‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 32 sur 54 · LIQUEUR DES CAILLOUX · texte numérisé non relu

LIQUEUR DES CAILLOUX

-l’ai dit et répété plus d’une fois dans le cours de mes ouvrages «pie l’argile firaitson origine de la décomposition des grès et des aulres débris du quartz réduits en poudre, et atténués i)ar l’action des acides et 1 impression de l’eau; je l’ai même démontré par des expériences faciles a l'épéler, et par lesquelles on peut convertir en assez peu de lemps la poudre de grès en argile, par la simple action de 1 acide aérien et de l’eau; j’ai rapporté de semblables épreuves sur le verre pulvérisé; j’ai cité les observations réitérées cl constantes ipii nous ont également j)rouvé (jue les laves les plus solides des volcans se convertissent en terre argileuse, en sorte qu’indépcndammcnl des recherches chimi(pies et des preuves qu’elles peuvent foxirnir, la conversion des sables vilreuv en argiles m’était bien démontrée. Mais une vérité tirée des analogies générales fait peu d’elïet sur les esprits accoutumés a ne juger ipic par les résultats de leur méthode particulière : aussi la plupart des chimistes doutent encore de celle conversion; et néanmoins les résultats bien entendus de leur pro|)re méthode me semblent cordirmer celle meme vérité aussi pleinement qu’ils pcuveiU le désirer; car, après avoir séi)arc dans l’argile l’acide de sa base terreuse, ils ont reconnu que cette base était une terre vilrifiablc; ils ont ensuite combiné par le moyen du feu le ([uartz pulvérisé avec l’alcali dissous dans 1 eau, et ils ont vu (jue cette matière précipitée devient soluble comme la terre de l’alun par l’acide vilriolique; enlin ils en ont formé un composé lluide qu’ils ont nomme liqueur des cailloux : « Une demi-partie d’alcali et une partie de cpiartz ® jmivérisé, fondues ensemble, dit M. de Morveau , forment un beau •' verre transparent, qui conserve sa solidité; si on change les projmr- « lions et que l’on mette, par exemple, quatre parties d alcali pour une “ partie de terre quarlzcusc, la masse fondue participera d autant plus « des propriétés salines; elle sera soluble par l’eau, ou même se lésou- « dra spontanément en liqueur par l’humidité de l’air : cest ce que I on “ nomme liqueur des cailloux, IjC cpiartz y est tenu en dissolution par ' l’alcali au point de passer par le filtre.

Bl'ffon, tom. m.

niSTOtl^Ë KATüËELtÆ

Il Tous les acides, cl môme l’eau chargée d’air fixe, précipitent cette « liqueur des cailloux , parce qu’en s’unissant à l’alcali il le forcent « d’abandonner la terre. Quand les deux liqueurs sont concentrées il se « fait une espèce de miracle chimique, c’est-à-dire que le mélange s devient solide... On peut conclure de toutes les expériences faites <à « ce sujet : 1" que la terre quarlzciise éprouve pendant sa combinaison « avec l’alcali, par la fusion, une altération qui la rapproche de l’état Il de l’argile et la rend susceptible de former de l’alun avec l’acide « vilriolique; 2” que la terre argileuse et la terre quarizeuse, altérées « par la vitrification, ont une affinité marquée, môme par la voie « humide, avec l’alcali privé d’air, etc... Aussi l’argile et l’alun sont « bien réellement des sels vilrioli(iues à base de terre vitritialile. ..

•' L’argile est un sel avec excès de terre... et il est certain qu’elle « contient de l’acide vitriolique, puisqu’elle décompose le nitre et le sel « marin à la distillation. On démontre que sa base est alumineuse, en « saturant d’acide vilriolique l’argile dissoute dans l’eau et formant « ainsi un véritable alun ; ou fait passer enfin l’alun à l’état d’argile, eu « lui faisant prendre une nouvelle portion de terre alumineuse, préci- « pitée et édulcorée. Il faut l’employer tandis qu’elle est encore en « bouillie, car elle devient beaucoup moins soluble en séchant; et celle « circonstance établit une nouvelle analogie entre elle et la terre préci- « pitée de la liqueur des cailloux. »

Celte terre qui sert de base à l’alun est argileuse : elle prend au feu, comme l’argile, toutes soètes de couleurs; elle y devient rougeâtre, jaune, brune, grise, verdâtre, bleuâtre et même noire; et si l’on précipite la terre vitrifiabic de la liqueur des cailloux, cette terre précipitée a toutes les propriétés de la terre de l’alun ; car en l’unissant à l’acide vilriolique on en fait de l’alun : ce qui prouve que l’argile est de la n>6me essence que la terre vitrifiable ou quartzeuse.

Aii»si les recherches chimiques, bien loin de s’opposer au fait réel de la conversion des verres primitifs en argile, le démontrent encore par leurs résultats, et il est certain que l’argile ne dilfère du quartz ou du grès réduits en poudre que par l’atténuation des molécules de celle poudre quartzeuse sur laquelle l’acide aérien combiné avec l’eau agit assez longtemps pour les pénétrer, et enfin les réduire en terre. L’acide vilriolique ne ju'oduirail pas cet effet, car il n’a point d’action sur le quartz ni sur les autres matières vitreuses; c’est donc à l’acide aérien qu'on doit l’altribuer : son union d’une part avec l’eau, et d’autre part le mélange des poussières alcalines avec les poudres vitreuses lui donnent prise sur cette même matière quartzeuse. Ceci me parait assez clair, même en rigoureuse chimie, pour espérer qu’on ne doutera plus de cette conversion des verres primitifs en argile, puisque foutes les argiles sont mélangées des débris de coquilles et autres productions du même genre, qui toutes peuvent fournir à l’acide aérien l’intermède alcalin, nécessaire à sa prompte action sur la matière vitrifiable. D’ailleurs l’acide

bES MINÉKAEX.

aérien, sent et sans mélange d’alcali , altacine avec le (emps tonies les matières vitreuses; car le quartz, le cristal de roche et tous les autres verres produits par la nature, se ternissent, s’irisent et se décomposent à la surface par la seule impression de l’air humide, et par consé(juetit la conversion du quartz en argile a pu s’opérer par la seule comhinaison de l’acide aérien et de l’eau. Ainsi les expériences chimiques prouvent ce que les observations en histoire naturelle m’avaient indiqué, savoir : que l’argile est de la même essence que le quartz, et qu'elle n’en diffère que par l’atténuation de ses molécules réduites en terre par l’impression de l’acide primitif et de l’eau.

Et ce même acide aérien en agissant dès les premiers temps sur la matière quartzeus(;, y a pris une base qui l’a fixé, et en a fait l’acide le plus puissant de tous, l’acide vilriolique, qui, dans le fond, ne dilTèrc de l’acide primitif que par sa fixité, et par la masse et la force ({uc lui donne la substance vilriliable qui lui sert de base; mais l’acide aérien étant répandu dans toute rétcncbie de l’air, de la terre et dos eaux, et le globe entier n’étant dans le premier temps qu’une masse vitrifiée, cet acide primitif a pénétré toutes les poudres vitr'cuses, et les ayant allé nuées, ramollies et humectées par son union avec l’eau, les a peu à peu décomposées, et eiilin converties en terres argileuses.

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