DE L’OR
Autant nous avons vu le fer subir de transformations et prendre d’étals difl'érents, soit par les causes nalurelles, soit par les effets de notre art ; autant l’or nous jtaraîl fixe, immuable et constamment le même sous noti'c main comme sous celle de la nature. C’est de toutes les matières du globe la plus pesante, la plus inaltérable, la plus tenace, la plus extensible; et c’est par la réunion de ces caractères prééminents, que dans tous les temps l'or a été regardé comme le métal le plus parfait el le plus précieux ; il est devenu le signe universel cl constant de la valeur de Ionie autre matière par un consenlement unanime cl lacile de lous les peuples policés. Comme il peut se diviser à l inlini sans rien perdia; de son essence, el même sans subir la moindre altération, il se trouve disséminé sur la surface enliéi'e du globe, mais en molécules si
Voyeî ci-après l’article de la Platine.
HISTOIRE NATURELLE
ténues, que sa présence n’est pas sensible. Toute la couche de la (erre qui recouvre le globe en contient, mais c’est en si petite quantité qu’on ne l’aperçoit pas et qu’on ne peut le recueillir : il est plus apparent, quoique encore en très-petite quantité, dans les sables entraînés par les eaux et détachés de la masse des rochers qui le recèlent ; on le voit quelquefois briller dans ces sables dont il est aisé de le séparer par des lotions réitérées. Ces paillettes charriées par les eaux, ainsi que toutes les autres particules de l’or qui sont disséminées sur la terre, proviennent également des mines primordiales de ce métal. Ces mines gisent dans les fentes du quartz où elles se sont établies peu de temps après la consolidation du globe ; souvent l'or y est mêlé avec d’autres métaux sans en être altéré j presque toujours il est allié d’argent, et néanmoins il conserve sa nature dans le mélange, tandis que les autres métaux, corrompus et minéralisés, ont perdu leur première forme avant de voir le jour, et ne peuvent ensuite la reprendre que par le travail de nos mains : Tor au contraire, vrai métal de nature, a été formé tel qu’il est; il a été fondu ou sublimé par l’action du feu primitif, et s’est établi sous la forme qu’il conserve encore aujourd’hui ; il n’a subi d'autre altération que celle d’une division presque infinie ; car il ne se présente nulle part sous une forme minéralisée : on peut meme dire que pour minéraliser l’or, il faudrait un concours de circonstances qui ne se trouvent peutêtre pas dans la nature, et qui lui feraient perdre ses qualités les plus cssenliellcsj car il ne pourrait prendre celte forme minéralisée qu’en passant aui)aravaiil par l’état de précipité; ce qui suppose [)récédemment sa dissolution par la réunion des acides nitreux et marin ; et ces précipités de l’or ne conservent pas les grandes propriétés de ce métal; ils ne sont plus inaltérables, et ils peuvent êire dissous par les acides simples. Ce n’est donc que sous celte forme de précipité que l’or pourrait être minéralisé; et comme il faut la réunion de l’acide nitreux et de l’acide marin pour en faire la dissolution, et ensuite un alcali ou une malière métallique pour opérer le précipité, ce serait par le plus grand des hasards que ces combinaisons se trouveraient réunies dans le sein de la terre, et que ce métal pourrait être dans un état de minéralisation naturelle.
L’or ne s’est établi sur le globe que (pielque temps après sa consolidation, et même après rétablissement du fer, parce qu'il ne |)eut pas supporlei’ un aussi grand degré de feu, sans se sublimer ou se fondre : aussi ne s’esl-il i)oinl incorporé dans la malière vitreuse; il a seulement rempli les fentes du ([uarlz, (jui toujours lui sei t de gangue : l’or s’y trouve dans son étal de nature, et sans aulre caractère que celui d’un métal fondu ; ensuite il .s’est sublimé par la continuité de cette première chaleur du globe, et il s’est répandu sur la superficie de la terre en atomes impalitables et presque imperceptibles.
Les premiers dépôts ou mines primitives de cette matière précieuse ont donc dû perdre de leur masse et diminuer de quantité, tant que le
globe a ronsorvé assez de chaleur pour en opérer la sublimation, et celte perte continuelle pendant les premiers siècles de la grande chaleur du globe a peut-être contribué plus qu’aucune autre cause à la rareté de ce métal, cl à sa dissémination universelle en atomes infiniment petits : je dis universelle, parce qu’il y a peu de matières à la surface de la terre qui n'en contiennent une petite quantité j les chimistes en ont trouvé dans la terre végétale, et dans toutes les autres terres qu’ils ont mises* l’épreuve *.
Au reste, ce métal, le plus dense de tous, est en même temps celui que la nature a produit en plus petite quantité. Tout ce qui est extrême est rare, i)ar la raison même qu’il est extrême : l’or pour la densité, le diamant pour la dureté, le mercure pour la volatilité, étant extrêmes en qualité, sont rares en quantité. Mais, pour ne parler ici que de l’or, notis obser\ erons d’abord que, quoique la nature paraisse nous le présenter sous différentes formes, toutes néanmoins ne différent les unes des autres (jiie par la quantité, et jamais par la qualité, parce que ni le feu, ni l'eau, ni l’air, ni même tous ces éléments combinés, n’altèrent pas son essence, et que les acides simples qui détruisent les autres métaux ne peuvent l’entamer
En général, on trouve l’or dans quatre états différents, tous relatifs à sa seule divisibilité; savoir, en poudre, en paillettes, en grains et en filets séparés on conglomérés. Les mines primordiales de ce métal sont dans les hautes montagnes, et forment des filons dans le quartz jusqu’à d’assez grandes profondeurs; elles se sont établies dans les fentes perpendiculaires de cette roche quartzeuse , et l’or y est toujours allié d’une plus ou moins grande quantité d’argenl : ces deux métaux y sont simplement mélangés et font masse commune; ils sont ordinairement
* L’or ti'onvé par nos chimistes récents dans la terre végétale, est une preuve de la dissémination universelle de ce métal, et cefail paraît avoir été connu précédemment, car Boerhaave parle d’un programme présentéaux Etats-Généraux sous ce litre : « De arte extraliendi aurum « e qualibet terra arvensi. »
M. Tillet, savant physicien de l’Académie des Sciences, s’est assuré que l’acide nitreux, rectifié autant qu’il est possible, ne dissout pas un seul atome de l’or qu’on lui présente : à la vérité l’eau-forte oixlinaire semble attaquer un peu les feuilles d’or par une opération forcée, en faisant bouillir, par exemple, quatre ou cinq onces de cet acide sur un demi-gros d’or pur réduit en une lame très-mince, jusqu’à ce que toute la liqueur soit réduite au poids de quelques gros; alors la petite quantité d’acide qui reste , se trouve chargée de quelques particules d’or, mais le métal y est dans l’état de suspetision,et non pas véritablement dissous ; puisqu’au bout de quch|ue temps, il se précipite au fond du flacon quoique bien bouché, ou bien il surnage à la surface de la liqueur avec son brillant métallique, au lieu que dans une véritable dissolution, telle qu’on l’opère par l’eau régale, la combinaison du métal est si parfaite avec les deux acides réunis, qu’il ne les quitte jamais de lui-même; d’après ce rapport de M. Tillet, il est aisé de concevoir que l’acido nitreux, forcé d’agir parla chaleur, n’agit ici que comme un corps qui en frotterait un autre et en détacherait par conséquent quelques particules, et dès lors on peut assurer que cet aeide ne peut ni dissoudre ni meme attaquer l’or par scs propres forces.
incrustés en filets ou en laines dans la pierre vitreuse, et quelquefois ils s’y trouvent en masses et en faisceaux conglomérés, (l’est à quelque distance de ces mines jirimordiales que se trouve l’or en petites masses, en grains, en péfiiles, etc.; et c’est dans les luninesdes montagnes, qui en recèlent les mines, qu’on le recueille en jilus grande quantité : on le trouve aussi en paillettes et en poudre dans les sables que roulent les torrents et les rivières qui descendent de ces mêmes montagnes, et sou^ ent cette poudre d’or est dis|)ersée et disséminée sur les bords de ces ruisseaux et dans les terres adjacentes *. Mais soit en poudre, en paillettes, en grains, en filets ou en masses , l’or de chaque lieu est toujours de la même essence, et ne diffère que par le degré de pureté : plus il est divisé, plus il est pur ; en sorte que s’il est à vingt carats dans sa mine en montagne, les poudres et les jiailletles qui en proviennent sont souvent à vingt-deux et vingt-trois carats, parce qu’en sc divisant, ce métal s’est épuré et purgé d’une partie de son alliage naturel. Au reste, ces paillettes et ces grains, qui ne sont que des débris des mines primordiales, et qui ont subi tant de mouvements, de chocs et de rencontres d’autres matières, n’en ont rien souffert qu’une plusgrande division; elles ne sont jamais intérieurement altérées, quoique souvent recouvertes à l’extérieur de matières étrangères.
L’or le plus fin, c’est-à-dire le plus épuré par notre art, est, comme l’on sait, à vingt-quatre carats : mais l’on n’a jamais trouvé d'or à ce titre dans le sein de la terre , et dans plusieurs mines il n’est qu’à vingt, et même à seize et quatorze carats, en sorte qu’il contient souvent un quart, et même un tiers de mélange; et cette matière étrangère qui se trouve ordinairement alliée avec l’or est une portion d’argent, lequel, quoique beaucoup moins dense, et par conséquent moins divisible que l’or, SC réduit néanmoins en molécules très-ténues. L’argent est comme l’or, inaltérable, inaccessible aux efforts des éléments humides, dont l’action détruit tous les autres métaux ; et c’est par cette prérogative de l’or et de l’argent qu’on les a toujours regardés comme des métaux parfaits, et que le cuivre, le plomb, l’étain et le fer, qui sont tous sujets à plus ou moins d’altération par l’impression des agents extérieurs , sont des métaux imparfaits en comparaison des deux premiers. L’or sc trouve donc allié d’argent, même dans sa mine la plus riche et sur sa gangue quartzeuse; ces deux métaux presque aussi parfaits, aussi purs l’un que l’autre, n’en sont que plus intimement unis : le haut ou bas aloi de l’or natif dépend donc principalement de la petite ou grande quantité d’argent qu’il contient. Ce n’est pas que l’or ne soit aussi quelquefois mêlé de cuivre et d’autres substances métalliques ** : mais ces mélanges
* Walterius compte douze sortes d or dans les sables j mais ces douze sortes doivent se réduire à une seule, parce qu’elles ne diCfèrent les unes des autres que par la couleur, la grosseur ou la figure, et qu’au fond e’esl toujours le même or.
Par exemple, l’or de Guinée, de Sofalu, de Malaca, contient du cuivre et très-peu d’ar-
DES MÎNÉRAÜX.
ne sont pour ainsi dire qu’extérieurs; et à l’exception de l’argent, l’or n’est point allié, mais seulement contenu et disséminé dans toutes les autres matières métalliques ou terreuses.
On serait porté à croire, vu l’aflinité apparente de l’or avec le mer^ cure et leur forte attraction muluellc, qu’ils devraient se trouver assez souvent amalgamés ensemble; cependant rien n’est plus rare, et a peine y a-t-il un exenq}le d'une mine où l’on ait trouvé l’or pénétré de ce minéral fluide. Il me semble qu’on peut en donner la raison d’après ma théorie; car quelque aftinilé qu’il y ait eutie l’or et le mercure, il est certain que la fixité de l’un, et la grande volatilité de l’autre, ne leur ont guère permis de s’établir en même temps ni dans les mêmes lieux, et que ce n’est que par des hasards postérieurs à leur établis-semenl primitif, et par des circonstances très-particulières, qu'ils ont pu se trouver mélangés.
L’or répandu dans les sables, soit en poudre, en paillettes ou eq grains plus ou moins gros, et (jui provient des débris des mines primitives, loin d’avoir rien perdu de son essence, a donc encore acquis de la pureté. Les sels acides, alcalins et arsenicaux, qui rongent toutes les substances métalliques, ne i)euvcnt entamer celle de l’or. Ainsi dès que les eaux ont commence de <létacher et d’entraîner les minerais des différents métaux, tous auront été altérés, dissous, détruits par l’action de ces sels; l’or seul a conserve son essence intacte, et il a même défendu celle de l’argent, lorsqu’il s’y est trouvé mêlé en suftisante quantité.
L’argent, quoique aussi parfait que l’or à plusieurs égards, ne se trouve pas aussi communément en poudre ou en paillettes dans les sables et les terres. D’où peut provenir celte différence à laquelle il me semble qu'on n’a pas fait assez d’attention? Pourquoi les terrains au pied des montagnes à mines sont-ils semés de poudre d’or? pourquoi les torrents qui s’en écoulent roulent-ils des paillettes et des grains de ce métal, et que l’on trouve si peu de poudre, de paillettes ou de grains d'argent dans ces mêmes sables, quoique les mines d’où découlent ces eaux contiennent souvent beaucoup pins d’argent que d’or? IV’est-ce pas une preuve que l’argent a été détruit avant de pouvoir se réduire eii paillettes, et que les sels de l’air, de la terre et des eaux l’ont saisi, dissous dés qu’il s’est trouvé réduit en petites parcelles, au lieu que ces mêmes sels ne pouvant attaquer l’or, sa substance est demeurée intacte lors même qu’il s’est réduit en poudre ou en atomes impalpables?
En considérant les propriétés générales et pai ticulières de l’or , on a d’abord vu qu’il était le plus pesant , et par conséquent le plus dense des métaux * qui sont eux-mêmes les substances les plus pesantes de
gont, el le cuivre des mines de Coquimbo, au Pérou, contient, à ce qu’on dit, de l’or sans aucun mélange d’argent.
■' La densité de l’or a été bien déterminée par M. Brisson, de l’Académie des Sciences. L’eau
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toutes les malières leeresli'es. Rien ne peut altérée ou changer dans l’or cette qualité prééminente. On peut dire qu’en général la densité constitue l’essence réelle do toute matière hrute, et que cette première propriété fixe en même temps nos idées sur la proportion de la quantité de l’espace à celle de la matière sous un volume donné. L’or est le terme extrême de celte proportion, toute autre substance occupant plus
(listilice élaiil supposée peser 1000 livres, il a vu (pie l’or à carats, fondu «1 non battu, pèse 1321)81 livres 12 onces 5 gros 62 grains , et «juc par eonséipicnt un pied cube de cet or pur pèserait lô-iS livres 1 once 61 grains; et (jue ce même or à 2i carats, fondu et battu, pèse relativement à l'eau 133017 livres 12 onces ^ gros 28 grains, en sorte (jue le pied cube de cet or pèserait 1531) livres ü onces 60 grains. L’or des ducats de Hollande approche de très-près ce degré de pui'cté ; car la pesanteur spécifique de ces ducats est de 133S19 livres 12 onces 4 gros 23 grains , ce qui donne 1334 livres 10 onces 1 gros 2 grains pour le poids d’un pied cube de cet or. Voyez la table des jicsantcurs spécifiques, par M. Brissnn.—.I’ol)Servcraiquepour avoir an juste les pesanteurs spécifiques de toutes les matières, il faut non-seulement se servir d’eau distillée; mais que pour connaître exactement le poids de celte eau, il faudrait en faire distiller une as.scz grande quantité, par exemple, assez pour remplir un vaisseau cubique d’un pied de capacité, peser ensuite le tout, et déduire la lare du vaisseau ; cela serait plus juste que si l’on n’employait qu’un vaisseau de quelques pouces cubiques de capacité : il faudrait aussi que le métal fût absolument pur, ce qui n’est peut-être pas possible, mais au moins le plus pur qu’il se pourra; je me suis beaucoup servi d'un globe d’or, ralTîné avec soin, d’un pouce de diamètre, pour mes expériences sur le progrès de la chaleur dans les corps, et en le pesant dans l’eau commune, j’ai vu qu'il ne perdait pas q-j de son poids; mais probablement cette eau était bien plus pesante que l’eau distillée. Je suis donc très-satisfait qu’un de nos habiles physiciens ait délcrminé ]ilus précisément cette densité de l’or à 24 carats, qui, comme l’on voit, augmente de poids par la percussion ; mais était-il bien assuré que cet or fût absolument pur? il est presque impossible d’en séparer en eulier l’argent que la natui’ey a mêlé; et d’ailleurs la pesanteur de l’eau, même distillée, varie avec la température de l’almosphèrc, et cola laisse encore quelque incertitude sur la mesure exacte de la densité de ce métal précieux. Ayant sur cela communicpié mes doutes à M. de Morvoau, il a pris la peine de s’assurer qu’un pied cube d’eau distillée pèse 71 livres 7 onces a gios 8 grains et J- de grains. L’air étant à la température de 12 degrés. L’eau, comme l’on sait, pè.scplus ou moins, suivant qu’il fait plus froid ou plus chaud, et les dilTércnccs qu’on a trouvées dans la densité des différentes matières soumises à l’épreuve de la balance hydrostatique, viennent non-seulement du poids absolu de l’eau à laquelle on les contparc, mais encore du degré de chaleur actuelle de ce liquide, et c’est par celte raison qu’il faut un degré fixe, tel que la température de 12 degrés, pour que le résultat de la comparaison soit juste. Un pied cube d’eau distillée pesant donc toujours, à la température de 12 degrés , 71 livres 7 onces 3 gros 8 jV grains, il est certain que si l’or perd dans l’eau de son poids, le pied cube do ce métal pèse 1538 livres 1 once 1 gros 8 5* grains , et je crois cette estimation trop forte; car, comme je viens de le dire, le globe d’or très-fin, d’un pouce de diamètre, dont je me suis servi, ne perdait pas Jj de .son poids dans de l’eau qui n’était pas distillée, et par conséquent il se pourrait que dans l’eau distillée il n’eût perdu que ^ |, et dans ce cas (jV ï) I® pi®d cube d’or ne pèserait réellement que 1340 livres 3 onces 2 gros 23 grains ; il me i)aiait donc qu’on a exagéré la densité de l’or, en assurant qu’il perd dans l’eau plus de — de son poids , et que c’est tout au jjlus s’il perd auquel cas le pied cube pèserait 1558 livres. Ceux qui assurent qu’il n’en )(èse que 1348, et qui disenten même temps qu’il perd dans l’eau entre ~ cl 55 deson poids, ne se sont pas aperçus que ces deux résultats sont démentis l’un par l’autre.
(l’espace ; il est donc la matière par excellence, c’est-à-dire la substance qui de toutes est la plus matière; et néanmoins ce corps si dense et si compacte, cette matière dont les parties sont si rapprochées, si serrées, contient peut-être encore plus de vide que de plein , et par conséquent nous démontre (ju’il n’y a point de matières sans porcs, que le contact des atomes matériels n’esl jamais absolu ni complet, qu enfin il n existe aucune substance qui soit j)loinement matérielle, et dans laquelle le vide ou l’espace ne soit interposé, et n’occupe autant et plus de place que la matière même.
Mais, dans toute malière solide, ces atomes matériels sont assez voisins pour se trouver dans la sphère de leur attraction mutuelle; et c’est en quoi consiste la ténacité de toute matière solide; les atomes de même nature sont ceux qui se réunissent de plus près : ainsi la ténacité dépend en partie de l’iiomogénéilé. Cette vérité peut se démontrer par l’expérience ; car tout alliage diminue ou détruit la ténacité des métaux: celle de l’or est si forte, qu’un fil de ce métal, d’un dixième de pouce de diamètre, peut porter, avant de se rompre, cinq cents livres de poids; aucune autre matière métallique ou terreuse ne peut en supporter autant.
La divisibilité et la ductibilité ne sont que des qualités secondaires, qui dépendent en partie de la densité et en partie de la ténacité, ou de la liaison des parties constituantes. L’or, qui sous un même volume contient plus du double de matière que le cuivre, sera par cela seul une fois plus divisible; el, comme les parties intè-grantes de l’or sont plus voisines les unes des autres que dans toute aulre substance, sa ductilité est aussi la plus grande, et surpasse celle des autres métaux* dans une proportion bien plus grande que celle de la densité ou de la ténacité, parce que la ductilité, qui est le produit de ces deux causes, n'est pas en rapport simjde à l’une ou à l'autre de ces qualités, mais en raison composée des deux. La ductilité sera donc relative à la densité multipliée par la ténacité; et c’est ce qui dans l’or rend cette ductilité encore plus grande à proportion que dans tout autre métal.
Cependant la forte ténacité de l’or, et sa ductilité encore plus grande, ne sont pas des propriétés aussi es.sentielles que sa densité; elles en dérivent et ont leur plein effet, tant que rien n’intercepte la liaison des parties constituantes, tant que l'homogénéité subsiste, et qu’aucune foi-ce ou malière étrangère ne change la position de ces mêmes parties :
* U La ductililé de l'or est telle qu’une once de ce métal, qui ne lait qu’un très-petit volume, « peut couvrir et dorer très-exactement un fil- d’argent long de quatre cent quarante-quatre « lieues.» Dictionnaire de Chimie, article Or... « Une once dor, passée a la filière, peut « s'étendre en un fil de soixante-treize lieues de longueur. • Mémoires de TiVcadémie des Sciences, année 1715. ..Les batteurs d’or réduisent une once dece métal en seize cents feuilles, chacune de trente-sept lignes de longueur et autant de largeur, ce qui fait à peu près cent six pieds carrés d'étendue, pour les seize cenis feuilles.
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mais ces deux qualités qu’on croirait essentielles à Tor se perdent, dès que sa substance subit quelque dérangement dans son intérieur; un grain d’arsenic ou d’étain, jeté sur un marc d’or en fonte, ou même leur vapeur, suftit pour altérer toute cette quantité d’or, et le rend aussi fragile qu’il était auparavant tenace et ductile. Quelques chimistes ont prétendu qu’il perd de ménje sa ductilité par les matières inflammables, par exemple, lorsque étant en fusion, il est immédiatement exposé à la vapeur du charbon *• mais je ne crois pas ({ue cette opinion soit fondée.
L’or perd aussi sa ductilité par la percussion ; il s’écrouit, devient cassant, sans addition ni mélange d’aucune matière ni vapeur, mais p,ar le seul dérangement de ses parties intégrantes : ainsi ce métal, qui de tous est le plus ductile, n’en perd pas moins aisément sa duclilité; ce qui prouve que ce n’est point une propriété essentielle et constante à la matière métallique, mais seulement une qualité relative aux dilférents états où elle se trouve, puisqu’on peut lui ôter par l’écrouissement, et lui rendre par le recuit au feu, cette qualité ductile alternativement et autant de fois qu’on le juge à propos. Au reste M. Hrisson, de l’Académie des Sciences, a reconnu par des expériences très-bien faites, qu’en même temps que l’écrouissemcnt diminue la ductilité des métaux, il augmente leur densité, qu’ils deviennent par conséquent d’une plus grande pesanteur spécifique, et que cet excédant de densité s’évanouit par le recuit.
La fixité au feu, qu’on regarde encore comme une des propriétés essentielles de l’or, n’est pas aussi absolue, ni même aussi grande qu’on le croit vulgairement, d’après les expériences de Boy le et de Kunckel; ils ont. disent-ils, tenu pendant quelques semaines de l’or en fusion, sans aucune perte sur son poids ; cependant je suis assuré, par des expériences faites dès l’année 1747, à mon miroir de réflexion, que l’or fume et se sublime en vapeurs, même a\ ant de se fondre : on sait tl’ailleurs qu’au moment que ce métal devient rouge, et qu’il est sur le point d’entrer en fusion, il s’élève à sa surface une petite flamme d’un vert léger; et M. Macquer, notre savant professeur de ebimie, a suivi les progrès de l’or en fonte au foyer d’un miroir réfringent, et a reconnu de même qu’il continuait de fumer et de s’exhaler en vapeur; il a détnontré que celte vapeur était métallique, qu’elle saisissait et dorait l’argent ou les autres matières qu’on tenait au-dessus de cet or fumant.
» » J’ignore, m’écrit à ce sujet M. Tillet, si l’on a fait des expérences bien décidées, pour (. prouver que l’or en fusion perd sa ductilité étant exposé à la vapeur du charbon ; mais je « sais certainement qu’on est dans l’usage, pour les travaux des monnaies, lorsque l’or est en « fusion dans les creusets, de les couvrir de charbon aOn qu’il s’y conserve une grande cha- U leur, et souvent on brasse l’or dans le creuset, en employant un charbon long et à demi « embrasé, sans que le métal perde rien de sa ductilité. «
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Il n’est donc pas douteux que l’or ne se sublime en vapeurs métalliques, non-seulement après, mais même avant sa fonte au foyer des miroirs ardents : ainsi ce n’est pas la très-grande violence de ce feu du soleil qui produit cet effet, puisque la sublimation s’opère à un degré de chaleur assez médiocre, et avant (|uc ce mêlai entre en fusion : dès loi's si les expériences de Boyle et de Kunekel sont exactes, Ion sera forcé de convenir que relfet de noire feu sur l’or n’est pas le même que celui du feu solaire, et qu’il ne perd rien au premier, il peut perdre beaucoup, et peut-être tout au second. Mais je ne |)uis m’empêcher de douter de la réalité de celte différence d’effets du feu solaire et de nos feux, et Je présume que ces expéiâences de Boyle et de Kunekel n’ont pas été suivies avec assez de précision, pour en conclure que l’or est absolument fixe au feu de nos fourneaux.
L’opacité est encore une de ces qualités qu’on donne à l’or par excellence au-dessus de toute autre matière ; elle dépend , dit-on de la grande densité de ce métal; la feuille d’or la plus mince ne laisse passer de la lumière que par les gerçures accidentelles qui s’y trouvent*. Si cela était, les matières les plus denses seraient toujours les plus opaques; mais souvent on observe le contraire, et l’on connait des matières très-légères qui sont entièrement opaques, et des matières pesantes qui sont transparentes. D’ailleurs les feuilles de l’or battu laissent non-seulement passer de la lumière par leurs gerçures accidentelles, mais à travers leurs pores; et Boyle a, ce me semble, observé le premier que cette lumière qui traverse l'or est bleue. Or les rayons bleus sont les plus petits atomes de la lumière solaire; ceux des rayons rouges et jaunes sont les plus gros; et c’est peut-être par cette raison que les bleus peuvent passer à travers l’or réduit en feuilles, tandis que les autres, qui sont plus gros, ne sont point admis, ou sont tous réllécliis; et cette lumière bleue étant uniformément apparente sur toute l’étendue de la feuille, on ne peut douter qu’elle n’ait passé par ses pores et non par les gerçures. Ceci n’a rapport qu’à l’elfet; mais pour la cause, si l’opacité, qui est le contraire de la transparence, ne dépendait que de la densité, l’or serait certainement le corps le plus opaiiue, comme l’air est le plus transparent : mais combien n’y a-t-il pas d’exemples du contraire? le cristal de roche, si transparent, n’est-il pas plus dense que la plupart des terres ou pierres opaques? et si l’on attribue la transparence à l’homogénéité, l’or, dont les parties paraissent être homogènes, ne devrait-il pas être très-transparent? Il me semble donc (juc l’opacité ne dépend ni de la densité de la matière, ni de l’homogénéité de ses parties, et que la première cause de la transparence est la disposition régulière des parties constituantes et des pores; que quand ces mêmes parties se trouvent disposées en formes régulières, et posées de manière à laisser entre elles des vides
Dictionnaire de Chimie, article Or.
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situés dans la même direelion, alors la matière doit cire transparente ; et qu’elle est au contraire nécessairement opaque dès que les pores ne sont pas situés dans des directions correspondantes.
Et cette disposition qui fait la transparence s’oppose à la ténacité : aussi les corps transparents sont en général plus friables que les corps opaques; et l’or dont les parties sont fort homogènes et la ténacité trèsgrande, n’a pas ses parties ainsi disposées : on voit en le rompant qu’elles sont pour ainsi dire engrenées les unes dans les autres; elles présentent au microscope de i)etits angles prismatiques, saillants et rentrants. C’est donc de celle disposition de ses parties constituantes que l’or lient sa grande opacité, qui du reste ne parait en effet si grande que parce que sa densité permet d’étendre en une surface immense une très-petite masse, et que la feuille d’or, quelque mince qu’elle soit, est toujours plus dense que toute autre matière. Cependant cette disposition des vides ou pores dans les corps n’est pas la seule cause qui puisse produire la transparence; le corps transparent n’est dans ce premier cas, qu’un crible par lequel peut passer la lumière : mais lorsque les vides sont très-petits, la lumière est quelquefois repoussée au lieu d’être admise; il faut qu’il y ait attraction entre les parties de la matière et les atomes de la lumière pour qu’ils la pénètrent; car l’on ne doit pas considérer ici les porcs comme des gerçures ou des trous, mais comme des interstices, d’autant plus petits et plus serres que la matière est plus dense; or si les rayons de lumière n’ont point d’affinité avec le corps sur lequel ils tombent, ils seiont rcflcchis et ne le pénétreront pas. L’huile dont on humecte le papier pour le rendre transparent en remplit et bouche en même temps les iiores : elle ne produit donc la transparence que parce quelle donne au papier plus d’affinité qu’il n’en avait avec la lumière, et l’on pourrait démontrer, par plusieurs autres exemples, l’eflet de celte attraction de transmission de la lumière, ou des autres fluides dans les corps solides ; et peut-être l’or, dont la feuille mince laisse passer les rayons bleus de la lumière à l’exclusion de tous les autres rayons, a-t-il plus d’affinité avec ces rayons bleus, qui dés lors sont admis, tandis que les autres sont tous rej)Oussés.
Toutes les restrictions que nous venons de faire sur la fixité, la ductilité et l'opacité de l’or, qu’on a regardées comme des propriétés trop absolues, n’empêchent pas qu’il n’ait, au plus haut degré, toutes les qualités qui caractérisent la noble substance du plus parfait métal; car il faut encore ajouter, à sa prééminence en densité et en ténacité, celle d’une essence indestructible et d’une durée presque éternelle. Il est inaltérable, ou du moins plus durable, plus impassible qu’aucune autre substance; il oppose une rcsislance invincible à l’action des éléments humides, à celle du soufre et des acides les plus puissants, et des sels les plus corrosifs : néanmoins nous avons trouvé, par notre art, nonseulement les moyens de le dissoudre, mais encore ceux de le dépouiller de la plupart de ses qualités; et si la nature n’en a pas fait autant, c’est
que la main de l’homme, conduite par l’esprit, a souvent plus fait qu’elle ; et sans sortir de notre sujet, nous verrons que l’or dissous, l’or précipité, l’or fulminant, etc,, ne se trouvant pas dans la nature, ce sont autant de combinaisons nouvelles, toutes résultant de notre intelligence. Ce n’est pas qu’il soit plijsiquement impossible qu’il y ait dans le sein de la terre de l’or dissous, précipité et minéralisé, i)uisque nous pouvons le dissoudre et le précipite)' de sa dissolution, et puisque, dans cet état de précipité, il peut éire saisi par les acides simples comme les autres métaux, et se montrer par conséquent sous une forme minéi-alisée; mais comme cette dissolution suppose la l'éunion de deux acides, et que ce précipité ne peut s’opérer que par une (roisiéme combinaison; il n’est pas élonnant (pi’on ne trouve que peu ou point d’or minéialisé dans le sein de la tei-re *, tandis que tous les autres métaux se itrcsentent presque toujours sous celte forme, qu’ils reçoivent d’autant plus aisément qu’ils sont plus susceptibles d’éti'c attaqués par les sels de la teri'e et par les impressions des éléments humides.
On n’a jamais trouvé de précipités d’or, ni d’or fulminant dans le sein de la teri’c ; la l aison en deviendi a sensible si l’on considèi’e en parliculier chacune des combinaisons nécessaires j)our pi'oduire ces précipités : d’aboi'd on ne peut dissoudre l’or que par deux iniissances réunies et combinées, l’acide nitreux avec l’acide marin, ou le soufre avec l’alcali; et la réiDiion de ces deux substances actives doit être très-rare dans la natuie, puisque les acides et les alcalis, tels (jne nous les employons, sont eux-mémes des produits de notre ai t, et que le soufi-e natif n’est aussi qu’un produit des volcans. Ces raisons sont les mêmes, et encoi’c plus fortes pour les précipités d'or; car il faut une ti'oisième combinaison pour le tirer de sa dissolution, au moyen du mélange de quelque autre matièi'e avec laquelle, le dissolvant ait plus d’affinité qu’avec l’or; et ensuite, pour <iue ce précipité puisse acquérir la pi’Opriété fulminante, il faut encoi e choisir une matière entre toutes les auti’es qui peuvent également précipiter l’or de sa dissolution : cette malièi-e est l’alcali volatil, sans lequel il ne peut devenir fulminant; cet alcali volatil est le .seul intermède qui dégage subitement l’air et cause la fulmination; car s’il n’est point enti-é d’alcali volatil dans la dissolution de l’or, et qu’on le précipite avec l’alcali fixe ou toute auti-e matière, il ne sci-a pas fulminant; enfin il faut eneoi-e lui communiquer une assez foi te chaleur pour qu’il exeice cette action fulminante : or toutes ces conditions réunies ne peuvent se rencontrer dans le sein de la terre, et dès loi’s il est sûr qu’on n’y trouvci'a jamais de l’or fulminant. On sait que l’explosion de cet or fulminant est beaucoup plus ^iolcnfc que
■' L’or csl mincralisc, dit-on, dans la mine de Xagiach; on prétend aussi que le zinopel ou zinuplo provient de la dceoiuposilioii de l’or laite pur la nature, sous la lorine d’une teri e ou ehaux couleur de pourpre ; mais je doute que ces l'ails soient bien constatés.
IIISTÜIUE NATURELLE
celle de la pondre à canon, et qu'elle pourrait produire des elCets encore plus terribles, et luêuie s’exercer d’une manière plus insidieuse, parce qu’il ne faut ni feu, ni même une étincelle, et que la chaleur seule, produite j)ar un frottement assez léger, suffit pour causer une explosion subite et foudroyante.
On a, ce me semble, vainement tenté l’explication de ce phénomène prodigieux; cependant en faisant attenlion à toutes les circonstances, et en comparant leurs rapports, il nie semble qu’on peut au moins en tirer des raisons satisfaisantes et très-plausibles sur la cause de cet effet : si dans l’eau régale, dont on se sert pour la dissolution de l’or, il n’est point entré d’alcali volatil, soit sous sa forme propre, soit sous celle du sel ammoniac, de quelque manière et avec quelque intermède qu’on précipite ce métal, il ne sera ni ne deviendra fulminant, à moins qiTon ne se serve de l'alcali volatil [lour cette précipitation ; lorsqu’au contraire la dissolution sera faite avec le sel ammoniac, qui toujours contient de l'alcali volatil, <le quelque manière et avec quelque intermède que l’on fas.se la firécipi talion, l’or deviendra toujours fulminant. Il est donc assez clair que cette qualité fulminante ne lui vient que de l’action ou du mélange de l’alcali volatil, et l’on ne doit pas être incertain sur ce |»oint, puisque ce précipité fulminant pèse un quart de plus que l’or dont il est le produit ; <lès lors ce quart en sus de matière étrangère qui s’csl alliée avec l’or dans ce précipité n’est autre chose, du moins en grande partie, que de l’alcali volatil : mais cet alcali contient, indépendamment de son sel, une grande quantité d’air inllammable, c’est-à-dire d’air élastique mêlé de feu ; dès lors il n’est pas surprenant que ce feu ou cet air inflammable contenu dans l’alcali volatil, qui se trouve pour un quart incorporé avec l’or, ne s’enflamme en effet par la chaleur, et ne produise une explosion d’autant plus v iolente, que les molécules de l’or dans lesquelles il est engagé, sont plus massives et plus résistantes à l’action de cet élément incoercible, et dont les effets sont d’autant plus violents que les résistances sont plus grandes. C’est par celte même raison de l’air inflammable contenu dans l’or fulminant que cette qualité fulminante est détruite par le soufre mêlé avec ce précipité; car le soufre, qui n’est (|ue la matière du feu fixée par l’acide a la plus grande affinité avec cette même matière du feu contenue dans l’alcali volatil : il doit donc lui enlever ce feu, et dès lors la cause de l’explosion est, ou diminuée ou même anéantie par ce mélange du soufre avec l’or fulminant.
Au reste, l’or fulmine, avant d’être chauffé jusqu’au rouge, dans les vaisseaux clos comme en plein air : mais, quoique celte chaleur uéeessairc pour produire la fulmination ne soit pas très-grande, il est certain qu’il n’y a nidle part, dans le sein de la terre, un tel degré de chaleur, à l’exception des lieux voisins des feux souterrains, et que par conséquent il ne peut se trouver d’or fulminant que dans les volcans dont il est possible qu’il ait quelquefois augmenté les teri ibles effets; mais par
son explosion niênie cct or fulminant sc frouve tout à coup anéanti ; ou du moins perdu et dispersé en atomes infiniment petits*. Il n’est donc pas étonnant qu’on n’ait jamais trouvé d’or fulminant dans la nature, puisque, d’une part, le feu ou la chaleur le détruit en le faisant fulminer, et que, d’autre part, il ne pourrait exercer cette action fulminante dans l’intérieur de la terre, au degré de sa température actuelle. Au reste on ne doit pas oublier qu’en générai les précipités d’or, lors(ju’ils sont réduits, sont à la vérité toujours de l’or; tuais que dans leur état de précipité, et avant la réduction, ils ne sont pas, comme l’or même, inaltérables, indestructibles, etc. Leur essence n’est donc plus la même tpte celle de l’or de nature : tous les acides minéraux ou végétaux **, et même les simples acerbes, tels que la noix de galle ***, agissent sur ces jtrécipités et peuvent les dissoudre, tandis que l’or en métal n’en éprouve aucune altération; les précipités de l’or ressemblent donc, à cct égard, aux métaux imparfaits, et peuvent par conséquent être altérés de même et minéralisés. Mais nous venons de prouver que les combinaisons nécessaires pour faire des précipités d’or n’ont guère [)U se trouver dans la nature, et c’est sans doute par celte raison qu’il n’existe réellejjient que peu ou point d’or minéralisé dans le sein de la terre; et s’il en existait, cet or minéralisé serait en elfct très-différent de l’autre; on pourrait le dissoudre avec tous les acides, puisqu’ils dissolvent les précij)ilés dont se serait formé cet or minéralisé.
11 ne faut qu’une petite quantité d’acide marin, mêlé à l’acide nitreux, pour dissoudre l’or ; mais la meilleure proportion est de quatre parties
* Aota. M. Macquer, après avoir cité quetjues exemples funestes des accidents arrivés par la fuliiiiiiation de l’or à des cliiinistcs peu attentifs ou trop courageux, dit qu’ayant fait fiilniiner, dans une grande cloche de verre, une quantité de ce précipité, assez petite pour n’en avoir rien à craindre, on a trouvé, après la détonation, sur les parois de la cloche, l'or en nature que celte détonation n’avait point altéré. Connue cela pourrait induire en erreur, je crois devoir observer que cette matière qui avait frappé contre les parois du vaisseau et s'y était atlachéc n’était pas, comme il le dit, de l’or en nature, mais de l’or précipité; ce qui est fort dilférenl, puisque celui-ci a perdu la principale propriété de sa nature, qui est d’étre inaltérable, indissoluble parlesacides simples, et que tous les acides peuvent au contraire altérer et même dissoudre ce précipité.
** « Le vinaigre n’allaquc point l’or tant qu'il est en masse; mais si après avoir dissous ce • métal dans l'eau régale, on le précipite par l’alcali fixe , le vinaigre dissous ce précipité; « celte dissolution par le vinaigre est de même précipitée par l’alcali fixe et l’alcali volatil, « et le précipité formé par cette dernière substance est fulminant. » Eléments de Chimie, par M. de .Morveau, tome III, page 18.
La dissolution d’or est précipitée avec le temps ]>ar l’infusion de noix de galle ; il sc forme inscnsiljlcment des nuages de couleur pourpre, qui sc répandent dans toute la liqueur: l’or ne se déjiosc au fond du vase qu’en très-petite quantité, il se ramasse presque entièrement à la surface de la liqueur, où il paraît avec son étal métallique. M. Monnet (Uissolution des Métaux, page 127) assure que l’or précipité par l’extrait acerbe est soluble par l’acide nitreux, et que cette dissolution est très-stable, de couleur bleuâtre, et qu’elle n’est pas précipitée par l'alcali fixei
nu
mSTOIKE NATURELLE
d’aeidc nitreux et une partie de sel ammoniac. Cette dissolution est d’une belle couleur jaune : et lorsque ces dissolvants sont pleinement saturés, elle devient claire et transparente; dans tout état elle teint en violet plus ou moins foncé toutes les substances animales : si on la fait évaporer, elle donne en se refroidissant des cristaux d’un beau jaune transparent; et si l’on pousse plus loin l’évaporation au moyen de la chaleur, les cristaux disparaissent, et il ne reste qu’une poudre jaune et très-fine qui n’a pas le brillant métallique.
Quoiqu’on puisse précipiter l’or dissous dans l’eau régale avec tous les autres métaux, avec les alcalis, les terres calcaires, etc., c’est l’alcali volatil qui, de toutes les matières connues, est la plus propre à cet effet; il réduit l’or plus promptement que les alcalis fixes ou les métaux : ceux-ci changent la couleur du précipité; par exemple, l’étain lui donne la belle couleur pourpre qu'on emploie sur nos porcelaines.
L’or pur a peu d’éclat, et sa couleur jaune est assez mate : le mélange de l’argent le blanchit, celui du cuivre le rougit; le fer lui communique sa couleur; une partie d’acier fondue avec cinq parties d’or pur lui donne la couleur du fer poli. Les bijoutiers se servent avec avantage de ces mélanges pour les ouvrages où ils ont besoin d’or de différentes couleurs. L’on connaît en cbimie*des procédés par lesquels on peut donner aux précipités de l’or les plus belles couleurs, pourpre, rouge, verte, etc.: CCS couleurs sont fixes et peuvent s'employer dans les émaux; le borax blanchit l’or plus que tout autre mélange, et le nitre lui rend la couleur jaune que le borax avait fait disparaitre.
Quoique l’or soit le plus compacte et le [)lns tenace des métaux , il n’est néanmoins que peu élastique et peu sonore : il est très-llexible et plus mou que l'argent, le cuivre et le fer, qui de tous est le plus dur ; il n’y a que le plomb et Tétain qui aient plus de mollesse que l’or, et qui soient moins élasli(|ucs; mais quelque flexible qu’il soit, on a beaucoup de peine à le rompre. Les voyageui-s disent que Tor de Malaca , qu’on croit venir de Madagascar, et qui est presejue tout blanc, se fond aussi
* « Les préciipîlés que l’on oliticiU lorsqu’on décompose la dissoliilion de l’or dans l’eau O légale, au moyen de l’argent, du cuivre, de fer et des régules de cobalt cl de zinc, sont des « molécules d’or revivifiées par la voie humide; au lieu que si on emploie l’étain, le plomb, U l’antimoine , le bismuth et l’arscnic , les résultats de ces opérations sont des chaux d’or, « susceptibles de se vitrifier au moyen des substances vitreuses qu’on y ajoute et qui en « reçoivent une couleur pourpre... Les précipités que l’on obtient par l’intermède du plomb a sont d’un gris noirâtre ; celui de l’étain est pourpre... Lorsqu’on fait fulminer de l’or sur « de l’étain, du plomb, de l’antimoine, du bismuth et de l’arscnic, on obtient une chaux « pourpre analogue au précipité de Cassius ; au lieu que l’or en fulminant sur l’argent , le « cuivre, le fer, le cobalt et le zinc, se revivifie et s’incruste sur ces régules métalliques. « Lettres du iloeleur Demeste, tome II , pages i'jÿ et ^>1 . — L’or est aussi calciné et réduit en chaux pourpre par une forte décharge électrique... Mais la même décharge revivifie l’or en chaux, comme elle réduit la chaux de plomb. Eléments de Chimie, par .M. de Morveau, tome II, page 8i).
DES MliXElîAUX.
proiupleincnl que du plomb. On assure aussi qu’on trouve dans les sables de quelques rivières de ces contrées des grains d’or que l’on peut couper au couteau, et que même cct or est si mou, qu’il peut recevoir aisément l’empreinte d’un cacbet *; il se fond à peu (très comme du plomb, et l’on prétend que ccl or est le plus i)ur de tous : ce qu’il y a de certain, c’est que plus ce mêlai est pur et moins il est dur; il n’a dans cet état de pureté, ni odeur ni saveur sensible, meme après avoir été fortement frotté ou cbauffé. Malgré sa mollesse, il est cependant susceptible d’un assez grand degré de dureté pai‘ l’écrouissemenf, c’està-dire par la percussion souvent réitéiéc du marteau, ou par la compression successive et forcée de la filière ; il perd même alors une grande partie de sa ductilité et devient assez cassant. Tous les mélaux acquièrent de meme un excès de dureté par l’écrouissemcnt ; mais on ])cut toujours détruire cct effet en les faisant recuire au feu, et l’or, (jui est le plus doux, le plus ductile de tous, ne laisse pas de perdre cctle ductilité par une forte et longue percussion ; il devient non-seulement plus dur, plus élastique, plus sonore, mais meme il se gei’cc sur ses bords lorsqu’on lui fait subir une extension forcée sous les rouleaux du laminoir : néanmoins il perd par le recuit ce fort écrouissement plus aisément qu’aucun autre métal; il ne faut pour cela que le chauffer, pas même jusqu’au rouge, au lieu que le cuis re et le fer doivent être pénétrés de feu pour perdre leur écrouissement.
Après avoir exposé les principales propriétés de l’or, nous devons indiquer aussi les moyens dont on se sert i)our le séparer des autres métaux, ou des matières hétérogènes avec lesquelles il se trouve souvent mêlé. Dans les travaux en grand, on ne se sert que du plomb qui, par la fusion, sépare de l’or toutes ces matières étrangères en les scorifiant; on emploie aussi le mercure qui, par amalgame, en fait pour ainsi dire 1 extrait en s y attachant de préférence. Dans les tra''aux chimiques, on fait plus souvent usage des acides. « Pour séparer l’or de toute autre « matière métallique, on le traite, dit mon savant ami, JM. de Morveau,
" soit avec des sels qui attaquent les mélaux imparfaits à l’aide d’une " chaleur violente, et qui s’approprient même l’argent qui pourrait lui " être allié, tels que le vitriol, le nitre et le sel marin; soit par le soufre,
* Qucl(|ucs cliimistcs ont assure qu’on peut doniiei' par l’art celle mollesse à l’or que quel- U'ielois il tient de la nature; lléclior, dans le sccoml suiipicineiil à sa Physique souterraine, indique un iirocédc par lequel il prétend qu’on peut donner à l’or la mollesse du plomb, et ce procédé consiste à jidcr un grand nombre de fois le inéine or fondu dans une liqueur composée •1 esprit de sel ammoniac et ri’espril-dc-vin reclilié. .le doute de ce résultat du procédé de ttéelicr, et il serait bon de le vérifier en répétant l’oxpérienee... Brandt dit avoir obtenu un Of blanc et fragile par une longue digestion avec le mercure.; il ajoule que dans cet état, il *1 est plus possible de sép.irer entièrement le mercure de l’or, ni par la caleinalion la plus forte avec le soufre, ni par la fonte répétée plusieurs fois au feu le plus violent. Lettres du docteur Ücmeste, tonie II, page 4b'8.
Bcrro.s, tom. ni.
Uè HISTOIRE NATURELLE
« ou par l’antimoine , qui en contient abondamment; soit enfin par « la coupellation, qui consiste à mêter l’or avec le double de son poids Il environ de plond), qui, en se vitrifiant, entraîne avec lui et scorifie Il tous les autres métaux imparfaits; de sorte que le bouton de fin reste « seul sur la coupelle, qui absorbe dans ses pores la litbarge de plomb Il et les autres matières qu’elle a scorifiées *. « La coupellation laisse donc l’or encore allié d’argent; mais on peut les séparer par le moyen des acides qui n’attaquent que l’un ou l’autre de ces métaux; et comme l’or ne se laisse dissoudre j)ar aucun acide simple, ni par le soufre, et que tous peuvent dissoudre l’argent, on a, comme l’on voit, |)lusieurs moyens i)Our faire la séparation ou le départ de ces deux métaux. On emploie ordinairement l’acide niti’cux; il faut quil soit pur, mais non l)as trop fort ou concentré ; c'est de tous les aci<les celui qui dissout Targent avec plus d’énergie, et sans aide de la chaleur, ou tout au plus a^ ec une petite chaleur pour commencer la dissolution.
En général, pour que toute dissolution s’opère, il faut non-seulement qu’il y ait une grande affinité entre le dissolvant et la matière à dissoudre, mais encore que t’unc de ces deux matières soit fluide pour pou- \ (tir pénétrer l'autre, en remplir tous les pores, et détruire par la force d’affinité celle de la cohérence des parties de la matière solide. Le mercure, i)ar sa fluidité et par sa très-grande affinité avec l’or, doit être regardé comme l’un de scs dissolvants ; car il le pénètre et semble le diviser dans toutes ses parties : cependant ce n’est qu’une union, une espèce d’alliage et non pas une dissolution ; et Ton a en raison de donner à cet alliage le nom d’iimalgainc, parce ()ue l’amalgame se détruit par la seule évaporation du mercure, et que d’ailleurs tons les vrais alliages ne peu- V eut se faire que par le feu, tandis que ramalgamc peut se faire à froid, et qu’il ne produit qu’une union particulière, qui est moins intime que celle des alliages naturels ou faits j>ai‘ la fusion : et en clfet, cet amalgame ne prend jamais d’autre solidité que celle d’une pâle assez molle, toujours participant de la fluidité du mercure, avec quelque métal qu’on puisse Tunir ou le mêler. Cependant l’amalgame se fait encore mieux à chaud qu'à froid : le mercure, quoique du nombre des liquides, n’a pas la propriété de mouiller les matières terreuses, ni même les chaux métalliques ; il ne contracte d’union qu’avec les niéfaux qui sont sous leur forme de métal; une assez petite quantité de mercure suffit pour les rendre friables, en sorte qu'on peut, dans cet étal, les réduire en poudre par une simple trituration, et aw.c une plus grande ejuantité de mercure on en fait une pâte, mais (pii n’a ni cohérence ni ductilité : c’est de cette manière très-simple qu’on peut amalgamer l’or qui, de tous les métaux, a la plus grande affinité avec le mercure; elle est si puissante qu’on la prendrait pour une espèce de magnétisme. L’or blanchit dès
ÉléiiieiiU de Chimie, ai'lielc de l’Or.
OZi
qu’il est touché i»ai’ le mercure, pour peu même (pi’il en reçoive les émanations; mais dans les mélaux qui ne s’unissent avec lui que dillieilement, il faut pour le succès de l’amalgame employer le secours du feu, en réduisant d’abord le métal en poudre très-fine, en faisant ensuite chauffer le mercure à peu près au point où il commence à se volatiliser : on fait en même temps, et séparément, rougir la poudre du métal, et tout de suite on la (riliii'e avec le mercure chaud. C’est de cette manière qu’on l'amalgame avec le cuivre ; mais l’on ne eonuait aucun moyen de lui faire contracter union avec le fer.
Le vrai dissolvant de l’or est, comme nous l’avons dit, l’eau régale composée de deux acides, le nitreux et le marin; et comme s’il fallait toujours deux puissances réunies pour dompter ce métal, on peut encore le dissoudre par le foie de soufre, qui est un composé de soufre et d’alcali fixe. Cependant cette dernière dissolution a besoin d’être aidée, et ne sc fait que par le moyen du feu. On met l’or en poudre très-fine ou en feuilles brisées dans un creuset, avec du foie de soufre; on les fait fondre ensemble, et l’or disparait dans le produit de cette fusion : mais en faisant dissoudre dans l’eau ce même produit, l’or y reste en parfaite dissolution, et il est aisé de le tirer par précipitation.
Les alliages de l’or avec l’argent et le cuivre sont fort en usage poulies monnaies et pour les ouvrages d’orfévrei-ie ; on peut de même l’allier avec tous les auli-es mélaux : mais tout alliage lui fait perdre plus ou moins de sa ductilité *; et la plus petite quantité d’étain, ou même la seule vai)eur de ce métal, suffisent pour le i-endre aigre et cassant : l’argent est celui de tous qui diminue le moins sa très-grande ductilité.
L’or naturel et natif est presque toujours allié d’argent en plus ou moins grande proportion : cet alliage lui donne de la fermeté et pâlit sa couleur; mais le mélange du cuivre l’exalte, le rend d’un jaune plus rouge, et donne à l’or un assez grand degré de dureté : c’est par celte dernière raison que, quoique cet alliage du cuivre avec l’or en diminue la densité au delà des proportions du mélange, il est néanmoins fort en usage pour les monnaies qui ne doivent ni sc plier, ni s’effacer, ni s’étendre, et qui auraient tous ces inconvénients si elles étaient fabriquées dbr pur.
Suivant M. Geller, l’alliage de l’or avec le plomb devient spécifiquement plus pesant, et il y a pénétration entre ces deux mélaux; tandis que le contraire arrive dans l’alliage de l’or et de l’étain, dont la pesanteur spécifique est moindre : l’alliage de l’or avec le fer devient aussi spécifiquement |)lus léger; il n’y a donc nulle pénétration entre ces deux métaux, mais une simple union de leurs parties, qui augmente le
“ L’or s’uuit à Li platine, et c’est la crainte de le voir falsifier par ce mélange, qui a décidé le gouvernement d’Espagne à faire fermer les mines de platine. Éléments de Chimie, par W. Morveau, tome 1, page 265.
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HISTOIRE NATURELLE
volume de la masse au lieu de le diminuer, comme le fait la pénétration. Cependant ces deux métaux, dont les parties constituantes ne paraissent pas se réunir d’assez près dans la fusion, ne laissent pas d’avoir ensemble une grande affinité; car l’or se trouve souvent, dans la nature, mêlé avec le fer, et de plus il facilite au feu la fusion de ce métal. Nos liabiles artistes devraient donc mettre à profit celle propriété de l’or, et le préférer au cuivre pour souder les petits ouvrages d’acier qui demandent le plus grand soin et la plus grande solidité; et ce qui semble prouver encore la grande affinité de l’or avec le fer, c’est que quand ces deux métaux se- trouvent alliés, on ne peut les séparer en entier par le moyen du plomb, et il en est de même de l’argent allié au fer : on est obligé d’y ajouter du bismuth pour achever de les purifier *.
L’alliage de l’or avec le zinc produit un composé dont la masse est spécifiquement plus pesante que la somme des pesanteurs spécifiques de CCS deux matières composantes; il y a donc pénétration dans le mélange de ce métal avec ce demi-métal, puisque le volume en dev ient plus petit : on a observé la même chose dans l’alliage de l’or et du bismuth. Au reste, on a fait un nombre prodigieux d’essais du mélange de l’or avec toutes les autres matières métalliques, (|ue je ne pourrais rapporter ici sans tomber dans une trop grande prolixité.
Les chimistes ont recherché avec soin les affinités de ce métal, tant avec les substances naturelles qu’avec celles qui ne sont que le produit de nos arts, cl il s’est trouvé que ces affinités étaient dans l’ordre suivant ; 1° l’cau régale; 2” le foie de soufre; 5° le mercure; 4“ l’éther; 5* l’argent; 6” le fer; 7“ le plomb. L’or a aussi beaucoup d’affinité avec les substances huitcuses, volatiles et atténuées, telles que les huiles essentielles des plantes aromatiques, Tesprit-dc-vin et surtout l’éther**; il en a aussi avec des bitumes liquides, tels que le naphtc et le pétrole : d’où Ton peut conclure qu’en général c’est avec les matières qui contiennent le plus de principes inflammables et volatils que l’or a le plus d’affinité ; et dés lors on n’est pas en droit de regarder comme une
* M. Poënier, cilé dans le Dictionnaire de Chimie, article de l’AUlnage.
** L’ctlicr a, de même <iue toutes les matières huileuses très-ténues et très-volatiles, la jnopriëlc d'enlever l’or de sa dissolution dans l’eau régale ; et, comme l’clher est plus suhtil ([u’aucune de ces matières, il produit aussi beaucoup mieux cet elfct; il sudit de verser de l’éther sur une dissolution d’or, de niclcr les deux li<iueurs en secouant la fiole : aussitôt que le mélange est en repos, l’étlicr se débarrasse de l’eau régale et la surnage; alors l’cau régale dépouillée d’or devient blanche, tandis que l’éther se colore en jaune, de cette manière on fait très-promptement une teinture d’or ou potable, mais peu de tem|)s après l’or se sépare ilc l’éther, reprend son hrillant métalliquect parait cristallisé à la surface. Eléments de Chimie, par M. de Jlorvcau, tome III, pages 51ti et .rl?. — Les huiles essentielles, mêlées et agitées avec une dissolution d’or par l’eau régale, enlèvent ce métal et s’en cnqiarcnt; mais l’or nage seulement dans ce fluide, d’où il se précipite en grande partie; il n’y est point dans un étal de dissolution parfaite, et conserve toujours une certaine quantité d’acide régalin. Idem, page 536.
cliinière absurde l’idée que Uor rendu potable peut produire quelque effet dans les corps organisés, qui, de tous les êtres, sont ceux dont la substance contient la plus grande quantité de matière inflammable et volatile, et que, par conséquent, l’or extrêmement divisé puisse y produire de bons ou de mauvais effets, suivant les circonstances et les différents états où se trouvent ces mêmes corps organisés. 11 me semble donc qu’on peut se tromper en prononçant aflirmativeinent sur la nullité des effets de l’or pris inférieurement comme remède dans certaines maladies, parce que le médecin ni personne ne peut connaître tous les rapports que ce métal Irès-atlénué peut avoir avec le feu qui nous anime.
11 en est de même de cette fameuse recherche appelée le grand œuvre, qu’on doit rejeter en bonne morale , mais qu’en saine physique l’on ne peut pas traiter d’impossible. On fait bien de dégoûter ceux qui voudraient se livrer à ce travail pénible et ruineux, qui même fùt-il suivi du succès, nescrait utile en rien h la société : mais pourquoi prononcer d’une manière décidée que la transmutation des métaux soit absolument impossible, puisque nous ne pouvons douter que foutes les matières tei restres, et même les éléments, ne soient tous convertibles j qu’indédainment de cette vue spéculative, nous connaissons plusieurs alliages dans lesquels la matière des métaux se pénètre et augmente de densité? l’essence de l'or consiste dans la prééminence de cette qualité, et toute matière qui, j)ar le mélange, obtiendrait le même degré de densité, ne serait-elle pas de l’or? Ces métaux mélangés, que l’alliage rend spécifiquement plus pesants par leur pénétration réciproque, ne semblent-ils pas nous indiquer qu’il doily a\ oir d’autres combinaisons où cette pénétration étant encore plus intime, la densité deviendrait plus grande?
On ne connaissait ci-'devant rien de plus dense que le mercure après l’or; mais on a récemment découvert la platine : ce minéral nous présente l’une de ces combinaisons où la densité se trouve prodigieusement augmentée, et (dus que moyenne entre celle du mercure et celle de l’or. Mais nous n'avons aucun exemple qui puisse nous mettre en droit de prononcer qu’il y ait dans la nature des substances plus denses que l’or, ni des moyens d’en former par notre art : notre plus grand chef-d’œuvre serait en effet d’augmenter la densité de la matière, au point de lui donner la pesanteur de ce métal; peut-être ce chef-d’œuvre n’est-il pas impossible, et peut-être même y est-on parvenu; car, dans le grand nombre des faits exagérés ou faux <jui nous ont été transmis au sujet du grand œuvre, il y en a quelques-uns * dont il me parait assez difficile de douter : mais cela ne nous empêche pas de mépriser, et même de condamner tous ceux qui, par cupidité, se livrent à cette re;cherche, souvent même sans avoir les connaissances nécessaires pour se conduire
* Voyez entre autres le fait de transmutation du fer en or, cité par Model dans ses rccrcal'oiis chimiques, traduites en français par M. Parmentier.
HISTOIRE NATURELLE
dans leurs travaux ; car il faut avouer qu’on ne peut rien tirer des livres d’alcliiniiej ni la Table hermétique, ni la Tourbe des philosophes, ni Philalèthe et quelques autres que j’ai pris la peine de lire, et même d’étudier, ne m’ont présenté que des obscurités, des procédés inintelligibles ou je n’ai rien aperçu, et dont je n’ai pu rien conclure, sinon que tous ces cbercheurs de pierre philosophale ont regardé le mercure comme la base commune des métaux, et surloul de l’or et de l'argent. Bêcher, avec sa Terre mercurielle, ne s’éloigne pas beaucoup de cette opinion; il prétend meme avoir trouvé le moyen de fixer celle base commune des métaux. Mais s’il est vrai que le mercure ne se fixe en effet que par un froid extrême, il n’y a guère d’apparence que le feu des fourneaux de tous ces chimistes ait produit le meme effet : cependant on aurait tort de nier absolument la possibilité de ce changement d’état dans le mercure, puisque, malgré la fluidité qui lui j)arait être essentielle, il est dans le cinabre sous une forme solide, et que nous no savons pas si sa substance ou sa \apeur, mêlée avec quelque autre matière que le soufre, ne prendrait pas une forme encore plus solide, plus concrète et plus dense. Le projet de la transmutation des niélaux et celui de la fixation du mercure doivent donc être rejetés, non comme des idées chimériques ni des absurdités, mais comme des entreprises téméraires, dont le succès est plus que douteux. Nous sommes encore si loin deconnaitre tous les effets des puissances de la nature, que nous ne devons pas les juger exclusivement parcelles qui nous sont connues, d’autant (jue toutes les combinaisons possibles ne sont pas à beaucoup près épuisées, et qu’il nous reste sans doute plus de choses à découvrir que nous u’en connaissons.
En attendant que nous puissions pénétrer plus profondément dans le sein de celte nature inépuisable , bornons-nous à la contempler et <à la décrire par les faces qu’elle nous présente : chaque sujet, même le plus simple, ne laisse pas d’offrir un si grand nombre de rapports, que l’ensemble en est encore très-difficile à saisir. Ce que nous avons dit jusqu’ici sur l’or n’est pas à beaucouj) près tout ce qu’on pourrait en dire : ne négligeons, s’il est possible, aucune observation, aucun fait remarquable sur les mines, sur la manière de les travailler et sur les lieux où on les trouve. L'or, dans ses mines primitives, est ordinairement en filets, en rameaux, en feuilles, et quelquefois cristallisé en très-petits grains de forme octaèdre. Cette cristallisation, ainsi que toutes ces ramifications, n’ont pas été produites par l’intermède de l’eau, mais par l’action du feu primitif qui tenait encore ce métal en fusion : il a pris toutes ces formes dans les fentes du quartz , quelque temps après sa
* Nota. Je puis même dire que j’ai vu iiu bon nombre de ces messieurs adeptes, dont quelques-uns sont venus de fort loin pour me consulter, disaient-ils, et me faire part de leurs travaux : mais tous ont été bientôt dégoûtes de ma conversation pai' mon peu d’entbousiasine.
consolidation. Souvent ce quartz est blanc, et quelquefois il est teint d’un jaune couleur de corne : ce qui a fait dire à quelques minéralogistes * qu’on trouvait l’or dans la pierre de corne comme dans le (|uartz : mais la vraie pierre de corne étant d’une formation postérieure à celle du quarlz, l’or qui pourrait s’y trouver ne serait lui-même que de seconde formation ; l’or primordial, fondu ou sublimé parle leu primitif, s’est logé dans les fentes que le quarlz , déjà décrépité par les agents extérieurs, lui offrait de toutes parts, et communément il s y trouve allié d’argent **, parce ([u’il ne faut qu’à peu près le même degré (le chaleur pour fondre et sublimer ces deux métaux. Ainsi I or et 1 argent ont occupé en même temps les fentes perpendiculaires de la roche quartzeuse, et ils y ont en commun formé les mines primoi diales de ces métaux ; toutes les mines secondaires en ont successivement tiré leur origine , quand les eaux sont venues dans la suite attaquer ces mines primitives, et en détacher les grains et les parcelles (|u’elles ont entraînés et déposés dans le lit des rivières et dans les terres adjacentes j et ces débris métalliques, rapprochés et rassemblés, ont quelquefois formé des agrégats, qu’on reconnaît être des ouvrages de l’eau, soit par leur structure, soit par leur position dans les terres et les sables.
Il n’y a donc point de mines dont l’or soit absolument pur; il est toujours allié d’argent; mais cet alliage varie en différentes proportions, suivant les dilférentes mines*’'*; et dans la plupart il y a beaucoup plus d’argent que d’or; car comme la quantité de l’argent s’est trouxée surpasser de beaucoup celle de l’or, les alliages naturels, résultant de leur mélange, sont presque tous composés d’une bien plus grande quantité d’argent que d’or.
Ce métal mixte de première formation est, comme nous l’avons dit, engagé dans un roc quartzeux auquel il est étroitement uni ; pour l’en tirer, il faut donc commencer par broyer la pierre, en laver la poudre pour en séparerles parties moins pesantesque celles du métal, et achever
* « L’or vierge sc trouve nou-seuleraciil dans du quartz ou de la pierre de eorne, mais ti encore dans des pierres de veines tendres comme, par exemple, dans une terre ferrugineuse » coagulée, et dans une terre de silex ou de limon lilanchc et tendre; il y eu a beaucoui» « d’exemples dans la Hongrie cl dans la Transylvanie ; on a même reconnu que l’or vierge se « montre dans ces veines sous toutes sortes de ligures, quelquefois sous la forme de fd allongé; O ou eu trouve aussi qui traverse de grandes pierres. » Instructions sur 1 art des mines, par M. Delius, tome I, page 101.
” En Hongrie, on rencontre assez souvent des mines d’argent i|ui contiennent une portion d’or si considérable, que par rapport à l’argent qu’on en tire clic monte jusqu’à un quart. M. de Justi, cité dans le .lournal étranger; mois de septembre, année 17a6, pagefS.
Pline parle d’un or des Gaules qui ne contenait qu’un lrcnte-si.xième d'argent : en admettant le fait, cet or serait le pl is pur qu’on eût jamais trouvé :« Omni auro iuesl argentum, » vario pondère ; alibi dena, alibi noua, alibi octava parte in uno tantum Galliæ métallo, quod « voeaut albierateuse trieesima sexta portio invenilur, et ideo cæteris præest. » Lib. XXXIII, cb. xxn
HISTOIRE NATIREI.EE
celto séparai ion par lo inoycni du mcrcuro, qui, s’amalgamant avec les parlicules métalliques, laisse à part le restant de la matière pierreuse; on enlève ensuile h; mercure en donnant à cette masse amalgamée un degré de chaleur suffisant pour le volatiliser, après quoi il ne reste plus que la portion métallique composée d’or et d’argent * : on sépare enfin ces deux métaux, autant qu’il est possible, par les opérations du départ , (jui cejjendant ne laissent jamais l’or parfaitement pur**, comme s’il était impossible à notre art de séparer en entier ce que la nature a l'éuni ; car de quelque manière que Ton procède à cette
* L’or se trouve rarement seul dans une mine; il est presque toujours caché dans l’argent qui l’accompagne ; et pour le tirer de sa mine, il faut la traiter d’aliord comme une mine d’argent... Ce précieux métal est souvent si divisé dans les mines, qu’à peine peut-on s’assurer
par les essais ordinaires qu’elles tiennent do l’or et souvent il faut attendre que la raine ait
été fondue en grand, pour essayer par le départ l’argent qui en provient. Les mines de Ramincisberg près de Goslar, dans le Hartz, peuvent servir ici d’exemple; elles tiennent de l’or, mais en si petite i|uantilé que le grain ne peut se trouver par l’essai, puisque le marc d’argent de ces mines ne donne que trois quarts de grain d’or, et il faut fondre ordinairement trentecinq quintaux de ces mines, pour avoir un marc d’argent ; ainsi, pour trouver dans l’essai seulement un quart de grain d’or, il faudrait essayer dix quintaux deux tiers de mine. Les essais de ces sortes de mines se font aisément dans les lieux où il y a des fonderies établies ; mais quand on n’a pas la commodité de fondre ces mines en grand, il faut chercher quelque moyen de connaître leur produit par l’essai...
Si les mines qui contiennent de l’or sont chargées de pyrites et de quelque fluor extrêmement dur à piler, il faut les griller ; et ensuite les piler et les laver. On ne prend que huit quintaux de plomb pour un quintal de mine aisée à fondre ; au lieu qu’il en faut seize quand elles sont rebelles à la fonte; on les scorilie, puis on coupelle le plomb comme à l’ordinaire. Les scories de ces essais doivent avoir la fluidité de l’eau ; |)our peu qu’elles filent on n’a pas leur véritable produit en argent et en or.
Lorsqu’on a conpelé le plomb, enrichi de cette scorification, on pèse le grain d’argent qu’il a laissé sur la coupelle, et qui est composé d’or et d’argent, que l’on départ par le moyen de l’cau-forle; maisavantde soumettre le bouton au départ, on le réduit en lamines que l’on fait rougir au feu pour les recuire, afin que l’cau-fortc losattaque plus ai.sémeut.,. Dans ces sortes de départs où il s’agit d’avoir la petite portion d’or que contient chaque bouton de coupelle, on emploie l’eau-forte pure... Aussitôt que la première eau-forte a cessé de dissoudre, on la verse et on en remet de l’autre, qui achève de dissoudre l’argent qui pourrait encore se trouver avec l’or.
S’il y a beaucoup d’or dans l’argent, c’est-à-dire la moitié, l’eau-forte même en ébullition ne l’attaque pas ; elle ne dissout que les parties de l’argent qui se trouvent à la surface des lamines, qu’il faut alors refondre avec deux fois leur poids d’argent pur, ou d’argent de départ
purifié de tout cuivre On aplatit le nouveau bouton en lamine que l’on fait recuire, pour
être ensuite soumise à l’opération dn départ, qui alors se fait bien Lorsqu’on a rassemblé
tout l’or provenant du départ, on le fuit rougir au leu dans un creuset, pour achever de le debarrasser enlièrement de l’acide du dissolvant, et pour lui faire prendre la couleur d’un
''•’a* O*’ lînsuite on le laisse rciroidir pour le pc.scr et connaître le prodiiitdc la mine qu’on
a essayée. Traité de la Fonte dos mines de Seblutter, traduit par M. Hellot, tome I. page 177 et suiv.
**A'ota. Je crois cependant qu’il n’est pas impossible de séparer absolument l’or et l’argent l’un de l’autre, en multiiiliant les opérations et les moyens, et qu’au moins ou arriverait à une
scparnlion de l'or et de l’argent qui, d.ins la nature, ne font le plus souvent qu’une niasse coininunc, ils restent toujours mêlés d’une petite portion du métal qu’on tâche d’en séparer *, de sorte que ni l’or ni l’argent ne sont jamais dans un état de pureté absolue.
Cette opération du départ, ou séparation de l’or et de l’argent, suppose d’abord que la masse d’alliage ait été purifiée par le plomb, et qu’elle ne contienne aucune autre matière métallique, sinon de l’or et de l’argent. On peut y procéder de trois manières différentes, en se servant des substances qui, soit à chaud, soit à froid, n’attaquent pas l’or, et peuvent néanmoins dissoudre l’argent : 1” L’acide nitreux n’attaque pas l’or et dissout l’argent ; l'or reste donc seul après la dissolution de l’argent ; T L’acide marin a **, comme l’acide nitreux, la vertu de dissoudre l’argent sans attaquer l’or, et par conséquent, la puissance de les séparer; mais le départ par l’acide nitreux est plus complet et bien plus facile : il se fait par la voie humide et à l'aide d’une très-petite chaleur; au lieu que le départ par l’acide marin, qu’on appelle départ concentré, ne peut se faire que par une suite de procédés assez difficiles; 3“ 1,0 soufre a aussi la même propriété de dissoudre l’argent sans loucher à l’or, mais ce n’est qu’à l’aide de la fusion, c’est-à-dire d’une chaleur violente; et comme le soufre est Irès-inllammable, et qu’il se brûle et se volatilise en grande partie, en se mêlant au métal fondu, on préfère l’antimoine pour faire cette espèce de départ sec, parce que le soufre étant uni dans l’antimoine aux parties régulines de ce demi-métal, il résiste plus à l’action du feu, et pénétre le métal en fusion dans lequel il scorific l’argent cl laisse l’or au-des.sous. De ces trois agents l’acide nitreux est celui
approximation si grande, qu on pourrait regarder comme nulle la portion pres(|ue intîniment petite de celui qui resterait contenu dans l’autre.
* M. Cramer, dans sa Docimasie, .assure que si le départ se fait par l’eau-forte, il reste toujours une petite portion d’argent unie à l’or, et de même que quand on fait le départ par l’eau régale, il reste toujours une petite portion d’oi' unie à l’argent, et il estime cette proportion depuis un deux-centième jusqu’à un cent-cinquantième, nictiomiaire de Chimie, article Départ. — Nota. M. Tillet observe qu’il est très-vrai qu’on n'obtient pas de l’or parfaitement pur par la voie du départ, mais que cependant il est possible de parvenir à ce but par la dissolution de l’or fin dans l’eau régale, ou par des cémentations réilérécs.
•’ ^ On peut purifier l’or , c’est-à-dire en séparer l’argent qu’il contient par l’acide marin, « au moyen d’une cémentation ; il faut d’abord qu’il soit réduit en lames minces ; on stratilie » ces lames avec un cément fait de quatre parties de briques pilées et tamisées , d'une partie ' « de colcotbar et d’une partie de sel marin , le tout réduit en pâte ferme avec un peu d’eau : ■> pendant cette opération , où il est très-important que la cbulcur ne soit pas assez forte pour “ fondre l’or , l’acide du colcotbar et de l'argile dégage celui du sel marin; et ce dernier, à “ raison de sa concentration et de l’état de vapeur où il se trouve , attaque l’argent , et à la » faveur de la dilatation que le feu occasionne , va chercher ce métal jusque dans des alliages “ où l’or serait en assez grande quantité pour le défendre de l’action de l’eau-forte. " Éléments de chimie. parM. de àîorveau, tome II. page 2I.S.
qu’on doit préférer la manipulation des deux autres étant pins diflîeüe et la purification plus incomplète que par le premier.
On doit observer que pour faire par l’acide nitreux le départ avec succès, il ne faut pas (jue la ([uantilc d’or contenue dans l’argent soit de plus de deux cinquièmes ; car alors cet acide ne pourrait dissoudre les parties d’argent qui, dans ce cas, seraient défendues et trop couvertes par celles de l’or pour être attaquées et saisies; s’il se trouve donc plus de deux cinquièmes d'or dans la niasse dont on veut faire le départ, on est obligé de la faire fondre, et d’y ajouter autant d’argent qu’il en faut pour qu’il n’y ait en effet que deux cinquièmes d’or dans celte nouvelle masse : ainsi l’on s’assurera d’abord de cette proportion, et il me semble que cela serait facile par la balance hydrostatique, et que ce 11103^00 serait bien plus sûr que la pierre de touche et les aiguilles alliées d’or et d’argent à différentes doses, dont se servent les essayeurs pour reconnaître celte quantité dans la masse de ces mélaux alliés. On a donc eu raison de proscrire celle pratique dans les monnaies de France* **; car ce n’est au vrai qu’un làlonnemcnt dont il ne peut résulter qu'une estimation incertaine; tandis que, par la différente pesanteur spécifique de ces deux mélaux, on aurait un résultat précis de la proporlion de la quantité de chacun dans la masse alliée dont on veut faire le départ. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on s’est à peu près assuré de celte proportion, et que l’or n’y est que pour un quart ou au-dessous, on doit employer de l’ean-forle ou acide nitreux bien pur, c’est-à-dire exempt de tout autre acide, et surtout du vitriolique et du marin; on verse cette eauforte sur le métal réduit en grenailles ou eu lames très-minces : il en faut un tiers de plus qu'il n’y a d’argent dans l'alliage. On aide la dissolution par un peu de chaleur, et on la rond complète en renouvelant deux ou
* MM. Bi'andt , Schœffcr, Dergmann et d’autres, ayant avancé que l’aeide nitreux, quoique très-pur, pouvait dissoudre une certaine quantité d’or , et cet elïot paraissant devoir influer sur la sûreté de l’iniportanle opération du départ, les chimistes de notre Académie des Seiences ont été ehargés de faire des expériences à ce sujet , et ces expériences ont prouvé que l’acide nitreux n’attaque point ou tres-pen l'or; puisque après en avoir séparé l’argent qui y était allié, et dont on connaissait la proportion, ou a toujours retrouvé juste la même quantité d’or.
V Cepemiant ifs ajoutent , dans le rapport de leurs épreuves , qu’il ne faut pas conclure que,
O dans aucun cas , l'acide nitreux ne puisse faire éprouver à l’or quelque trcs-faihle déchet. ti L’aeidc nitreux le plus pur se charge de quelques particules d’or; mais nous pouvons assurer U que les circonstances nécessaires à la production de cet effet sont absolument étrangères au U départ d'essai; que dans ce dernier, lorsqu’on le pratique suivant les règles et l’usage reçu, il ne peut jamais y avoir le moindre déchet sur l’or. » Rapport sur l’opération du départ, dans le Journal de Physique; février 1781, p.agc 1-12.
*' M. Tillel m’écrit à ce sujet , qu’on ne fait point usage des touehau.x pour le travail des . monnaies de Franco ; le titre des espèces n’y est constaté que par l’opération de l’essai ou du départ; les orfèvres emploient , il est vrai , le touchau dans leur maison commune; mais ce n’est (|ue pour les menus ouvrages en .si petit volume , qu’ils offrent à peine la matière de l’essai en règle, et qui sont incapahles de supporter le poinçon de marquei
trois fois l’eau forte, qu’on fait même bouillir avant de la séparer de l’or qui reste seul au fond du vaisseau, et qui n’a besoin que d’élre bien lavé dans l’eau chaude i)our achever de se nettoyer des petites parties de la dissolution d’argent attachées à sa surlace; et lorsqu’on a obtenu l’or, on relire ensuite l’argent de la dissolution, soit en le faisant précipiter, soit en distillant l’eau-forte pour la faire servir une seconde fois.
Toute masse dont on veut faire le départ par celte voie ne doit donc contenir que deux cinquièmes d'or au plus sur trois cinquièmes d argent ; et dans cet étal la couleur de ces deux métaux alliés est presque aussi blanche que l’argent pur, et loin qu’une plus grande quantité de ce dernier métal nuisit à l’effet du départ, il est au contraire d'autant plus aisé à faire, que la pi-oportion de l’argent à l’or est plus grande. Ce n’est que quand il y a environ moitié d'or dans l’alliage qu’on s’en aperçoit à sa couleur, qui commence à prendre un œil de jaune faible.
Pour reconnaitre au juste l’aloi ou le titre de l’or, il faut donc faire deux opérations : d’abord le purger, au moyen du plomb, de tout mélange étranger, à l’exception de l’argent qui lui reste uni, parce que le plomb ne les attaque ni l’un ni l’autre, et ensuite, il faut faire le départ par le moyen de l’eau-forle. Ces opérations de l’essai et du départ, quoique bien connues des chimistes, des monnayeurs et des orfèvres, ne laissent pas d’avoir leurs diflicullés par la grande précision qu’elles exigent, tant pour le régime du feu que pour le travail des matières, d’autant (pie, par le travail le mieux conduit, on ne peut arriver .à la séparation entière dsces métaux; car il en restera toujours une petite portion d’argent dans l’or le plus rafliné, comme une portion de plomb dans l’argent le plus épuré *.
* Pour faire l’essai de l’argent, on choisit deux coupelles égales de grandeur et de poids ; l’usage est de prendre des coupelles (pii pèsent autant que le plomli qu’on emploie dansl’essaie, ])arcc qu’on a observé que ce sont celles (|nl peuvent boire toute la litharge qui se forme pendant l’opération : on les place Tuiie à côté de l’autre , sous la mouille , dans un fourneau d’essai ; on allume le fourneau, on fait rougir les coupelles, et on les tient rouges pendant une bonne demi-heure avant d’y rien mettre...
Quand les coupelles sont rouges a blanc, on met dans chacune d’elles la quantité de plomb qu’on a déterminée , cl qui doit être plus ou moins grande , suivant que l’argent a plus ou moins d’alliage; on augmente le feu eu ouvrant les portes du cendrier jusqu’à ce que le plomb soit ronge, l'nniunt et agité d’un mouvement de circulation, et que sa surface soit nette et bien découverte.
On met alors dans chaque coupelle, l’argent réduit en petites lames, afin qu’il se fonde plus promptement en soutenant toujours , et même en angmoutant le feu jusqu’à ce que l’argent soit bien fondu et mêlé avec le plomb... L’on voit autour du métal un petit cercle de litharge qui s’imbibe continuellement dans la coupelle , et à la fin de l’essai le bouton de fin n’étant plus couvert d’aneuiie litharge, paraît brillant et reste seul sur la coupelle ; et si l’opération a été bien conduite, les deux essais doivent donner le bouton de fin dans le même temps à peu ]irès ; au moment que ce bouton .se fixe , on voit sur sa surface des couleurs d’iris , qui font des omhil.dions et se croisciu avec beaucoup de rapidité..... U faut avoir grande attention à
HISTOIRE NATÜREIJ.E
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iNoiis ne pouvons nous dispenser de parler des dilïérenls emplois de l’or dans les arts, et de ITisage ou plutôt de l’abus (jiTon en fait par un vain luxe, pour faire briller nos vêtements, nos meubles et nos appartements, en donnant la couleur de l'or à tout ce qui n’en est pas, et l’air de l’opulence aux matières les plus pauvres j et cette ostensation se
l’administration du feu pour que la clialeur ne soit ni trop violente ni trop faible ; dans le prciniei cas , le plomb se scorilte trop vile et n a pus le temps d’emporter toutes les impuretés de l’argent; dans le second cas, et ce qui est encore pis, il n’cnlrc pas assez dans la coupelle... mais la cbaleur doit toujours aller en augment.ant jusqu’à la fin de l’opération... Quand elle estacberéc , on laisse encore les coupelles ou meme degré de cbaleur , pendant quelques moments, pour donner le temps aux dernières portions de litharge de s’imbiber , après quoi on les laisse refroidir doucement , surtout si le bouton de fin est gros , pour lui donner le temps de se consolider jusqu’au centre, sans qu’il crève d’aucun cèté, ce qui arriverait s’il se refroidissait trop vite ; enfin il faut le détacber de la coupelle avant qu’elle ne soit trop refroidie, parce qu’alors il se détacbe plus facilement.
On pèsera ensuite exactement les deux boutons de fin , et si leur poids est le même , l’essai aura été bien fait, et l’on connaîtra au juste le titre delà masse de l’argent dans laquelle on a pris les morceaux pour les essayer; le litre sera indiqué par la quantité que l’argent aura perdue par la coupelle. Dictionnaire de chimie, article Essais.
Ao/o. J observerai ici , avec M. Tilict , qu’on a tort de négliger la petite quantité d’argent que la litharge entraîne toujours dans la coupelle; car cette quantité négligée donne lieu à des rapports constamment laux de la quantité juste d’argent que contiennent intrinsèquement les lingots dont les essayeurs établissent le litre; ce point assez délicat de Docimasie a été traite dans plusieurs iMémoircs insères dans ceux de l’Académie des Sciences , et notamment dans un Mémoire de iM. Tillel , qui se trouve dans le volume de l’année 17G!1 : on y voit clairement de quelle conséquence il pourrait être qu’on ne négligeât pas la petite ([uantité de fin i|uc la coupelle absorbe.
Comme il n’y a presque point de plomb qui no contienne de l’,argcnt, et que cet argent a dû se mêler dans le bouton de fin , il faut , av'ant de faire l’essai à la coupelle par le plomb , s’assurer de la quantité d’argent que ce plomb contient; et pour cela on passe à la coupelle une certaine quantité de plomb tout seul , et l’on voit ce qu’il fournit d’argent Le plomb de
illach en Corinthie, qui ne contient point d’argent, est recherché pour faire les essais...
Lorsqu on veut faire l'essai d’un lingot d’or , on en coupe vingt-quatre grains qu’on pèse exactement à la petite balance d’essai : on pèse d’un autre côté soi.xuntc-douzc grains d’argent fin ; on passe ces deux métaux ensemble à la coupelle , en employant à peu près dix fois plus de plomb qu’il n’y a d’or; on conduit celte coupellation comme celle pour l’essai de l’argent, si ce n est qu’on cbaulfe un peu plus vivement sur la fin , lorsque l’essai est prêt à faire son éclair : l’or se trouve après cela débarrassé de tout autre alliage que do l’argent.
Ensuite on aplatit le bouton de fia sur le tas d’acier , et le faisant recuire à mesure qu’il s’écrouit , de peur qu’il ne fende; on le réduit par ce moyen on une petite lame qu’on roule ensuite eu forme de cornet, puis on en fait le départ par l’eau-forte.
La diminution qui se trouve sur le ptids de l’or après le départ, fait connaître la quantité d’alliage que cet or contient...
On peut aussi purifier l’or par l’antimoine, qui emporte en même temps les métaux imparfaits et l’argent dont il est mêlé ; mais celte purification de l’or n’est pas assez parfaite pour pouvoir servir à lu juste détermination du titre de l’or, et il vaut mieux employer la coupellation par le plomb, pour séparer d’abord l’or de tous les métaux imparfaits, et ensuite le départ pour le séparer de l’argent. Dictionnaire de chimie, article Essais.
mon tre sous mille formes différentes. Ce qu’on ap|)e]le Or de couleur u’ en a que l’apparence ; ce n’est qu’un simple vernis qui ne contient point d’or, et a\'ec lequel on peut néanmoins donner à l’argent et au cuivre la couleur jaune et Lrillanle de ce précieux métal. Les garnitures en cuivre de nos meubles, les bras, les feux de cheminée, eic., sont peiiils de ce vernis couleur d’or, ainsi que les cuirs qu’on appelle dorés, et qui ne sont réellement qu’étainés et peints ensuite avec ce vernis doré. A la vérité cette fausse dorure diffère beaucoup de la vraie, et il est très-aisé de les distinguer; maison fait av’ec le cuivre, réduit en feuilles minces, une autre espèce de dorure qui peut en imposer, lorsqu’on la peint avec ce même vernis couleur d’or. La vraie dorure est celle où l’on emploie de l’or : il faut pour cela qu’il soit réduit en feuilles très-minces ou en poudre fort fine; et pour dorer tout métal il suflit d’en bien nettoyer la surface, de le faire chauffer, et d’y appli(|uer exactement ces feuilles ou celte poudre d’or par la pression et le frottement doux d’une pierre hématite, qui le brillante et le fait adhérer. Quelque siiiqde que soit cette manière de dorer, il y en a une autie peut-être encore plus facile; c’est d’étendre sur le métal qu’on veut dorer un amalgame d’or et de mercure, de le chauffer ensuite assez pour faire exhaler en vapeurs le mercure qui laisse l’or sur le métal (|u’il ne s’agit plus que de frotter avec le brunissoir pour le rendre brillant : il y a encore d’autres manières de dorer. Mais c’est peut-être déjà trop en Histoire naturelle que de donner les principales praliques de nos arts.
Mais nous laisserions imparfaite cette bistoire de l’or, si nous ne rappoilions pas ici tous les renseignements que nous avons recueillis sur les différents lieux où se trouve ce métal. 11 est, comme nous l’avons dit, universellement répandu, mais en atomes infiniment petits, et il n’y a que quelipies endroits particuliers où il se présente en particules sensibles et en masses assez palpables pour être recueillies. En parcourant dans celle vue les quatre parties du monde, on verra ((u’il n’y a que peu de mines d’or proprement dites dans les régions du nord, quoiqu’il y ait plusieurs mines d’argent tpii presque toujours est allié d’une petite quantité d’or. Il se trouve aussi très-peu de vraies mines d’or dans les climats tempérés ; il y en a seulejiient quelques-unes où l’on a rencontré de petits moi-ccaux de ce métal massif : mais dans pi-esque toutes l’or n’est qu’en petite quantité dans l’argent avec lecpiel il est toujours mêlé. Les mines d’or les plus riches sont dans les pays hîs ])lus chauds et particulièremeni dans ceux où les hommes ne se sont pas anciennement établis en société policée, comme en Afrique et en Amérique; car il est Irès-probable que l’or est le premier métal dont on se soit servi; plus l’cmarquable par son poids qu’aucun autre, et plus fusible que le cuivre et le fer, il aura bientôt été reconnu, fondu, travaillé. On j)eut citer pour preuve les Péruviens et les Me.xicains, dont les vases et les instruments étaient d’or, et qui n’en avaient que peu de cuivre et j)oint du tout de fer, quoique ces métaux soient abondants
oS8 HISÎOIKE iNAH'ÜÙELLE
dans leur pays : leurs arts n’étaient pour ainsi dire (ju’ébauchés, parce qn eux-mèines étaient des liuniines nouveaux, et qui n'étaient qu'à demipolicés depuis cinq ou six siècles. Ainsi dans les premiers temps de la civilisation de l’espèce humaine, l’or, qui de tous les métaux s’est présenté le premier à la surface de la terre ou à de petites profondeurs, a été recueilli, employé et tra\aillé, en sorte (pic dans les pays jieiiplés et civilisés iilus anciennement que les antres, c’est-à-dire dans les régions septentrionales et tempérées, il n'esi resté pour la imstérité que le petit excédant de ce qui n'a pas été consommé; au lieu <]ue dans ces contrées méridionales de l’Afrique et de l’Amérique, rpii n’ont été peuplées que les dernières, et où les hommes n’ont jamais été policés, la quantité de ce métal s’est trouvée tout entière, et telle, pour ainsi dire, que la nature l’avait produite et contiée à la terre encore vierge. L’homme n’en avait pas encore déchiré les entrailles son sein était à peine effleuré, lorsque les conquérants du Aouveau-Monde en ont forcé les habitants à la fouiller dans toutes ses parties par des travaux immenses : les Espagnols cl les Portugais ont, en moins d’un siècle, plus tiré d’or du Mexi- (pie et du Brésil, que les naturels du pays n’en avaient recueilli depuis le premier temps de leur pojmiation. Latihine, dira-t-on, semble nous offrir un exemple contraire; ce pays, très-anciennement policé, est encore abondant en mines d’or qu’on dit être assez riches : mais ne dit-on pas en même temps, avec plus de vérité, (|ue la plus grande partie de l’or qui circule à la Ehine vient des pays étrangers? Plusieurs emjvereurs chinois assez sages, assez humains pour épargner la sueur et ménager la vie de leurs sujets, ont défendu l’extraction des mines dans toute l’étendue de leur domination *' ; ces défensc's ont subsisté longtemps et n’ont été qu’assez rarement interrompues. Il se pourrait donc en effet qu il y eût encore à la (diinc des mines inlactes et riches, comme dans les contrées heureuses où les hommes n’ont pas été forcés de les fouiller : car les travaux des mines, dans le Nouveau-Monde, ont fait périr en moins de deux ou trois siècles plusieurs millions d’hommes ***; et celle plaie enorme faite à l’humanité, loin de nous avoir procuré des richesses réelles, na servi qu’à nous surcharger d’un poids aussi lourd qu’inutile. Le prix des denrées étant toujours proportionnel à la quantité du métal qui n’en est que le signe, l’augmentation de celte quantité est plutôt un mal qu’un bien ; vingt fois moins d’or et d’argent rendraient le commerce vingt fois plus léger, pui.squc tout signe en grosse masse, toute représentation en grand volume, est plus pénible à transporter ,
Regiiavciat in Colcliis Salcucis, qui lerram vii'gwcam nactus, jiluriinum argenti auriijiic cruissc dicitur. l’lin., lib. XXXV.
Les anciens lioniains avaient eu la même sagesse. » Metallorum omnium fertilitate nullis » ccdit terris Italia, sed iulerdietum id vcterc eousulto patrum, Italiæ [larci jubentium. » Plin., Ilist. Xat., lib. Ht, Cîip, XXIV.
Vojcz le livre de Las Casas, sur la destruction des Indiens.
t)Ë8 MINÉRAUX. 859
coûte plus à manier, et circule moins aisément qu’une petite quantité qui représenterait également et aussi bien la valeur de toute cliose. Avant la découverte du Nouveau-Monde il y avait réellement vingt fois moins d’or et d’argent en Europe, mais les denrées coûtaient vingt fois moins. Qu'avons-nous donc acquis avec ces raillions de métal? la charge de leur poids.
El cette surcharge de quantité deviendrait encore plus grande, et peut-èlre immense, si la cupidité ne s’opposait jias à elle-même îles obstacles, et n’élail ai rétée par des bornes qu’elle ne peut franchir. Quelque ardente qu’ait été dans tous les temps la soif de 1 or, on na pas toujouis eu les mêmes moyens de l’étancher; ces moyens ont même diminué d’autant plus qu’on s’en est plus servi : par exemple, en supposant , comme nous le faisons ici, qu’avant la conquête du Mexique et du Pérou il n’y eût en Europe que la vingtième partie de l’or et de l’argent ()ui s’y trouve aujourd’hui, il est certain que le profit de l’extraction de ces mines étrangères, dans les premières années pendant Ics- (pielles on a doublé cette première quantité, a été plus grand que le prolit d'un pareil nombre d’années pendant lesquelles on l’a triplé, et encore bien plus grand que celui des années subséquentes. Le bènélice réel a donc diminué en même proportion que le nombre des années s’est augmenté, en supposant égalité de produit dans chacune ; et si l’on trou\ait actuellemcnl une mine assez riche pour en tirer autant d’or qu’il y en avait en Europe avant la découverte du Nouveau-Monde, le prolit de cetle mine ne serait aujourd’hui que d’un vingtième, tandis qu’alors il aurait été du double. Ainsi plus on a fouillé ces mines riches, et plus on s’est appauvri : richesse toujours fictive, et pauvreté réelle dans le premier comme dans le dernier temps; masses d’or et d’argent, signes lourds, monnaies pesantes, dont loin de l’augmenter on devrait diminuer la quantité, en fermant ces mines comme autant de gouffres funestes à I humanité, d’autant qu’aujourd’hui leur produit suffit à peine pour la subsistance des malheureux qu’on y emploie ou condamne : mais jamais les nations ne se confédéreronl pour un bien général à faire au genre humain; et rien ici ne peut nous consoler, sinon respérance très- fondée que dans quelques siècles, et peut-être plus tôt, on sera forcé d’abandonner ces affreux travaux, que l’or même, devenu trop commun, ne pourra plus payer.
En attendant, nous sommes obligés de suivre le torrent, et je manquerais à mon objet si je ne faisais pas ici mention de tous les lieux qui nous fournissent, ou peuvent nous fournir ce métal, lequel ne deviendra vil que quand les hommes s’ennobliront par des vues de sagesse dont nous sommes encore bien éloignés. On continuera donc à chercher l’or partout oû il pourra se trouver, sans faire attention que si la recherche coûte à peu près autant que tout autre travail, il n’y a nulle raison d’y employer des hommes qui, par la culture de la terre, se jirocureraient une subsistance aussi sûre , et augmenteraient en même
HISTUllŒ iNATLUELLE
loinps la richesse réelle , le vrai bien de toute société , par l’abondance des denrées, tandis que celle du métal ne peut y produire que le mal de la disette et d’un surcroit de cherté.
Nous avons en France plusieurs rivières ou ruisseaux qui charrient de 1 or en paillettes, que 1 on recueille dans leurs sables ; et il s'en trouve aussi en paillettes et en poudre dans les terres voisines de leurs bords. Les chercheurs de cet or, qu’on appelle Àrpailleiirs, gagneraient autant et plus a tout auli e métier; car à peine la récolte de ces paillettes d’or va-t-elleà vingt-cinq ou trente sous par jour. Celte même recherche, ou plutôt cet emploi du temps était, comme nous venons de le dire, vingt fois plus prolilable du temps des Romains *, puisque l’arpailleur pouvait alors gagner >ingt fois sa subsistance ; mais à mesure que la quantité du métal s’est augmentée, et surtout depuis la conquête du Nouveau-Monde, le meme travail des arpailleurs a moins produit, et produira toujours de moins en moins; en sorte que ce petit métier, déjà tombé, tombera tout a fait pour peu que cette quantité de métal augmente encore. L’or d’Amérique a donc enterré l’or de France, en diminuant vingt fois sa valeur; il a fait le même tort à l’Espagne, dont les intérêts bien entendus auraient exigé qu’on n’eùl tiré des mines de 1 Amériiiue qu’aulaiit d’or qu’il en fallait |)our fournir les colonies, et en maintenir la valeur numéraire en Europe toujours sur le même pied à peu près. Jules-César cite l’Espagne et la partie méridionale des Gaules*"^ comme très-abondantes en or; elles l’étaient en effet, et le seraient encore, si nous n’avions pas nous-mêmes changé cette abondance en disette, et diminué la valeur de notre propre bien en recevant celui de l’étranger. L’augmentation de toute quantité ou denrée nécessaire aux besoins,
» Phne d.t qu’o» lirail , tous les aus , des Pyrénées et des provinees voisines vin<-t mille livres pesant d’or , sans compter l’argent , le enivre , etc. Il dit ailleurs que Servies Tullius roi des llomains, fut le premier qui fit de la monnaie d’or, et qu’avant lui on l’échangeait tout hrut. - Strabon rapporte que dans le temps d’Auguste et de Tibère les Romains tiraient des Pyrénées une si grande quant ité d’or cl d’argent , que ces métaux devinrent infiniment plus communs qu’avant la conquête des Gaules par Jules-César. Jlais ce n’était pas seulement des mines des Pyrénées que les Romains tiraient celle grande quantité d’or et d’argent ; car Suétone reproche à César d’avoir saccagé les villes de la Gaule pour avoir leurs ricbt’sse's, lellemenl qu’ayant pris de l’or en abondance, il le vendit eu Italie, à trois raille petits sesterces la livre, ce qui , selon Rudée , ne fait monter le mare qu’à soixante-deux livres dix sous de notre monnaie. - Tacite donne une idée do l’abondance de l’or et de l’argent dans les Gaules par ce qu’il fait dire à l’empereur Claude, séant dans le sénat : » JVe vaut-il pas mieux, dit ce’ » prince, que les Gaulois nous apportent leurs richesses , que de les en laisser jouir séparés .. de nous? ■> llellol, Mémoires sur l’cxidoilatioii des mines de Baygory.
” Les anciens ont écrit que l’Ksiiagne , sur toutes les autres provinces du monde connu , était la plus abondante en or et en argent , et particulicremenl le Portugal , la Galice et les Asturies. Pline dit qu’on apportait tous les ans, d’Espagne à Rome, plus de vingt mille livres d’or, et aujourd’hui les Es|)aguols tirent ces deux métaux d’Amérique. Histoire des Indes, par Acosta j Paris, IGüO, page loti. '
DES MINEUAEX.
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ou utile au service de l’homme, est certainement un l)ien; mais l’augmentalion du métal qui n’en est que le signe ne peut pas être un bien, et ne fait que du mal, puisqu’elle réduit à rien la valeur de ee même métal dans toutes les terres et chez tous les peuples qui s’en sont laissé surcharger par des importations étrangères.
Autant il serait nécessaire de donner de l’encouragement à la l'ccherche et aux travaux des mines des matières combusiibles et des autres minéraux si utiles aux arts et an bien de la société, aulant il serait sage de faire fermer toutes celles d’or et d’argent, et de laisser consommer j)eu à peu ces masses trop énormes sous lesquelles sont écrasées nos caisses, sans que nous en soyons plus riches ni plus heureux.
Au reste, tout ce (jue nous venons de dire ne doit dégrader l'or f|u’aux yeux de rhomme sage, et ne lui ote pas le haut rang qu’il lient dans la nalurej il est le plus i»arl'ail des métaux, la i»remièi’e substance entre toutes les substances terrestres, et il mérite à tous égards l’altenlion du jdiilosophe naturaliste : c’est dans celle vue (|ue nous recueillerons ici les faits relatifs à la leeherehc de ce métal, et tpie nous ferons l’énumération des dilférenls lieux où il se lrou^ e.
En France, le llhin, le Rhône, rAr\e *, le Roubs, la Céze, le Gai doii, l’Ariége, la Garonne, le Salai** , charrient des paillettes et des grains
* Voyage de Missoii, loiiie III, page 7.>.
Los rivières de Kraiice ijui charrient de l’or sont; 1'* le Uhin; on Irouvc des paillollos d’or dans les sahics de ee fleuve , depuis Strasbourg jusqu’à Philishourg ; elles sont plus l'ares entre Strasbourg et Brissiic, on le Rhin est plus rapide... L’endroit de ce llcuvc où il en dépose davantage est entre les Forl-Louis et Guerinesbeim; mais tout cela se réduit à une assez petite quantité , puisque sur deu.\ lieues d’étendue que le magistral de Strasbourg donne à ferme pour en tirer les paillettes d’or , on ne lui en porte que quatre ou cinq onces par an , ce qui vient de ce que les arpailleurs sont en Iriqr petit nombi c , encore plus que de la disette d’or, car on en pourrait tirer une bien plus grande quantité ; on paie les arpailleurs à raison de trente «à quarante sous par jour;
2" Le Rhône roule, dans le pays de Uc.v, assez de paillctlcs d’or pour occuper pendant l’bivcr quelques paysans, à qui les journées > aient à peu près depuis douze jusqu’à vingt sons. Ils s’attachent principalement à lever les grosses pierres; ils enlèvent le sable qui les environne, et c’est de ce sable qu’ils tirent les paillettes : on ne trouve ces paillettes que depuis l’emboiieburc de la rivière d’Arve dans le Rhône, jirsqu’à cinq lieues an-des.sous;
.à” Le Doubs; mais les pailletles d’or y sont assez rares ;
i° La petite rivière de Cèze. qui tire son origine d’auprès de Ville-l'ort dans les Cévennes : dans plusieurs lieues de son cours , on trouve partout à peu près également des paillettes , cunnnunénicnl beaucoup plus grandes <|uo celles du Rhône et du Uliin ;
ü" La livièredu tiardon qui , eoinnie. celle de Lèze vient des montagnes des Cévennes , enlraine aussi des paillettes d’or, à peu près de même grandeur cl en aussi grand iiombi e ;
li" L’Ariége , dont le nom indique assez (pi’elle ebarrie de l’or ; on en troinc en effet des paillettes dans le pays de Foix; mais c'est au.v environs de l’amiers c|u’ellc en lournil le plu,, ; elle en roule aussi dans le territoire do ré\éebé de Mirepoiv ;
7“ On fait tous les ans dans la Garonne, à qucl(|ues lieues de Toulouse, une petite récolte de pailletles d'or; mais il y a lieu de croire (|u’ellc en tire la plus grande pui lie de l’.Vriége , car Eerro.v, tome ni. ô'a
IIISTOmE NATURELLE
d’oi* qu’on Iroiive daus leui’S sables, sui-loiit aux angles renti'ants de ces rivières. Ces pailleltes ont souvent leurs bords arrondis ou repliés; et c’est par là qu’on les distingue encore plus aisément que par le poids, des paillettes de mica, qui quelquefois sont de la même couleur, et ont même plus de brillant <|uc celles d’or. On trouve aussi d’assez gros grains d’or dans les rigoles foi'inées par les eaux pluviales, dans les tei-rains montagneux de Fériés et de Bénagucs. On a vn de ces grains, dit M. Guettard , qui pesaient une demi-once : ces grains et paillettes d’or sont accompagnés d'un sable ferrugineux. Il ajoute que dès qu’on s’éloigne de ces monlagrics , seulement de cinq ou six lieues, on ne trouve l)lus de grains d’or, mais seulement des pailleltes très-minces. Cet académicien fait encore mention de l’or en pailleltes qu’on a trouvé en Languedoc et dans le pays de Foix *. M. de .Gensanne dit aussi qu’il y en a dans plusieurs rivières des diocèses d’üzès et de Montpellier ** : ces grains et paillettes d’or, qui se trouvent dans les rivières et terres adjacentes, viennent comme je l’ai dit, des mines renfermées dans les
ce n’ost guère qu’au-dessous du coiiflucnl de cette dernière rivière qu’on les clierclic ; l’Aricgc elle-inêine paraît tirer ses paillettes de deux ruisseaux supérieurs : savoir , celui de Ferriet et celui de Benagues ;
8° Le Salat-, dont ta source , comme celle de l’Ariége , est dans les l’yrcuces, roule des paillettes d’or que les habitants de Saint-Girons ramassent pendant l’hiver. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1778, page 09 et suiv.
Ou sait, par des anecdotes certaines , que la monnaie de Toulouse recevait ordinairement , chaque année, deux cents marcs de cet or recueilli des rivières de l’Ariége , de la Garonne et du Salat : on en a porté dans le bureau de Pamiers , depuis 1730 jusqu’en 1700 , environ quatre-vingts marcs, quoique ce bureau n’ait tout au plus que deux lieues d’arrondissement. Idem, année d7GI, page 197.
M. Pailhès a trouvé dans le Languedoc et dans le pays de Foix quantité de terres aurifères... Il dit que lorsqu on creuse dans la haute ou basse ville de Paniiers , pour des puits et
des fondements , on tire des terres remplies de paillettes d’or Les plus grandes paillettes
sont de trois à quatre lignes de longueur, et toujours plus longues que larges; il y eu a de si petites qu’elles sont imperceptibles : quelques-unes ont les angles aigus , mais la plupart les ont arrondis. 11 y en a meme qui sont repliées: il y a aussi des grains de différentes grosseurs... Il y a des cailloux qui sont presque couverts et entourés par une lame d’or ; ils sont tous de la nature du quartz, mais ils sont de différentes couleurs... Il y a trois espèces de ces cailloux : les premiers sont ferrugineux, rougeâtres et extrêmement durs; les seconds sont aussi ferrugineux et colorés do roussâtre cl de noir; les troisièmes sont blanchâtres, cl fournissent les plus gros grains d’or. Pour en tirer les paillettes, on pile ces caillou.x dans un mortier de for, et on les réduit en poudre. M. Guettard, Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1701, p. 198 et suiv.
■" Dans le diocèse de Montpellier, on cherche des paillettes d’or le long de la rivière do l’Hérault ; j’en ai vu une qui pesait près d’un gros; elle était fort mince, mais large, et les arpailleurs m assurèrent qu’il y avait peu de temps qu’ils en avaient trouvé une qui pesait au delà d une demi-once... Les paillettes se trouvaient entre deux bancs de roche qui traversent la rivière, et ils ne pouvaient en avoir que lorsque les eaux étaient basses. Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gensanne, tome 1, p. 19ô.
DES MlNÉliAUX.
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monlagnes voisines; niais on ne connail actuellement qu’un très-petit nombre de ces mines en montagnes *. 11 y en a une dans les V’osges [irès de Steingraben, où l’on a trouvé des feuilles d’or vierge d’un haut litre, dans un spath fort blanc **; une autre à Sainl-Marcel-lés-Jussey en rranelie-Coinlé, que l’éboulement de terres n'a pas permis de suivre. Les Romains ont travaillé des mines d’or à la montagne d’Orel en Dauphiné; et l’on connaît encore aujourd’hui une mine d’argent tenant or, à rErmitage, au-dessus de Tain, et dans la montagne du Ponlel en Dauphiné. On en a aussi reconnu à Banjoux en Piovence ; à Londat, à Rivière et à la montagne d’Argentièrc, dans le comté de Foix; dans le Bigorre, en Limosin , en Auvergne, et même en A^ormandie et dans l’Ile-de-France ***. Toutes ces mines et plusieurs autres, étaient autrefois bien connues et mémo exploitées; mais l’augmentation de la quantité du métal venu de l’étranger a fait abandonner le travail de ces mines, dont le produit n’aurait pu payer la dépense, tandis qu’aucicnnement ce même travail était trcs-iiroli table.
En Hongrie, il y a plusieurs mines d’or dont on tirerait un grand produit, si ce métal n’était pas devenu si commun. La plupart de ces mines sont travaillées depuis longtemps, surtout dans les montagnes de Cremnitz et de Schemnitz **“, ou l’on trouve encore de temps en temps quelques nouveaux filons; il y en avait sept en exploitalion dans le temps d’Alphonse Barba, qui dit (pie la plus riche était celle de Cremnitz *****; elle est d’une grande étendue, et l’on assure qu’on y (ra\ aille depuis plus de mille ans : on l’a fouillée dans plusieurs endroits à jilus de cent soi.xanle brasses de profondeur. Il y a aussi des mines d’or en Transylvanie, dans lesquelles on a trouvé de l’or vierge’*'*****. Rzaczynski parle des mines des monts Krapacks, et entre autres d’une veine fort
* Le pnys des Tarbellicns, que quelques-uns disent êlee le territoire de Tarlios, d’autres celui de Dax, produisait autreluis de l’or, suivant le témoignage de Slrabon ; « Aquitaniæ solum,
i> quod est ad littiis Occani, majore siii parte arenosum est et tenue Ibi est eliam sinus
« istliraum ellieiciis.qui pertinct ad simim Gallieum in Narbonensi orà, ideinque ciim illosinu O hic sinus nonien babet : Tabelli hune sinmn leneut, apnd quod optima simt auri metallii ; in » fossis cnim non altc ae.tis iuvcnimiturauri laminiE mamim implcates,ali(]uando exignâ iiidi- « genles rcpurgationc ; rcliquium ramenta et glcbæ sunl, ipsæ quoque non multum operis dnsi- » rantes. » Sirab. lib. IV.
’* Mémoires sur l’exploitation des Mines, par M. de Oensaniic, dans ceux des savants étrangers, tome IV, p. t-tl.
ilcliot. Traité de la fonte des Mines de Scbliittcr, tome I, p. 1 jusqu’à C8.
Gazette d’Agrieiilture, article Pélorsbounj , du 22 août I77ü.
***** Les sept mines d’or de Hongrie ne sont pas éloignées les unes des antres. Voici leurs noms : Cremnitz, Schemnitz, Newsol, Koniugsberg, liobentz, I.ibetcn et Ilin. On trouve dans celle de Cremnitz, des morceaux de pur or. Métallurgie d’Alphonse Barba, tome II, page 28-’!.
****** Dans plusieurs exploitations de la Transylvanie, les veines d’or no produisent point de minerai tant qu’il y a du quartz bien blanc, peu dense, clair, et d’une couleur transparente comme de l’eau; des (pi’il commence à avoir une couleur grisâtre ou brunâtre, ((u’il devient plus dense et avec des cavités cristalliqucs, l’or commence âso faire voir. Instruction sur l’Art
HISTOlltE NATUUELLE
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l iche dont l’or est en poudre. En Suède on a découvert quelques mines d’or, mais le minerai n’a rendu que la trente-deuxième partie d’une once par quintal. Enfin on a aussi reconnu de l’or en Suisse, dans pluseurs endroits de ta Valteline, et particulièrement dans la montagne de rOro, qui en a tiré son nom. l/on en trouve aussi dans le canton d’Underwald. Plusieurs rivières, dans les Alpes, en roulent des paillettes; le Rliin, dans le pays des Grisons, la Reuss, l’Aar et plusieurs autres, aux cantons de Lucerne, de Solcure, etc. Le Tage et quelques autres neuves d’Espagne ont clé célébrés par les anciens <à cause de l’or qu’ils roulent; et il n’est pas douteux que toutes ces paillettes et grains d’or (|ue l’on trouve dans les eaux qui découlent des Alpes, des Pyrénées et des montagnes intermédiaires, ne proviennent des mines primitives renfermées dans ces montagnes, et (juc si l’on pouvait suivre ces courants d’eau chargés d’or jusqu’à leur source, on ne serait pas éloigné du lieu qui les recèle : mais, je le répète, ces travaux seraient maintenant très-inutiles, et leur produit bien superflu. J’observerai seulement, d’après l’exposition qui 's ienl d’être faite, que les rivières aurifères sont ])lus souvent situées au couchant qu’au le\ant des montagnes. La Franco, (|ui est à l'ouest des Alpes, a beaucoup plus de cet or de transport que l’Italie et l’Alleinagnc, qui sont situées à l’est. Nous verrons, jiar l’examen des autres régions où l'on recueille l’or en paillettes, si cette observation doit être présentée comme un fait général.
La plupart des peuples de l'Asie ont anciennement tiré de l’or du sein de la terre, soit dans les montagnes qui produisent ce métal, soit dans les rivières qui en charrient les débris. Il yen a une mine en Turquie, à peu de distance du chemin de Saloniquc à Constantinople, qui du temps du voyageur Paul Lucas était en pleine exploitation et affermée par le grand-seigneur. L’ile de Thasos, aujourd’hui Thaso dans l’Archil)el, était célèbre chez les anciens à cause de ses riches mines d’or : Hérodote en |)arle, et dit aussi (|u’il y a> ait beaucoup d’or dans les montagnes de la Thrace, dont Tune s’éboula par la sape des grands lra\aux qu’on y avait faits pour en tirer ce métal. Ces mines de l’ile de Thaso sont actuellement abandonnées; mais il y en a une dans le milieu de l’ile de Chypre, près de la ville de Nicosie, d’où l’on tire encore beaucoup d’or.
Dans la Mingrélie, à six journées de Tillis, il y a des mines d’or et d’argent; on en trouve aussi dans la Perse, au.vquelles il parait qu’on a travaillé anciennement : mais on les a abandonnées comme en Europe, l)arce que la dépense excédait le produit, et aujourd’hui tout l’or et l’argent de Perse vient des pays étrangers *.
des mines, pitr üélius, Iraduclion, lomc 1, page u2... Beaucoup de veines dans la ïi aiis} Ivaiiie, dont on a retiré dans les moyennes liauleurs de l’or vierge, so sont eliangécs, dans les profondciirs, en minerai de plomb ou en raine morte, ou bien elles sont devenues tout à l'ait stériles. Instruction sur l’art des mines par Déliiis, traduction, tome I, page 72.
* Les Persans ont cessé le travail de leurs mines depuis que l’or et l’argent sont devenus
Los nioiilagiU'S »iiii sôpaoeut le Mogol de la Tai larie sont i-lolios en mines d’oe et d’argent : les habitants de la Boukharie recueillent ces métaux dans le sable des lorrents (lui tombent de ces montagnes. Dans le Thibet, au delà du royaume de Cachemire, il y a trois montagnes, dont Tune produit de l’or, la seconde des grenats, et la troisième du lapis : il y a aussi de l’or au royaume de Tipra et dans plusieurs rivières de la dépendance du grand-lama, et la plus grande partie de cet or est transportée à la Chine, On a reconnu des mines d’or et d’argent dans le pays d’Azem, sur les frontières du Mogol *. Le royaume de Siam est l’un des pays du monde où l’or parait être le plus commun *' ; mais nous n’avons encore aucune notice sur les mines de celle contrée. La partie de l’yisie où l'on trouve le plus d’or est l’ile de Sumatra : les habitants d’Achem en recueillent sur le penchant des montagnes, dans les ravines creusées par les eaux j cet or est en petits morceaux et passe pour être très-pur. D’autres voyageurs disent au coidraire que cet or d’Achem est de très-bas aloi, même plus bas que celui de la Chine; ils ajoutent qu’il se trouve à l’ouest ou sud-ouest de l’île, et que quand les Hollandais vont y chercher le poi\ re, les paysans leur en apportent une bonne quantité : d’aulres mines d’or dans la même lie se trouvent aux environs de la ville de Tikon; mais aucun voyageur u’a donné d'aussi bons renseigncmenls sur ces mines que iM. Ileiman Grimm, qui a fait sur cela, comme sur plusieurs autres sujets d’histoire naturelle de trèsbonnes observations *“*.
eoinnuins, t;mt piii* celui qu’oii leur poi-le d’Europe que par la quantité d’or Irès-considér.-dde qui sort de l’Abyssinie, de l’île de Sunmlra, de la Cbine et du .lapon. V oyage de favernier j Uouen, 1715, tome U, pages 12 et 265.
* Voyage de Tavernier, etc., tome IV, page 195,
** L’or paraît être extrêmement commun à Siam, si l’on en juge par la vaisselle du roi et de l’clépbant blanc qui est toute d’or, et par plusieurs grandes pngoileset autres ornements qui sont d’or massif, dans les temples et les palais. Histoire de Siam, par Gervaise; Paris, 16S8, page 296.
Selon JI. llcrman-.Xieolas Grimm, les mines de Sumatra se, trouvent dans des montagnes (pii sont à trois milles environ de Sillida; elles appartiennent à la eompagnie bollandaise des ludes-Orienlales; leur profondeur est de quatorze toises à peu près; elles sont percées de routes souterraines.... Les liions varient depuis un doigt justpi’à deux palmes; on y trouve: 1“ une mine d’argent noirâtre dans du spath blanc, elle est eutreniéléc de blets brillants couleur d’or.... Cette mine est l ielio eu or et en urgent ;
2“ Une autre mine noire d’argent entrecoupée de plusieurs stries d’or; le filon naguère qu’un doigt de diamètre en certains endroits ;
5“ Une mine grise semée de points noirâtres ; elle donne un marc d’argent, et près de deu.x
onces d’or par quintal... ;
Une mine qui se trotrve par morceaux délacbés, couverte d’clflorescenee d’argent, de couleur bleuâtre; elle contient aussi du fer ; son produit est de dixà douze marcs d argent, avec quelques onces d'or par quintal...
Non loin de cette raine est un endroit appelé Tainbumpmra, où les naturels du pays recueillent de l’or... Il y a une crevasse ou ravine dans la montagne, par où l’eau tombe dans le
IIISTOIUE NATURELLE
L’île de Célèbes ou de Macassar produit aussi de l’or que l’on lire du sable des rivières. Il en est de même de l’ile de Bornéo; et dans les montagnes de l’île de Timor il se trouve de l’or très-pur. Il y a aussi quelques mines d’or et d’argent aux Maldives, à Ceylan, et dans presque toutes les îles de la mer des Indes jusqu’aux îles Philippines, d’où les Espagnols en ont tiré une quantité assez considérable *.
Dans la partie méridionale du continent de l’Asie, on trouve, comme dans les Iles, de très-riches mines d’or, à Camboyc à la Cochincliine ***, au Tunquin ’’“***, à la Chine où plusieurs rivières en charrient ***** : mais selon les voyageurs cet or de la Chine et d’assez bas
vallon : ils prennent la terre et le sable de eetle ravine, en font la lotion et trouvent l’or au fond des vaisseaux. Collection académique, partie étrangère, tome Vl, page 296 et suiv.
* Dans les monliigues de l’ile de Jlasbastcs, Tune des Philippines, il y a de riches minas d’or à 22 cai ats, et le coiitrc-inaitrc du galion /c Saint-Joseph, sur lequel je passai à la Nouvelle-Espagne, y étant un jour descendu, en tira en peu de temps une once et un quart d’or très-fin J on ne travaille point aujourd’hui à ces mines. Gemolli Carreri. Voyages autour du Monde, Ionie V, pages^SO et 90. — Dans plusieurs autres des lies Philippines, les montagnes contiennent aussi des mines d’or, et les rivières en charrient dans leurs sables : le gouverneur m’a dit que l’on ramasse en tout environ pour deux cent mille pièces de huit tous les ans, ce qui se fait sans le secours du feu ni du mercure, d’où l’on peut conjecturer quelle prodigieuse quantité on en tirerait, si les Espagnols voulaient s’y attacher comme ils ont fait en Amérique.
La province de Paracule en a plus qu’aucune autre, aussi bien que les rivières de Boxtuan, des Pinlados, de Cantanduam, de Masbastes et de Bool, ce qui faisait qu’aulrefois un nombre infini de vaisseaux en venaient trafiquer. Id., ibid., tome V, pages 123 et 121.... Les babitanls de Mindanao trouvent de fort bon or en cremsant la terre et dans les rivières, en y faisant des fosses avant que le flot arrive. Idem, page 2Ü8. — l.’or se trouve dans presque toutes les îles Philippines ; on en trouvait autrefois beaucoup ; ou m’a assuré que la quantité qu’on en tirait, soit des mines, soit des sables que les rivières charrient, moulait à deux cent mille piastres, année commune... Mais à présent le travail des mines est négligé... et malgré tous les encouragements que la cour de Madrid a accordés aux Manillois, on tire aujourd’hui très-peu d’or des Philippines. Voyages dans les mers de l’Inde, par M. le Gentil, tomo II, pages 30 et 51 ; Paris, 1781, in-l».
** Mondez Pinto rapporte qu’entre les royaumes de Camboye et de Campa en Asie , une rivière se décliarge dans la mer, à neuf degrés de latitude nord , et vient du lac Binator, qui est à deux cent cinquante lieues dans les terres ; que ce lac est environné de hautes montagnes, au pied desquelles on trouve des mines d’or, dont la plus riche est auprès du village nommé Chincateu, et que l’on tirait do ces mines chaque année pour la valeur de vingt-deux millions de notre monnaie. Histoire générale des Voyages, tome X, pages 327 et 328.
Idem, tome IX, page 3i.
Dans la partie septentrionale de Tunquin, il y a plusieurs montagnes qui produisent do l’or. Voyages de Dani|)ier, tome III, page 23.
Dans la province de Kokonor, il y a une rivière nommée en langue mongole AUan-kol, ou rivière d’or, qui est peu profonde et se rend dans les lacs de Tsing-fuhay ; les habitants du pays emploient tout l’été à recueillir l’or de Kokonor... Cet or, venu apparemment des montagnes voisines, est fort estimé et se vend dix fois son poids d’argent... La rivière île Chvebakyang . dont le nom chinois signifie rivière d’ar comme AUan-kol on langue mongole,
DES MINEIlADX.
aloi * ; ils assurent que, les Chinois apportent à Manille de l’or qui est très-hlanc, très-mou, et qu’il faut allier avec un cinquième de cuivre rouge, pour lui donner la couleur et la consistance nécessaires dans les aids. Les îles du Japon ** et celle de Formose *** sont peut-être encore ]»lus riches en mines d’or que la Chine. Enfin I on trouve de 1 or jusqu en Sibérie ****; en sorte que ce métal, quoique plus abondant dans les
chai rie aussi de l’or. Histoire générale des Voyages, tome VII, page 108.... Il y anoa-seulemciit àla Chine des rivières qui charrient de l’or, mais des minières dans les montagnes de Se-clmeu et de Yunnan du côte de l’ouest; la seconde de ces provinces passe pour la plus riche; elle reçoit beaucoup d’or d’un peuple nomme Lola, qui occupe les parties voisines d’Ava, de Pégu et de Laor ; mais cet or n’est pas des plus beaux.... Le plus beau se trouve dans les districts de Li-Kyang-fu et de Yang-chang-fn. Idem, tome VI, page 184.
” Il y a plusieurs mines d’or à la Chine ; mais en general il est moins pur que celui du Brésil .* les Chinois en font néanmoins un très-grand commerce. Voyages de le Gentil; Paris, 1723, tome II, p. 13.
Le Jupon passe pour la contrée de toute l’Asie la plus riche eu or, mais on croit que la plus grande partie vient de Pile de Formose. Voyages deTavernier, tome IV, p. 83... Quelques
provinces de l’empire du Japon possèdent des mines d’or Le commerce s’en fait en or de
fonte et en or en poudre, que l’on tire des rivières... Les plus abondantes mines de l’or le plus pur ont été longtemps les mines de Sado, une des provinces septentrionales de Xipliou : on y recueille encore quantité de poudre d’or. Les mines de Suronga sont aussi trè.s-cstimées ; mais les unes et les autres commencent à s’épuiser; on en a découvert de nouvelles auxquelles il est défendu de travailler... Une montagne située sur le golfe d’Ükas, s’etant écroulée dans la mer à la lin du siècle pas.sé, on trouva que le sable du lieu qu’elle avait occupé était mêlé d’or pur.... Dans la province île Chiango et dans l’ile d’Amakusa, il y a aussi des mines d’or, mais on ne peut y travailler à cause des eaux. Histoire générale des Voyages, tome X, p. 634.
H y a une grande quantité de mines d’or et d’argent dans File de Formo.se, et on eu trouve de même beaucoup dans les ilcs des Voleurs et autres îles adjacentes ; mais l’or de l’ile des Voleurs n’est pas un métal pur : il y a dans ces îles, sans parler de celles des Voleurs, trois
mines d’or cl trois mines d’argent foi t abondantes Ces insulaires estimaient plus l’argent
que l’or, parce que ce précieux métal y était très-commun ... Tous leurs ustensiles étaient ordinairement d’or ou d’argent Leurs tcnqiles, soit dans les villes, soit à la campagne, étaient
pour la plupart couverts d’or; mais depuis que les Hollandais leur ont porté du fer iiour eu avoir de l’or, ils l’ont moitis prodigué. Description de l’île de Formose ; Amsterdam , 1705, pages 167 et 168.
La Sibérie a des mines d’or, mais dont le produit ne v aut pas la dépense; elles sont aux environs de Kalhérinbourg ; une terre blanche tirant sur le gris, mêlée de quelques couches de terre martiale, indique la mine d’or. A peine a-t ou creusé deux pieds que les fdons paraLsseiit... Ces mines sont dans des glaises bleues , et se terminent ordinairement à des coiiehes d’ocre; l’or est eommuuêraeni dans le quartz et souvent dans un ocre très-faible; ou le trouve par petites paillettes qu’on sépare au lavage. Celte mine d’or et quatre autres se trouvent .à peu pi ès sous la même latitude , cl elles sont à plus de deux cents toises au-dessus du niveau de la mer, cl renfermées ilans des matières vitriliables, tandis que les mines de cuivre ne sont qu’à cent quatre-vingts toises au-dessus du même niveau de la mer, cl mêlées de matières calcaires. Histoire générale des Voyages, tome XIX, p. 473 et 476. Les mines de Kalhérinbourg tendent anmicllcmcnl deux cents à deux cent quatre-vingts livres d or. Journal politique, 13 février 1776, article l’aris.
IIISTOinE NATUnEIJ.E
coiiIrcTS nn'‘i-i(lioiiaU‘s de l’Asie, ne laisse pas de se li‘(mvej' aussi dans toutes les régions de cette grande partie du momie.
Les terres de l’Afrique sont plus intactes, et par conséquent plus riches en or que celles de l’Asie, l.es Africains en général, l)eaucoup moins civilisés que les Asiaticpies, se sont rarement donné la peine de fouiller la terre à de grandes i)rofondeurs ; et (|uel(|ue abondantes que soient les mines d’or dans leurs montagnes, ils se sont contentés d’en recueillir les débris dans les vallées adjacentes, (pii étaient, et même sont encore Ircs-ricbemeid pourvues de ce métal, üès l'année 1412, les Maures, Noisius du cap liajador, offrirent de la poudre d’or aux Portugais, et c’était la première fois que les Européens eussent vu de l’or en Afrique*. La recherebe de ce métal suivit de près ces offres; car, en 1401, ou lit commerce de l'Or de la Mina** (or de la mine), au cinquième degré de latitude nord, sur celte meme côte qu’on a depuis nommée la Côte-d’Or. Il y avait néanmoins de l’or dans les parties de l’Afrique anciennement connues, et dans celles qui avaient été découvertes longtemps avant le cap Lajador : mais il y a toute apparence que les mines n’en avaient pas été fouillées ni même reconnues; car le voyageur lloberts est le premier qui ait indiqué des mines d’or dans les des du caj) Vert***. La Côte-d’Or est encore aujourd’hui l’une des parties de l’Afriipic qui produit la plus grande quantité de ce métal : la rivière d’Axim en charrie des paillettes et des grains qu’elle dépose dans le sable en assez grande quantité, pour que les Nègres prennent la peine de plonger et de tirer ce sable du fond de l’eau****. On recueille
* «Gonzalez reçut pour la rançon de deux jeunes gens (prit y avait fait prisonniers une . (luanlite eonsidéralile de poudre d’or; ee fut la |ueinièrc fois (pie l’.\frique fit luire ce pré- « l ieux mi'lal aux yeux des aventuriers portugais, et cette raison leur fit donnei à un ruisseau, « environ six lieues dans les teires, le nom de Itiu d'on. » Histoire générale des Voyages, tome I, page 7.
” Desmari hais dit que les lialiitanls du canton de .Vliiia ... liront beaiieoup d’or de leiii's rivières el des riii.sseaiix ; il assure ipi’à la distance de quelques lieues au nord et au nord-est du cliâteau.il y a plusleuis mines de ce métal, mais que les nègr«î du pays ii’onl pas plus d’hahileté à les faire valoir que ceux de liamliuk cl de Tomimt en ont dans le royaume de Galam. Cependant, eonlimie-t-il, elles doivent être fort riches pour avoir fourni aussi longtemps autant d’or que les Portugais et les Hollandais en ont tiré. Pendant que IcsPorlugais étaient en possession de Mina , ils ne jirenaient [las la peine d’ouvrir leurs magasins, si les marchands nègres n’apporlaieiit cinquante marcs d'or à là fois. Les Hollandais, qui sont établis dans le même lieu depuis plus d’un siècle, en ont apporté d’immenses trésors. On prétend qu’ils ont fait de grandes découvertes dans l’intérieur des terres, mais qu’ils jugent à pi opos de les cacher au public. Idem, tome IV, p. H.
Dans file Saint-Jean, au cap Vert, le voyageur Uobcrls grimpa sur desrochersoù il trouva de l’or eu lilcl dans la pierre, et entre autres une partie plus grosse et longue comme le doigt, qu’il eut de la peine à tirer du roc dans lequel la veine d’or s’enfonçait beaucoup plus. Histoire générale des Voyages, tome II, p. 29’).
Histoire générale des Voyages, tome II, |i. f)50 et sniv. Sur la cède d’Or, en .Afrique, la
DES MINÉHADX.
aussi licaucoup tlor i»ai‘ 1»; lavage <laus les lencs du eoyauiue <le Kauou à l’est et au nord-est de Galaiu, où il sc trouve presque à la surface du terrain. Il 5' en a aussi dans le royaume de Tombut, ainsi qu’à Gago et à Zamfara. Il y en a de même dans plusieurs endroits de la Guinée et dans les terres voisines de la rivière de Gambra ***
rivière d’Axim (jiii roule des paillettes d'or est à peine navigable. Les habitants cherchent ce métal dans le fond de ccUc rivière en s’y plongeant et ramassant une qnantilé de sable , dont ils remplissent une. callcbasse avant de reparaître sur l’eau, ensuite ils chcrehent l’or dans cette matière qu’ils ont rapportée dans leurs eallehas.ses ; il se trouve en paillettes et en grains après le lavage de cette matière. Dans la s.aison des pluies, où la rivière d’Axim et les ruisseau.x qui y aboutissent se gonflent considérablement, on trouve dans leur sable des grains d’or plus gros et en plus grande quantité ; cet or est très-pur. Bosraan, Histoire générale dos Voyages,!. IV, p. 19... L'or lopins fin de la côte (rOr,cst celui d’Axim; on assure qu’il est à vingt-deux et même vingt-trois carats; celui d’Acra ou de ïasorest inférieur; celui d'Akanezet d’Acbem suit immédiatement. et celui de Fétu est le pire.... Les peuples d’.Vxim et d’Aebem le tirent du sable de leurs rivières... L’ord’Acravient delà montagne de Tafu, qui esta trente lieues dans l’intérieur des terres. L’or d’.Vkanezct de Fétu est tiré de la terre sans grande fatigue.... mais l’or de ce pays nepasse jamais de vingtà vingt et un carats.. .Rien n’est si commun parmi ces Nègres que les bracelets et les ornements d’or... La vaisselle de leurs rois, leurs fétiches sont entièrement d’or... Ils distinguent de trois sortes d’or, le, fétiche, les lingots et la poudre. L’or fétiche est fondu et communément allié à quelque aulrc métal ; les lingots sont des pièces de différents poids, tels, dit-on, qu’ils sont sortis de la mine. M. Phips eu avait un qui pesait trente onces : cet or est très-sujet à l’alliage. La meilleure poudic d'or est celle qui vient des loyaumcs intérieurs, de Dumkira, d'Akim et d’Akauez; on prétend qu’elle est tirée du sable des rivières. Les habitants creusent des trous dans la terre, près des lieux où l’eau tombe des montagnes, et l’or y est arreté par sou poids.... Les Nègres de cette côte ont des filières pour tirer l’or en fils. Histoire générale des Voyages, tome IV, p. 21;i et 210.
* Idem, tome II, p. 330,031 et03f.
En Guinée, les Nègres recueillent les paillettes d’or qui se trouvent en assez grande (luantité dans la plupart des ruisseaux qui découlent des montagnes. Histoire générale des
Voyages, (orne 1, page 207 H y a trois endroits on les habitants du pays chcrehcnl l’or :
1» tians les montagnes; 2“ auprès des rivières où l’eau en entraîne de pcliles parties avec le sable ; 3" au bord de la mer où l’on trouve de petites soui ces d’eau vive, dans lesquelles il y a de l’or, et il s’en trouve beaucoup plus qu’à l’ordinaire dans le temps des grandes pluies; cependant ee travail qui sc fait en lavant le sable de ces sources ou ruisseaux, ne produit souvent qu’une très-petite quantité d’or et quelquefois point du tout , mais aussi il donne qneliiinddis par hasard des grains ou pépites un peu gi osses. Voyage en Guinée , par Rosman ; Lettre VI, page 82... Dans la province de Denkii a, qui est à cinq ou six journées de distance de la côte de Guinée, et dans quelques autres contrées de cette même région , il y a des mines d’or , dont les Nègres font le commerce avec les marchands européens qui iréquentent cette côte ; 1 or
qu'apportent ceux de Dinkira est bon et pur ceux d’Acany apportent de l'or d’.ksiant et
d’Axim, et de celui qu’ils tirent dans leur pays; cet or est d’une grande pureté... 11 n’y a point de pays que nous connaissions, dont il sorte tant d’or que de celui d’Axiio, et c’est le meilleur
de toute cette côte; on le conuait aisément à sa couleur obscure Il y a encore plus d’or a
Asian qu’à Dinkira; il en est de même du pays d’Aiiamé, situé entre Asiant et Dinkira... ün eu tirait aussi beaucoup du pays d’Au'iné qui est situé sur la côte fort au-dessus d’Axim. Idem, ibidem.
*** H V a de l’or dan.s les terres des nègres Mandingos, qui sont voisins de la rivière Gambra ;
HISTOIRE NATURELLE
ainsi qu’à la côte des Dents Il y a aussi un grand nombre de mines d’or dans le royaume de Ruina, qui s’étend depuis les montagnes de la Lune jusqu’à la rivière de Slaguika**, et un plus grand nombre encore dans le royaume de Rambuk ***.
Tavernier fait mention d un tuonccau d’or naturel, ramifié en forme d’arbrisseau, qui serait le plus beau morceau qu’on ait jamais vu dans ce genre, si son récit n’est pas exagéré ****. Pyrard dit aussi avoir vu une
ces nègres apportent l’or en petits lingots façonnes on forme d’anneaux : ils disent que cet or n’est pas de l’or lavé et tiré en |)Oudre des sables ou de la terre, mais qu’il se trouve dans les montagnes, à vingt journées de Kower. Histoire générale des Voyages, tome 111, page 032.
* Le royaume de Guiomeré, sur la côte d’ivoire en Afrique, est abondant en or. Idem, ibid.
** Histoire générale des V’oyages, tome V, page 228.
L’or est si commun dans le territoire de Bumbuk , que pour en avoir il suffit de racler la superficie d’une terre argileuse, légère et mêlée de sable. Lorsque la mine est très-riche, elle est fouillée à quelques pieds de profondeur, et jamais plus loin, quoiqu’elle paraisse plus abondante à mesure qu’on creuse davantage : ces mines .sont plus riches que celles de Galam, de Tombut et de Bambara. Histoire philo.sophique et politique des deux Indes. Amsterdam,
1772, tome I, pagefilO Les mines de Bambuk qui furent ouvertes en 1710 , produisent
beaucoup d’or en poudre et en grains, qu’on trouve dans la teire à peu de profondeur, et on l’cn retire parle lavage; cet or est très-pur... Ces mines qui sont dans des terres argileuses de difiérentes couleurs, mêlées de sable, sont très-aisées à être exploitées, et dix hommes y fout plus d’ouvrage et eu tirent plus d’or que cent dans les plus riches mines du Pérou et du Brésil... Les nègres n’out remarqué autre chose pour la connaissance des mines d’or dans ces |iays , sinon que les terres les plus sèches cl les plus stériles sont celles qui en fournisseul le plus... lis ne creusent jamais jusqu’à six, sept ou huit pieds de profondeur, et iic vont jamais jilus loin , quoique l’or y devienne souvent plus abondant , parce qu’ils ne savent pas faire des charpentes capables de soutenir les terres. Histoire générale des Voyages, tome 11, pages (140 et (ifl... A vingt-cinq lieues de la jonction de la rivière Faleraé avec le Sénégal , il y a une mine d’or dans un canton haut et sablonneux, et quelles j\ ogres se contentent, pour ainsi dire , de gratter sans la fouiller profondément... H y en a d’autres à cinqu.nnte lieues de cette même
jonction, dans les terrains qui avoisinent la rivière Falerné Los mines de Ghiugi-Faranna
sont à cinq lieues plus loin... Tous les ruisseaux qui arrosent ce grand territoire, et qui x'ont se jeter dans la rivière de Falerné, roulent beaucoup d’or que les Nègres recueillent avec le sable qui en est encore plus chargé que les terres voisines... Les montagnes voisines de Ghiugi- Faranna sont couvertes d’un gravier doré qui parait fort mêlé de paillettes d’or...
La plus riche de toutes les mines de Bambuk est celle qui a été découverte en 1710 ; elle est au centre du royaume, à trente lieues do la rivière de Falerné à l'est, et quarante du fort Saint-Pierre à Kayguure , sur la même rivière. Elle est d’une abondance surprenante , et l’or en est fort pur. Il y a une grande quantité d’auUxs mines dans ce pays dans l’espace de quinze à vingt lieues... Tout ce terrain des miucs est environné de montagnes hautes , nues et stériles On trouve dans tout ce pays des trous faits par les Nègres d’envii ou dix pieds de
profondeur; ils ne vont pas plus bas, quoiqu’ils convicmicut tous que l’or est plus abondant dans le fond qu’à la surface. Histoire générale des Voyages, tome H, page 6i2ct suiv.
Dans les présents que le roi d’Ethiopie envoyait au Graud-Alogol , il y avait un arbre d’or de deux pieds quatre pouces de haut, et gros de cinq ou six pouces par la tige. 11 avait dix ou douze branches dont quelques-unes étaient plus petites; à quelques endroits des giosscs Itrauches . on voyait quelque chose de raboteux , qui, en quelque sorte , ressemblait à des
Lranche d’or massif et pur, longue d’une coudée, et brancliue comme du corail, qui avait été trouvée dans la rivière de Couesme ou Couana, autrement appelée rivière noire à Sofala. Dans l’Abyssinie, la province de Goyame est celle on se trouvent les plus riches mines d’or *. Dn j)orte ce mêlai, tel qu’on le lire de la mine, à Gondar, capitale dn royaume, et on y travaille pour le purifier et le fondre en lingots. Il se trouve aussi en Éthiopie, près d’Hclem, de l’or disséminé dans les premières couches de la terre, et cet or est très-fin **. Mais la contrée de l’Afrique la plus riche, ou du moins la pins anciennement célèbre par son or, est celle de Sofala et du Monomotapa ’**. On croit, dit Marniol, que le j)ays d’Ophir, d’où Salomon tirait l’or j)our orner son temple, est le pays même de Sofala. Celle conjecture serait un peu mieux fondée en la faisant tomber sur la province du Monoinotapa qui porte encore actuellement le nom d’Op/mr ou Ofur****. Quoi qu’il en soit, cette abondance d’or à Sofala et dans le pays d’Ofur au Monomotapa, ne parait pas encore avoir diminué, quoiqu’il y ail toute apparence que de tenq)S immémorial la plus grande partie de l’or qui circulait
Ijoiirgoons. Les racines de cet arbre , que la nature avait ainsi fait , étaient petites cl courtes, cl la plus longue n’avait pas plus de quatre ou cinq pouces. Voyages de Tavernier , tome IV, page 86 et suiv.
* Lettres ediflantes, quatrième recueil, p.age 358.
** Idem, ibidem, page ^00.
Le royaume de Sofala est arrosé principalement par deux grands fleuves, Rio dcl Espirilo .Santo et Cuama. Ces deux fleuves et toutes les rivières qui s’y déchargent sont célèbres par le sable d’or qui roule avec leurs eaux. Au long du fleuve de Cuama, il y a beaucoup d’or dont les mines sont fort abondantes; ces mines portent le nom àe^nanica , et sont éloignées d’environ cinquante lieues au sud de la ville de Sofala ; elles sont environnées par nu circuit de Irciitc lieues de montagnes , au-dessus desquelles l’air est toujours serein; il y a d'autres mines à cent cinquante lieues qui avaient précédemment beaucoup plus de réputation ; on trouve dans ce grand pays des édifices d'une structure merveilleuse, avec des inscriptions d’un caractère inconnu. Les habitants ignorent tout à fait leur origine. Histoire générale îles Voyages, tome I, pages 0 et 111.
Les plus riches mines d’ordn royaume de Slongas, dans le Monomotapa, sont celles de Massapa, qui portent le nom à'üfur; on y a trouvé un lingot d'or de douze mille ducats, et un autre de quarante mille. L’or s’y trouve non-seulement entre des pierres , mais même sous l’écorce de certains arbres jusqu’au sommet , c’est-n-dire jusqu’à l’endroit où le tronc commence à se diviser en branches. Les mines do Manchika et de Ilutna sont peu inférieures à celles d’Ofur. Histoire générale des Voyages , tome V, page 22t. — Cet empire est arrosé de plusieurs l'ivièrcs qui roulent de l’or ; telles sont Passami , Luanga , Mangiono et quelques autres. Dans les montagnes qui bordent la rivière de Cuama , on trouve de l’or en plusieurs endroits, soit dans les mines ou dans les pierres, ou dans les rivières ; il y en a aussi beaucoup dans le royaume de Butna. Recueil des Voyages de la Compagnie des Indes, tome lil, p. 628... C’est du Monomotapa et du côté de .Sofala et de Mozambique , que se tire l’or le plus pur de l’Afrique ; on le tire sans grande peine en fouillant la terre do deux ou trois pieds seulement, et dans ces pays qui ne sont point habités , parce qu’il n’y a point d’eau , il se trouve sur la surface de la terre de l'or par morceaux de toutes sortes de formes cl de poids, et il y en a qui ticscnt jusqu’à une nu deux onces. Tavernier, tome IV, page 86 et suivi
inSTOr[{E NATURELLE
dans les pro\ inccs orieidah's de l’AI'n'que, el iiièiiio en Arabie, venail de ce pays de Sofala. Les principales mines sont situées dans les montagnes, à cinquante lieues et plus de distance de la ville de Sofala ; les eaux qui découlent de ces montagnes entraînent une infinité de paillettes d’or el de grains assez gros *. Ce métal est de même très-commun à Mozambi(|ue **, Enfin Tile de Madagascar participe aussi aux richesses du continent voisin : seulement il paraît que l’or de celte île est d’assez bas aloi, et qu’il est mêlé de quelques matières qui le rendent blanc, et lui donnent de la mollesse et j)lus de fusibilité ***.
L’on doit voir assez évidemment par cette énumération de toutes les 1er res qui ont produit et produisent encore de l’or, tant en Europe qu’en Asie et en Afrique, combien peu nous était nécessaire celui du Nouveau-ftionde : il n’a servi qu’à rendre presque nulle la valeur du nôtre; il n’a meme augmenté (|ue pendant un temps assez court la richesse de ceux qui le faisaient extraire pour nous l’apporter. Ces mines ont englouti les nations américaines et dépeuplé l’Europe. Quelle dilférence pour la nature et pour riuimanilé, si les myriades de malheu-
' Il y a tics mines d’or qui sont à cent et deux cents lieues de Sofala , et l’on y reneontre, aussi bien que dans les fleuves , l’or en grains , quelques-uns dans les veines des rochers , d’autres qui ont été entraînés l’Iiiver par les eaux ; et les habitants le cherchent l’été quand les eaux sont basses. Us se plongent dans les tournants et en tirent du limon, qui , étant lavé , il se trouve de gros grains d’or en plus ou moindre quantité. L’Afrique de Marmol , tome III , page 1 15... Entre Moxambiquo et Sofala, on trouve une grande quantité d’or pur et en poudre dans le sable d’une rivière qu'on appelle le Fleuve noir Tout cet or de Sofala est en pail-
lettes , en poudre et en petits grains et fort pur. Voyage de Fr. Pyrard de Laval, tome II , page 247... Les Cafres de Sofala font des galeries sous terre pour tâcher de trouver les mines d’or, dont ils recueillent les paillettes et los grains que les torrents et les ruisseaux entraînent avec les sables , et il arrive souvent qu’ils trouvent , au moyen de leurs travaux , des mines assez abondantes , mais toujotirs mêlées de sable et de terre , et quelquefois en ramifications dans les pierres. Histoire de l’Éthiopie , par le P. Joan dos Santos ; Paris , IC84 , partie II , pages 115 et 116.
A Mozambique , la poudre d’or est commune et sert même de monnaie ; on en apporte aussi du cap des Courants : elle se trouve au pied des montagnes ou dans les sables amenés par les eaux ; quelquefois il s’en trouve de gros morceaux très-purs; j’en ai vu d'une demi-livre pesant, mais cela est fort rare. Voyage de Jean Moquet; Kouen, 1645, liv. IV. page 260.
On voit , par le témoignage de Flaccourt , i[u’il y avait anciennement beaucoup d’or à Madagascar, el qu’il était tiré du pays même; cet or n’était en aucune façon semblable à celui que nous avons eu Europe , étant , dit-il , plus blafard el presque aussi aisé à fondre que du plomb. Leur or a été fouillé dans le pays en diverses provinces , car tous les grands en pos- .sèdeut et l’estiment beaucoup... Les orfèvres du pays ne sauraient employer notre or, disant qu’il est trop dura tondre. Voyage à Madagascar ; Paris , 1061 , page 83... Il y a tant d’or à Madagascar, qu’il n’est pas possible qu’il y ait été apporté des pays étrangers; il a été tiré dans le pays même; il y eu a de trois sortes, le premier qu’ils appcileul or de Malaiasse, qui est blafard et oc vaut pas plus de dix écus l’once ; c’est un or qui se fotid presque aussi aisément que le plomb. 11 y a de l’or que les Arabes ont apporté et qui est beau , bien ralliné , et vaut bien l’or de sequin ; le troisième est celui que les chrétiens y ont apporté , et qui est dur à fondre. L’or de Malacassc est celui qui a été fouillé dans le pays. Idem, page 148.
DES MLNEUALX.
reiix qui ont péri dans ces fouilles profondes des entrailles de la terre eussent cinployc leurs bras à la cullure de sa surface ! ils auraient changé l’aspect brut et sauvage de leurs terres infoiiues en guérets réguliers, en riantes campagnes aussi fécondes qn’clles étaient stériles, et qu’elles le sont encore. Mais les conquérants ont-ils jamais entendu la voix de la sagesse, ni même le cri de la pifié! leurs seules vues sont la déprédation et la destruction j ils se permettent tous les excès du fort contre le faible; la mesure de leur gloire est celle de leurs crimes, et leur triomphe l’opprobre de la vertu. En déi)euplant ce nouveau monde, ils l'ont déliguré et presque anéanti; les victimes sans nombre qu’ils ont immolées à leur cupidité mal entendue auront toujours des voix qui réclameront à jamais contre leur cruauté : tout l’or qu’on a tiré de l’Amérique pèse peut-être moins que le sang humain qu’on y a répandu.
Comme cette terre était de toutes la plus nouvelle, la plus intacte et la plus récemment peuplée, elle brillait encore il y a trois siècles de tout l’or et l’argent que la nalure y avait versés avec profusion : les naturels n’en avaient ramassé que pour leur commodité, et non par besoin ni par cupidité; ils en avaient fait des instimmenls, des vases, des ornements, et non pas des monnaies ou des signes de richesse exclusifs * : ils en estimaient la valeur par l’usage, et aui-aicnt préféré notre fei' s’ils eussent eu l’art de l’employer. Quelle dut être leur surprise Iors(iu’ils virent des hommes sacrifier la vie de tant d’autres hommes, et quelquefois la leur propre, à la recherche de cet or, que souvent ils dédaignaient de mettre en œuvre ! I.es Péruviens rachetèrent leur roi, que cependant on ne leur rendit pas, pour plusieurs milliers pesant d'or**; les Mexicains en avaient fait à peu près autant, et furent trompés de même : et pour coinrir l’horreur de ces violations, ou plutôt pour étouffer les germes d’une vengeance éternelle, on finit par exterminer presque eu enlier ces malheureuses nations; car à peine reste-t-il la millième partie des anciens peuples auxquels ces terres a])parlenaient, et sur les(|uelles leurs descendants, en très-|)etit nombre, languissent dans l’esclavage, ou mènent une vie fugitive. Pouiquoi donc n’a-t-on |)as préféré de partager avec eux ces terres qui faisaient leur domaine? Pourquoi ne leur en céderait-on pas (juchpie portion aujourd’hui , puisqu’elles sont si vastes et plus d’aux trois (piarls incultes, d’autant qu’on n'a plus rien à redouter de leur nombre ? Vaines représentations, hélas ! en faveur de riiumanité ! le philosophe pourra les approuver, mais les hommes puissants daigneront-ils les entendre?
’ Soeliis focit (jiii pi iimis ex .niro denarium siglla^il.. Pline.
” L’or étiiil si comnitni au Pérou , que le jour de la prise du loi Alabalipa pai’ les lispaguüls, ils se lircul donner de l’or, pour deux millions do pisloles d’Espagne ; ou peut dire à peu près la même chose de ce qu’ils tirèrent du Sle\i<|ue . après la prise du roi Monté/, uiiia. Ilisloire universelle des Voyages, par Moiilfraisier ; Paris, 1707, page.âlS.
0^4 HISTOIRE NATURELLE
Laissons donc cotte niui alc ainigeaulc, à laciuelle je n’ai pu urempèclicr de revenir à la vue du triste spectacle que nous présentent les travaux des mines en Amérique : je n’en dois pas moins indiquer ici les lieux où elles se trouvent, comme je l’ai fait pour les autres parties du monde; et, a commencer par l’ile de Saint-Domingue, nous trouverons qu’il y a des mines d’or dans une montagne près de la ville de Saint-lago-Cavallero, et que les eaux qui en descendent cntrainenl et déposent de gros grains d’or *; qu’il y en a de même dans l’ile de Cuba et dans celle de Sainte-Marie, dont les mines ont été découvertes au commencement du siècle dernier. Les Espagnols ont aulrefois employé un grand nombre d’esclaves au travail de ces mines : outre l'or que Ion tirait du sable, il s’en tromait souvent d’assez gros morceaux comme enchâssés naturellement dans les rochers. L’ile de la Trinité a aussi des mines et des rivières qui fournissent de l’or.
Dans le continent, à commencer par l’isthme de Panama, les mines d’or SC trouvent en grand nombre; celles du Darien sont les plus riches, et fournissent plus que celles de Veraguas et de Panama. Indépendamment du produit des mines en montagnes, les rivières de cet isthme donnent aussi beaucoup d’or en grains, en i)ailletlcs et en poudre, ordinairement mêlé d’un sable ferrugineux qu’on en sépare avec l’aimant**. Mais c'est au Slcxiipie où l’or s’est trouvé répandu avec le plus de i)rofusion. L’une des mines les plus fameuses est celle de iMezquilal, dont nous avons déjà parlé. La pierre de cette mine, dit M. lîovvles, est un quartz blanc mêlé en moindre quantité, avec un quartz couleur de bois on de corne, qui fait feu contre l’acier : on y voit ((uelques petites taches vertes, lesquelles ne sont que des cristaux qui ressemblent aux émeraudes en groupes, et dont l’intérieur contient de petits grains d’or ***. Presque toutes les aulres provinces du Mexique ont aussi des mines
• notoire des Aventuriers; Paris, 1680 , tomel, page 79. - La rivière de Cibao , dans Pile d’Espagne, était la plus célèbre par la grande quantité d’or qu’on trouvait dans les sables.
Histoire des V oj'ages, par Montfraisicr , p. 519 Charlevoix raconte qu’on trouva à Saint-
Domingue, sur le bord de la rivière Hayna, un morceau d’or si grand, qu’il pesait trois mille si.v cents éciis d’or, et qui était si pur que les orfèvres jugèrent qu’il n’3' aurait pas trois cents écus de déchet à la fonte; il y .avait dans ce morceau quelques petites veines de pierre, mais ce n était guère que des taches qui avaient pcu<le profondeur. Histoire de .Saint-Domingue , tome I, p. 206... H se faisait , dans les commencements de la découverte de Sainl-Doniingiic, quatre fontes d’or chaque année , dcu.x dans la ville de Buena- Ventura pour les vieilles et les nouvelles mines de Saint-Christophe , et deux à la Conception , qu’on appelait communément la ville de lu Oÿo , pour les miues de Cibao et les autres qui se trouvaient plus à i)ortéc de cette place. Chaque fonte foiirni.ssait dans la première de ces deux villes cent dix ou cent vingt mille marcs; celle de la Vega cent vingt-cinq ou cent trente , et (jiiclqucfois cent quarante mille marcs. Do sorte que l’or qui se tirait tous les ans des mines de toute Pile montait à quatre cent soi.xante mille marcs. Ideni, pages 263 et 266.
” Voyage de Wafer ; suite de ceux de Dampier, tome IV, page 170.
Histoire naturelle d’Espagne, p. 1^9.
DES MINÉRAUX. fi.H3
d’oi-, ou (les mines d’argent * plus ou moins mêlé d’or. Selon le mémo M. Rowles, celle de Mezcjnital, r|uoique la meilleure, ne donne au (juinlal que trente onces d’argent et vingt-deux et demi grains d’or. Mais il y a apparence qu’il a été mal informé snr la nature et le produit de cette mine; car si elle ne tenait en effet que vingt-deux et demi grains d'or sur trente onces d’argent par quintal, ce qui ne ferait pas six grains d'or par marc d’argent, on n’en ferait i)as le départ à la monnaie de Mexico, puiscju’il est réglé par les ordonnances qu’on ne séparera que l’ai-gent tenant ))ar marc viugt-se|)t grains d’or et au-dessus, et qu’aulrefois il fallait trente grains pour (pi’on en fil le départ; ce qui est, comme l’on voit, une très-petite quantité d’or en comparaison de celle de l'argcat; et cet argent du 3Iexique, restant toujours mêlé d’un peu d’or, même après les opérations du départ, est plus estimé que celui du Pérou, surtout plus que celui des mines de Sainte-Pécaque, que l’on transporte à Compos telle.
Les relateurs s’accordent à dire que la province de Carthagéne fournissait autrefois beaucoup d’or, et l’on y voit encore des fouilles et des travaux très-anciens; mais ils sont actuellement abandonnés. C’est au Pérou que le travail de ces mines est aujourd’hui en pleine exploitation **. Frézier remarque seulement que les mines d’or sont assez rares dans la partie méridionale de ce royaume ***; mais que la province de Popayan en est remplie , et que l’ardeur pour les exploiter semble être
* Dans la province qui se nomme proprement Mexique , les cantons de Tueulala et de
Tiapa au sud , ont quantité de veines d’or et d’argent Les mines d’or de la province de
Chiapa, qui éliiient fort aliondantes autrefois, sont aiijoui d’hui épuisées; cependant il se trouve encore des veines d’or dans ses montagnes, mais elles sont abandonnées... Vers Golfo dolec, les
historiens disent qu’il y a une mine d’or fort abondante Les montagnes qui séparent les
Honduras de la provinee de Niearagua , ont fourni beaucoup d’or et d’argent aux Espagnols... Ses principales mines sont celles de Valladodid ou Comayagua , celles de Gracias a Dios , et celles des vallées de Xaticalpa cl d’ülancho, dont tous les torrents roulent de l’or... Il y avait aussi de l’or dans la province de Costa ricca, et dans celle de Veraguas. Histoire générale des Voyages, tome XII, page 6iS.
** Il y a des raines d’or dans le diocèsc’de Truxillo au l’érou, dans le corrégiment de Datas. Idem, page i07. — Et au diocèse de Guamangua , dans le corrégiment de Parinacocha; on eu trouve au corrégiment de Cotabamba et de Chumbi Vilcas , au diocèse de Cusco; dans celui d’,\imaraes, au même diocèse; dans celui deCaravaya, dont l’or est à vingt-trois carats; dans celui de Condefuios d’.Vrcquipa , au diocèse de ce nom ; dans celui de Cbicas, au diocèse de la Plata; dans celui de Lipe , dont les mines sont abandonnées aujourd’hui; dans celui d’Ainparaes; celui de Choyautas ; celui de la Paz , dans le diocèse de ce nom; celui de Laricanas, qui est de l’or à vingt-trois carats et trois grains , dans le meme diocèse de la Paz. Histoire générale des Voyages, page 5(17 jusqu’à 32ü.
Suivant Frézier, les mines d’or sont rares dans la partie méridionale du Pérou, et il ne s’en trouve que dans la province de Guanaco, du côlé de Lima; dans celle de Cbicas, où est la ville de Tarja, et pioche de la l’az ; à Chuguiago, où l’on a trouvé des grains d’or vierge d’une prodigieuse grosseur, dont l’uu entre autres pesait soLxaate-quatrc marcs , et un autre quarante-cinq marcs , de trois alois différents. Idem, tome Xlll, page 589.
IIISTOIIU,; iN.Vl'l llELLE
toujours la même. M. d’L'lloa dit que chaque jour on y découvre de nouvelles mines qu’on s’empresse de mettre en valeur, et nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici ce que ce savant naturaliste péruvien a éci it sur les mines de son pays : « Les Partidos ou districts de I' Ccli, de Buga, d’Almaguer et de Barhocoas sont, dit-il, les plus abon- II dants en métal, avec l’avantage que l’or y est (rès-pur et qu’on n’a pas Il besoin d’y employer le mercure pour le séparer des parties étraii- II gères. Les mineurs appellent minas de Caxa celles où le minéral est Il renfermé entre des pierres. Celles de Popayan ne sont pas dans cet Il ordre ; car l’or s’y trouve répandu dans les terres et les sables... Dans Il le bailliage de Clioco, outre les mines qui se traitent au lavoir, il s’en Il trouve quelques-unes où le minerai est enveloppé d’autres matières Il métalliques et de sucs bitumineux, dont on ne peut le séparer (ju’au Il moyen du mercure. La platine est un autre obstacle qui oblige quel- II quefois d’abandonner les mines : on donne ce nom à une pierre si Il dure, que, ne pouvant la briser sur une enclume d’acier ni la réduire Il i)ar calcination, on ne peut tirer le minérai qu’elle renferme qu’avec Il un travail et des frais extraordinaires. Entre toutes ces mines , il \ Il en a plusieurs où l’or est mêlé d’un tombac aussi fin que celui de Il l’Orient, av ec la propriété singidiére de ne jamais engendrer de vei l- II de-gris, et de résister aux acides.
« Dans le bailliage de Zaruma au Pérou, l’or des mines est de si bas Il aioi qu’il n’est quehjuefois qu’à dix-huit et même à seize cai'ats; mais Il cette mauvaise qiialité est réparée i)ar l’abondance... Le gouverne- « ment de Jaën de Bracamoros a des mines de la meme espèce, qui Il rendaient beaucouj) il y a un siècle *... Aulrefois il y avait quantité Il de mines d’or ouvertes dans la province de Quito, et plus encore de Il mines d’argent... On a recueilli des grains d’or dans les ruisseaux qui Il tirent leur source de la montagne de Pitchincha ; mais rien ne marque Il qu’on y ait ouvert des mines... Le pays de Pattactanga, dans lajuri- II diction de lliobamda est si rempli de mines qu’en 174.3 un habitant Il de cette ville avait fait enregistrer pour son seul comjvte dix-huit Il veines d’or et d’ai‘gcnt , toutes riches et de bon aloi. L’une de ces Il mines d’argent rendait quatre-vingts marcs par cinquante quintaux Il de minerai, tandis qu’(‘lles passent pour riches quand elles en donnent Il huit à dix marcs... II y a aussi des mines d’or et d’argent dans les Il montagnes de la juridiction de (luonça, mais qui rendent peu. Les Il gouvernements de Quixos et de Macas sont liches en mines; ceux de Il Marinas cl d’Atamès en ont aussi d’une grande valeur... Les terres
* J. a |ictilc jii'uviiice (le /.iiniiiia . ilil VI. de la Cunilaiiiine , clail aulrclois eélcbrc [lar ics milles d’ui' qui sont aujourd’liui |)iesi|uc aliaiidoiiiiécs ; l’ue eu est de lias aloi, et seuleiueiit de qualoize caïuts; il est mêlé d’ai'geiit el ne laisse pas d èti-c (orl doux sous le marteau. Voyage de iVl. de la Coiidaminc, page 21 .
DES MIJVÉRAEX.
« arrosées par quelques rivières qui lombenl dans le Maragnoii et par « les rivières de Sainl-lago et de 3Iira, sont remplies de veines d’or *. i> Los anciens liistoriens du jVouveau-Monde , et entre autres le P. Acosta, nous ont laissé quelques renseignements sur la manière dont la nature a disposé l’ordaris ces riches contrées; on le tiouve sous trois formes différentes : 1" en grains ou péjyilcs, (pii sont des morceaux massifs et sans mélange d’autre métal; 2" en pondre; 5’ dans des pierres : <1 J’ai Ml, dit cet historien, ()uel(|ues-unes île ces pépites qui pesaient « plusieurs livres **. L’or, dit-il, a par excellence sur les autres mé- « taux de se trouver ])ur et sans mélange; cependant, ajoute-t-il, on <> trouve quelquefois des pépites d’argent tout à fait pures : mais l’or « en pépites est rare en comjKuaison de celui qu’on trouve en poudre, n L’or en pierre est une veine d’or infiltrée dans la pierre, comme je l’ai « vu à Carunia, dans le gouvernement des salines... Les anciens ont « célébré les fleuves ipii roulaient de l’or, savoir : le Tage en Espagne, « le Pactole en Asie et le Gange au.x Indes orientales. Il y a de même <1 dans les rivières des iles de Barlovcnlo, de Cuba, Potorico et Saint- « Dominguc, de l’or mêlé dans leurs sables... Il s’en trouve aussi K dans les torrents au Chili, cà Quito cl au noiiNcau royaume de Gre- < nade. L’or qui a le plus de réputation est celui de Caramna au Pérou, « et celui de Valdiviaau Chili, parce ipi’il est très-pur et de vingt-trois « carats et demi. 1/on fait aussi étal de l’or de V’eragua qui est ti-és-tin ;
« celui de la Chine cl des Philipiiines , qu’on ajiporle en Améri(|ue, « n’est pas à beaucoup près aussi pur ***, «
Le voyageur Wafer raconte qu’on trouve de même une grande iiuanlilé d’or dans les sables de la rivière de Coquimho au Pérou, et (jue le terrain voisin de la baie où se décharge celte rivière dans la mer, est comme poudré de poussière d’or, au points dit-il, que quand nous y marchions nos habits en étaient couverts; mais cette poudre était si menue que c eût été un ouvraye infini de vouloir la ramasser. « La même chose nous « arriva, continue-t-il, dans quelques autres lieux do celte même côte
’ Histoire gcncr.olc des Voynges, tome XIII, page EiO-t et suiv.
** Les Espagnols donnent le nom de pépite, à nn morceau d’or ou d’argent qui n’a pas encore éic purifié, et qui sort seulement de la mine, o .l’en ai vu une , dit Fcnillée , du poids « de trente-trois livres et quelques onces, qu’un Indien avait trouvée dans une ravine que les 0 eaux .avaient découverte; ce <|ue j’ai admire dans celte pépite, c’est que sa partie supérieure <■ était beaucoup pins p irl'aitc que l’iiifciieurc , et (pic cetle perfeclion diminuait à mesure » qu’elle s'approchait de la parlic inl'crieuro, dans une proportion admirable ; vers l’c-xtréniilé " de la parlic supérieure l’or clait de vingt doux carats deux grains ; un peu plus bas, de » vingt-et-un carats un demi-grain; à deux pouces de distance de sa parlic supérieure , elle >' n’clail plus ijuc de vingt-et-un carats ; et vers l’extrcmilc de sa partie inréricurc , la péjiite “ n’était que de dix-sept carats et demi. « Observations physiques , par le 1’. Fcuilice; l’aris, 1722, tome I, Jiage iüt».
*** Histoire naturelle cl morale des deu.x Indes, par Joseph .Veosla; l’aris , lühO , page I5{. (urrox, tuin. ni. 50
m HtSTOtKË NA'l’tHELLE
« où les rivières üiiièiiciit do celle pondre avec le sable j mais l or se « trouve en paillelles et en grains plus gros à mesure que l’on remonte <( CCS rivières aurifères vers leurs sources * **. «
Au reste, il parait que les grains d’or qu l’on trouve dans les rivières ou dans les terres adjacentes n’ont pas toujours leur brillant jaune et métallique ; ils sont souvent teints d’autres couleurs brunes, grises, etc. : par exemple , on lire des ruisseaux du pays d’Arecaja de l’or en forme de dragées de plomb, et qui ressemblent à ce métal par leur couleur grise; on trouve aussi de cet or gris dans les tori-entsde Coroyco; celui que les eaux roulent dans le pays d’Arecaja vient probablement des mines de la province de Carabaja qui en est voisine; et c’est l’une des contrées du Pérou qui est la plus abondante en or fin , qu’Al[)lionsc barba dit être de vingt-trois carats trois grains ", ce qui serait à trèspeu près aussi pur que notre or le mieux raffine.
Les terres du Chili sont presque aussi riches en or (|uc celles du Mexique et du Pérou. Ou a trouvé, à douze lieues vers l’est de la ville de la Conception, des pépites d’or, dont quelques-unes étaient du poids de huit ou dix marcs et de très-haut aloi. On tirait aulrefois beaucoup d’or vers Angol, à dix ou douze lieues |)lus loin, et l’on pourrait en recueillir en mille autres endroits; car tout cet or est dans une terre qti’il suffit de laver ***. Frézier, dont nous tirons celte indication, en a donné plusieurs autres avec un égal discernement sur les mines des diverses provinces du Chili****. On trouve encore de l’or dans les terres qu’arro-
* Voyage de Wafer à la suite de ceux de Dampier, tome IV, page 288.
** Métallurgie d’Alphonse Barba, tome I, page X’ .
Voyage de Frézier, page 76.
Tit-til, village de Chili, est situé à ini-oôte ' '"wne haute montagne qui est toute pleine de mines d’or qui ne sont pas riches, et dont la pierre ou minerai est tort dur. On écrase ce minerai sous un bocard ou sous une meule de pierre dure, et lorsque ce minerai est concassé, on jette du mercure dc.ssus pour en tirer l’or ; on ramasse ensuite ect amalgame d’or et de mercure, on le met dans un nouet de toile pour en cxpi imer le mercure autant qu’on peut ; ou le fait ensuite chauffer pour faire évaporer ce qui eu reste, cl c’est ce qu’on appelle de l’or en pigne ; on fait foudre celle pigiic pour aclicver de la dégager du mercure , cl alors on coiiiiait le juste prix elle véritable aloi de cet or... h’or de cc.s mines est à vingt ou viiigl-el-un carats... Suivant la qualité des minières et la richesse des veines, cimiuantc quintaux de minerai, ou chaque caxou, donne quatre, cinq et six onces d’or ; car, quand il n’en donne que deux . le mineur ne l■clil•c que ses frais, ce qui arrive assez souvent. On peut dire que ces mines d'or sont de toutes les mines métalliques les plus inégales en richesse do métal, et par conséquent en produit.s. On poursuit une veine qui s’élargit, se rétrécit, semble même se perdre, et cela dans un petit espace de terrain ; mais ces veines abonlissenl quelquefois à des endroits où l’or paraît accumulé en bien plus grande (piaiilité que dans le reste de la veine... A la descente de la montagne de Valparaiso , du côté de l’ouest , il y a une coulée dans laquelle est un riclic lavoir d’or; on y trouve souvent des morceaux d’or vierge d’environ une once... Il s’en trouve quelquefois de plus gros et de deux ou trois marcs.. . On trouve aussi dans cette meme contrée beaucoup d’or dans les terres et les sables, surtout au pied des moiitagiics et dans leurs angles rentrants , et ou lave ces terres et sables dans Icsciuels souvent l’or n’est point apparent, ce
DÉS MtNÉHAUX.