DES VERRES PRIMITIFS
Si l’on pouvait supposer que le globe tei'restre, avant sa liquéfaction, eut été conqiosé des mêmes matières qu’il l’est aujourd’hui, et qu’ayant tout à coup été saisi par le feu, toutes ces matières se fussent réduites en verre , nous aurions une juste idée des produits de la vilriliealion generale, en les com|)aranl avec ceux des vitrilications particnlières ((ui s opèrent sous nos yeux par le feu des volcans; ce sont des verres de toutes sortes, très-dill'érents les uns des autres ()ar la densité, la dureté, les couleurs, depuis les basaltes et les laves les plus solides et les plus noires , jusqu’aux piciTes ponces les plus blanclics , (pii semblent être les plus légères de ces productions de volcans : entre ces deux termes extrêmes, on trouve tous les autres degrés de pesanteur et de légèreté dans les laves plus ou moins compactes, et jilns ou moins poreuses ou mélangées, de sorte qu’en jetant un coup d’œil sur une collection bien langee de matières volcaniques, on peut aisément reconnaître les diffél ences, lesdegréïs, les nuances, et même la suite des effets et du produit I e celte a itrilicalion par le feu des volcans. Dans celle supposition, il y aillait eu autant de sortes de matières vitrifiées par le feu primitif que pai celui des ^■olcans, et ces matières seraient aussi de même nature que les pierri's ponces, les laves et les basaltes; mais le cpiartz et les maliéies vitreuses de la masse du globe étant très-différents de ces Mires d(i volcans, il est évident qu’on n’aurait qu’une fausse idée des ellels et des jn oduits de la vitritication générale, si l’on voulait comparer CCS lïialicïcs priiuili\os aux produclious \oIcanif|UCS.
.4insi la terre, lorsqu elle a été vitrifiée, n’était point telle (pi’ellc est aujourd’liui , mais plutôt telle que nous l’avons dépeinte à l’époque de sa formation *; et pour avoir une idée plus juste des effels et du produit de la vilritication générale, il faut se représenter le globe entier, pénétré de leu et fondu jusqu’au centre, et se souvenir que cette niasse ‘U fusion, tournant sur elle-même, s’est élevée sous l’équateur jiar la loi ce ccntriliigc, et en même temps abaissée sons les pôles, ce qui n’a P« se faire, sans former des cavernes et des boiirsoullures dans les cou-
rbes exléri
leiires, a mesure qu’elle prenait de la consistance. Tâchons
) tome 1 de celte nouvelle édilioii, pi emicre e|)oi|uc.
iü
IIISTOIKE NATURELLE
donc de concevoir de quelle manière les matières vitrifiées ont pu se disposer et devenir telles que nous les trouvons dans le sein de la terre.
Toute la masse du globe liquéfiée par le feu ne pouvait d’abord être que d’une substance homogène et plus pure que celle de nos verres ou des laves de volcan, puisque toutes les matières qui pouvaient se sublimer étaient alors reléguées dans l’atmosphère avec l’eau et les autres subslances volatiles. Ce verre homogène et pur nous est représenté par le quartz qui est la base de toutes les autres matières vitreuses; nous devons donc le regarder comme le verre primitif. Sa substance est simple, dure et résistante à toute action des acides ou du feu ; sa cassure vitreuse démontre son essence , et tout nous porte à penser (lue c’est le premier verre qu’ait produit la nature.
Et pour se former une idée de la manière dont ce verre a pu prendre autant de consistance et de dureté , il faut considérer qu’en général, le verre en fusion n’acquiert aucune solidité s’il est frappé par l’air extérieur, et que ce n’est qu’en le laissant recuire lentement et longtemps dans un four chaud et bien fermé, qu’on lui donne une consistance solide; plus les masses de verre sont épaisses, et plus il faut de temps l)our les consolider et les recuire : or dans le temps que la masse du globe, vitrifiée par le feu, s’est consolidée par le refroidissement, l’intérieur de cette masse immense aura eu tout le temps de se recuire et d’acquérir de la solidité et de la dureté; tandis cpie la surface de cette même masse, frappée du refroidissement, n’a pu, faute de recuit, prendre aucune solidité. Cette surface exposée à l’action des éléments extérieurs s’est divisée, fêlée, fendillée et même réduite en écailles, en paillettes et en poudre, comme nous le voyons dans nos verres en fusion exposés à l’action de l’air. Ainsi le globe, dans ce premier temps, a été couvert d’une grande quantité de ces écailles ou paillettes du verre primitif qui n’avait pu se recuire assez pour prendre de la .solidité; et ces parcelles ou paillettes du i)remier verre nous sont aujourd’hui rei)résentées par les micas et les grains décrépités du quartz, qui sont ensuite entrés dans la composition des granits et de plusieurs matières vitreuses.
J.,es micas n’étant dans leur première origine que des exfoliations du quartz frappé par le refroidissement, leur essence est au fond la même que celle du quartz : seulement la substance du mica est un peu Jiioins simple, car il se fond à un feu très-violent, tandis que le quartz y résiste ; et nous verrons dans la suite, qu’en général, plus la substance d’une matière est simple et homogène, moins elle est fusible. H paraît donc que quand la couche extérieure du verre primitif s’est réduite en paillettes par la première action du refroidissement, il s’est mêlé à sa substance quelques parties hétérogènes , contenues dans l’air dont il a été frappé ; et dès lors la substance des micas, devenue moins pure que celle du quartz, est aussi moins réfractaire à l’action du feu.
Peu de temps avant que Ic(|uarfz se soit entièrement consolidé, en se
l’ccuisanl Iciilcincnl sous cette enveloppe de ses fragineuls décrépites et •■éduils en micas, le fer (pii, de tous les inélaux, est le plus résistant au feu, a le premier occupé les fentes qui se formaient de distance en distance, par la retraite que prenait la matière du quartz en se consolidantj et c’est dans ces mêmes interstices que c’est formé le jaspe , dont la substance n’est au fond qu’une matière quartzeuse, mais imprégnée de matières métalliques qui lui ont donné de fortes couleurs, et qui néanmoins n’ont point altéré la simplicité de son essence; car il est aussi •"fusible que le quartz. Nous regarderons donc le quartz , le jaspe et le "iica, comme les trois premiers verres ju imitifs, et en même temps comme l‘-s trois matières les plus simples de la nature.
l'msuitc et à mesure (juc la grande chaleur diminuait à la surface du globe, les matières sublimées tombant de l’atmosphère se sont mêlées en plus ou moins grande quantité avec le verre primitif; et de ce mélange ont résulté deux autres verres, dont la substance étant moins simple sost trouvée bien plus fusible; ces deux verres sont le feld-spath et le schorl : leur base est également quartzeuse; mais le fer et d’autres matières hétérogènes s’y trouvent mêlés au quartz , et c’est ce qui leur a donné une fusibilité à peu près égale à celles de nos verres factices.
tl" pourrait donc dire en toute rigueur qu’il n’y a qu’un seul verre pi'imilif, qui est le quartz , dont la substance, modifiée jiar la teinture •1" 1er, a pris la forme de jaspe et celle de mica par les exfoliations de tous deux; cl ce même quartz, avec une plus grande quantité de fer et autres matières hétérogènes, s’est converti en feld-spath cl en schorl : c est a ces cinq matières que la nature parait avoir borné le nombre des premiers verres produits par le feu primitif, et desquelles ont ensuite été com|)osées toutes les substances vitreuses du règne minéral.
Il y a donc eu, dès ces premiers temps, des verres plus ou moins purs, plus ou moins recuits, et plus ou moins mélangés de matières différentes ; les uns composés des parties les plus fixes de la matière en usion, et qui, comme le quartz, out pris plus de dureté et plus de résistance au feu que nos verres et que ceux des volcans; d’autres presque aussi durs, aussi réfractaires, mais qui, comme les jaspes, ont été fortemcutcolores par le mélange des parties métalliques; d’autres qui,quoique durs, sont, comme le feld-spath elle schorl, très-aisément fusibles; d’autres enfin, comme le mica, qui, faute de recuit, étaient si spumeux et si friables, qu’au lieu de se durcir, ils se sont éclatés et dispersés en paillettes, ou réduits en poudre, par le plus petit et premier choc des agents extérieurs.
Ces verres de qualités différentes se sont mêlés, combinés et réunis ensemble en proportions différentes : les granits, les porphyres, les iles et les autres matières vitreuses, en grandes masses, ne sont tion'*^*^** détriments de ces cinq verres primitifs ; et la forma-
substances mélangées a suivi de près celle de ces premiers eues, e s est faite dans le temps qu’ils étaient encore en demi-fusion ;
IIISTOIIIE NATURELLE
ce sont là les premières et les plus anciennes matières de la terre; elles mérilent tontes d’être considérées à part , et nous commencerons par le quartz, qui est la base de tontes les autres, et qui nous paraît être de la même nature que la roche de l’intérieur du globe.
Mais je dois auparavant prévenir une objection qu’on pourrait me faire avec quelque apparence de raison. Tous nos verres factices et même toutes les matières vitreuses produites par le feu des volcans, telles que les basaltes el les laves, cèdent à rimpression de la lime et sont fusibles aux feux de nos fourneaux : le quartz et le jaspe, au contraire, que vous regardez, me dira-t-on, comme les premiers verres de nature, ne peuvent ni s’entamer par la lime, ni se foiub e par notre art ; el de vos cinq verres primitifs, qui sont le quartz, le jaspe , le mica, le feld-spatli el le scliori, il n’y a (juc les trois derniers qui soient fusibles, et encore le mica ne peut se réduii'C en verre (ju’au leu le plus violent; cl dès lors le quartz et les jaspes pourraient bien être d’une essence ou tout au moins d’une texture différente de celle du verre. La imcmiére réponse que je pourrais faire à celle objection , c’est que tout ce que nous connaissons nonseulement dans la classe des substances vitreuses i)roduites par la nature, mais même dans nos verres factices composés par l’art, nous fait voir que les plus purs el les plus simples de ces verres sont en même temps les plus réfractaires; et que quand ils ont clé fondus une fois, ils se refusent et résistent ensuite à l’action delà même chaleur qui leur a donné cette i)remièrc fusion , et ne cèdent plus ciu’à un degré de feu de beaucoup supérieur : or, comment trouver un degré de feu supérieur à un embrasement prcs(pie égal à celui du soleil , et tel (pie le feu (pii a fondu CCS (piarlz et ces jaspes? car dans ce premier temps de la liquéfaction du globe, l’embrasement de la terre était à peu près égal à celui de cet astre, et puisque aujourd’hui même la plus grande chaleur que nous puissions produire est celle de la réunion dune portion prcisque infiniment petite de ses rayons par les miroirs ardents, quelle idée ne devons-nous jias avoir de la v iolence du feu jirimitif, et jiouvons-uoiis être étonnés qu’il ait produit le (piartz e,t d’autres verres jilus durs el moins fusibles (|uc les basaltes cl les laves des volcans?
Quoique cette réponse soit a.ssez satisfaisante, et qu’on puisse trèsraisonnablement s’en tenir à mon explication, je [icnse (pic dans les sujets aussi difficiles, on ne doit rien prononcer affirinaliveinent sans exposer toutes les difficultés elles raisons sur lesquelles on pourrait fonder une opinion contraire. i\c sc pourrait-il pas, dira-t-on, (pie le ([uai’tz rpic vous regardez comme le produit immédiat de la vitrificalion générale, ne fiit lui même, comme’toulcs les autres substances vitreuses, (lue le détriment d’une matière primitive (pic nous ne connaissons pas, faute d’avoir pu pénétrer à d’assez grandes profondeurs dans le sein de la terre, pour y trouver la vraie masse (jui en remplit rintérieur? L’analogie doit faire adopter ce sentiment plutôt (pie votre opinion; car les matières (|ui , comme le \ erre, ont été tondues par nos leux, peuv eut I être de nouv eau.
DES MINÉKAUX. 13
par le même élément du feu, tandis que celles qui, comme le cristal de roc le , 1 argile blanche et la ci'aie pure, ne sont formées (pie par l’intcrmece ,1e l’eau, résistent comme le quartz à la plus grande violence du c*e'l ® fioit-on pas penser que le quartz n’a jias été produit jiar
^ < einier élément, mais formé par l’eau comme l’argile et la craie pures, lui sont également réfi-actalres à nos feux? et si le quartz a en effet été iaT primitivement par l’intermède de l’eau, à plus forte raison te spe, le poi’phyre et les grands auront été formés par le même élément, oiseiverai d abord (pie dans cette objection le raisonnement n’est ' Ppuye, (n,e gjj,. s„j)position idéale d’une matière inimunue, landis que JJ l^'Os au contraire d’un fait certain, en présentant pour matière priive les deux substances les plus simples qui se soient Jusqu'ici ren- Im* 'If* nature; et Je réponds, en second lieu , que l'idée sur
dén"^ r * ‘^‘®®”ooment est londé n’est encore qu’une autre supposition noi 'f observations; car il faudrait alors que les eaux eussent
et d^f" ^*'î*'***' ®i*‘‘*norité les pics des (ilus hautes montagnes du quarlz cc^te p>anit, mais encore que l’eau eût formé b's masses immenses de leur montagnes par des dépôts accumulés cl superposés Jusqu’à mé double supposition ne peut ni se soutenir, ni
coiisnff avec quelque vraisemblance, dès que l’on vient à
et ab' '*^'*-* ' * ^ prendre sa forme renllée sous l’équateur
et que^lSV°^** liquéfaction par le feu,
nécessair* ”«>'soiiflures et les grandes éminences du globe ont de même temps d ^®‘’mées par l’action de ce meme élément dans le
moiivei ‘^‘"‘®ol‘<lation. L’eau , en quoique quantité et dans quelque nriniKiv'*^*' suppose, n’a pu produire ces chaincs de montagnes
en n../-. charpente de la terre et tiennent à la roche (lui
daiisinnif " d’avoir travaillé ces montagnes primitives
ser Ih i.-,f de leur masse, ni par conséquent d’avoir pu chan-
quarlz oufleV-tinii? > !>««'’ v'n faire du
car ces substanci^s ne’noflmu f T ’
nas le nlus netît in r ^ aucune trace de cette origine, et n’offrent pas le plus pe it ind.cc du travail ou du dépôt de l’eau. On ne trouve
masses au heu delre disposées par couches comme le sont toutes les
matières transportées ou déjiosées liai- les eaux, sont au contraire comme
ondues d’une seule pièce sans lits ni divisions que celles des fentes
perpendiculaires qui se sont formées par la retraite de la matière sur
soimn!"*f coosolidalion par le refroidissement. Nous
îtramin* “ regarder le (piartz et toutes les matières en
granits '' ''' porphyres, les
des maUèffrr du feu primitif, puisqu’ils diffèrent en tout
J "‘“‘cres travaillées par les eaux.
servenTd?aov-m"^ du globe; l(«s appendices de cette roche
tom:;,. éminences de la terre. Ce Jaspe est
HISTOIJIE NATURELLE
aussi un produit iimnédiat du feu primitif, et il est après le quartz la matière vitreuse la plus simple; car il l'ésiste également à 1 action des acides et du feu. 11 n’est pas tout à fait aussi dur que le quartz, et il est presque toujours fortement coloré; mais ces différences ne doivent pas nous eiiqièeher de regarder le jaspe en grande masse comme un produit du feu et comme le second verre primitif, puisiiu’on n’y voit aucune trace de composition, ni d’autre indice de mélange que celui des parties métalliques qui l’ont coloré; du reste, il est d’une essence aussi pure que le quartz, (jui lui-mèine a reçu quelquefois des couleuis et parti culièrement le rouge du fer. Ainsi, dans le temps de la vitrification générale, les quartz et jaspes, qui en sont les produits les plus simples, n’ont reçu par sublimation ou par mixtion, qu’une petite quantité de particules métalliques dont ils sont colorés; et la rareté des jaspes, en comparaison du quartz^ vient i)eut-élre de ce (lu’ils n’ont pu se former que dans les endroits où il s’est trouvé des matières métalliques, au lieu que le (juartz a été produit en tous lieux. Quoi qu’il eu soit , le quartz et le jaspe sont réellement les deux substances vitreuses les plus simples de la nature , et nous devons dès lors les regarder comme les deux premiers verres qu’elle ait produits.
L’infusibililé, OH plutôt la résislance à l’action du feu , dépend en entier de la pureté ou simplicité delà matière : la craie et Targile pures sont aussi infusibles que le quartz et le jaspe; foutes les matières mixtes ou composées sont au contraire très-aisément fusibles. Nous considérerons donc d’abord le quartz cl le jaspe, comme étant les deux matières vitreuses les plus simples; ensuite nous placerons le mica, qui, étant un peu moins réfractaire au feu , parait être un peu moins simple; et enfin nous présenterons le fcld-spatb et le schori , dont la grande fusibilité semble démontrer que leur substance est mélangée ; après quoi nous traileronsdes matières composées de ces cinq substances primitives, lesquelles ont pu se mêler et se combiner ensemble deux à deux, trois à trois, ou quatre à quatre, et dont le mélange a réellement produit (outes les autres matières vitreuses en grandes masses.
Nous ne mettrons pas au nombre des substances du mélange celles qui donnent les couleurs à ces différentes matières, parce qu’il ne faut qu’une si petite quantité de métal pour colorer de grandes masses, qu’on ne peut regarder la couleur comme partie intégrante d aucune substance; et c’est par cette raison que les jaspes peuvent être regardés comme aussi simples que le quartz, quoicpUils soient presque toujours fortement colorés. Ainsi nous présenterons d’abord ces cinq verres primitifs; nous suivrons leurs combinaisons et leurs mélanges entre eux; et après avoir traité de ces grandes masses vitreuses formées et fondues par le feu , nous passerons à la considération des masses argileuses et calcaires qui ont été produites et entassées par le mouvement des eaux.
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