, mais seulement pour leur en disputer ou enlever une autre.

Hflure, l’aigle ne chasse seul que dans le temps où la femelle ne peut quitter ses œufs ou ses petits. Comme c’est la saison où le gimer commence a devenir abondant par le retour des oiseaux, il pourvoit aisemenl a sa propre subsistance et à celle de sa femelle : mais dans tous es autres temps de I année, le mâle et la femelle paraissent s’entendre pour acliasser; on les voit presque toujours ensemble, ou du moins à peu de disance I un de 1 autre. Les habitants des montagnes, qui sont à portée de les Observer, prétendent que l’un des deux bal les buissons, tandis que l aulre se tient .sui quelque arbre ou sur (|uclque rocher pour saisir le gibier au passage. Ils s élèvent souvent à une hauteur si grande qu’on les perd de vue, et, maigre ce grand éloignement, leur voix se fait encore entendre trèsisbnctement, et leur cri ressemble alors à l'aboiement d'un petit chien, ilalgre sa grande voracité, l’aigle peut se passer longtemps de nourriture, surtout dans rélat de captivité lorsqu’il ne fait point d’e.xcrcice. J’ai été iiiloime, par un homme digne de foi, qu'un de ces oiseaux de l'espèce commune, pris dans un piège à renard, avait passé cinq semaines entières sans aucun aliment, et n’avait paru affaibli que dans les huit derniers jours, au bout desquels on le tua pour ne pas le laisser languir plus longtemps.

«iuoique les aigles en général aiment les lieux dé'serls et les montagnes,

1 est lare den trouver dans celles des presqu'îles étroites, ni dans les îles qui ne sont pas d’une grande étendue; ils habitent la terre ferme dans les deux continents, parce que ordinairement les îles sont moins peuplées d’ammaux. Les anciens avaient remarqué qu’on n’avait jamais vu d’aigles dans de de llhodes; ils regardèrent comme un prodige, que, dans le temps où 1 empereur Tibère se trouva dans cette île, un aigle vint se poser sur le toit de la maison ou il était logé. Les aigles ne font en effet que passer dans les Iles sans sy habituer, sans y faire leur ponte; et lorsque les voyageurs ont parle d aigles dont on trouve les nids sur le bord des eaux et dans les îles, ce ne sont pas les aigles dont nous venons de parler, mais les balbuzards et les oriraies qu on appelle communément aigks de mer, qui sont des oiseau-X d un naturel dilTéreiU, et qui vivent plutôt de poisson que de gibier.

C’est ici le lieu de rapporter les observations anatomiques que l'on a faites sur les parties intérieures des aigles, et je ne peux les puiser dans une meilleure source que dans les Mémoires de messieurs de l'Académie des sciences, qui ont disséqué deux aigles, l’un mâle el l'autre femelle, de l’espèce commune. Après avoir remarqué que les yeux étaient fort enfoncés qu’ils avaient une couleur isabclle avec l’éclat d'une topaze, que la cornée s élevait avec une grande convexité, que la conjonctive était d'un rouge fort vil, les paupières très-grandes, chacune étant capable de couvrir l’œil entier, ils ont observé sur les parties intérieures que la langue était cartilagi-

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lieuse par le bout et charnue par le milieu; (|uc le larynx était carre et non pas en pointe, comme il l est à la plupart des oiseaux qui ont le bec droit • i|ue l’œsopbage, qui était fort large, s'élargissait encore davantage au-dessous pour former le ventricule ou estomac; que cet estomac n’était point un gésier dur, qu’il était souple et membraneux comme lœsophage, et qu’il Otait seulement plus épais par le fond; que ces deux cavités, taiu du bas de 1 œsophage que du ventricule, étaient fort amples et proportionnées à la vol'acité de l’animal ; que les intestins étaient petits comme dans les autres animaux qui se nourrissent de chair; qu’il n’y avait point de cæcum dans le mâle, mais que la femelle en avait deux assez amples et de plus de deux pouces de longueur; que le foie était grand et d’un rouge fort vif, ayant le lobe gauche plus grand que le droit; que la vésicule dit fiel était grande et de la grosseur d'une grosse châtaigne ou marron; que les reins étaient petits à proportion, et en comparaison de ceux des autres oiseaux ; que les testicules du mâle n’étaient que de la grosseur d’un pois et de couleur de chair tirant sur le jaune, et que l’ovaire et le conduit de l'ovaire dans la femelle étaient comme dans les autres oiseaux.

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