LE PYGARGUE
( l.F, PYGARGCE ET l/ORFlîAlE. )
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre aigle. (CeviEii.)
L espèce du pygargue me paraît être composée de trois variétés; savoir : \e grand pijgargue, le petit pygargue et h pygargue à tête blanche. Les deuxpremiers ne dilfèrent guère que par la grandeur, et le dernier ne dilTère presque en rien du premier, la grandeur étant la même, et n’y ayant d’autre différence qu’un peu plus de blanc sur la tète et le cou. Aristote ne fait mention que de l’espèce, et ne dit rien des variétés; cc n’est même que du grand pygargue qu'il a entendu parler, puisqu'il lui donne pour surnom le mot Innmdaria, qui indique que cet oiseau fait sa proie des faons (Innnulos) c’est-à-dire des jeunes cerfs, des daims et chevreuils; attribut qui ne peut convenir au petit pygargue, trop faible pour attaquer d’aussi grands animaux.
Les différences entre les pygargues et les aigles sont : 1" la nudité des jambes; les aigles les ont couvertes jusqu’au talon, les pygargues les ont nues dans toute la partie inférieure; 2“ la couleur du bec; les aigles l’ont ( un noir bleuâtre, et les pygargues l’ont jaune ou blanc; 5" la blancheur de la queue, qui a fait donner aux pygargues le nom iVaigks à queue blanche parce qu il a en effet la queue blanche en-dessus et en-dessous dans toute son étendue. Ils diffèrent encore des aigles par quelques habitudes naturelles; ils n’habitent pas les lieux (hiserts ni les hautes montagnes- les pygargues se tiennent plutôt à portée des plaines et des bois qui ne sont pas éloignés des lieux habités. Il parait que le pygargue, comme l’aigle commun, affecte les climats froids de préférence : on le trouve dans toutes les provinces du nord de l'Europe. Le grand pygargue est à peu près de la même grosseur et de la même force, si même il n’est pas plus fort que l’aigle commun : il est au moins plus carnassier, plus féroce et moins attaché à ses petits, car il ne les nourrit pas longtemps; il les chasse hors du nid avant même qu’ils soient en état de se pourvoir, et l’on prétend que sans le secours de l’orfraie, qui les prend alors sous sa protection la
38 IIISTOlIlli: iXATCUIiLLE
jilupart périraient. Il produit ordinairement deux ou trois petits, et (ait son nid sur de p:ros arbres. On trouve la description d’un de ces nids dans Willulgbby, et dans plusieurs autres auteurs qui l'ont traduit ou copié : c’est une aire ou un plancher tout plat, comme celui du grand aigle, qui n'est abrité dans le dessus que par le feuillage des arbres, et qui est composé de petites perches et de branches qui soutiennent plusieurs lits alternatifs de bruyères et d’autres herbes. Ce sentiment contre nature, qui porte ces oiseaux à cliasser leurs petits avant qu'ils puissent se procurer aisément leur subsistance, et qui est commun à l'espèce du pygargue, à celles du grand aigle et du petit aigle tacheté, indique que ces trois espèces sont plus voraces et plus paresseuses à la cha.ssc que celle de l’aigle commun, qid soigne et nourrit largement ses petits, les conduit ensuite, les instruit à chasser, et ne les oblige de s’éloigner que quand ils sont assez forts pour se passer de tout secours. D’ailleurs le naturel des petits tient de celui de leurs parents : les aiglons de l’espèce commune sont doux et assez tranquilles, au lieu que ceux du grand aigle et du pygargue, dès qu’ils sont un peu grands, ne cessent de se battre et de se disputer la nourriture et la place dans le nid ; en sorte que souvent le père et la mère en tuent quelqu'un pour terminer le débat. On peut encore ajouter que, comme le grand aigle et le pygargue ne chassent ordinairement (jue de gros animaux, ils se rassasient souvent sur le lieu, sans pouvoir les emporter; que par conséquent les proies qu'ils enlèvent sont moins fréquentes, et que, ne gardant point de chair corrompue dans leur nid, ils sont souvent au dépourvu; au lieu que l’aigle commun, nui tous les jours prend des lièvres et des oiseaux, fournit plus aisément et plus abondamment la subsistance nécessaire à ses petits. On a aussi remarqué, surtout dans l'espèce des pygargues, qui fré(|uentent de près les lieux habités, qu'ils ne chassent ipjc pendant quchpies heures dans le milieu du jour, et qu’ils se reposent le matin, le soir et la nuit; au lieu ([ue l'aigle commun [aquila valeria) est en effet plus valeureux, plus diligent et pliis infatigable.
LE BALBUZARD.
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre aigle. (Ccviek.)
Le balbuzard est l'oiseau (lUc nos nomenelateurs appellent aif/lc do mer, et que nous appelons en Bourgogne craupévherot, mot ipii signifie corbeau pécheur. Cran ou craw est le cri du corbeau : c’est aussi son nom dans (|uelijues langues, et particulièrement en anglais; et ce mol est resté en Bourgogne parmi les paysans, comme quantité d'autres termes anglais que j’ai remarqués dans leur patois, qui ne peuvent venir que du séjour des .'Vnglais dans cette province, sous les règnes de Charles V, Charles VI, etc. Gessner, qui le premier a dit que cet oiseau était appelé crospescherot par les Bour- . guignons, a mal écrit ce nom, faute d’entendre le jargon de Bourgogne : le vrai mot est mm et non pas m s, et la prononciation n’est ni cros, ni crau, mais craw, ou simplement crd avec un à fort ouvert.
A tout considérer, on doit dire que cet oiseau n’est pas un aigle, quoiiju’ii ressemble plus aux aigles qu’aux autres oiseaux de proie. D’abord il est bien plus petit *; il n’a ni le port, ni la figure, ni le vol de l’aigle. Ses habitudes
* Il y a une difTcrencc plus grande encore que dans les aigles, entre la femclleet le mâle qalbuzard : celui que M Brisson a décrit, et qui sans doute était mâle, n’avait qu’un pied