‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 96 sur 525 · LE PETIT TÉTRAS, OU COQ DE BRUYÈRE A QUEUE FOURCHUE · texte numérisé non relu

LE PETIT TÉTRAS, OU COQ DE BRUYÈRE A QUEUE FOURCHUE

(tétras BIRKHAN.)

Ordre des gallinacés, genre tétras. (Cuvier.)

Voici encore un coq et un faisan qui n’est ni coq ni faisan; on l’a appelé ‘petit coq sauvage, coq de bruyère, coq de bouleau, etc., faisan noir, faisan de montagne; on lui a même donné le nom de perdrix, de gelinotte; mais, dans le vrai, c’est le petit tétras, c’est le premier tétras de Pline , c’est le tetrao ou Vurogallus niinor de la plupart des modernes. Quelques naturalistes, tels que Rzaczynski, l’ont pris pour le tetrax du poète IVeinesianus : mais c’est sans doute faute d’avoir remarqué que la grosseur de ce tetrax est, scion Nemesianus même, égale à celle de l'oie et de la grue; au lieu ipie, selon Gessner, Sehwcnckfeld , Aldrovaiule et (|uelques autres observateurs, qui ont vu par eux-mêmes, le petit tétras n’est guère plus gros qu’un coq ordinaire, mais seulement d’une forme un peu [ilus allongée, et que sa femelle, scion .AI. Ray, n’est pas tout à fait aussi grosse que notre poule commune.

Turner, en parlant de sa poule moresque, ainsi appelée, dit-il, non pas à cause de son plumage qui ressemble à celui de la pei'drix, mais à cause de la couleur du mâle, qui est noir, lui donne une crête rouge et charnue, et deux c^pécc de barbillons de même substance et de môme couleur; on quoi Wilhighby prétend qu il se trompe ; mais cela est d’autant plus dilîicile à croire, (pie Turner parle d’un oiseau de son pays (apud nos est), et qu’il s’agit d’un caractère trop frappant pour que l’on puisse s’y méprendre. Or, en supposant que Turner ne s’est point trompé en ollét sur cette crête et ces barbillons, et, d’autre part, considérant qu’il ne dit [loint que sa poule

JIISTOlItlî NATLIlîKIXK

iiioiesquo nii lu queue (oureliue, je serais (lorlé à lu regarder eoiniiie utie autre espèce, ou, si l’oii veut, eoitiine une autre race de petit tétras, seuiblablc'u lu première par la grosseur, par le dill'érent plumage du mêle et de la leinelle, par les mœurs, le naturel, le goût des mêmes nourritures, etc., mais qui s en distingue pai‘ ses barbillons eliarmis et par su ipieue non Coureluie : et ce {|ui me conlli ine dans cette idée, c’est (|uc je li'ouve dans Gessner un oiseau sous le nom de f/allus si/keslris, lequel a aussi des barbillons et lu queue non fourcbiie, du reste fort ressemblant au petit tétras ; en sorte qu’on peut et qii on doit, ce me semble, le regarder eomineun individu de la meme espèce (pie la poule moresque de Turner; d’autant plus que dans cette espèce le mâle porteen Écosse (d où l’on avait envoyé à Gessner lu ligure de lOiseau) le nom de coq noir , et la femelle celui de poule grise; ce qui indiipie précisément la diflérence de plumage, qui, dans les espèces de tétras, se trouve entre les deux sexes.

Le petit tétras dont il s'agit ici n’est petit que parce qu’on le compare avec le grand tétras : il pèse trois à quatre livres, et il est encore, après celui-là, le plus grand de tous les oiseaux qu’on appelle coqs de bois.

II a beaucoup de eboses communes avec le grand tétras : sourcils rouges, pieds paltus et sans éperons, doigts dentelés, tache blanche à l'aile, etc., mais il en diffère par deux caractères très-apparents; il est beaucoup moins gros et il a la queue fourchue, non-seulement parce que les pennes ou grandes plumes du milieu sont plus courtes que les extérieures, mais encore parce que cellcs-ei se recourbi nt en dehors; de plus, le mâle de celte petite espèce a [iltis de noir et un noir plus décidé que le mâle de la grande espèce, et il a de plusgrands sourcils : j’appelle ainsi celte peau rouge et glanduleuse qui! a au-dessus des yeux; mais la grandeur de ses sourcils est sujette à quelque variation dans les mêmes individus en différents lenqis, comme nous le verrons plus bas.

La femelle est une fois plus petite que le mâle; elle a la queue moins fourchue, et les couleurs de son [ihimagc sont si différentes, que Gessner s est cru en droit d’en former une es|)èce séparée qu'il a désignée par le nom de grggallus nnnor, comme je lai remarqué ci-dessus dans l'iiistoire du grand tétras. Au reste, celle différence de jilumage entre les deux sexes ne se décide qu’au bout d un certain temps : les jeunes mâles sont d'abord de la couleur de leur mere, et conservent celte couleur jusqu au premier automne; sur la fin de cette saison et pendant l'biver, ils prennent des nuances de plus en plus foncées, jusqu’à ce qu’ils soient d’un noir bleuâtre, et ils retiennent cette dernière couleur toute leur vie, sans autres changements que ceux que je vais indiquer: 1“ ils prennent plus de bleu à mesure qu ils avancent en âge; 2" à trois ans, et non plus tôt, ils prennent une tache blanche sous le bec; 5" lorsqu’ils sont très-vieux, il paraît imc autre tache d un noir varié sous la queue, où auparavant les plumes étaient toutes blanches. Charlcton et quehiues autres ajoutent (pi’il y a d’autant moins de taches blanches à la queue que l’oiseau est plus vieux; en sorte que le nombre plus ou moins grand de ces taches est un indice pour rcconnaitre son âge.

Les naturalistes, qui ont compté assez unanimement vingt-six pennes dans l’aile du petit tétras, ne s’accordent point entre eux sur le nombre des pennes de la (|ueue, et l’on retrouve ici à peu près les mêmes variations dont j ai parlé au sujet du grand tétras. Schwenckfeld, (jui donne dix- huit pennes à la femelle, n’en accorde que douze au mâle. Willugbby, Albin, .\I. Brisson en assignent seize aux mâles comme aux femelles'! f.es deux mâles que nous conservons au Gabinet du Roi en ont tous deux dix-huit; savoir : sept

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Jurandes de clia<|ue coté, el quairc dans le milieu, beaiieou() plus eourtes. Ces diirérenccs viendraient-elles de ce ipie le nombre de ces grandes f)lunies est sujet à varier réellement, ou de ce (|ue ceux qui les ont comptées ont négligé de s’assurer auparavant s'il n’en manquait aucune dans les sujets soumis à leurs observations? Au reste, le tétras a les ailes courtes, et par conséquent le vol pesant, et l’on ne le voit jamais s’élever bien haut ni aller bien loin

Les mâles et les femelles ont l’ouverture des oreilles fort grande, les doigts unis par une membrane jusqu’à la première articulation cl bordés de dentelures, la chair blanche et de facile digestion, la langue molle, un peu hérissée de petites pointes et non divisée ; sous la langue une substance glanduleuse; dans le palais une cavité (pti répond exactement aux dimensions de la langue, le jabot très-grand, le tube intestinal long de cinquante et un pouces, et les appendices ou cæcum do vingt-quatre. Ces appendices sont sillonnés de six stries ou cannelures,

La différence qui se trouve entre les femelles et les mâles ne se borne pas à la superficie; elle pénètre jusqu’à l'organisation intérieure. Le docteur Waj’gand a observé (|ue l’os du sternum dans les mâles, étant regardé à la lumière, paraissait semé d’un nombre prodigieux de petites ramilications de couleur rouge, lesquelles se croisant et recroisant en mille manières et dans toutes sortes de directions, formaient un réseau très-curieux etlrès-singidicr; ag lieu que dans les femelles le même os n’a que peu ou point de ces ramifications : il est aussi plus petit et d’une couleur blanchâtre.

Cet oiseau vole le plus souvent en troupe, et se perche sur les arbres à peu près comme le faisan. 11 mue en été, et il se cache alors dans des lieux fourrés ou dans des endroits marécageux; et il se nourrit principalement de feuilles et de boutons de bouleau et de baies de bruyère, d'où lui est venu son nom frant-ais coq de bruyère, et .son nom allemand birck-han, qui signilie eoq de bouleau. Il vit aussi de chatons de coudrier, de blé cl d autres graines; l’automne il se rabat sur les glands, les mûres de ronces, les boutons d’aune, les pommes de pin, les baies de myrtille ( vüis IJœa ), de fusain ou bonnet de prêtre : enfin l’hiver il se réfugie dans les grands bois, où il est réduit aux baies de genièvre, ou à chercher sous la neige celles de Voxycoccum ou canneberye, appelé vulgairement coussinet de marais; quelquefois même il ne mange rien du tout pendant les deux ou trois mois du plus grand hiver ; car on prétend qu'en Korwége il passe cette saison rigoureuse sous la neige, engourdi, sans mouvement et sans prendre aucune nourriture, comme font dans nos pays tempérés les chauves-souris, les loirs, les lérots, les muscardins, les hérissons et les marmottes, et (si le fait est vrai) sans doute à peu près pour les mêmes causes.

On trouve de ees oiseaux au nord île l’Angleterre et de l’Ecosse, dans les parties inonlueuses, en Norwége el dans les provinces septentrionales de la Suède, aux environs de Cologne, dans les Alpes suisses, dans le Dugey où ils s’appellent grianots, selon M. Hébert; en Podolie, en Lithuanie, en Samogitie, et surtout en Volhynie et dans l’Ukraine, qui comprend les palalinats de Kiovie et de Hraslaw, où un noble polonais en prit un jour trente paires d’un seul coup de filet, dit lizaczynsky, près du village de Kusmince. Nous verrons plus bas la manière dont la chasse du tétras se lait en Courlande. Ces oiseaux ne s’accoutument [)as facilement à un autre climat, ni à l’état de domesticité; presque tous ceux (jue iM. le maréchal de Saxe avait fait venir de Suède dans sa ménagerie de Chambord, y sont morts de langueur et sans se pei péiuer.

Le tétras entre en amour dans le temps où les saules commencent à

pousser, cest-à-dire sur la fin de l’idver, ce que les chasseurs savent bien reconnaître a la liquidité de ses excréments ; c'est alors qu’on voit chaque jour les mâles se rassembler dès le matin au nond)re de cent ou plus, dans quelque lieu élevé, tranquille, environné de marais, couvert de bruyère, etc., qu’ils ont choisi pour le lieu de leur rendez-vous habituel. Lâ, ils s'attaquent, ils s’entre-battent avec fureur, jusqu'à ce que les plus faibles aient été mis en fuite ; apres quoi les vainqueurs se promènent sur un tronc d’arbre, ou sur l’endroit le plus élevé du terrain, l'œil en feu, les sourcils gonllés, les plumes hérissées, la queue étalée en éventail, faisant la roue, battant des ailes, bondissant assez fréquemment , et rappelant les femelles par un cri qui s’entend d un demi-iniile. Son cri naturel par lequel il semble articuler le mot allemand pau, monte de tierce dans cette circonstance, et il y joint un autre cri particulier, une espèce de roulement de gosier très-éclatant. Les femelles qui sont à portée répondent à la voix des mâles par un cri qui leur est propre ; elles se rassemblent autour d’eux, et reviennent très-exactement les jours suivants ou même rendez vous. Selon le docteur Waygand, chatpie coq a deux ou trois poules auxquelles il est plus spécialement alfectioimé.

Lorsque les femelles sont fécondées, elles vont chacune de leur côté faire leur ponte dans des taillis épais et un peu élevés. Elles pondent par terre et sans se donner beaucoup de peine pour la construction d’un nid, comme font tous les oiseaux pesants. Elles pondent six ou sept œufs, selon les uns, de douze à seize, selon les autres, et douze à vingt, .selon queh|ues autres; les œufs sont moins gros que ceux des poules domesti(|ues et un peu [dus longuets. M. Linnæus assure que ces poules de bruyère perdent leur fumet dans le temps de I incubation. Schwcnckfeld semble insinuer <|uc le temps de leur ponte est dérangé depuis que ces oiseaux ont été tourmentés par les chasseurs, et effrayés par les coups de fusil ; et il attribue aux mêmes causes la perte qu’a faite l'Allemagne de plusieurs autres belles espèces d oiseaux.

Dès que les petits ont douze ou quinze jours, ils commencent déjà à battre des ailes et à s’essayer à voltiger; mais ce n’est qu'au bout de cintj ou six semaines qu'ils sont en état de prendre leur essor, et d’aller se percher sur les arbres avec leurs mères : c’est alors qu'on les attire avec un appeau, soit pour les prendre au filet, soit pour les tuer à coups de fusil ; la tnère prenant le son contrefait de cet aii[ieau pour le piaulement de quelqu'un de scs petits qui s’est égaré, accourt et le rappelle par un cri particulier (ju'elle répète souvent, comme font en pareil cas nos poules domestiques, et elle amène à sa suite le reste de la couvée, qu’elle livre ainsi à la merci des chasseurs.

Quand les jeunes tétras sont un peu plus grands, et qu’ils commencent à prendre du noir dans le [dumage, ils ne se laissent pas amorcer si aisément de cette manière : mais alors, jusqu’à ce qu'ils aient pris la moitié de leur accroissement, on les chasse avec l’oiseau de proie. Le vrai temf)s de celte chasse est l'arrière-saison, lorsque les arbres oui quitté leurs feuilles; dans ce lenqjs les vieux mâles choisissent un certain endroit où iis .se rendetit tous les malins, au lever du soleil, en ra|)[)elanl par un certain cri (surtout quand il doit geler ou faire beau t<‘mps) tous les autres oiseaux de leur espèce, jeunes et vieux, mâles et femelles. Lorsqu’ils sont rassemblés, ils volent en troupes sur les bouleaux, ou bien, s’il n'y a point de neige sur la terre, ils se répandent dans les champs qui ont porté l’été précéilenl du seigle, de l’avoine ou d’autres grains de ce genre; et c’est alors^que les oiseaux de proie dressés pour cela ont beau jeu.

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