‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 84 sur 525 · LE COQ · texte numérisé non relu

LE COQ

Ordre des gallinacés, genre faisan. (Cüviiîr.)

Cet oiseau, quoique domestique, quoique le plus commun de tous, n'est, peut-être pas encore assez connu ; excepté le petit nombre de personnes qui font une étude particulière des productions de la nature, il en est peu qui n’aient quelque chose à apprendre sur les détails de sa forme extérieure, sur la structure de ses parties internes, sur ses habitudes naturelles ou acquises, sur les différences qu’entraînent celles du seie, du climat, des aliments, enfin, sur les variétés des races diverses qui se sont séparées plus tôt ou plus tard de la souche primitive.

IVJais, si le coq est trop peu connu de la plupart des hommes, il n’est pas moins embarrassant pour un naturaliste à méthode, qui ne croit connaître un objet que lorsqu’il a su lui trouver une place dans ses classes et dans ses genres ; car, si, prenant les caractères généraux de ses divisions méthodiques dans le nombre des doigts, il le met au rang des oiseaux qui en ont quatre, que fera-t-il de la poule à cinq doigts, qui est certainement une poule, et même fort ancienne, puisqu’elle remonte jusqu’au temps de Columelle, qui en parle comme d’une race de distinction? que s’il fait du coq * une classe à part, caractérisée par la forme singulière de sa queue, où placera-t-il le coq sans croupion, et par conséquent sans queue, et qui n’en est pas moins un coq? que s’il admet pour caractère de celte espèce d’avoir les jambes garnies de plumes jusqu au talon, ne sera-t-il pas embarrassé du coq pallu, qui a des plumes jusqu’à l’origine des doigts, et du coq du Japon, qui en a jusqu’aux ongles? enfin, s'il veut ranger les gallinacés à la classe des granivores, et que, dans le nombre et la structure de leurs estomacs et de leurs intestins, il croie voir clairement qti’ils sont en effet destinés à se nourrir de graines et d’autres matières végétales, comment s’cxpliquera-l-il à lui-même cet appétit de préférence qu’ils montrent constamment pour les vers de terre, et même pour toute chair hachée, cuite ou crue, à moins

178 IIISTOlKli NATURELLE

qu’il ne se persuade que la nalure ayant fait, la poule granivore par s(!,s longs intestins et son double csioniae, l'a faite aussi verniivore, et môme carnivore par son bec un tant soit peu croôliu? ou plutôt ne conviendra-t-il pas, s il est de bonne foi, que les conjectures que l’on se permet ainsi sur les intentions de la nature, et les efforts que l’on lente pour renfermer l'incpuisable variété de ses ouvrages dans les limites étroites d'une méthode particulière, ne paraissent être faits que pour donner essor aux idées vagues et aux petites spéculations d’un esprit qui ne peut en concevoir de grandes, et qui s'éloigne d'autant plus de la vraie marelie de la nature et île la connaissance réelle de ses productions? Ainsi, sans prétendre assujettir la nom brense famille des oiseaux à une mélbode rigoureuse, ni la renfermer tout entière dans cette espèce de filet scientifique, dotit, malgré toutes nos précautions, il s’en échapperait toujours (pielques-uns. nous nous contenterons de rapprocher ceux qui nous paraîtront avoir plus de rapport entre eux, et nous tâcherons de les faire connaître par les traits les plus caractérisés de leur conformation intérieure, et surtout par les principaux faits de leur histoire.

Le coq est un oiseau pesant, dont la démarche est grave et lente, et (pii ayant les ailes fort courtes, ne vole que rarement, et ([uelquefois avec des cris qui expriment l’effort. Il chante itidifféremment la nuit et le jour, mais non pas régulièrement à certaines heures ; et son chant est fort dilferent de celui de sa femelle, quoiipi'il y ait aussi (|uelques femelles qui ont le même cri du co(|, c’est-à-dire qui font le môme effort du gosier avec un moindre effet; car leur voix n’est pas si forte, et ce cri n'est pas si bien articulé. Il gratte la terre pour cliercliersa nourriture, il avale autant de petits cailloux que de grains, et n’eu digère que mieux : il boit en prenant de l'eau dans son bec et levant la tète à chaque fois pour l'avaler. Il dort le plus souvent un pied en l’air, et en cachant sa tète sous l’aile du même côté. Son corps, dans .sa situation naturelle, se soutient à peu près parallèle au plan de position, le bec de même; le cou s'élève verticalement; le front est orné d’une crête rouge et charnue, et le dessous du bec d'une double membrane; ce n’est cependant ni de la chair ni des membranes, mais une substance particulière et qui ne ressemble à aucune autre.

Dans les deux sexes , les narines sont placées de part et d’autre du bec siq)érieur, et les oreilles de chaque côté de la tète, avec une peau blanche au-dessous de chaque oreille ; les pieds ont ordinairement quatre doigts, qml(|uefois eiin|, mais toujours trois en avant, et le reste en arrière. Les plumes sortent deux à deux de chaque tuyau; caractère assez singulier, qui n’a été saisi (pie par très-peu de naturalistes. La queue est à peu prés droite, et néanmoins capable de s’incliner du côté du cou et du côté oppcjsé; cette rpieue , dans les races de gallinacés qui en ont une , est composée de quatorze grandies plumes, qui se partagent en deux plans égaux, inclinés l'un à l'antre, et (jui se rencfontrent par leur bord supérieur -sous un angle [ilus ou moins aigu : mais, ce <|ui distingue le mâle, c’est ipie les deux plumes du milieu de la ipieue sont beaucoup plus longues ipic les autres, et se reeourheni en arc; ([ue les plumes du cou et du croupion sont longues et étroites, et ipic leurs pieds sont armés d’éjierons. Il est vrai qu'il se trouve aussi des [loules qui ont des éperons; mais cela est rare, et les |)Oules ainsi éperonnées ont beaucoup d'autres rapports avec le mâle : leur crét(ï se relève, ainsi que leur queue ; elles imitent le chant du coq, cl elierchent a riiuiter eu choses plus essentielles : mais on aurait tort de les ivgarder [lour cela comme hermaphrodites, puis(]ue étant incapables des véritables fonctions du mâle, et n’ayant que (lu dégoi'it pour celles (|ui leur conviendraient

mieux, ce sont, à vrai dire, des individus vieiés, itidéeis, privés de l'usnge du sexe, et même des aUril)uls essentiels de l'espcee, puisqu'ils ne peuvent en perpétuer aucune.

Un bon coq est celui qui a du feu dans les yeux, de la fierté dans la démarclie, de la liberté dans ses rnouveineuis, et toutes les proportions qui annoneent la force. Un eo(| ainsi fait n imprimerait pas la terreur à un lion, comme on l'a dit et écrit tant de fois, mais il inspirera de ramour à un grand nombre de poules. Si on veut le ménager, on ne lui en laissera que douze on quinze. (îolumelle voulait qu'on ne lui en donnât pas plus de cinq; mais, quand il en aurait cinquante cbaque jour, on prétend qn'il ne manquerait à aucune. A la vérité, [lersonne ne peut assurer que toutes ses approches soient réelles, ellieaees, et capables de féconder les œufs de sa femelle. Ses désirs ne sont pas moins impétueux tpie ses besoins paraissent être fréquents. Le matin, lorsqu'on lui ouvre la porte du poulailler où il a été renlermé pendant la nuit, le premier usage qu’il fait de sa liberté est de se joiiulre à ses poules : il semble que chez lui le besoin de manger ne soit que le second, et lorsqu'il a été privé de poules pendant du temps, il s adresse à la première femelle qui se présente, fût-elle d'une espèce fort éloignée, et même il s'en fait une du premier mâle qu’il trouve en son clieniin. Le premier fait est cité par Aristote, et le second est attesté par l observation de M. Udwards, et par une loi dont parle Pularque , laquelle condamnait au feu tout eot] convaincu de cet excès de nature.

Les poules doivent être assorties au coq, si l’on veut une race pure; mais si l’on eherebe à varier et même à perfectionner l’espece, il faut croiser les races. Cette observation n’avait point échappé aux anciens : Columellc dit positivement que les meilleurs poulets sont ceux qui proviennent du mélange d’un coq de race étrangère avec les poules communes ; et nous voyons dans .Athénée que l'on avait encore enchéri sur celle idée, en doununl un coq faisan aux poules ordinaires.

Dans tous les cas, on doitclioisir celles qui ont l’œil éveillé, la crête flottante et rouge, et ijui n'ont point d'é[ieroi s : les proportions de leur corps sont, en général, plus légères que celles du mâle; cependant elles ont les plumes plus larges et les jambes plus basses. Les bonnes fermières donnent la préférence aux poules noires, comme étant plus fécondes que les blanches, cl poiivunt échapper plus facilement à la vue perçante de roiseau de proie qui plane sur les basses-cours.

Le coq a beaucoup de soin et même d'inquiétude et de souci pour ses poules : il ne les |terd guère de vue; il les conduit, les défend, les menace, va chercher celles qui s’écartent, les ramène, et ne se livre au (daisir de manger que lorsqu’il les voit toutes manger autour de lui. A juger par les différentes intlexions de sa voix cl par les difl’éreiiles expressions de sa mine, on ne peut guère douter qu'il ne leur parle dilïcrents langages. Quand il les perd, il donne des signes de regrets. Quoique aussi jaloux ipi 'amoureux, il n’en maltraite aucune; sa jalousie ne 1 irrite que contre scs conenrrents ; s’il sc présente un autre coq, sans lui donner le temps de rien entreprendre, il accourt l'œil en feu, les plumes hérissées, se jette sur son rival, et lui livre un combat opiniâtre, jusqu’à ce que I un ou 1 autre sueeonibe, ou (|uc le nouveau-venu lui cède le champ de bataille. Le désir île jouir, toujours trop violent, le porte non seulement à écarter tout rival, mais même tout obstacle innocent ; il bat et lue quelquefois les poussins pour jouir (ilus à son aise de la mère. Mais ce seul désir est-il la cause de sa fureur jalouse ? Au milieu d'un sérail nombreux et avec toutes les ressources qu'il sait se faire, comment pourrail-il craindre le besoin ou la disette? Quelque véhé-

lllSTOlUE iNATLIKIiLLl*;

inents (juc soiciilses a|)|)(Hils, il semble craindre encore plus le partage qu'il ne désire la jouissance; et, comme il peut beaucoup, sa jalousie est au moins plus excusable et mieux sentie que celle des autres sultans : d'ailleurs, il a comme eux une potde favorite qu’il cbercbe de préférence, cl à laquelle il revient presque aussi souvent qu'il va vers les autres.

Et, ce qui parait prouver que sa jalousie ne laisse pas d'ètre une passion réfléchie, quoiqu’elle ne porte pas contre l'objet de ses amours, c’est que plusieurs coqs dans une basse-cour ne cessent de se battre, au lieu qu'ils ne battent jamais les chapons, à moins que ceux-ci ne prennent l’hahitude de stuvre quelque [)ouIc.

Les hommes, qui tirent parti <le tout pour leur amusement, ont bien su mettre en oeuvre celle antipathie invincible que la nature a établie entre un coq et un coq; ils ont cultivé cette haine itince avec tant d'art, que les coin, bats de deux oiseaux de basse cottr sont devenus des spectacles dignes d'intéresser la curiosité des peuples, même des peuples polis, et en même temps des moyens de développer ou entretenir dans les âmes cette précieuse férocité, qui est, dit-on, le germe de l'héroïsme. On a vu, on voit encore tous les jours, dans plus d une contrée, des hommes de tous états accourir en foule à ces grotesques tournois, se diviser en deux partis, chacun de ces partis s’échauffer pour son combattant, joindre la fureur des gageures les plus outrées à l’intérêt d’un si beau spectacle, cl le dernier coup de bec de l'oiseau vainqueur renverser la fortune de plusieurs familles. G était autrefois la folie des Rhodiens, des Tangriens, de ceux de Pergamc; c’est aujourd’hui celle des Cliinois, des habitants des Philippines, de Java, de l'istiime de l’Amérique, et de quelques autres nations des deux continents.

Au reste, les coqs ne sont pas les seuls oiseaux dont on ait ainsi abusé : les Athéniens, qui avaient un jour dans l'année consacré à ces combats de coqs, employaient aussi les cailles au môme usage, et les Chinois élèvent encore aujourd'hui pour le combat certains petits oiseaux ressemblant à des cailles ou ê des linottes; et partout la manière dont ces oiseaux se battent est dilférenle, selon les diverses écoles où ils ont été formés, et selon la diversité des armes offensives ou défensives dont on les affuble ; mais, ce qu'il y a de remarquable, c’est que les co(|s de Rhodes, qui étaient plus grands, plus forts que les autres, et beaucoup plus ardents au combat, l’étaient au contraire beaucoup moins pour leurs femelles ; il ne leur fallait que trois poules au lieu de quinze ou vingt, soit que leur feu se fût éteint dans la solitude forcée où ils avaient coutume de vivre, soit que leur colère, trop souvent excitée, eût étouffé en eux des passions plus douces, et qui cependant étaient, dans l’origine, le principe de leur courage et la source de leurs dispositions guerrières. Les mâles de celle race étaient donc moins mâles que les autres, et les femelles, qui souvent ne sont que ce qu’on les fait, étaient moins fécondes et plus paresseuses , soit à couver leurs œufs, soit à mener leurs poussins; tant l'art avait bien réussi à dépraver la nature! tant l’exercice des talents de la guerre est opposé à ceux de la propagation !

Les poules n’ont pas besoiti de coq pour produire des œufs; il en nait sans cesse de la grappe commune de l’ovaire, lesquels, indépendamment de toute communication avec le mâle, peuvent y grossir, et, en grossissant acquièrent leur maturité, se détaclient de leur calice et de leur pédicule, parcourent Voviduclus datis toute sa longueur, chemin faisant s’assimilent, par une force qui leur est propre, la lymphe dont la cavité de cet oviduetm est remplie, en composent leur blanc, leurs membranes, leurs coquilles, et ne restent dans ce viscère que jusqu’à ce que les fibres élastiques et sensibles étant gênées, irritées par la présence de ces corps devenus désormais

ül; COQ. 181

(les corps étrangers, entrent en contraction, et les poussent au dehors, le gros bout le premier, selon Aristote.

Ces œufs sont tout ce que peut faire la nature proliliquc de la femelle seule et abandonnée à elle-même ; elle produit bien un corps organisé capable d'une sorte de vie, mais non un animal vivant semblable à sa mère, et capable lui-même de produire d’autres animaux semblables à lui; il faut pour cela le concours du coq et le mélange intime des liqueurs séminales des deux sexes : mais, lorsqu'une fois ce mélange a eu lieu, les effets en sont durables. Harvey a observé que l’œuf d’une poule, séparée du coq depuis vingt jours, n'était pas moins fécond que ceux qu elle avait pondus peu après l’accouplement; mais l’embryon qu’il contenait n’était pas plus avancé pour cela, et il ne fallait pas le tenir sous la poule moins de temps qu’aucun autre pour le faire éclore : j)reuve certaine cpie la chaleur seule ne suffit pas pour opérer ou avancer le développement du poulet, mais qu’il faut encore que l’œuf soit formé, ou bien qu’il se trouve en lieu où il puisse transpirer, pour que l’embryon qu'il renferme soit susceptible d’incubation; autrement tous les œufs qui resteraient dans l’oviduclus vingt et un jours a[)rés avoir été fécondés ne manqueraient pas d'y éclore, puisqu’ils auraient le temps et la chaleur nécessaires pour cela, et les poules seraient tantôt ovipares et tantôt vivipares.

Le poids moyen d’un œuf de poule ordinaire est d’environ une once six gros. Si on ouvre un deccs œufs avec précaution, on trouvera d’abord sous la coque une membrane commune qui en tapisse toute la cavité; ensuite le blanc externe, qui a la forme de cette cavité; puis le blanc interne, qui est plus arrondi que le précédent; et enfin au contre de ce blanc le jaune qui est sphérique : ces différentes parties sont contenues chacune dans sa membrane propre; et toutes ces membranes sont attachées ensemble à l’endroit de CCS chalasœ ou cordons, qui forment comme les deux pôles du jaune. La petite vésicule lenticulaire, appelée cicatricule, se trouve à peu près sur son équateur, et fixée solidement à sa surface.

A l'égard de sa forme extérieure, elle est trop connue pour qu’il soit besoin de la décriré; mais elle est assez souvent altérée par des accidents dont il est facile, ce me semble, de rendre raison, et d’après l’histoire de l'œuf même et de sa formation.

Il n'est pas rare de trouver deux jaunes dans une seule coque; cela arrive lorsijue deux œufs également mûrs se détachent en même temps de l'ovaire, parcourent ensemble Voviduclus, et, formant leur blanc sans se séparer, SC trouvent réunis sous la même enveloppe.

Si, par quelque accident facile à supposer, un œuf détaché depuis quelque temps de l'ovaire se trouve arrêté dans son accroissement, et (ju’étant formé autant qu’il peut l’être, il se rencontre dans la sphère d’activité d'un autre œuf qui aura toute sa force, celui-ci l’cutraîncra avec lui, et ce sera un œuf dans un œuf.

On comprendra de même comment on y trouve quelquefois une épingle ou tout autre corps étranger qui aura pu pénétrer jusque dans Voviductus.

Il y a des poules qui donnent des œufs bardés ou sans coque, soit par le défaut de la matière propre dont se forme la cciquc, soit parce qu ils sont ctiassés de l'oviduelus avant leur entière maturité : aussi n en voit-on jamais éclore de poulet; et cela arrive, dit-on, aux poules qui sont trop grasses. Des causes directement contraires produisent les œufs à coque trop épaisse, et même des œufs à double coque : on en a vu qui avaient conservé le pédicule [lar lequel ils étaient attachés à l’ovaire; d’autres qui étaient contournés en manière de croissant; d’aulrcs qui avaient la forme d'une poire;

IIISTOIUK iN'ATUHIiLIJî

d autres eiiliii qui porlaienl sur leur eo(|uille reiupreinle d'un soleil, d’une eonièlp, dune éclipse, ou de Ud autre objet dont on avait I imagination Irappée; on en a nicme vu quelques-uns tle lumineux. Ce qu’il y avait de réel dans ces premiers plicnomènes, c’est-à-dire les altérations de la forme tic 1 œuf, ou les etuprcinlcs a sa surface, ne doit s aiïribucr qu'aux diflétentes compressions qu il avait éprouvées dans le temps que sa coque était encore assez souple pour céder à l'effort, et néanmoins assez l'errne pour on conserver I impression. Il ne .serait pas tout à lait si facile de rendre raison des œufs lumineux. Un docteur allemand en a observe de tels, qui étaient acttiellement sous une poule blancbe, l'éeontlee, ajoute-t-il, par uti coq trèsardent ; on ne peut bonnélement nier la possibilité du fait; mais, comme il est unique, il est prudent de répéter l’observation avant de l’expliquer.

A 1 égard de ces prétendus oeufs de co(| ([tii sont sans jaune, et contiennent. à ce que croit le peuple, un si rpent, ce n est autre chose, dans la vérité, que le pretyiier produit d'une poule trop ji une, ou le dernier elfort d une poule épuisée par sa fécondité même, ou enfin ce ne sont que des œufs imparfaits dont le jaune aura été crevé dans Voviduclus de la poule, soit par quelque accident, soit par un vice de conformation, mais qui auront toujours conservé leurs cordons ou vhulasœ, que les amis du merveilleux n’auront pas manqué de prendre pour un serpent; c'est ce que iM. de la Peyronie a mis hors de doute par la dissection d'une poule <pii pondait de ces œufs ; mais ni M. de la Peyronie, ni 'I bornas lîartbolin, qui ont disséqué de prétendus coqs ovipares, ne leur ont trouvé d'œufs ni d ovaires, ni aucune partie équivalente. ’

Les poules pondent indifféremment pendant toute l'année, excepté pendant la mue, qui dure ordinairement six semaines ou deux mois, sur la fin de l’automne et au eomtnencement de I biver : cette mue n'est autre chose que la chute des vieilles plumes, qui se déiaebent comme les vieilles feuilles des arbres, et comme les vieux bois des cerfs, étant poussées par les nottvelles ; les coqs y sont sujets comme les poules, ftlais ce qu’il y a de remarquable, c'est que les nouvelles plumes prennent qticiquefois une couleur différente de celle des anciennes. Un de nos observateurs a fait cette remarque sur une poule et sur un coq, et tout le monde la peut faire sur plusieurs autres espèces d'oiseaux, et pariicnlicrement sur les bengalis dont le plumage vaiie presque à chaque mue; et en général presque tous les oiseaux ont leurs premières plumes, en naissant, d une couleur difl’érente de celle dont elles doivent devenir dans la suite.

La fécondité ordinaire des poules consi.ne à pondre pre.sque tous les jours. On dit qu'il y en a en Samogitie, à Malaca et ailleurs, qui pondent deux lois par jour. Aiistote pat le de ceitaines poules d lllyrio qui pondaient jusqu à trois fois; et il y a apiiareiice que ce sont les mêmes (|ue ces petites poules adriénes ou adrialiipies dont il parle dans un autre endroit, et qui étaient renommées pour leur fécondité. Quelques-uns ajoutent qu'il ya telle manière de nourrir les poules communes, qui leur donne celle fécondiié extraordinaire : la chaleur y contribue beaucoup. On peut faire pondre les poules en hiver, en les tenant dans une écurie où il y a toujours du fumier chaud, sur lequel elles puissent séjourner.

üés qu un œuf est pondu, il commence à transpirer, et perd chaque jour quelques grains de son poids par l'évaporation des parties les plus volatiles de ses sucs : à mesure que cette evajioration .se fait, ou bien il s’épaissit, se durcit et se dessèche, ou bien il contracte un mauvais goût, et il se gâte enfin totalement, au point qu’il devient incapable de rien produire. L an de lui conserver longtemps toutes ses ipialilés se réduit à mettre obstacle à cette

îinnspirnlioi) p.^r une eoiielic de inalière grasse (|ueleoiiiiue, dont ou enduit exacleuiriil sa co(iuc peu tie uioiuenls après (pril a été pondu : avec celle seule précaution on gardera pendant plusieurs mois et même peiulanl des années des œufs lions à manger, suscepliljlos d incubation, et (pii auront, en un mol, loules les propriétés des œufs frais. I>es liabitanls de Tonquin les conservent dans une espèce de paie faite avec de la cendre tamisée et de la saumure; d'autres Indiens, dans I huile. Le vernis peut aussi servir à conserver les œufs que Ion veut manger, mais lu graisse ii’esl pas moins hoime pour cet usage, et vaut mieux pour conserver les œuls que I on vont faire couv('r, parce qu'elle s’enlève plus facilement <|ue le vernis, et qu il lant neiloyerde tout enduit les œufs dont on veut que 1 incubation réussisse; car tout ce qui nuit a la transpiration nuit aussi au succès de rmcubation.

J ai dit (pie le concours du coq était nécessaire pour la fécondation des œufs, et c'est un fait acquis |iar une longue et constante expérience; mais les détails de cK acte si essentiel dans l'Iiisloirc des animaux sont trop peu connus. t)n sait, à In vérité, que la verge du mâle est double, et n'est autre ebose (pie les deux mamelons par les(piels se terminent les vaisseaux spermatiques à l’endroit de leur insertion dans le cloaque : on sait que la vulve de la feiuel le est placée au-dessus de l'anus, cl non au dessous comme dans les (piadrupèdes : on sait que le coq s’approche de la poule par une espèce de pas obli(pie, accéléré, baissant les ailes comme un coq d'Inde (pii fait la roue, étalant nièine sa queue à demi, et accompagnant son action d’un certain murmure expressif, d'un mouvement de trépidation et de tous les signes du désir pressant : on sait qu'il s'élance sur la poule, qui le reçoit en pliant les jambes, se mettant ventre à terre, et écartant les deux plans de longues plumes dont sa queue est composée : on sait que le mâle saisit avec son bec la crête ou les plumes du sommet de la tète de la femelle, soit par manière de caresse, soit pour garder l'équilibre; qu’il ramène la partie postérieure de son corps, où est sa double verge, et rapjdique vivement sur la partie iioslérieure du coiqis de la poule où est l orilice correspondant; (pie cet accouplement dure d autant moins qu il est plus souvent répété, et ipie le coq semble s’applaudir après par un batlemeul d'ailes et par une espèce de chant de joie ou de victoire : on sait (pie le coq a des testicules; (pie sa liqueur séminale réside, comme celle des quadrupèdes, dans des vaisseaux spermatii|ues : on sait, par mes observations, que celle de la poule niside dans la cicatricule de chaque œuf comme celle des femelles quadrupèdes dans le corps glanduleux des testicules; mais on ignore si la double verge du coq, ou seulement l une des deux, pénèire dans l’orillce de la femelle, et même s’il y a iniromission réelle, ou une compression lorœ, ou un simple contact; on ne sait pas encore quelle doit être précisément la eondilion d un ojiif pour qu'il puisse être fécondé, ni jusqu à quelle distance ractioii du mâle peut s’étendre; en un mot, malgré le nombre infini d expériences et d'observations que l'on a faites sur ce sujet, on ignore encore (pielques-unes des principales circonstances de la fécondation.

Son premier effet connu est la dilatation de la cicatricule et la formation du poulet dans sa cavité : car c’est la cicatricule qui contient le véritable germe, et elle se trouve dans les œufs fécondés ou non, môme dans ces prétendus œufs de coq dont j'ai parlé plus haut; mais elle est plus petite (Jans les œuls inféconds. Malpighi, l ayanl examinée dans des œufs féconds nouvellement pondus et avant qu ils eussent été couvés, vil au centre de la cicairieulc une bulle nageant dans une liqueur, et reconnut au milieu de celle bulle rembryon du poulet bien formé; au lieu que la cicatricule des œufs inféconds et produits par la poule seule, sans communication avec le mâle,

184 IIISTOiHE INATLiHKLI.K

ne lui préseiilu (pi un pelit globule iiiforine, muni cl'ap[)cn(.lieos reuiplis d'uii suc épais, (juoiipie iranspareiil et cnviroiiué de plusieurs cercles couceniriques. On ny aperçoit aucune ébauche d'animal; l’organisation intime et complète d'une matière informe n’est que l’effet instantané du mélange des deux liqueurs séminales : mais, s'il ne faut tpi'un moment à la nature pour donner la forme première à cette glaire transparente, et pour la pénétrer du principe de vie dans tous ses points, il lui faut beaucoup de temps et de secours pour perfectionner cette première ébaucbc. Ce sont principalement les mères qu elle semble avoir chargées du soin de cc développement, en leur inspirant le désir ou le besoin de eouvcr : dans la plupart des poules, ee désir se fait sentir aussi vivement, se marque au dehors par des signes aussi énergiques que celui de l’accouidement, auquel il succède dans l’ordre de la nature, sans même (]u’il soit excité par la présence d’aucun œuf. Une poule qui vient de pondre éprouve une sorte de transport que partagent les autres poules qui n’en sont que témoins, et qu elles expriment toutes par des cris de joie répétés, soit que la cessation subite des douleurs de l'accoucbement soit toujours accompagnée d’une joie vive, soit ipie cette mère prévoie dès lors tous les plaisirs ipie ce premier plaisir lui prépare. Quoi qu’il en soit, lorsqu'elle aura pondu vingt-cinq ou trente œufs, elle se mettra tout de bon à les couver; si on les lui ôte à mesure, elle en pondra peut-être deux ou trois fois davantage, et s’épuisera par sa fécondité même : mais enfin il viendra un temps où, par la force de l'instinct, elle demandera à couver par un gloussement particulier, et par des mouvements et des attitudes non équivoques; si elle n'a pas ses propres œufs, elle couvera ceux d’une autre poule, et, à défaut de ceux-là , ceux d’une femelle d'une autre espèce, et même des œufs de pierre ou de craie : elle couvera encore après que tout lui aura été enlevé, et elle se consumera en regrets et en vains mouvements. Si ses recberelies sont heureuses et qu’elle trouve des œufs vrais ou feints dans un lieu retiré et convenable, elle se pose aussitôt dessus, les environne de ses ailes, les échauffe de sa chaleur, les remue doucement les uns après les autres, comme pour en jouir plus en détail, et leur communiquer à tous un égal degré de chaleur; elle se livre tellement à cette occupation, quelle en oublie le boire et le manger : on dirait qu elle comprend toute l’importance de la fonction qu elle exerce; aucun soin n’est omis, aucune précaution n'est oubliée pour achever l'existence de ces petits êtres coinmencés, et pour écarter les dangers qui les environnent. Ce qu’il y a de plus digne de remarque, c’est <iue la situation d’une couveuse, quelque insipide qu elle nous paraisse, est pent étre moins une situation d'ennui qu’un état de jouissance coniiniieile, d'autant plus délicieuse (lu'elle est plus recueillie : tant la nature semble avoir mis d’attraits à tout ce qui a rapport à la multiplication des êtres!

L’effet de l’incubation se borne au développement de 1 embryon du poulet, qui, comme nous l'avons déjà dit, existe tout formé dans la cicalricule de 1 œuf fécondé. Voici à peu près l’ordre dans leciuel se fait ce développement, ou plutôt comme il se présente à l'observateur; et comme j'ai déjà donné dans un assez grand détail tous les faits qui ont ra|)port au développement du poulet dans l'œuf, je me contenterai d'en rappeler ici les circonstances essentielles.

Dès que l’œuf a été couvé pendant cinq ou six heures, on voit déjà distinctement la tête du poulet jointe à l’épine du dos, nageant dans la liqueur lioni la bulle qui est au centre de la cicatricule est remplie; sur la fin du premier jour, la tète s’est d(\jà recourbée en grossissant.

Dés le second jour, ont voit les premières ébauches de vei'tèbi'cs (pii sont

lii' COQ.

comme de pclils j^lobules disposés des deux côtés du milieu de répine : ou voit aussi apparaiire le commencement des ailes et les vaisseaux ombilicaux, remarquables par leur couleur obscure; le cou et la poitrine se débrouillent; la tête grossit toujours; on y aperçoit les premiers linéaments des yeux et trois vésicules entourées, amsi (juc l'épine, de membranes transparentes : la vie du fœtus devient plus manileste; déjà l’on voit son cœur battre et son sang circuler.

Le troisième jour tout est plus distinct, parce qufe tout a grossi. Ce qu'il y a de [)lus remartiuable, c'est le cœur qui pend hors de la poitrine et bat trois fois tic' suite, une fois en recevant par l’oreillette le sang contenu dans les veines, une seconde fois en le renvoyant aux artères, et la troisième fois en le poussant dans les vaisseaux ombilicaux; et ce mouvement continue encore vingt-quatre heures après que l’embryon a été séparé du blanc de son œuf. On aperçoit aussi des veines et des artères sur les vésicules du cerveau; les rudiments de la moelle de l'épine commencent à s’étendre le long des vertèbres : enfin on voit tout le corps du fœtus comme enveloppé d'une partie de la liqueur environnante, qui a pris plus de consistance que le reste.

Les yeux sont déjà fort avancés le quatrième jour; on y reconnaît bien ta prunelle, le cristallin, l'humeur vitrée : on voit, outre cela, dans la tète cinq vésicules remplies d'humeur, lesquelles, se rapprochant et se recouvrant peu à peu les jours suivants, formeront enfin le cerveau enveloppé de toutes ses membranes; les ailes croissent, les cuisses commencent à paraître, et le corps, à prendre de la chair.

Les progrès du cinquième jour consistent, outre ce qui vient d’ètre dit, en ce que tout le corps se recouvre d’une chair onctueuse ; que le cœur est retenu au dedans par une membrane fort mince, qui s’étend sur la capacité de la poitrine, et que l’on voit les vaisseaux ombilicaux sortir de l’abdomen.

Le sixième jour, la moelle de l'épine s'étant divisée eri deux parties continue de s'avancer le long du tronc; le foie, qui était blanchâtre auparavant, est devenu de couleur obscure; le eteur bat dans ses deux ventricules; le cor|)s du poulet est recouvert de la peau, et sur cette peau l’on voit déjà poindre les plumes.

Le bec est facile à distinguer le septième jour; le cerveau, les ailes, lés cuisses et les pieds ont acquis leur figure parfaite; les deux ventricules du cœur paraissent comme deux bulles contiguës et réunies par leur partie supérieure avec le corps des oreillettes; on remarque deux mouvements successifs dans les ventricules aussi bien que dans les oreillettes; ce sont comme deux cœurs séparés.

Le poumon paraît à la fin du neuvième jour, et sa couleur est blanchâtre. Le dixième jour les muscles des ailes achèvent de se former, les plumes continuent de sortir ; et ce n’est que le onzième jour qu’on voit des artères, qui auparavant étaient éloignées du cœur, s’y attacher, et que cet organe se trouve parfaitement conformé et réuni en deux ventricules.

Le reste n’est qu'un développement plus grand des parties, qui se fait jusqu'à ce que le poulet casse sa coquille après avoir pipé, ce qui arrive ordinairement le vingt et unième jour, quelquefois le dix-huitième, d’autieà fois le vingt septième.

Toute celte suite de phénomènes, qui forme un spectacle si intéressant pour un observateur, est rcil'el de l’incubation opérée par une poule, et l'industrie humaine n’a pas trouvé qu'il fût au-dessous d elle d'en imiter les procédés. D'abord de simples villageois d’Iigypte, et ensuite des physiciens

lüine Vlll. 1 3

180 HISTOIRK NATURELLE

de nos jours sont venus à boul de faire éclore des œufs aussi Lien que la meilleure couveuse, el d’en faire éclore un Irés-grand nombre à la fois; loul le secret consiste à tenir ces œufs dans une température qui réponde à peu près au degré de la clialeur de la poule, et à les garantir de toute bu midilé et de toute exhalaison nuisible, telle que celle du charbon, de la braise, même de celle des œufs gâtés. En remplissant ces deux condilions csscniielles, cl en y joignant ratlention de retourner souvent les œufs, cl de faire circuler dans le four ou l’étuve les corbeilles ipii les contiendront, en sorte que non-seulement chaque œuf, mais chaque partie du même œ-iif participe à peu près également à la chaleur requise, on réussira toujours à faire éclore des milliers de poulets.

Toute chaleur est bonne pour cela; celle de la mère poule n'a pas plus de privilège que celle de loul autre animal, sans en excepter I homme, ni celle du feu solaire ou terrestre, ni celle d’une couche de tan ou de fumier : le point essentiel est de savoir s’en rendre niaitre, c’est-à-dire d être toujours en étal de raugmcnler ou de la diminuer a son gré. Or, il sera toujours possible, au moyen de bons thermomètres distribués avec intelligence dans l’intérieur du four ou de l’étuve, de savoir le degré de chaleur de ses diirérentes régions; de la conserver en étonpanl les ouvertures et fermant tous les registres du couvercle; de raugmcnler, soit avec des cendres chaudes, si c’est un four, soit en ajoutant du bois dans le poêle, si c’est une étuve à poêle, soit en faisant des réchauds, si c’est une couche; et enfiu île la diminuer en ouvrant les registres pour donner accès à l’air extérieur, ou bien en introduisant dans le four un ou plusieurs corps froids, etc.

Au reste, quelque attention que l’on donne à la conduite d'un four d'incubation, il n’est guère possible d’y entretenir consiamment et sans interruption le trente-deuxième degré, qui est celui de la poule; heureusement ce terme n’est point indivisible, el l’on a vu la clialeur varier du irentehuitième au vingt-quatrième degré, sans qu’il en résultât d'incoménieiit pour la couvée : mais il faut remarquer qu’ici l’excès est beaucoup plus à craindre que le défaut, et que quelques heures du Ircnle-huilième, et même du trente-sixième degré, feraient plus de mal que quelques jours du vingt-quatrième; cl la preuve que celle quantité de moindre chaleur peut encore être diminuée sans inconvénient, c’est qu’ayant trouvé, dans une prairie qu’on fauchait, le nid d’une perdrix, cl ayant gardé el tenu à l'ombre les œufs pendant trente-six heures qu’on ne put trouver de poule pour les couver, ils éclôreni néanmoins tous au bout de trois jours, excepté ceux qui avaient été ouverts pour voir où en étaient les perdreaux : à la vérité, ils étaient très-avancés; et sans doute il faut un degré de chaleur plus fort dans les commencements de l’incubation que sur la lin de ce même temps, où la chaleur du petit oiseau sullit presque seule à son développement.

A l’égard de son humidité, comme elle est fort contraire au succès de l’incubation, il faut avoir des moyens sûrs pour reconnaître si elle a pénétré dans le lotir, pour la dissiper lorsiiu’elle y a pénétré, et pour empêcher qu’il n’en vienne de nouvelle.

L’hygromètre le plus simple et le plus approprié pour juger de riuimidité de l’air de ces sortes de fours, c’est un œuf froid qu’on y introduit, et ([u’on y tient pendant quelque temps, lorsque le juste degré de chaleur y est établi : si, au bout d’un demi quart d’heure au plus, cet œuf .se couvre d’un nuage léger, semblable à celui que l’haleine produit sur une glace polie, ou bien à celui qui se forme l’été sur la surface extérieure d un verre où l'on verse des liqueurs à la glace, c’est une preuve que l’air du four est trop humide, el il l’est d’autant plus que ce nuage est plus longtemps à se dissiper;

DU COQ. jgy

ce qui urrive piiucipfilenieiit clans les fours à lan et à fumier que l’on a voulu renfermer en un lieu clos. Le meilleur remède à eet inconvénient est de renouveler l’air de ces endroits fermés, en y établissant plusieurs courants par le moyen de fenêtres opposées, et, à defaut de fenêtres, en y plaçant et ajiitant un ventilateur proportionné à l’espace. Quelquefois la seule transpiration du jçrand nombre d œufs produit dans le four même une humidité trop grandej et, dansée cas, il faut tous les deux ou trois jours retirer, pour quelques instants, les corbeilles d’œufs hors du four, et l’éventer simplement avec un chapeau qu’oii y agitera en différents sens.

Mais ce n est pas assez de dissiper riiumidilé (|ui s’est accumulée dans les fours, il faut encore, autant qu il est possible, lui interdire tout accès par dehors, en revêtant leurs parois extérieures de plomb laminé ou de bon ciment, ou de plâtre ou île goudron bien cuit, ou du moins en leur donnant plusieurs couches à riuiilc, <|u’ori laissera bien sécher, et en collant sur leurs parois intérieures des bandes de vessies ou de fort papier gris,

(. est à ce peu de pratiques aisées que se réduit tout l’art de l’incubation aitihcielle, et il faut y assujettir la structure cl les dimensions des fours ou etuyes, le nombre, la forme et la distribution des corbeilles, et toutes les petites manœuvres que la circonstance prescrit, que le moment inspire, et qui nous ont été détaillées avec une immensité de paroles, et que nous réduirons ici dans quelques lignes, sans cependant rien omettre.

Le four le plus simple est un tonneau revêtu par dedans de papier collé, bouche par le haut d’un couvercle qui l’emboîte, lequel est percé dans son milieu d’une grande ouverture fermant à coulisse, pour regarder dans le four, et de plusieurs autres petites autour de celle-là, servant de registre pour le ménagement de la chaleur, et fermant aussi à coulisse : on noie ce tonneau plus qu’aux trois quarts de sa hauteur dans du fumier chaud; on place dans son intérieur, les unes au-dessus des autres et à de justes intervalles, deux ou trois corbeilles à claire-voie, dans chacune desquelles on arrange deux couches d’œufs, en observant que la couche supérieure soit moins fournie que l'inférieure, afin que l’on puisse aussi avoir l’œil sur celle-ci : on ménage, si l’on veut, une ouverture dans le centre de chaque corbeille, et dans l’espèce de petit puits formé par la rencontre de ces ouvertures qui répondent toutes à l’axe du tonneau; ou y suspend un thermomclrc bien gradué; on en place d’autres en difl’érents points de la circonférence; on entretient partout la chaleur au degré requis, et on a des poulets. *

On peut aussi, en économisant la chaleur, et tirant parti de celle qu’ordinairement on laisse perdre, employer à l’incubation arlilicielle celle des fours de pâtissiers et de boulangers, celle des forges et des verreries, celle même d’un poêle ou d’une plaque de cheminée, en se souvenant toujours que le succès de la couvée est attaché principalement à une juste dislribur lion de la chaleur et à l’exclusion de toute huniidité.

Lors(|ue les fournées sont considérables et qu’elles vont bien, elles produisent des milliers de poulets à la fois; et cette abondanee même ne serait pas sans inconvénient dans un climat comme le nôtre, si l’on n’eùl trouvé moyen de se passer de poule pour élever les poulets, comme on savait s’en passer pour les faire éclore; et ces moyens sc réduisent à une imitation plus ou moins parfaite des procédés de la poule, lorsque ses poussins sont éclos.

On juge bien que cette mère, qui a montré tant d’ardeur pour eouver qui a couvé avec tant d’assiduité, qui a soigné avec tant d’intérêt des embryons qui n’existaient point encore ponr elle, ne se refroidit pas lorsque

188 IIISTÜIKIi INATUREIJÆ

scs poussins sont éclos; son allaclicnicnt. Cor li lie par la vue de ces petits êtres qui lui doivent la naissance, s'accroît encore tous les jours par les nouveaux soins qu’exige, leur faiblesse : sans cesse occupée d'eux, elle ne eherclie de la nourriiure que pour eux; si elle n’en trouve point, elle gratte la terre avec ses ongles pour lui arracher les aliments qu’elle recèle dans son sein, et elle s’en prive en leur faveur : elle les rappelle lorsqu’ils s’égarent, les met sous ses ailes à l’abri des intempéries, et les couve une seconde fois; elle se livre à ces tendres soins avec lani d ardeur et de souci, que sa conslilulion en est sensiblement altérée, et (pi'il est facile de distinguer de toute autre poule une mère qui mène scs petits, soit à ses plumes hérissées et à ses ailes trainanies; soit au son enroué de sa voix cl à ses dilférentes inflexions toutes ex|»ressives, et ayant toutes une forte empreinte de sollicitude et d’affection maternelles.

Mais, si elle s’oublie elle-même pour conserver ses petits, elle s’expose h tout pour les défendre ; parait-il un épervier dans l’air, celle mère si faible, si timide, et qui, en toute autre circonstance, cbercberail son salut dans la fuite, devient intrépide par tendresse; <!lle s'élance au-devant de la sei’re redoutable, et, par ses cris redoublés, ses battements d’ailes et son audace, elle en impose souvent à l'oiseau carnassier, qui, rebuté d'une résistance imprévue, s’éloigne et va chercher une proie plus facile. Elle parait avoir toutes les qualités d’un bon cœur; mais ce qui ne fait pas autant d'honneur au surplus de son instinct, c’est que si par hasard on lui a dotiné à couver des œufs de cane ou de tout autre oiseau de rivière, son affection n’est pas moindre pour ces étrangers qu’elle le serait pour scs propres poussins : elle ne voit pas qu’elle n’est que ieur nourrice ou leur bonne, et tion pas leur mère; cl lorsqu’ils vont, guidés par la nature, s’ébattre ou se plonger dans la rivière voisine, c'est un spectacle singulier de voir la surprise, les inquiétudes, les transes de cette pauVre nourrice, qui se croit encore mère, et qui. pressée du désir de les suivre au milieu des eaux, mais retenue par une répugnance invincible pour cet élément, s’agite, incertaine sur le rivage, tremble cl se désole, voyant toute sa couvée dans un péril évident, sans oser lui donner de secours.

Il serait impossible dc.suppléer à tous les soins de la poule pour élever scs petits, si ces soins supposaient nécessairement un degré d’attention et d'affection égal à celui de la mère elle-mcmc : il sullit, pour réussir, de remarquer les principales circonstances de la conduite de la poule cl ses procédés à l'égard de scs petits, cl de les imiter autant qu’il est possible. Par exemple, ayant observé que le principal but des soins de la mère est de conduire scs poussins dans dos lieux où ils puissent trouver à se nourrir, et de les garantir du froid cl de toutes les injures de l'air, on a imaginé le moyetr de leur procurer tout cela avec encore plus d’avantage que la mère ne peut le faire. S’ils naissent en hiver, on les tient pendant un mois ou six semaines dans une étuve échauffée au même degré que les fours d’incubation ; seulement, on les en tire cinq ou six fois par jour [lour leur donner à manger au grand air, et surtout au soleil; la chaleur de l’éluvc favorisedeur développement, l’air extérieur les fortilie, et ils prospèrent : de la mie de pain, des jaunes d'œufs, de la soupe, du millet, sont leur première nourriture. Si c’est en été, on ne les lient dans l'étuve que trois ou quatre jours, et dans tous les temps on ne les lire de l’étuve que pour les faire pa.sser dans la poussinière : c’est une espèce de cage carrée, fermée par-devantd’un grillage en (il de fer ou d’un simple filet, et par-dessus d un couvercle à charnière : c'est dans cette eage que les poussins trouvent à manger. Mais lorsqu’ils ont mangé et couru suffisamment, il leur faut un abri où ils puissent se

Di: COQ.

l'éclKUiiïcr et se reposer; et c'est peur ccin rpic le.s poulets, rpii sont menés par une mère, ont coutume de se rassembler alors sous ses ailes. M, de Kéaurnur a imaginé pour ce meme usage une mère artificielle: c'est une boite doublée de peau de mouton, dont la base est carrée et le dessus incliné comme le dessus d'un pupitre : il place cette boite à Tun des bouts de sa poussinière, de manière que les poulets puissent y entrer de plain-pied et en faire le toui- au moins de trois côtés, et il réchauffe par-dessous au moyen d'une ehauffereltc qitoo renouvelle selon le besoin; linclinaison du couvercle de cette espèce de pupitre offre des hauteurs différentes pour les poulets de différentes tailles; mais, comme ils ont coutume, surtout lorsqu'ils ont froid, de se presser et même de s’entasser en montant les uns sur les autres, et que dans cette foule les petits et les faibles courent risque d’être étouffés, ou tient cctlc boite ou mère artificielle ouverte par les deux bouts, ou plutôt on ne la ferme aux deux bouts que par un rideau que le plus petit poulet puisse soulever facilement, afin qu'il ait toujours la facilité de sortir lorsqu’il se sent trop pressé; après quoi il peut, en faisant le tour, revenir |)ar l'autre bout et clioisir une place moins dangereuse. iM. de tléaumur tâche eticore de prévenir ce même inconvénient par une autre précaution : c'est de tenir hî couvercle de la Dière artificielle incliné assez bas pour que les poulets ne puissent pas monter les uns sur les autres; et, à mesure que les [)Oulets croissent , il élève le couvercle en ajoutant sur le côté de la boite des hausses proi)oriionnées. Il renchérit encore sur tout cela, en divisantses plus grandes poiminières en deux par une cloison transversale, alin de pouvoir séparer les [xuilets de <lifférentes grandeurs : il les fait mettre aussi sur des roulettes pour la faeililé du transport; car il finit absolument les rentrer dans la chambre toutes les nuits, et même pendant le jour lorsque le temps est rude; et il faut que celte chambre soit échauffée en temps d’hiver ; mais, au reste, il est hou, dans les temps qui ne sont ni froids ni pluvieux, d'exposer les imussinières au grand air et au soleil, avec la seule précaution de les garantir du vent; on peut même en tenir les portes ouvertes; les poulets apprendront bientôt à sortir pour aller gratter le fumier ou béqueter l'herbe tendre, et à renirer pour prendre leur repas ou s'échauffer sous la mère artificielle. Si I on ne veut pas courir le risque de les laisser ainsi vaguer en liberté, on ajouie au bout de la poussinière une cage à poulets ordinaire, qui, communiipiant avec la première, leur fournira un plus grand espace pour s’ébattre, et une promenade close où ils seront en sûreté.

Mais, plus on les tient en captivité, plus il faut être exact à leur fournir une nourriture qui leur convienne. Outre le millet, les jaunes d’œufs, la soupe et la mie de pain, les jeunes poidcts aiment aussi la navette, le ehènevis et autres menus grains de ce genre; les pois, les fèves, les lentilles, le riz, l'orge et l’avoine mondés, le turquis écrasé et le blé noir. Il con^ vient, et c'est même une économie, de faire crever dans l’eau bouillante la plupart de ces graines avant de les leur donner; cette économie va à un cinquième sur le froment, à deux cinquièmes sur l’orge, à une moitié sur le turquis, à rien sur l’avoine et le hic noir: ily aurait de la perteà faire crever le seigle; mais c'est de tou tes ces graines celle que les poulets aiment le moins, linlin, on peut leur donner, à mesure qu'ils deviennent grands, de tout ce que nous mangeons nous-mêmes, excepté les amandes amères et les grains de café; toute viande hachée, cuite ou crue, leur est bonne, surtout les vers de terre: c'est le mets dont ces oiscatix, qu’on croit si peu carnassiers, paraissent être le |)lus friands; et peut-être ne leur manque-t-il, comme à bien d’autres, qu’un bec crochu et des serres pour être de véritables oiseaux de proie.

Cependant il faut avouer qu’ils ne diffèrent pas moins des oiseaux de proie

190 mSTOIUE NATURELLE

par la façon de digérer cl par la structure de restomac, que par le bec et par les ongles : l’estomac de ceux-ci est membraneux, et leur digestion s’opère par le moyen d’un dissolvant qui varie dans les diirérenles espèces, mais dont l’action est bien constatée; au lieu que les gallinacés peuvent être regardés comme ayant trois estomacs, savoir : 1" le jabot, qui est une espèce de poclic membraneuse, où les grains sont d'abord macérés et commencent à se ramollir; 2" la partie la plus évasée du canal intermédiaire entre le jabot et le gésier, et la plus voisine de celui-ci : clic est tapissée d’une quantité de petites glandes qui fournissent un suc dont les aliments peuvent aussi SC pénétrer à leur passage; 5" enfin, le gésier, qui fournit un suc manifestement acide, puisque de l’eau dans laquelle on a broyé sa membrane interne devient une bonne présure pour faire cailler les crèmes : c’est ce troisième estomac qui aebève, par l’action puissante de scs muscles, la digestion, qui n’avait été que préparée dans les deux premiers. La force de ces muscles est plus grantle qti’on ne le croirait : en moins de quatre beures elle réduit en poudre impalpable une boule d'un verre assez épais pour porter un poids d’environ quatre livres; en quarantc-buil beures clic divise longitudinalement, en deux espèces de gouttières, plusieurs tubes de verre de quatre lignes de diamètre et «l'une ligne d’épaisseur, dont au bout de ce temps toutes les parties aiguës et irancbantes se trouvent émoussées et le poli détruit, surtout celui de la partie convexe; elle est aussi capable d’aplatir des tubes de fcr-blanc, cl de broyer jusqu’à dix-sept noisettes dans l’espace de vingt-quatre beures, et cela par des compressions multipliées, par une alternative de frottement dont il est difficile de voir la mécanique. M. de Réaumur, ayant fait nombre de tentatives pour la découvrir, n’a aperçu qu’une seule fois des mouvements un peu sensibles dans cette partie; il vit dans un cbapon, dont il avait mis le gésier à découvert, des portions de ce viscère- se contracter, s’aplatir et se relever ensuite; il observa des espèces de cordons cbarnus qui se formaient à sa surface, ou plutôt qui paraissaient s’y former, parce qu’il se faisait entre deux des enfoncements qui les séparaient, cl tous ces mouvements semblaient se projiager comme par ondes et très-lentement.

Ce qui prouve qtic dans les gallinacés la digestion se fait principalement par l’action des muscles du gésier, et non parcelle d’un dissolvant quelconque, c’est que, si l’on fait avaler à l'un de ces oiseaux un petit tube de plomb ouvert par les deux bouts, mais assez épais pour n’èlre point aplati par l’elfort du gésier, et dans lequel on aura introduit un grain d’orge, le tube de plomb aura perdu sensiblement de son poids dans l'espace de deux jours, et le grain d’orge qu’il renferme, fût- il cuit et meme mondé, se retrouvera au bout de deux jours un peu renflé, mais aussi peu altéré que si on l’eût laissé pendant le même temps dans tout autre endroit également humide; au lieu que ce même grain, et d’autres beaucoup plus durs, qui ne seraient pas garantis par un tube, seraient digérés en beaucoup moins de temps.

Une chose qui peut aider encore à l’action du gésier, c’est que les oiseaux en tiennent la cavité remplie, autant (pi'il est po.«sible, et par là mettent en jeu les quatre muscles dont il est composé; à défaut de grains, ils le lestent avec de l’berbe et même avec de |)eiils cailloux, lesquels, par leur dureté et leurs inégalités, sont des instruments propres, à broyer les grains avec lesquels ils sont continuellement froissés : je dis par leurs inégalités, car, lorsqu’ils sont polis, ils passent fort vile, il n'y a «pie les raboteux qui restent ; ils abondent d’autant plus dans le gésier (ju’il s’y trouve moins d’aliments; et ils y séjournent beaucoup plus de temps qu’aucune autre matière digestible ou non digestible.

Page 1