DE LA CRAIE
Jusqu’ici nous n’avons parle que des matières qui appartiennent a la première nature : le quartz, le jaspe, les porphyres, les granits, produits immédials du feu primilif ; les grès, les argiles, les schistes, les ardoises, délriments de ces premières substances, et qui, quoique transportes, pénétrés, figurés par les eaux, et même mélangés des premières productions de ce second élément, n’en apparliennent pas moins a la grande masse primitive des matières vitreuses, lesquelles dans cette première époque composaient seules le globe entier. 3Iaintenant considérons les matières calcaires qui se Iroinent en si grande quantité, et en tant d’endroits sur cette première surface du globe, et qui sont proprement l’ouvrage de l’eau même et son produit immédiaL C’est dans cet élément (pic se sont en eflel formées ces substances qui n’existaieiit pas auparavant; qui n’ont pu se produire que par l’intermède de l’eau, et qui non-seulement ont été transportées, enlassées et disposées par ses mouvements, mais même ont été combinées, composées et produites dans le sein de la mer.
Cette produclion d’une nouvelle substance pierreuse par le moyen de l’eau est un des plus étonnanis ouvrages de la nature, et en nièiiie temps un des plus universels; il tient à la génération la plus immense peut-être qu’elle ait enfantée dans sa jiremière fécondité : cette génération est celle des coquillages, des madrépores, des coraux et de toiiles les espèces qui filtrent le suc pierreux et produisent la matière calcaire, sans que nul autre agent, nulle autre puissance particulière de la nature puisse ou ait pu fornicr cette substance. La iiiulti[)licati()n de ces animaux à coquilles est si prodigieuse, qu’en s’amoncelant ils élèvent encore aujourd hui en mille endroits des récifs, des bancs, des hauts-fonds, qui sont les sommets des collines sous-marines, dont la base et la niasse sont également formées de l’entassement de leurs dépouilles*. Et combien
* „ Tontes les îles liasses .lu U-opi.iue austral seml.lc.U avoir clé produites par des animaux „ du genre des polypes, <pii rormenl les litliopliytes; ces animalcules élèvent peu à peu leur „ lialdtation de .le'ssus une base imperccpliblc, qui s’étend de plus en plus à mesure que sa ,, struclure s’élève davantage ; j’ai vu de ees larges structures à tous les degrés do leur cou- „ struetion. " Observalions de Forslcr, à la suite du second Voyage du capitaine Cook, page l.'iS. - « Ces îles sont généralement liées les unes aux autres par des récifs de rochers « de corail (Idem, Ibidem.) .Nous découvrîmes les îles vues par M. de Bougainville, par les » dix-sept degrés vingt-quatre miuutcs latitude, et cent quaranto-un degrés trente-neul mi- .. mîtes longitude ouest; une de ces îles basses, à moitié submergée, n’était qu’un grand banc .. (le corail, de, vingt lieues de tour. » (Cook, second Voyage, tome I, page 2!)5.) « On rencontra „ une ceinture ,1e petites îles Jointes ensemble par un récif de rochers de corail. « (Idem.
DES MINÉIUIIX.
dnl èip,. p|j,g immenso l(i nombre* de ces ouvriers du vieil
teandaas le fond delà mer universelle, lorsqu’elle saisit tous les prinde lecoudité répandus sur le slobe animé de sa première chaleur! ^ans celle réllexion, pourrions-nous souleuir la vue vraiment accaj ante des niasses de nos montagnes calcaires *, entièrement composées cette matière foule formée des dépouilles de ces premiers Iiabilanis c la mer? Nous en ^ oyons à chaque pas les prodigieux amas; nous en "*''ons déjà recueilli mille preuves ** : chaque contrée jieut en offrir de Nouvelles, et les articles sui^auts les confirmeront encore par un plus tlcveloppement ***.
I commencerons par la craie, non qu’elle soit la plus commune ou ‘‘ pins noble des substances calcaires, mais parce que de ces matières, fl'ii toutes également tirent leur origine des coquilles, la craie doit en le regardée comme le premier détriment, dans lequel cette substance ^■OMuilleuse est encore toute pure, sans mélange d’autre matière, et sans
„ 28a.) IX Nous abordâmes à l’île Sauvage (une de celles des Amis); ces bords
et rochers de corail.» (Idem, tome III, page lü.) Cette multitude d’îles basses
âlM I *"* P'a'dit le navigateur Roggeviii ont été revus et reconnus par
fond d^**"' dook; toutes ces îles ne sont soutenues que par des baucs de corail, élevés du ca) f **' surface. (Voyez le chapitre XI de la relation du second Voyage du
ces . ****'*^ ^‘’“**’ traduction française, tome II, page 275,) Ce fait étonnant a été si bien vu par réflex''* l’^uf doute, et il fournit à Jl. Forster cette
“ ■ “f*® petit v'cr dont le corail est l’ouvrage, et qui paraît si insensible qu’on
^ s 'ligue à peine d’une plante, agrandit son habitation, et construit un édifice de roche, ^ pus un point du fond de la mer, que l’art humain ne peut pas mesurer, jusqu’à la sur- C 9 prépare ainsi une hase à la résidence de l’homme. » (Forster, second Voyage
inmb ' 1*“^® 283.)— Voyez de plus toutes les relations des navigateurs, sur les sondes
les ™cbers de coquillages, et sur les cables et grelins des ancres coupés contre
“ Ch*^'^* lépores et de coraux. — « Eu travei saiit la Picardie, la Flandre française, la
"'pagne, la Lorraine allemande, le pays Messin, etc., M. Monnet a observé que les
coquilles
se montrent jusqu’à plus de trois cents pieds do profondeur perpendiculaire, à
« ™'"0"ocr des vallées les plus profondes... (In trouve même des bancs de corail ou de
lepores auprès de Clermont, village de la principauté de Liège, de plus de soixante ne Hauteur. Ces bancs sont droits comme des murailles; ils ressemblent assez à ceux 1'" ®0"t décrits par le capitaine Cook, et qui sont situés auprès de la Nouvelle-Guinée; ils de 9es balles de bon marbre qu’on exploite.» (Tableau des voyages minéralogiques
Monnet, Journal de Physique, février 1781, page 160 et suiv.)
‘iu b . ^*®”'*®’'.P''‘’9la d’une ouverture qu’on avait faite dans une dos plus profondes vallées de a dessein d'y découvrir du charbon, pour observer jusqu’où vont les bancs
PP ^''^C'ccs et les coquilles ; cette ouverture, de cinq cents pieds de profondeur pei’-
C'" u'iT passait le niveau de la mer de plus de cent pieds, a montré autant do
1"! Us dans son fond que dans sa hauteur. (Tableau des Voyages minéralogiques de
âf
les
''"net. Journal de Physique, février 1781, page 161). "Jez tous les articles de la Théorie de la Terre, des
, des preuves et des suppléments, sui' 'Par' *'^' "*'*** montagnes composées de coquillages et autres dépouilles des productions
"JC", en particulier, les articles de la Pierre calcaire et du Marbre.
98 inSTOlRE NATURELLE
aucune de ces nouvelles formes de crislallisalion spatliique, que la slillation des eaux donne à la plupart des pierres calcaires : car en réduisant des coquilles en poudre, on aui'a une matière toute semblal)le a celle de la craie pulvérisée.
Il a donc pu se former de grands dépôts de ces poudres de coquilles, qui sont encore aujourd’hui sous cette lorme pulvérulente, ou qui ont acquis avec le temps de la consistance et quelque solidité : mais les craies sont,, en général, ce qu’il y a de plus léger et de moins solide dans ces matières calcaires, et la craie la plus dure est encore une pierre tendre; souvent au lieu de se présenter en masses solides, la craie n est qu une poussière sans cohésion, surtout dans ses couches extérieures. Lest à ces lits de poussièi'e de craie qu’on a souvent donné le nom de marne . mais je dois avertir, pour éviter toute confusion, que ce nom ne doit s’appliquer qu’à une terre mêlée de craie et d argile, ou de craie et de terre limoneuse, et ()ue la craie est au contraire une matière simple, produite par le seul détriment des substances purement calcaires.
Ces déj)ôfs de poudre coquilleusc ont formé des couches épaisses , et souvent très-étendues, comme on le a oit dans la pi-ovince de Champagne, dans les falaises de Normandie, dans l’Ile-dc-France, à la Roche- Cuyon, etc. ; et ces couches composées de i)oassières légères ayant été déposées les dernières, sont exactement horizonlales, et prennent rarement de l’inclinaison, même dans leurs lits les plus bas, où elles acaïuièrent plus de dureté que dans les Hls supérieurs. Cette même dilférence de solidité s’observe dans toutes les carrières anciennement formées par les sédiments des eaux de la mer. La masse entière de ces bancs calcaires était également molle dans le commencement; ma;s les couches intérieures, formées avant les autres, se sont consolidées les prcmièi'es; et en même temps elles ont reçu par intilt ration toutes les particules pierreuses que l'eau a détachées et entrainées des lits supérieurs. Cette addition de substance a i'enq)li les intervalles et les pores des pierres inférieures, et a augmenté leur densité et leur dureté à mesure qu’elles se formaient et prenaient de la consistance par la réunion de leurs projires parties. Cependant la dureté des matières calcaires est toujours inférieure à celle des matières vitreuses qui n’ont point été altérées ou décomposées par l’eau. Les substances coqnilleuscs, dont les pierres calcaires tirent leur origine, sont par leur nature tlunc consistance plus molle et moins solide (lue les matières vitreuses; mais quoiquil n’y ait point de pierres calcaires aussi dures que le quartz ou les jaspes, quelques-unes, comme les marbres, le sont néanmoins assez pour recevoir un beau poli.
La craie, même la plus durcie, n’est susceptible que du poli gras ([ue prennent les matières tendres, et se réduit au moindre effort en une poussière semblable à la poudre des coiiuilles ; mais quoiqu’une grande partie des craies ne soient en effet (jue le débris immédiat de la substance des coquilles, on ne doit pas borner a cette seule cause la
produclion de tonies les couches de craie qui se trouvent à la surface delà •-"•le: elles ont, coiiinie les sables vitreux, une double origine; caria quantité de la matière coquillcuse réduite en poussière s’est Irès-coasici ableincnt auguienléc par les dèlrimenls et les exfolialions (jui ont été aebès de la surface des masses solides de pierres calcaires, par l'impicssion des èlcineuls humides ; rélablissement local de ces masses cal- ^®*>es parait en plusieurs endroits avoir jirècédé celui des couches de aie, Dm- exemple, le grand terrain crétacé de la Champagne commence j!* essüus de Troyes et finit au delà de Rhétel; ce qui fait une étendue ‘^n\iron quaiante lieues, sur dix ou douze de largeur moyenne; et la i||oniagne de Reims, qui fait saillie sui' ce terrain, n’est pas <le craie, iso'u calcaire dure : il en est de même du mont Aimé, qui est
au mdicH de ces plaines de craie, et qui est également composé de ^ancs de pieia-es dures très-différentes de la craie, et qui sont semblables IX pierres des montagnes situées de l'autre côté de Vertus et de Berlo ' de pierre dure paraissent donc avoir surmonté de
dè^s collines et les i)laines où gisent actuellcmenl les craies, et
nio’ que ces couches de craie ont été formées, du
partie, par les exfoliations et les poussières de pierre calcaire les*^ éléinenls humides auront délachées de ces montagnes, et (|ue eaux auront enlrainées dans les lieux plus bas où git actuellement la nè'e •' seconde cause de la production des ci'aies est subordon-
première, et même, dans plusieurs endroits de ce grand leri-ain CO • ’ craic présenté sa première origine, et parait purement paiV’ ^'***^’ elle se trouve composée ou remplie de cocinilles entières sorm' conservées, comme on le voit à Uourtagnon et ailleurs; en
erp'! Pc'D douler que l’élablissement local de ces couches de
aïoîi^' **'*^*^^ ne se soit fait dans le sein de la mer et par le
lils'?*^****^*^^ ^c ses eaux. D’ailleurs, on trouve souvent les déi)üts ou 9110 surmontés par d’autres malières qui n'ont pu être amenées
P^ralluvion, comme en Pologne, où les craies sont très-abondantes, ^’‘'’^**crement dans le territoire de Sadki, où M. Guetlard dit, Uiin*^^* ^^^‘'czynski, qu’on ne trouve la craie (ju’au-dessous d’un lit de r., 9ui est précédé de plusieurs autres couches de différentes
matières*.
n”.^^-* ^*^Pcls de craie formés au fond de la mer par le sédimenldes eaux I liaient pas originairement d’une matière aussi simple et aussi pure crèt'^'^'*^**^ ^l'juurd’hui ; car on Iroiiv e entre les couches de cette matière pier'*^*^'*^' petits lits de substance vitreuse ; le &ikz, ipie nous nommons *c a fusil, n’est nulle part en aussi grande quantité que dans les celle poussière crétacée était mélangée de particules vi- ^••ses et silicées, lorsqu’elle a été transportée et déposée par les eaux;
Mémoires de l’Acadéniie des Sciences, année 1702, p. 294.
HISTOIRE NATURELLE
cl après l’élablissciiK'nt do ces coiiclios de craie mêlées de parties silicées, l’eau les aura pénétrés par infiltration, se sera chargée de ces particules silicées, et les aura déposées entre les couches de craie, où elles SC seront réunies par leur force d’aflinité ; elles y ont pris la forme et le
volume que les cavités ou les intervalles entre les couches leur ont permis de prendre. Cette sécrétion de silex se fait dans les craies de la même manière (jue celle de la matière calcaire se fait dans les argiles . ces substances hétérogènes, atténuées par l’eau et entraînées par sa filtration, sont également jiosées entre les grandes couches de craie et d argile, et disposées de même en lits horizontaux ; seulement on observe {|ue les petites masses de pierres calcaires, ainsi tonnées de 1 argile, sont ordinairement plates et assez minces, au lieu (juc les masses de silex formées dans la craie sont ju-esciue toujours en petits blocs épais et arrondis, (ictlc rlifférence i>eut provenir de ce que la résistance de Tareilc est plus grande que celle de la craie; en sorte que la force de la masse silicé»; qui tend à se former soulève ou comprime aisément la craie dont elle se trouve environnée; au lieu que la même force ne peut
faire un aussi grand effet dans l’argile (pii, étant plus compacte et plus
pesante, cède plus diflicileiuent et se com|)rime moins. Il y a encore une différence très-apparente dans l’établissement de ces deux sécrétions relativement à leur quantité ; dans les collines de craie coupées à pic, on voit partout ces lits de silex, dont la couleur brune contraste avec le blanc de la couche de craie; souvent il se trouve de distance à autre plusieurs de ces lits toujours posés horizontalement entre les grands lits de craie, dont l'épaisseur est de plusieurs pieds, en sorte que toute la masse de craie, jusqu’à la dernière couche, paraît être traversée horizontalement par ces petits lits de silex, au lieu que dans les argiles cou-
pées de même aplomb, les petits lits de pierre calcaire ne se trouvent qu’entre les couches siqxîrieures, et n’ont jamais autant d’épaisseur et de continuité (pie les lits de silex, ce qui parait encore provenir de la plus grande facilité de l’infiltration des eaux dans la craie, qu’elles pénètrent dans toute son épaisseur; au lieu qu’elles ne pénètrent que les premières couches de l’argile^ et ne peuvent par consikpicnt (Reposer des matières calcaires à une grande profondeur.
La craie est blanche, légère et tendre; et selon scs degrés de pureté elle prend dilïérenls noms, (iomme toutes les autres substances calcaires, ell(‘ s(* convertit <'n chaux par I action du leu et lait eileivescence avec les acides: elle perd environ un tiers de son poids par la calcination, sans que son volume en soit sensihiemeut diminué, et sans que sa nature en soit essentiellement altérée; car en la laissant exposée à l’air et à la pluie, cette chaux de craie reprend peu à peu les parties intégrantes que le feu lui avait enlevées, et dans ce nouvel état, on peut la calciner une seconde fois, et en faire de la chaux d’aussi bonne qualité que la première. On peut même se servir de la craie crue pour faire du mortier, en la mêlant avec la cbaux ; car elle est de même natuie que le
Sravier calcaire doiil. elle ne diffère que par la pefilesse de. ses grains. Ua craie que l’on connaifc sons le nom de blanc d'Espagne est rime des plus fines, des plus pures et des plus blanches; on l’emploie pour dernier enduit sur les autres mortiers. Cette craie fine ne se trouve pas en grandes couches ni môme en bancs, mais dans les lentes des rochers calcaires et sur la pente des collines crétacées; elle y est conglomérée en pelotes plus ou moins grosses; et (juand cette craie fine est encore jilus atténuée, elle forme d’autres concrétions d’une substance encore plus légère, auxquelles les naturalistes ont donne le nom de lac lunw* (nom •rès-inipropre, puisqu’il ne désigne qu’un rapport chimérique), medulla saxi (qui m» convient guère mieux, puisque le mot saxum, traduit par ces même naturalistes, ne désigne pas la pierre calcaire, mais le roc. vil'■eux) : cette matière serait donc mieux désignée par le nom de, fleur de craie ; car ce n’est en effet ijue la partie la plus ténue de la craie que 1 eau détache et dépose ensuite dans les cavités qu’elle rencontre. Et lorsque ce dépôt, au lieu de se faire en masses, ne se fait qu’en superl'cie, cette même matière jirend la forme de lames et d’écailles, aux- ^Rielles ces même nomenclateurs*’* en minéralogie ont donné le nom ^ cigaric minéral (ce qui n’est fondé que sur une fausse analogie.)
Ues hommes, avant d’avoir construit des maisons, ont habité les ca- ' crues : ils se sont mis à l’abri des rigueurs de l’hiver et de la trop geande ardeur de l’élé, en se réfugiant dans les antres des rochers; et lorsque cette commodité leur a manqué, ils ont cherché à se la procurer •'ux moindres frais iiossihles, en faisant des galeries et des excavations 'l^ns les matières les moins dures, telles (|ue la craie. Le nom de Troijlohabitants des cavernes donné aux peuples les plus antiques, en est la preuve, aussi bien que le grand nombre de ces grolles que l’on 'oit encore aux Indes, en Arabie, et dans tous les climats où le soleil est brûlant et l’ondjrage rare, La plupart de ces grolles ont été travaillées de main d’homme, et souvent agrandies au point de former de 'ostes habitations souterraines, où il ne manque que la facilité de l'cce- 'cir le joue ; car du reste elles sont saines, et, dans ces climats chauds Icaiches sans humidité. On voit même dans nos coteaux et collines de craie des excavations à rez-de-chaussée, praliipiées avec avantage (d 'l'oins de dépense (|u’il n’en faudrait pour construire des murs et des 'oûles, cl les blocs tirés de ces excavations servent de matériaux pour bâtir les étages supérieurs. La craie des lits inférieurs est en elfet une. 'spèce de pierre assez tendre dans sa carrière, mais (|ui se durcit à l’air, iil tpi’on peut employer non seiilemenl pour bâtir, mais aussi pour les ouvrages de sculpture.
La craie n’est pas si généralement répandue que la pierre calcaire
VVormius ot plusieurs aulres après lui.
ferraille Imperati , et il’aulres après lui.
HISTOIRE NATURELLE
dure; ses couches, quoique Irès-éteudues eu superficie, ont rarenieiil autant de profondeur que celles des autres pierres, et dans cinquante ou soixante pieds de hauteur perpendiculaire, on voit souvent tons les degrés du plus ou moins de solidité de la craie. Elle est ordinairement en poussière on en moellon très-tendre dans le lit supérieur : elle prend plus de consistance à mesure qu’elle est située plus bas; et comme l’eau la pénètre jusqu’à la plus grande profondeur, et se charge des molécules crétacées les plus fines, elle produit non-seulement les pelotes de blanc d’Espagne, de moelle de pierre * et de Heur de craie, mais aussi les stalactites solides ou en tuyaux, dont sont formés les tufs. Toutes ces concrétions, qui proviennent des détriments de la craie, ne contiennent point de coquilles; elles sont, comme toutes les autres exsudations ou stillations, composées des j)articnles les plus déliées que l’eau a enlevées et ensuite déposées sous différentes formes dans les feides ou cavités des rochers, ou dans les lieux plus bas où elles se sont rassemblées.
Ces dépôts secondaires de matières ci'étacées se font assez i)ronqdement pour remplir en quehiues années des lions de trois ou quatre pieds de diamètre et d’autant de profondeur. Toutes les personnes qui ont planté des arbres dans les tei rains de craie ont pu s’apercevoir d'un fait qui doit servir ici d’exemple. Ayant planté un bon nombre d’arbres fruitiers dans un terrain fertile en grains, mais dont le fond est d’une craie blanche et molle, et dont les couches ont nue assez grande profondeur, les arbres y poussèrent assez vigoureusement la première et la seconde année, ensuite ils languirent et périrent. Ce marnais succès ne rebuta pas le propriétaire du terrain ; ou fit dos tranchées plus profondes dont on lira toute la craie, et on les remplit ensuite de bonne terre végétale, dans laipielle on planta de nouveaux arbres : mais ils ne réussirent pas mieux, et tous périrent en cinq ou six années. On visita alors avec attention le terrain où ces arbres avaient été plantés, et l’on reconnut avec (|uelque surprise que la bonne terre qui avait été mise dans les tranchées était si fort mélée de craie qu’elle avait presque disparu, et que cette très-grande quantité de matière crétacée n’avait été amenée que jiar la stillation des eaux**.
Cependant cette meme craie qui parait si stérile et même si contraire à la végétalion peut l’aider à en augmenter le produit en la répandant sur les terres argileuses lro[) dures et lro|) compactes : c’est ce que Ton appelle vuirner les terres; et celte espèce de préparation leur donne de la fécondité pour plusieurs années. Mais comme les terres de différentes (|ualités demandent à être marnées de différentes façons, et que la
* On a aussi nommé celte moelle de pierre ou de craie farina mineralis, parce qu’elle ressemble à la farine par sa blanclieur et sa légèreté, et qu’on a même prétendu , mais fort mal à propos, qu’elle peut devenir un aliment en la mêlant avec de la farine de grain. Voyez les Éphéméridrs dAllemagne, dec. 111, observation 219.
Xote communiquée par M. Nadault.
plupart des marnes dont on se sert diffèrent de la craie , nous croyons ‘Ie\ oir en faire un article particulier.