ALUN
L’acide aérien, s’étant d’abord comliiné a^'ec les poudres du quartz et des autres verres primitifs, a produit l’acide vitriolique par son union avec cette terre vitrifiée, laquelle s’étant ensuite convertie et réduite en argile par cette action même de l’acide et de l’eau, col acide vitriolique s’y est conservé et s’y manifeste sous la forme d’alun, et l’on ne peut douter que ee sel ne soit composé d’acide vitriolique et de terre argileuse. .Mais cette terre de l’alun est-elle de l’argile pure comme jM. Bergman, et, d'après lui, la plupart des chinusles l'écents le prétendent? Il me semble qu’il y a jdusieurs raisons d’en douter, et qu’on peut croire avec fondement que cette argile qui sert de base a l’alun n’est pas pure, mais mélangée d’une certaine quantité de terre limoneuse et calcaire, qui toutes deux contiennent de l’alcali.
t" Deux de nos plus savants chimistes, M.M. Macijucr et Baumé, ont reconnu des indices de substances alcalines dans cette terre ; « Quoique « essentiellement argileuse, dit M. .Macquer, la terre de l’alun parait « cependant exiger un certain degré de calcination, et mente le concours
HISTOIRE NATURELLE
« des sels alcalis pour former facilement et abondamment de l’alun avec <1 de l’acide vitriolique; et M. Baume est parvenu à réduire l’alun en •' une espèce de sélcnitc, en combinant avec cc sel la plus grande quan- 11 tité possible de sa propre terre. » delà me parait indiquer assez clairement que celte terre qui sert de base à l’aluii n’est pas une argile pure, mais une terre vilreuse mélangée de subslances alcalines et calcaires;
2" M. Fougeroux de Bondaroy, l’un de nos savants académiciens, qui a fait une Ircs-bonne description de la carrière dont on lire l’alun de Rüiiie, dit expressément : « Je regaide celte pierre d’alun comme cal- II Caire, iniisqu’elle se calcine au feu... La chaux (jiie l’on fait de celte Il pierre a la propriété ilc se durcir sans aucun mélange de sable ou Il d’autres terres, lorsqu’après avoir été humectée on la laisse sécher. » Cette observation de iM. de Bondaroy semble démontrer que les pierres de celle carrière de la Tolfa, dont on tire l’alun de Rome, seraient de la même nature que nos pierres à plâtre, si la matière calcaire n’y était pas mêlée d’une plus grande <|uaiitité d’argile. Cc sont, à mou avis, des marnes plus argileuses (|uc calcaires, qui ont été pénétrées de l’acide vitriolique, et qui, par conséquent, peuvent fournir également de l’alun et de la sélénitc ;
5” L’alun ne se tire pas de l’argile blanche et pure qui est de première formation, mais des glaises ou argiles impures qui sont de seconde formation, et qui toutes contiennent dos corps marins, et sont par conséquent mélangées de substance calcaire, et souvent aussi de terre limoneuse ;
4“ Comme l’alun se tire aussi des j)yrites, et même en grande quantité, et que les pyrites contiennent de la terre ferrugineuse et limoneuse, il me semble qu’on peut en inférer que la terre qui sert de base à l’alun est aussi mélangée de leri'c limoneuse; et je ne sais si le grand boursouflement que cc sel j)rend au feu ne doit être attribué qu’à la raréfaction de son eau de cristallisation, et si cet effet ne provient pas, du moins en partie, de la nature de la terre limoneuse qui, comme je l'ai dit, se boursoufle au feu, tandis que l’argile pure y prend de la retraite;
5“ Et ce qui me parait encore i)lus décisif, c’est que l’acide vitriolif(uc, même le plus concentré, n’a aucune action sur la terre vitrifiable |)ure, et qu’il ne l’attaque qu’anlant qu’elle est mélangée de parties alcîilines. Il n’a donc pu former ralun avec la terre vilriliable simple ou avec l argile pure, puisqu’il n’aurait pu les saisir pour en faire la base de ce sel, et (ju’en effet il n’a saisi l'aigile qu’à cause des substances calcaires ou limoneuses dont cetbï terre vilriliable s’est lrou\ée mélangée.
Quoi qu’il en soit, il est certain que toutes les matières dont on lire l’alun ne sont ni |iurement vitreuses ni purement calcaires ou limoneuses, et que les pyriles, les pierres d’alun et les terres alumineuses contiennent non-seulement de la tei re vilriliable ou de l’argile en grande
DES MINEKAUX.
quantité, mais aussi de la terre caleaire ou limoneuse en petite qiiaiitilé. Ce n’est que quand cette terre de l’alun a été travaillée par des opérations qui en ont séparé les terres calcaires et limoneuses qu’elle a pu devenir une argile pure sous la main de nos cliimistes. Cependant M. le baron de Dietricli j)rétcnd « (|ue la pierre <iui fournit lalun et « que l’on lire à la Tolfa est une véritable argile (lui ne contient point,
« ou très-peu, de parties calcaires j que la petite quantité de sélénite qui Il se forme pendant la manipulation ne prouve pas (ju’il y ait de la terre .1 calcaire dans la pierre d’alun... et que la cliaux qui produit la sélé- 11 nite peut très-bien provenir des eaux avec lesquelles on arrose la •1 pierre apres l’avoir calcinée. >• ftlais quelque confiance que puissent mériter les observations de cet tiabile minéralogiste, nous ne pouvons nous empêcher de cioire cpie la terre dont on relire l’alun ne soit composée d’une grande quantité d’argile et d’une certaine portion de terre limoneuse et de terre calcaire. fSous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les raisons (jue nous venons d’exi)Oser, et qui me semblent décisives : l’inqmissance de l'acide vitriolique sur les matières vitritiables suffit seule pour démontrer (|u’il n’a pu former l’alun avec l’argile pure. Ainsi l’acide vitriolique a existé longtemps avant l’alun, qui n’a pu être pTOduit qu’après la naissance des coquillages et des végétaux, puisque leurs détiâments sont entrés dans sa conqjosition.
La nature ne nous offre (pie très-rarement et en bien petite quantité de l’alun tout formé. On a donné à cet alun natif le nom A’Jlun de plume, parce ^qu’il est cristallisé en filets qui sont arrangés comme les barbes d’une plume *. (’.e sel se i)résente plus souvent en elflorescence de formes différentes sur la surface de quel(|ues minéraux pyriteux; sa saveur est acerbe et styptique, et son action trés-aslringenle. (les ellets qui pi-ovienncnl de l’acide vitriolique démontrent qu’il est plus libre et moins saturé dans l’alun que dans la sélénite, qui n’a point de saveur sensible; et en général, le plus ou moins d’action de toute matière saline dépend de cette différence : si l’acide est pleinement saturé par la matière qu’il a saisie, comme dans l’alun et les vitriols métalliques, plus il est corrosif. Cependant la qualité de la base dans chaque sel influe aussi sur sa saveur et son action ; car, plus la matière de ces bases est
* l.cs rochers ijui entourent Pile de Mclo sont d’uue noturc de pierre légère, spongieuse, ijui sernhlc porter rcnipreinte de la destruction. La pierre des anciennes carrières que je visitai offre les niènics caractères; toutes les parois de ces galeries souterraines sont couvertes d'alun qui s’y forme conlimiellemcnt : on y trouve le superbe et véritable alun de plume, qii il ne faut pas confondre avec ramiantbc, quoiqu’à la première inspection il soit souvent facile de s’y tromper. L’alun de Melo était fort estime des anciens; Pline en parle et paraît même designer cet alun de plume dans le passage suivant : u Concreti aluminis unum genus sebiston “ appcllant Græci , in capillamcnta quædam canescentia debiscens ; unde quidam trichitin “ potiùs appollavere, lib. XXXV, cap. xv. » Voyage pittoresque de la Grèce, par M. le comte de Gboiscul-Gouirier, in-folio, page 12.
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dense el pesante, pins elle acquiert de masse et de puissance par son union avec l’acide, et plus la saveur du sel qui en résulte a de force,
Il n’y a point de mines d’alun proprement dites, puisqu’on ne trouve nulle part ce sel en grandes masses comme le sel marin, ni même en petites masses comme le vitriol ; mais on le tire aisément des argiles qui portent le nom de Terres alumineuses , parce qu’elles sont plus chargées d'acide, et peut-être plus mélangées de terre limoneuse ou calcaire que les autres argiles. Jl en est de même de ces pierres d’alun dont nous venons de parler, et qui sont argilo-calcaires : on le retire aussi des pyrit(‘S dans lesquelles l’acide vitriolique se trouve combiné avec la terre feirugineuse et limoneuse. La simple lessive <à l’eau chaude suflit pour extraire ce sel des terres alumineuses; mais il faut laisser cflleurir les pyrites a l’air, ainsi que ces pierres d’alun, ou les calciner au feu et les réduire en poudre avant de les lessiver pour en obtenir l’alun.
L’eau bouillante dissout ce sel plus promptement et en bien plus grande quantité que l’eau froide; il se cristallise par l’évaporation et le refroidissement. La figure de ses cristaux varie comme celle de tous les autres sels. M. Bergman assure néanmoins que quand la cristallisation de l’alun n’est pas troublée, il forme des octaèdres parfaits*, transparents et sans couleur comme l’eau. Cet habile et laborieux chimiste prétend aussi s’être assuré que ces cristaux contiennent trente-neuf parties d’acide vitriolique, seize parties et demie d’argile pure et quarante-cinq parties et demie d’eau. IHais je soupçonne que dans son eau, et peut-être mènie dans son acide vitriolique, il est resté de la terre calcaire ou limoneuse; car il est certain que la base de l’alun en contient. L’acide, quoique en si grande quantité, relativement à celle de la terre qui lui sert de base, est néanmoins si fortement uni avec celte terre qu’on ne peut l’en séparer par le feu le plus violent ; il n’y a d’autre moyen de les désunir qu’en offrant à cet acide des alcalis , ou quelque matière inflammable avec lesquels il ait encore plus d’aftinité qu’avec sa terre. On relire par ce moyen l’acide vitriolique de l’alun calciné; on en forme du soufre artificiel, cl du pyrophore qui a la propriété de s’enflammer par le seul contact de l’air**.
L’alun qui se lire des matières pyriteuses s’appelle dans le commerce Jlun de glace ou ^Itin de roche : il est rarement pur, parce qu’il retient presque toujours quelques parties métalliques, et qu’il est mêlé de vitriol do fer. L’alun connu sous le nom lïJluu de Rome *** est plus
* « M. Diîiiiesledit, avec plus de loiideraeiit, ce me semble, que ce sel se cristallise on effet O en octaèdres rectangles lorsqu’il est avec excès d'acide , mais que la forme de ces octaèdres « varie beaucoup ; que leurs côtés et leurs angles sont souvent tronqués, et que d’ailleurs il a U vu des cristaux d’alun parfaitement cubiques , et d’autres rectangles. » Lettres , tome H , liage 220,
** Dictionnaire de ebimie, par M. Macquer, article Alun.
La carrière de la Tolfa qui fournit VAlvn de Hnmen. forme , dit M. de Bondaroy , une
PES MINÉHAPX, 57 i
épure et sans mélange sensible de vitriol de fer, quoiqu’il soit un peu rouge : on le tire en Italie des piei’i’es alumiuouses de la çarrièrn de la
raonliigne haute de cent cinquante ou cent soixante pieds... Les pierres dont clic est formée ne sont point arrangées par lits, comme la plupart des pierres calcaires... mais par masses et par hlocs...
La pierre d'alun tient un pou à lu langue... et selon les ouvriers elle se décompose lorsqu’oo la laisse longtemps exposée à l’air... Pour faire calciner cette pierre, on l’arrange sue la voûfs de plusieurs fourneaux .lui sont eonsiruils sous terre, de manière que les iiierrcs laissent antrq elles un petit intervalle pour laisser parvenir le feu jusqu’au haut du foui liean.,, et on no relire eus pierres qu’après qu’elles ont suhi l’action du l'eu peodaiit douze ou quatorze heui’cs.,, lorsqu’elles sont bien caleiuces, elles se rompent aisément, s’attachent foilemeiit sqr 1“ hmgue et y laissent le goût slyplique de l’alini..- Mais une ealcinatioii Irop vivo gâterait eps pierres, et il vaut mieux qu’elles soient moins calcinées , parce qn’il est aisé de remédier à ce dernier
inconvénient en les remellant au feij.,.
Ces pierres calcinées sont ensuite arrangées eu forme de muraille disposée en laïus , pour recevoir l’eau dont on les arrose de temps à autre pendant l’espace de quarante jours ; mais s’il survient des pluies eoutinuelles elles sont eiitièremeut perdues , parce que l'eau , en les décomposant plus qu’il ne raudrait , se charge des sels et les enlraîuP avqc elle,,. Lorsque les pierres sont parvenues à un juste degré de déeompo.silion, e’est-à-dirP lorstpie leurs pafljes sont entièrement désunies, on peut en formel' une pâte hlauche pétriliahle... On les porte alors dans les chaudières que l’on a remplies d’eau, of dont le fond est de plomb... tandis que eulle eau des chondières est en ébullition, on rcpiuo la matière avec une pelle, on la débarrasse dos écumes qui nagent sur sa surface, cl ensuite on fait évaporer l’eau qui a dissous les sols d’alun,., et lorsqu’on juge qu’elle est assez chargée de sel, on la fait passer dans un cuvier, ensuite dans les cuves de hois de cl)éiie , dont la forme est carrée j et c’est dans ces dcrnièi ps cuves qu oi) la laisse cristalliser... Au bout d'environ quinze jours on voit l’alun se çrislalliser |c long de l’intérieur des cijves, en cristaux fort irréguliers ; mais quelquefois à l’ouverturo do la décharge des cuves, l’aluii se forme en beaux cristaux et d’une forme très-régulière,
Les pierres ne donneut peut-être pas eu sel d’alun la eiiiqnanlicmc partie de leur poids,., elles sont très-peu attaquables par leurs acides... u’étiucelleut que faiblement avec le briquet, et les ouvriers prétendent que les meilleures n étiueeilenL poipt du tout... elles ont le grain lin, et sont aisées à casser,.. La terre qui reste apres la calcination et la cristallisation du »el lient
beaucoup de eclln d’une argile lavée.
Je regarde celle pierre comme caknire , puisqu’elle se calcine au feu,,, eepeudant les expériences faites par d’babilos chimistes ont dcmuulré que la terre qui fait la base de l’aliiii est vitriliable..., la c/i»u*' que l’on fuit de celle pierre a h prni>riplé de se durcir sans (lucaa mélange de sa'Je vu d’auires terres, lursqu’aprk avoir été humectée un la laisse secher. Dans toute ebaux il se trouve do la craie ; dans celle-ci, il semble qu’on trouve du sable ou une vraie terre glaise : la pieri’e d’alun non oalcinée et broyée en poudre fine prend une ronsistapee approchanle de celle d’une terre grasse lorsqu’on l’a humectée d’eau,,,. La meilleure est jaunâtre, un peu grise. Mépmires de l’.Veadéipie des Sciences, année 171115, page l cl suiv-, Aotn. M. l’abbé tluépéo prélepd néanmoins que la meilleure terre d’alun est blaucbp compte de la craie, cl le sentiment des ouvriers s’accorde en cela avec le sien ; ils lejellent b.s pii.|ii.s gt u meluuses qui s’égrèueut faeilcnmut entre les doigts et cplles qui sont lougpâties, Lettres de SL Fcrbcr, note, page 5|t).
Los montagnes alumineuses de |a Tolfa , disposées en roidicrs blatP's comme de 1» craie , sont, dit M. Forber, séparées par un vallon qiii a plusieurs petites issues sur les côtes, et qqi ne doit son origine qu’à rimmensilé des iiicrrcs aluniiiieusos qu'oii en a tirées... Les niipours, soutenus par des cordes sur les bords escarpés des rochers auxquels ils sont adossés, fopt, dans
HISTOIHE NATl KELLE
Toll'a. Il }' a do semblables carrières de pierres d’almi en Angleterre', parliciilicremcnl <à Whilby, dans le comté d’York, ainsi qu’en Saxe, en Suède, en Norwége**, et dans les pays de Hesse et de Liège, et dans
cette situation, (les trous ([u’ils chargent de poudre... ensuite on y met le feu, après quoi on
dcîtache les pierres que la poudre a fait éclalcr L’argile alumineuse est d’un gris hlanc', ou
hlanclic comme de la craie : elle est compacte et assez dure; en la raclant avec un couteau un en oblient une poudre argileuse qui ne fait point d'olTcrvescence avec les acides ; elle est déjà péncircc de l’aci.le vitrioliqiie, et sa base est une terre argileuse... 11 y a dans la même carrière une argile molle , lilancbe comme de la craie, et une aulrc d’un gris bleuâtre, que l'acide a commencé à tacher de blanc... La pierre d’alun de la Tolfa est donc une argilcdiircie, pénétrée et blanchie par l'acide vitriolique; celte pierre renferme quelques petites parties calcaires qui se forment en sélénito pendant la fabrication de l’alun ; elles s'attachent aux vaisseaux : cotte argile ou pierre d’alun compacte , sans être schisteuse , est disposée en masses et non par ((ouehes.
Les masses d’argile blanche de la Tolfa sont traversées de haut en bas par diverses petites veines de quartz gris blanc , presque perpendiculaires de trois à quatre ponces d’épaisseur. U y a de la pierre d’alun blanche h taches rougeâtres , qui ressemble à un savon marbré rouge et hlanc. Lettres sur la Minéralogie, page ôl.’i et suiv.
* 11 y a, dit Daniel Colwal (Transactions phüo.sophiques, année 1(178), des mines de pierres qui fournissent de l’alun dans la plupart des montagnes situées entre Scarborough et la rivière de Tées, dans le comté d’York, et encore près de Dreston, dans le Lancashirc; cette pierre est d’une couleur bleuâtre cl a qiichiue res.scmhlance avec l’ardoise.
Les meilleures mines sont celles qui se trouvent les plus profondes en terre, et qui sont arrosées de quelques sources; les mines sèches ne valent rien; mais aussi lorsque l’humidité est trop grande, elle gâte les pierres et les rend nitreuses.
Il SC rencontre dans ces mines des veines d’une autre pierre de même couleur, mais qui n’est pas si bonne; ces mines sont quelquefois à soixante pieds de profondeur. La pierre exposée à l’air avant d’être calcinée, se brise d’cllc-même et se met eu fragments, qui, macérés dans l’eau, donnent du vitriol ou de la couperose, au lieu qu’elle donne de l’alun lorsqu’elle a été calcinée au|)aravant ; cette pierre conserve sa dureté tant qu’elle reste dans la terre ou sous l’eau : quelquefois il sort de l’endroit d’où l’on tire la mine un ruisseau dont les eaux étant évaporées par la chaleur du soleil, donnent de l’alun natif; on calcine cette mine avec le fraisil on charbon à demi consumé de Newcastle, avec du bois et du genêt. Celte calcination se fait sur plusieurs bûchers que l’on charge jusi(u’à environ huit à dix verges d’épaisseur , et à mesure que le feu gagne le dessus, on recharge de nouvelle mine quehincfois à la hauteur de soixante pieds successivement, et celle hauteur n’empêche pas que le feu ne gagne toujours le dessus, c’est-à-dire le sommet, sans qu’on lui fournisse de nouvel aliment ; il est même plus ardent sur la fin, et dure tant qu’il reste des nialicrcs sulfureuses unies à la pierre. Collection académique , partie étrangère, tome VI, page 1!)3.
M. Jars nous donne une notice de ces difl'érentes mines d’aUiii ; « Au sud et au nord de <i la ville de Whilby, dit-il , le long des côtes de la mer, le terrain a été tellement lavé par les « eaux, que le rocher d’alun y est entièrement à découvert sur une étendue de plus de douze <t milles , et où il e.sl exposé sur une hauteur perpendiculaire de cent pieds au-dessus de son << niveau; ce rocher s’étend aussi fort avant dans les terres.... Il se délite par lames comme le « schiste, il est de couleur d’ardoise, mais beaucoup plus friable qu’elle, se décompose aisément « à l’air, et j' perd de même entièrement sa qualité alumineuse s’il est lavé par les pluies. On I. trouve très-souvent entre scs lames ou feuillets do petits grains de pyrites , des bélemnites ; U mais surtout une très-grande quantité de cornes d’Ammou , enveloppées d’un rocher plus
quehincs provinces d’Espagne*. On extrait l’alun dans ces différentes mines, h peu près par les mêmes procédés qui consistent à faire effleurir
» dur et de forme arrondie : on prétend ([ue les lits de ce rocher vont jusiju’à une profondeur « que l’on ne peut déterminer au-dessons du niveau de la mer, qu’il y est de moindre quau lité : d'ailleurs on a pour plusieurs siècles à exploiter de celui qui est à découvert...
« La mine d’alun de Schwensal en Saxe , est située au bord de la rivière de la Molda, dans U une plaine dont le terrain est très-salilonncux ; le minerai y est par couches, dont on en « distingue deux qui s’étendent sur une lieue d’arrondissement , et très-faciles à exploiter ,
« puisqu’elles se trouvent près de la surface de la terre, et qu’elles sont presque horizontales...
« Le minerai n’est point en roc comme celui (le Whilhy ; il consiste en une terre durcie, mais » trés-friahlc, dont les morceaux se détachent eu surfaces carrées, comme la plupart des char- » bons de terre; ces surfaces sont très-noires ; mais si l'on brise ces morceaux , on voit que U l’intérieur est composé de petites couches Irès-mincos d’une terre brune schisteuse; le a minerai d’ailleurs contient beaucoup de bitume, peu de soufre et tombe facilement en cfllou resceucc, c’est pourquoi on ne le fait pas griller ; il n’est besoin que de l’exposer à l’air pour « en développer l’alun... Le minerai reste exposé à l’air pendant deux ans avant que d’être U lessivé; alors il est en majeure partie décomposé et tombe presque en poussière.
U II arrive très-souvent que le minerai éprouve une fermentation si considérable qu’il s’en- « flamme, et comme il serait dangereux de perdre beaucoup d’alun, on y remédie aussitôt que « l’on s’en aperçoit, eu ouvrant le tas dans l’endroit où se forme l’embrasement ; le seul contact U de l’air sullit pour l’arrêter ou l’éteindre, sans qu’il soit besoin d’y jeter de l’eau ; lorsque « le minerai a été deux ans en efflorescence, il prend dans son intérieur une couleur jaunitre,
« qui est due sans doute à une terre martiale ; on y voit entre scs couches de 1 alun tout forme,
« et sur toute la longueur de la surface extérieure du las , des lignes d’une matière blanche ,
« (|ui n’est autre chose que ce sel tout pur.
U A ChristineolFcn Suède, le rocher alumineux est une espèce d’ardoise noire qui se délite a aisément, cl qui contient très-souvent entre ses lits, des rognons de pyrite martiale de dif- « férentes grosseurs, mais dont la forme est prcstiue toujours celle d une sphere aplatie; on y « trouve encore des couches d’uu rocher noir, à grandes et à petites facettes d’un pied d’épais- >• seul-, qui, par la mauvaise odeur qu’il donne en le frottant, peut être mis dans la classe des a pierres de porc ; on y voit aussi des petites veines perpendiculaires d’un gypse très-blanc.
a Ces couches de minerai ont une li es-grande étendue ; on prétend même avoir reconnu a ipi’elles avaient une continuité à plus d’une lieue ; mais ce qu’il y a de certain , c’est qu’on a ignore encore leur profondeur.
a Sur le penchant d’uiic petite montagne opposée à la ville de Cliristiana en Norvvégc , et a presque au niveau de la mer, on exploite une mine d’alun qui a donné lieu à un élablisse-
a ment assez considérable L’espèce de minerai ([ue l’on a à traiter est proprement une ar-
a doisc, qui contient entre scs lits quantité de rognons de pyrites martiales ; ou l’exploite de a la même manière ipi’en Suède, à tranchée ouverte et à peu de frais.
a Sur la roule de Grossalmrode à Casscl, on trouve plusieurs mines d’alun exploitées par des
a particuliers Le miiieiai d’alun forme une couche d’une très-grande étendue, sur huit à
" neuf toises d’épaisseur, et dont la couleur cl la texture le rapprochent beaucoup de l’espèce a de celui de Schwensal que l’on exploite en Saxe , mais surtout dans la partie inférieure de a la couche ; il est de même tendre cl friable, et tombe facilement en efflorescence ; mai^ sou- “ vent il est mêlé de bois fossile très-bitumineux, et quelquefois aussi de ce bois pétrifié. « Voyages minéralogiques, tome III, pages 288, 2Ü3, 2fl7, ."Ü3 et 5<il).
” Les Espagnols prétendent que l’alun d’Aragon est encore meilleur ([ue celui de Rome : a Ce sol , dit M. Bowles , se trouve formé dans la terre comme le salpêtre et le sel commun ; il a ne faut pour le raffiner qu’une simple lessive qui le filtre et lui ôte toute l’impiirelé dé la
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à l’air pendant un temps suffisant, la terre ou pierre alumineuse, à la lessiver ensuite, et à faire erislalliser l'alun par l’évaporaliou de l’eau*. L’alun de Rome est celui qui est le plus estimé et qu’on assure être le plus pur. Tous les aluns sont, comme l’on voit, des productions de notre art, et le seul sel de cette espèce que la nature nous olfre tout formé, est l’alun de ifiiimequi ne se trouve que dans des cavités ** où suintent et s’évaporent les eaux chargées de ce sel en dissolution. Cet alun est lrès-))ur, mais nulle part il n’est eu assez grande quantité pour faire un objet de commerce et encore moins pour fournir à la consommation que l’on fuit de Taiun dans plusieurs arts et métiers.
Ce sel a en efl'et des propriétés utiles, tant pour la médecine que pour les arls, et surtout pour la teinture et la peinture. La plupart des pastels ne sont que des lei'res d’alun teintes de différentes couleurs. Il sert à la teinture en ce qu’il a la propriélé d’ouvrir les pores et d’entamer la surface des laines et des soies qu’on veut teindre, et de fixer les couleurs jusque dans leur substance; il sert aussi à la préparation des cuirs, à lisser le papier, à argenter le cuivre, à blanchir l’argent, etc.; mis en suffisante quantité sur la poudre à canon, il la prései N e do l’humidité et même de rinllammation ; il s’oppose aussi à l’action du feu sur le bois et sur les autres matières combustibles, et les empêche de brûler si elles en sont fortement imprégnées : on le môle avec le suif pour rendre les chandelles plus fermes : on frotte d’alun calciné les formes
» terre Après cette lessive, pn le l'ait évoporer au feu, ensuite on verse la liqueur dans
U d’autres vaisseaux où on laisse l’alun se cristalliser au fond. » Illstoiro IVaturolle d’Esp-agne, page ôUO et suiv,
* Woiu, Pans quelques-unes de ces exploitations, on fait griller le minorai ; mais comme le remarque trèe-lnrn M. Jars, eelte opiiration n’est bonne que pour celles de ces mines qui sont très-pyriteuscs , ot serait perniricusc dans los autres où la combustion détruirait une portion de l’alun, et qu’il sufllt de laisser elllourir à l’air où «Iles s’éeliauirent d’cllcs-mémes.
Pans l’une des mines du territuire de Latera, on trouve contre les parois de la voûte, le plus bel alun de plume cristallise en petites aiguilles , blanc argentd , tantôt très-pur , tantôt eombiné avec du suufre ; un y trouve aussi une pierre argileuse, bleuâtre, crevassée, an milieu do laquelle l’alun s’est fuit jour pour se crislulliser en cillorcsceuec ; cette mine est située dans un tuf volcanique où l’on trouve du soufre en masses errantes et dissdminces... Il se treuvo au fond de oos mines une eau vjtrioliqiie qni découle de la vofilc ; celle eau en lillrant à travers les couches qui surmontent la voûte, y forme une croûte cl dépose col alun natif que |’on trouve aussi crislallisé du meme dans plusieurs piurros... Il y a aussi de l’alun cristallisé et en
rdlorescenco sur les parois dos voûtes à l’uzxola, comme à Mnlino près baiera Il y a deux
sources auprès des mines del Mulinn, dont l’eau est eliargéod’niie terre alumineuse, blancbâtre,
qui lui donne un goût très-styptiqne be limon que l'eau abandonne, ainsi que les petites
branches et liorbes qui y surnagent ou qui restent à sec, se ruvèlenl d’une croûte alumineuse qui s’en détache aisément, et qui est sans mélange de terre ; les grenonillos (|na l'on met dans cette eau ne peuvent y vivre et cependant on y voit une très-grande quantité de petits vermisseaux qui y multiplient ; mais il n’y croît point de végétaux , et ces deux sources exhalent une odeur de foie do soufre trùs-désagrcahlc. M. Cassini fils, Mémoires de l'Académie des Si'ioiices, annéo 1777, page o80 et suivi
qui servent à imprimer les toiles et papiers pour y faire adhérer les couleurs; on en frotte de même les halles d’imprimerie pour leur faire prendre l’encre, etc.
Les Asiatiques ont, avant les Européens, fait usage de l’alun ; les plus anciennes fabriques de ce sel étaient en Syrie et aux environs de Constantinople et de Smyrne, dans le temps des califes, et ce n est que vers le milieu du quinzième siècle que les Ilaliens transportèrent lart de (abriquer l’alun dans leur pays, et que l’on découvrit les mines alumineuses d’isebia, de Viterbe, etc. Les Espagnols établirent ensuite dans le seizième siècle une manufacture d’alun près de Carthagène à Almazaran , et cet établissement subsiste encore. Depuis ce temps on a fabriqué de l’alun en Angleterre, en Rohème et dans d’autres provinces de l’Allemagne, et aujourd’hui on en connaît sept manufactures en Suède, dont la plus considérable est celle de Garphytlau dans la Noi-icie.
11 y a en France assez de mines pyriteuses, et même assez de terres alumineuses pour qu’on pût y faire tout l’alun dont on a besoin sans l’acheter de l’étranger; et néanmoins je n’en connais qu'une seule petite manufacture en Roussillon près des Pyrénées : cependant on en pourrait fabriquer de même en Franche-Comté, où il y a une grande quantité de terres alumineuses à quelque distance de Norteau. M. de Gensaune, qui a reconnu ces terres, en a aussi trouvé en \ivarais près de la Gorce : « Plusieurs veines de celte terre alumineuse sont, dit-il, par- I. semées do charbon Jayet , et l’on y trouve par intervalles de l’alun « natif. » Il y a aussi, près de Soyon, des mines de couperose et d’alun. t)n voit encore beaucoup de terres alumineuses aux environs de Roquefort et de Cascastcl; d’autres près de Cornillon *, dans le diocèse d’Uzès , dans lesquelles l’alun se forme naturellement : mais combien n’avons-nous pas d’autres richesses que nous foulons aux pieds , non pai’ dédain ni par défaut d’industrie, mais par les obstacles qu’on met ou le peu d’encouragement que l’on donne à toute entreprise nouvelle!
’ Les couclios de terres qluraineMses y sont sôpsrces pur d’autres couclies d’une tei're à fuuloii Irès-précieusc ; cette terre est de la plus grande finesse cl d’une hianeheur éclatante; elle est de la nature des kaolins, cl très-propre à la fabrique des porcelaines , parce que le l'eu n’alière point sa blancheur et qu’elle est Irès-lianlc : on en fait des pipes à tabac d’une beauté surprenante. Au-dessous de toutes ces couches, on trouve un autre banc d’uue terre également fine, et qui ne diffère de la precedente que par la couleur qui est d’un jaune de citron , assez semblable à la terre que nous appelons Jaune de Naples, mais plus fine ; sa couleur est peimanente et résiste à l’action du feu ; elle est par conséquent propre è colorer la faïence , en la mêlant avec le feldspath. M. Cassinj fils, Wéinoircs de l’Académie des Sciences , année 1777, tonie 1, pages liiS et ISO.
HISTOIRE NATURELLE