‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 53 sur 54 · DU MERCURE · texte numérisé non relu

DU MERCURE

Rien ne ressemble plus à l’étain ou au plondj, dans leur état de fusion, que le mercure dans son état naturel ; aussi l’a-t-on regardé comme un métal fluide, auquel on a cherché, mais vainement, les moyens de

(1) Kola. M. Bcrgmaiin , ù qui M. Tungborg a envoyé un morceau de cette mine de Na^hiac , s’est assuré qu’il contenait du quartz blanc, une pierre arénaire blancbâlre , se coupant au couteau, faisant cfTervescence avec les acides , et de la manganèse. La formation de cette mine ne doit donc être regardée que comme accidentelle.

HISTOIRE NATURELLE

donner de la solidité ; on a seulement trouvé que le froid extrême pouvait le coaguler, sans lui donner une solidité constante, ni même aussi permanente, à beaucoup près, que celle de l’eau glacée ; et par ce rapport unique et singulier, le mercure semble se rapprocher de la nature de l’eau, autant qu’il approche du métal par d’autres propriétés, et notamment par sa densité, la plus grande de toutes après celle deror(l) : mais il diffère de tout métal, et même de tout minéral métallique, en ce qu’il n’a nulle ténacité, nulle dureté, nulle solidité, nulle fixité; et il se rapproche encore de l’eau par sa volatilité, puisque, comme elle , il se volatilise et s’évapore à une médiocre chaleur. Ce liquide minéral est-il donc un métal? ou n’est-il pas une eau qui ressemble aux métaux, parce qu’elle est chargée des parties les plus denses de la terre, avec lesquelles elle s’est plus intimement unie que dans aucune autre matière? On sait qu’en général toute fluidité provient de la chaleur, et qu’en particulier le feu agit sur les métaux comme l’eau sur les sels, puisqu’il les liquéfie, et qu’il les tiendrait en une fluidité constante s’il était toujours au même degré de violente chaleur, tandis que les sels ne demandent que celui de la température actuelle pour demeurer liquides. Tous les sels se liquéfiant dans l’eau comme les métaux dans le feu , la fluidité du mercure lient, ce me semble, plus au premier élément qu’au dernier; car le mercure ne se solidifie qu’en se glaçant comme l’eau : il lui faut même un bien plus grand degré de froid, parce qu’il est beaucoup plus dense. Le feu est ici en quantité presque infiniment petite, au lieu que ce même élément ne peut agir sur les métaux, comme liquéfiant, comme dissolvant, que quand il leur est appliqué en quantité infiniment grande, en comparaison de ce qu'il en faut au mercure pour demeurer liquide, De plus, le mercure se réduit en vapeurs par l’effet de la chaleur, à jieu près comme l’eau, et ces deux vapeurs sont également incoercibles, même par les résistances les plus fortes ; toutes deux font éclater ou fendre les vaisseaux les plus solides avec explosion : enfin, le mercure mouille les métaux, comme l’eau mouille les sels ou les terres, à proportion des sels qu’elles contiennent. Le mercure ne peut-il donc pas être considéré comme une eau dense et pesante , qui ne tient aux métaux que par ce rapport de densité? et cette eau, plus dense que tous les liquides connus, n’a-t-elle pas dû se former après la chute des autres eaux et des matières également volatiles reléguées dans l’atmosphère pendant l’incandescence du globe? Les parties métalliques, terrestres, aqueuses et salines, alors sublimées, ou réduites en vapeurs, se seront combinées; et tandis que les matières fixes du globe se vitrifiaient ou se déposaient sous la forme de métal ou de chaux métallique , tandis

(t) La pesanteur spécifique de l'or à 24 carats est de 102981 , et celle du plomb de 115525. La pesanteur spécifique du mercure coulant est de 155681 , et celle du cinabre d'Alinaden est de 102185. Voyez les Tables de M. Brisson.

qnc l’caii encore pénétrée de feu produisait les acides et les sels, les vapeurs de ces substances métalliques, combinées avec celles de l’eau et des principes acides, n’ont-clles pas pu former cette substance de mercure presque aussi volatile que l’eau, et dense comme le métal? Cette substance liquide qui se glace comme l’eau , et qui n’eu diffère essentiellement que par sa densité, n’a-l elle pas dû se Irouver dans l’ordre des combinaisons de la nature, qui a produit non-seulement des métaux et des demi-métaux, mais aussi des terres métalliques et salines, telles que l’arsenic? Or, pour compléter la suite de ses opérations, n’at-elle pas dù produire aussi des eaux métalliques, telles que le mercure? L’échelle de la nature, dans ses productions métalliques, commence par l’or, qui est le métal le plus inaltérable, et par conséquent le plus parfait ; ensuite l’argent, qui, étant sujet à quelques altérations, est moins parfait que l’or; après quoi le cuivre, l’étain et le plomb, qui sont susceptibles non-seulement d’altération , mais de décomposition, sont des métaux imparfaits encomj)araison des deux premiers : enfin, le fer fait la nuance entre les métaux imparfaits et les demi-métaux; car le fer et le zinc ne présentent aucun caractère essentiel qui doive réellement les faire placer dans deux classes différentes. La ductilité du fer est une propriété que l’art lui donne; il se brûle comme le zinc : il lui faut seulement un feu plus fort, etc. On pourrait donc également prendre le fer pour le premier des demi-métaux, ou le zinc pour le dernier des métaux; et cetle échelle se continue par l’antimoine, le bismuth, et finit par les terres métalliques et ))ar le mercure, qui n’est qu’une substance métallique liquide.

Ou se familiarisera avec l’idée de cette possibilité, eu pesant les considérations que nous venons de présenter, et en se lappelant que l’eau, dans son essence, doit être regardée comme un sel insipide et fluide; que la glace, qui n’est que ce même sel rendu solide, le devient d’autant plus que le froid est plus grand ; que l’eau, dans son état de liquidité, peut acquérir de la densité à mesure qu’elle dissout les sels ; tpie l’eau purgée d’air est incompressible, eldès lors conqmsée de parties très solides et très-dures : que par consé(iuent elle deviendrait très-dense, si ces mêmes parties s’unissent de plus près : et quoi(|ue nous ne connaissions pas au juste le moyen que la nature a em|)loyé pour faire ce rapprochement des parties dans le mercure, nous en voyons néanmoins assez pour être fondés à présumer que ce minéral fluide est plutôt une eau métallique, qu’un vrai métal; de la même manière que l’arsenic, auquel on donne le nom de demi-métal, n’est qu’une terre plutôt saline que métallique, et non pas un vrai demi-métal.

On pourra me reprocher que j’abuse ici des termes, eu disant que le mercure mouille les métaux, puisqu’il ne mouille pas les autres matières, au lieu que l’eau et les autres liquides mouillent toutes les substances qu’on leur offre, cl (pie par conséquent ils ont seuls la faculté de mouiller. Mais en faisant attention <à la grande densité du mercure, et à

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la forte attraction qui unit entre elles ses parties constituantes, on sentira aisément qu’une can dont les parties s’attireraient aussi fort que celles du mercure, ne mouillerait pas plus que le mercure, dont les parties ne peuvent se désunir (jue par la chaleur, ou par une puissance plus forte que celle de leur attraction rétaproque, et que dès lors ces mêmes parties ne peuvent mouiller que l’or, l’argent et les autres substances qui les attirent plus puissamment qu’elles ne s’attirent entre elles : on sentira de même que, si l’eau parait mouiller indifféremment toutes les matières, c’est que, scs parties intégrantes n’ayant qu’une faible adhérence entre elles, tout contact suffit pour les séparer; et plus 1 attraction étrangère surpassera l’attraction réciproque et mutuelle de de ces parties constituantes de l’eau, plus les matières étrangères l’attireront puissammeut et se mouilleront profondément. Le mercure, par sa très-grande fluidité, mouillerait et pénétrerait tous les corps solides de la nature, si la force d’attraction qui s’exerce entre ses parties en proportion de leur densité, ne les tenait pour ainsi dire en masse, et ne les empêchait par conséquent de sc séparer et de se répandre en molécules assez petites, pour pouvoir entrer dans les pores des substances solides. La seule différence entre le mercure et l’eau, dans l’action de mouiller, ne vient donc que du plus ou moins de cohérence dans l’agrégation de leurs parties constituantes, et ne consiste ((u’en ce que celles de l’eau se séparent les unes des autres bien plus facilement que celles du mercure.

Ainsi, ce minéral, fluide comme l’eau, se glaçant comme elle par le froid, se réduisant comme elle en vapeurs par le chaud, mouillant les métaux comme elle mouille les sels et les terres, pénétrant même la substance des huiles et des graisses, et entrant avec elles dans les corps des animaux, comme l’eau entre dans les végétaux, a de plus avec elle un rapport qui suppose quelque chose de commun dans leur essence; c’est de répandi’e, comme l’eau, une vapeur qu’on peut regarder comme humide : c’est par cette vapeur que le mercure blanchit et pénètre l’or sans le toucher, comme l’humidité do l’eau répandue dans l’air pénètre les sels. Tout concourt donc, ce me semble, à prouver que le mercure n’est point un vrai métal, ni même un demi-métal, mais une eau chargée des parties les i)lus denses de la terre; comme les demimétaux ne sont que des terres chargées, de même, d’autres parties denses et pesantes qui les rapprochent de la nature des métaux.

Après a\oir exposé les ra|)i)orts ([ue le mercure peut avoir avec l’eau, nous devons aussi présenter ceux qu’il a réellement avec les métaux. 11 en a la densité, l’opacité, le brillant métallique; il peut de même être dissous par les acides, précipité |)ar les alcalis : comme eux, il ne contracte aucune union avec les matières teiTcuses, et comme eux encore, il en contracte avec les autres métaux; et si l’on veut qu’il soit métal, on pourrait même le regarder comme un troisième métal parfait, puisqu’il est presipie aussi inaltérable ({ue l’or et l’argent, par les

DES MliSEUAUX.

impressions des éléments Immides. Ces propriétés relatives el communes le rapprochent donc encore plus de la nature du métal qu’elles ne l’éloignent de celle de l’eau, et je ne puis blâmer les alchimistes, qui, voyant toutes ces propriétés dans un liquide, l’ont regardé comme l’eau des métaux, cl particulièrement comme la base de l’or et de l’argent, dont il approche par sa densité, el auxquels il s’unit avec un enipresscmenlqui tient du magnétisme; et encore parce qu’il n’a comme l’or el l’argent, ni odeur ni saveur. Enfin, on n'est pas encore bien assuré que ce liciuide si dense n’entre pas comme princii)e dans la conq)osilion des métaux , et qu’on ne puisse le retirer d’aucun minéral métallique. Recherchons donc, sans préjugé^ quelle peut être rcsscnce de ce minéral amphibie, qui participe de la nature du métal et de celle de l’eau ; rassemblons les principaux faits que la nature nous présente, cl ceux que l’arl nous a fail découvrir sur ses différenles propriétés, avant de nous arrêter à notre opinion.

Mais ces faits paraissent d’abord innombrables ; aucune matière n’a été plus essayée, plus maniée, plus combinée : les alchimistes surtout, persuadés que le mercure ou la terre mcrcui'iellc était la base des métaux, cl voyant qu’il avait la plus grande aftinilé avec l’or et l'argent, ont fait des travaux immenses pour tacher de le lixer, de le convertir, de l'extraire; ils l’ont cherché non-seulement dans les métaux et minéraux, mais dans toutes les substances et jusque dans les plantes : ils ont voulu ennoblir, par son moyen, les métaux imparfaits, et quoiqu’ils aient prescpic toujours manqué le but de leurs recherches, ils n’ont pas laissé de faire plusieurs découvertes intéressantes. Leur objet principal n’était pas absolument chimérifiuc, mais pcut-élie moralement impossible à atteindre; car rien ne s’oppose à l’idée de la transmutation ou de l'ennoblissemcnt des mélanx, que le peu de puissance de notre art, en comj)araison des forces de la nature; et puisqu’elle peut convertir les éléments, n’a-t elle pas pu, ne pourrait-elle j)as encore transmuer les substances métalliques? Les chimistes ont cru, pour l’honneur du nom, devoir rejeter toutes les idées des alchimistes ; ils ont même dédaigné d’étudier et de suivre leurs procédés; ils ont cependant adopté leur langue, leurs caractères, et même quelques-unes des obscurités deleurs principes : le phlogisliquc, si ce n’est i)as le feu fixe animé par l’air; le luinéralisalcur, si ce n’est pas encore le feu contenu dans les pyrites et dans les acides, me paraissent aussi précaires que la terre mercurielle et l’eau des métaux. Nous croyons devoir rejeter également tout ce qui n’existe pas, cointnc tout ce (jui ne s’entend pas, c’est-à-dire tout ce dont on ne peut avoir une idée nette; nous tâcherons donc, en faisant riiistoirc du mercure, d’en écarler les fables autant que les chimères.

(Considérant d’abord le mercure tel que la nature nous l’oflre, nous Aoyons (ju’il ne se trouve que dans les couches de la terre formées par le dépôt des eaux; qu’il n'occupe pas, comme les métaux, les lentes per-

HiSTülHË NÂÎLHËLLK

pendiculaircs de la roche du globe ; qu’il negitpas dans le quartz, et n’en est incine jamais accompagné j qu’il n’est point mêlé dans les minerais des autres métaux ; que sa mine à laquelle on donne le nom de Cinabre^ n’est point un vrai minerai, mais un composé, par simple juxtaposition, de soufre, et de mercure réunis, qui ne se trouve que dans les montagnes à couches, et jamais dans les montagnes primiti\'es5 que par conséquent la formation de ces mines de mercure est postérieure à celle des mines primordiales des métaux , puisciu’elle suppose le soufre déjà formé i)ar la décomposition des pyrites : nous ^errons de plus que ce n’est que très-rarement que le mercure se présente dans un état coulant, et que, quoiqu’il ait moins d'aftinité que la plupart des métaux avec le soufre, il ne s’est néanmoins incorporé qu’avec les pierres ou les terres qui en sont surchargées; que jamais il ne leur est assez intimement uni pour n’en pas être aisément séparé; (ju’il n’est même entré dans ces terres sulfureuses que par une sorte d’iinbibition, comme l’eau entre dans les autres terres, et qu’il a dû les pénétrer toutes les fois qu’il s’est trouvé réduit en vapeurs; qu’enfin il ne se trouve qu’en quehiues endroits particuliers, où le soufre s’est lui-même trouvé en grande quantité, et réduit en foie de soufre par des alcalis ou des terres calcaires, qui lui ont donné l’aftinilé nécessaire à son union avec le mercure : il ne se trouve en effet, en quantité sensible, que dans ces seuls endroits; partout ailleurs, il n’est que disséminé en particules si ténues qu’on ne peut les rasscnd)ler, ni même les apercevoir que dans quelques circonstances particulières. Tout cela peut se démontrer en comparant attentivement les observations et les faits, et nous allons en donner les preuves dans le même ordre (pie nous venons de présenter ces assertions.

Des trijis grandes mines de mercure, et dont chacune suflirail seule aux besoins de tout I univers, deux sont en Ëurope et une en Amérique; toutes trois se présentent sous la forme solide de cinabre : la première de ces mines est celle d’Idria dans la Carniole (t); elle est dans une ardoise noire surmontée de rochers calcaires : la seconde est celle d’Almaden en Espagne (2), dont les veines sont dans des bans de

(I) Idria est une petite ville située dans la Csi niole , dans un vallon très-prolbud , sue les deux bords delà rivière d Idria, dont elle porte le nom; elle est entourée de hautes uiontagnos de pierres calcaires, qui portent sur un schiste ou ardoise noire, dans les couches duquel sont les travaux des fameuses mines de mercure; l’cpaisseiir de ce schiste pénétré de mercure et de cinabre est d’environ vingt toises d’Idria, et sa largeur ou étendue est de deux jus(iu’à trois cents toises; celte riche couche d’ardoise varie , soit en s’inclinant , soit en se replaçant Iiorizontalement , souvent même à contre-sens. La profondeur des principaux puits est de cent onze toises. Voyez la Description des mines d’Idria, par M. l’erher, publiée en 177^.

(i) Almadcn est un bourg de la province de la Manche, qui est environné du côté du midi de plusieurs montagnes dépendantes do la Sierra-Morena ou montagne Moire. Ce bourg est situé au sommet d’une montagne, sur le penchant et au pied du laquelle , du côté du midi , il

ma MINÉRAUX. ^6*?

grès (l)j lalroisièitie esl celle de (iuancabelica, petite ville à soixante lieues dePisco au Pérou(2). Les veines du cinabre y sont ou dans une argile

y a cinq ouvertures différentes qui conduisent par des chemins souterrains aux endroits d’où se tire le cinabre. On ne voit point au dehors de cette mine ni de ces terres qui caractérisent par quelque couleur extraordinaire le minéral que l’on trouve dans son sein , ni de ces décomhrcments qui rendent ordinairement leur entrée difficile , ou qui exhalent quelque odeur sensible... On tire la raine en gros quartiers massifs, et ce sont des forçais qui sont condamnés à ce travail, et qui sont emprisonnés dans une enceinte qui environne l’un des puits de la mine... Les veines qui paraissent au fond de l’endroit où les mineurs travaillent, sont de trois sortes. La plus commune est de pure roche de couleur grisâtre à l’extérieur , et mélce dans son intérieur de nuances rouges, blanches et cristallines. Cette première veine en contient une seconde dont la couleur approche de celle du minium.

La troisième est d’une substance compacte , très-pesante , dure et grenue comme celle du grès, et d’un rouge mat de brique , parsemée d’une infinité de petits brillants argentins.

Parmi ces trois sortes de veines , qui sont les seules utiles , se trouvent différentes autres pierres de couleur grisâtre et ardoisée, et deux sortes de terre grasse et onctueuse, blanche et grise , que l’on rejette. Extrait du Mémoire de M. de Jussieu , dans ceux de l’Académie des Sciences, année 1719, p. 590 et suiv.

(1) La ville d’Alraadcn, composée de plus de trois cents maisons, avec l’église, est bâtie sur

le cinabre La mine est dans une montagne dont le sommet est une roche nue sur laquelle

on aperçoit quelques petites taches de cinabre. ... Dans le reste de la montagne on trouve quelques petites veines d’ardoise avec des veines de fer , lesquelles à la superficie suivent la direction de la colline... Deux veines traversent la colline en longueur. Elles ont depuis deux à quatorze pieds de large. En certains endroits il en sort des rameaux qui prennent une direction difi'ércnte La pierre de ces veines est la même que celle du reste de la colline, qui est

du grès semblable à celui de Fontainebleau ; elle sert de matrice au cinabre , qui est plus ou moins abondant, selon que le grain esl plus ou moins fin; quelques-uns des moi-ceaux de la meme veine renferment jusqu’à dix onces de vif-argent pai' livre, et d’autres n’en contiennent que trois...

La hauteur de cette colline d’.Vlmaden est d’environ cent vingt pieds Les énormes mor-

ceaux de rochers de grès qui composent l’intérieur de la montagne sont divisés par des fentes vcrtieailcs... Deux veines de ces rochers, plus ou moins pourvues de cinabre, coupent la colline presque verticalement, lesquelles, comme nous l’avons dit, ont depuis trois jusqu’à quatorze pieds de largeur ; ces deux veines se réunissent en s’éloignant justiu’à coiit pieds , et c’est de là qu’on a tiré la plus riche et la plus grande quantité du minéral. Histoire Naturelle d’Espagne, par M. Bowles, p. 5 jusqu’à 29.

(2) Guancabelica est une petite vilje d’environ cent familles , éloignée de Pisco de soixante lieues ; elle est fameuse par une mine de vif-argent , qui seule fournit tous les moulins d’or cl d’aigcut du Pérou... Lorsqu’on a tiré une quantité suffisante , le roi fait fermer la raine.

La terre qui contient le vif-argent est d’un rouge blanchâtre comme de la brique mal cuite; on la concasse et on la met dans un fourneau de terre dont te chapiteau esl une voûte en cul-de-four , un peu sphéroïde ; on l'étend sur une grille de fer recouverte de teri'c , sous laquelle on entretient un petit feu avec de l’herbe icho , qui est plus propre à cela que toute autre matière combustible, cl c’est pourquoi il est défendu de lu couper vingt lieues à la ronde; la chaleur de ce feu volatilise le vif-argcul en fumée, et au moyeu d'un réfrigérant on le lait tomber dans l’eau. Frézier, Voyages à lu mer du Sud, p. 104 et ICB... Ces mines de Guancabelica sont abondantes et en grand nombre ; mais , sur toutes ces mines, celle qu’on appelle il'Ainadur de Cabrera , autrement des Sainte , esl belle et remarquable ; c’est une roche de pierre très-dure , toute semée do vif-argent , et de telle grandeur qu’elle s’eleud à plus de

IllSTOmE NATÜUELLE

durcie et blanchâtre, ou dans de la pierre dure. Ainsi ces trois mines de mercure gisent egalement dans des ardoises ou des grès, c’est-à-dire dans des collines on montagnes à couches, formées par le dépôt des eaux, et toutes trois sont si abondantes en cinabre, qu’il semble que tout le mercure du globe y soit accumulé (1); car les petites mines de ce minéral que l’on a découverlcs en quelques autres endroits, ne peuvent leur être comparées ni |)our l’étendue ni pour la quantité de la matière, et nous n’en ferons ici menlioa que pour démontrer qu’elles se trou^ent loutes dans des couches déposées i)ar les eaux de la mer, et jamais dans les monlagnes de quartz ou des rochers vitreux, qui ont été formés par le feu primitif.

En France, on reconnut, en 17.59, à deux lieues de Bourbonne-les- Bains, deux espèces de terre qui rendirent une trois-centième partie de leur poids eu mercure j elles gisaient à quinze ou seize pieds de profondeur sur une couche de terrre glaise (2). A ciiuj lieues de Bordeaux, près de Langon, il y a une fontaine au fond de laquelle on Irouve assez souvent du mercure coulant (3). En Normandie, au village de La Chapelle, élection de Saint-Lô, il y a eu quelques travaux commencés pour exploiter une mine de mercure; mais le produit n’était pas équivalent à la dépense, et cette mine a été abandonnée (i). Enfin, dans quelques endroits du Languedoc, particulièrement à iMontpellicr , on a vu du mercure dans l’argile à de jielites profondeurs, et même à la surface de la terre (5).

(|uaUc-v ingts varcs de longueur, et quarante en largeur, en laquelle mine on a fait plusieurs

puits et fosses de soixante-dix stades de profondeur La seule mine de Cabrera est si riclie

en mercure , qu’on en a estime la valeur à plus de cinq cent mille ducats. C’est de cette mine de Cuaneabelica que l’on porte le mercure tant au Jlcxiquc qu’au Polozi, pour tirer l’argent des matières qu’on appelait raclures et (pi’oii rejetait auparavant comme ne valant pas la peine d’être traitées |)ar la fonte. Acosta , Histoire naturelle et morale des Indes, p. loü et suivantes.

(1) La nature a prodigué les mines de mercure en si grande quantité àldria, qu’elles pourraient non-sculcmcnt sulliic à la consommation de notre partie du monde, mais encore en pourvoir toute l’Amérique, si on le voulait, et si on ne diminuait pas l’extraction de la mine, pour soutenir le mercure à un certain prix. Lettres sur la minéralogie, par M. Ferbcr, p. li... On tire tous les ans de la mine d’Almaden cinq ou six mille <|uintaux de vif-argent pour le Mexique. Histoire Naturelle d’Espagne, parM. Bowlcs, p. betsuiv.

(2) Traité de la fonte des mines de Scblulter, tome I, p. 7.

(3) Lettres de M. l’abbé Belley à M. llellot. Traité de la fonte des mines de Seblutter, tome 1, p. ül.

{i) Traité de la fonte des mines, etc., tome I, p. 68.

(S) La colline sur laquelle est bâtie la ville de Montpellier renferme du mercure coulant , aussi bien que les terres des environs; il se Irouve dans une terre argileuse jaunâtre et quelquefois gri.se. Histoire Naturelle du Languedoc , par M. de Uensaune, tome 1, p. 2o2. — Depuis le Mas-dc-l’Eglisc jusqu’à Oulargucs et même jusqu'à Colombicres , on trouve une gramlc quantité d’indices de mines de mercure, et on assure qu’on en voit couler quelquefois d’assez grosses gouttes sur la suif.icc de la terre. La qualité du terroir , au pied de ces mon-

En Allemagne, il se Irouve quelques mines de mercure dans les terres du Palatinat et du duché de Deux-Ponts (1); et en Hongrie, les mines de cinabie, ainsi que celles d’Almadcn en Espagne, sont souvent accompagnées de mine de fer en rouille : et quelquefois le fer, le mercure et le soufre y sont tellement niélés, qu’ils ne font (ju’un même cori)s (^2).

Cette mine d’Almaden est si riche, qu’elle a fait négliger toutes les autres mines de mei cure en Espagne j cependant on en a reconnu ((uclques-unes près d’Alicanlc et de Valence (3). On a aussi exploité une mine de ce minéral en Italie, à six milles de la Valle Imperina près de Fcltrinoj mais cette mine est actuellement abandonnée (4). On voit de même des indices de mines de mercure en quelques endroits de la Pologne (5).

En Asie, les voyageurs ne font mention de mines de mercure qu’à la Chine (6) et aux Philippines (7), et ils ne disent pas qu’il y en ait une seule en Afri(iue. Mais en Amérique, outre la grande et riche mine

tagiies , consiste eu l'oclies ardoisées bluncljâtrcs ; elles sont eiilremèlées de i|uel(|ucs bancs de granit fort talqnenx. Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome II, p. 21 f.

(1) Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferler, p. 12.

(2) Histoire Naturelle d’Espagne, par M. Borvies, p. îi jusqu’à 29.

(5) A deux lieues de la ville d’Alicante... en une montagne de pierre calcaire... en fouillant du côté du vallon, on tiouva une veine de cinabre ; mais quand je vis cette veine disparaître à cent pieds de profondeur, je fis suspendre l’excavation.

Dans cette ouverture de la roche on trouva treize onces de sable de belle couleur rouge, qui par l’essai rendit plus d’une once de vif-argent par livre. Ce sable , par sa dureté et sa ligure angulaire , ressemblait tout-ù-fait à celui de la mer... A la superficie de cette montagne, et près d’nn bau<’ de plâtre couleur de chair, il y avait des coquilles de mer , de l’ambre minéral et une veine, eomme un fil, de ciuabre... .le fis creuser au pied d’une montagne près de la ville de Saint-Philippe en Valence, et à la profondeur de vingt-deux pieds, il se Irouve une terre très-dure , blanche et calcaire, dans laquelle on aperçoit |>lusicurs gouttes de vif-argent

fluide ; et ayant fait laver cette terre , il en sortit vingt-cinq livres de mercure vierge Un

peu au-dessus de l’ciidroit où .se trouve le mercure, il y a des pétrifications et du plâtre. La ville de Valence est traversée par une bande de craie sans pétrifications , qui , à deux pieds de

sa su()crficic , est remplie de gouttes de vif-argent Histoire Naturelle d’Espagne , par

M. Bovvies, p. etsuiv.

(4) Lettres sur la Minéralogie, par M. Kerbcr, p. 48.

(u) Nota. Kzaczynski dit , d’après Bcliiis , que la partie des monts Krajtacs ijui regarde la Pologne, renferme du cinabre et peut-être des paillettes d’or... et il dit , d’apres Bruckmann, que le comté de Spia renferme aussi du cinabre. M. (luellard , Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17(12, |i. .ÏI8.

(fi) Le Tehacha est |n'obablement le cinabre; le meilleur \ ieni de la pi ovincc de Honqnang ; il est plein de mercure, et l’on assure que d’une livre de cinabre on en tire une demi-livre de

mercure coulant Lorsqu’on laisse ce cinabre à l’air il ne perd rien do sa couleur , et il se

vend fui t cher. Le Père d’Entrecolles. Lettres édifiantes , recueil 22, p. 338.

(7) L’ilc de Paiiamao aux Philippines est presque contiguë à celle de Leyte... elle est montagneuse , arrosée de plusieurs ruisseaux , et pleine de mines de soufre et de vif-argent. Gemclli Carret i. Voj-uge autour du monde ; Paris, 1719, tome V, p. 119.

Birro.N, tome tu.

670 HISTOIRE NATtRELLE

de Guancabelica du Pérou, ou en connaît quelques autres; on en a même exploité une près d’Azoque,dans la province de Quito (1). Les Péruviens travaillaient depuis longtemps aux mines de cinabre, sans savoir ce que c’était que le mercure; ils n’en connaissaient que la mine, dont ils faisaient du vermillon pour se peindre le corps ou faire des images : ils avaient fait beanconp de travaux à Guancabelica dans cette seule vue (2), et ce ne fut qu’en 1564 que les Espagnols commencèrent à travailler le cinabre pour en tirer le mercure (3). On voit, par le témoignage de Pline, que les Romains faisaient aussi grand cas du vermillon, et qu’ils liraient d’Espagne, chaque année , environ dix mille livres de cinabre tel c|u’il sort de la mine , et qu’ils le préparaient ensuite à Rome. Théophraste, qui vivait quatre cents ans avant Pline, fait mention du cinabre d’Es|)agnc. Ces traits historiques semblent prouver que les mines d’Idria, bien plus voisines de Rome que celles d'Espagne, n’étaient pas encore connues; et, de fait, l’Espagne était policée et commerçante, tandis que la Germanie était encore inculte.

On voit, par cette énumération des mines de mercure des différentes parties du monde;, que toutes gisent dans les couches de la terre remuée et déposée par les eaux, et qu’aucune ne se trouve dans les montagnes produites par le feu primitif, ni dans les fentes du quartz : on voit de même qu’on ne trouve point de cinabre mêlé av^ec les mines des autres métaux (4), à l’exception de celles de fer en rouille, qui, comme l’on sait, sont de dernière formation. L’établissement des mines primordiales d’or, d’argent et de cuivre dans la roche quartzeusc, est donc bien antérieur à celui dps mines de mercure; et dès lors n’en doit-on pas conclure que ces métaux fondus ou sublimés par le feu |)rimitif, n’ont pu saisir ni s’assimiler une matière (pii, par sa volatibilité, était alors, comme l’eau, reléguée dans l’atmosphère; que dès lors il n’est pas possible que ces métaux contiennent un seul atome de cette matière volatile, et que par conséquent, on doit renoncer à l’idée d’en tirer le mercure ou le principe mercuriel, qui ne peut s’y trouver? Cette idée du mercure, principe existant dans l’or et l’argent, était fondée sur la grande affinité et l’attraction très-forte qui s’exerce entre le mercure et ces métaux; mais on doit considérer que toute attraction, toute pénétration qui se fait entre un solide et un liquide, est généralement proportionnelle à la densité des deux matières, et que celle du mercure étant très-grande et scs molécules infiniment petites, il peut aisément pénétrer les pores de ces métaux, et les humecter comme l’eau humecte la terre.

(t) Histoire générale des Voyages, tome XIII, page S98.

(2) Histoire naturelle des |udcs, par Acosta, page ISO.

(3) Histoire philosoplii(|UC et politique des deux Indes, tome III, page 233.

{i) On observe que, dans les raines de cinabre d’Aliuaden, il n’y a aucun autre métal. Mémoires de rAcadéiiiie dus Seienccs, année 1719, page 3iiO.

1)E8 MINÉUAUX.

Mais suivons mes assciiioiis : j’aj dit «juc le cinabre n’élail poinl un vrai minéral, mais un simj)lc composé de mercure saisi par le l’oie do soufre, et cela me paraît démontré par la composition du cinabre artificiel fait par la voie humide ; il ne faut que le comparer avec la mine de mercure pour être convaincu de leur identité de substance. Le ciiia-, bre naturel en masse est d’un rouge très-foncé : il est composé d’aiguilles luisantes, appliquées longitudinalement les unes sur les autres; ce qui seul suffit pour démontrer la présence réelle du soufre. On en fait en Hollande de tout pareil et en grande quantité. Aous en ignorons la mani’^ pulalion; mais nos chimistes l’ont à peu près devinée : ils font du cinabre artificiel par le moyen du feu, en mêlant du mercure an soufre fondu (1), et ils en font aussi par la voie humide, en combinant le mercure avec le foie de soufre (2). Ce dernier procédé parait être celui de la nature : le foie de soufre n’étant que le soufre lui-même combiné a\ec les matières alcalines, c’est-à-dire avec toutes les matières terrestres, à l’exception de celles qui ont été produites par le feu primitif, on i)eut concevoir aisément que dans les lieux où le foie de soufre et le mercure se seront trouvés ensemble, comme dans les argiles, les grès, les pierres calcaires, les teri'es limoneuses et autres matières formées par le dépôt des eaux, la combinaison du mercure, du soufre et de l’alcali se sera faite, et le cinabre aura été produit. Ce n’est pas (jiie la nature n’ait pu former aussi dans certaines circonstances du cinabre par le feu

(1) On fait du cinabre artificiel semblable en tout au cinabre natnrel Pour cela on môle

i|ualre parties de merenre coulant avec une partie de soufre qu’on a fait fondre dans un pot de terre non vernissé ; on agite ce mélange, qui s’unit très-facilement à l’aide de la chaleur ; le

mercure uni au soufre devient noirâtre La force d’alfinité s’exerce avec tant de puissance

entre ces deux matières, qu’il en résulte une combinaison Ou laisse ce mélange brfiler

pendant une minute, après quoi on retire la matière, on la pulvérise dans un mortier de marbre. et par celte trituration elle se réduit eu une poudre violette On fait Sublimer cette

pondre en la mettant dans un malras à un feu de sable qu’on augmente graduellement jusqu’à ce que le fond du matras soit bien rouge. Le sublimé qu’on obtient par cette opération est en masse aiguillée, de couleur ronge brun, comme l’est le cinabre nalurel lorsipi’il n’est pas pul-

Yjipisé Par ce procédé, donné |)ar M. Baumé. on obtient à la vérité du cinabre, mais qui

n’est pas si beau que celui que l’on fait en Hollande, où il y a des manufaclnrcs en grand de cinabre artificiel, mais dont les procédés ne sont pas connus au juste. Dictionnaire de Cbimic, parM. Marquer, article Cinabre.

(2) On peut aussi faire du cinabre artificiel par la voie bumidc, en appliquant, soit au merenre seul, soit aux dissolutions de mercure par les acides, mais surtout par l’acide nitreux, les différentes espèces de foie de soufre..... et l’on doit remarquer que ce cinabre fait par la voie humide a une couleur rouge vif de feu, infiniment plus éclatante que celle du cinabre

qu’on obtient par la sublimation mais cctic dilfércnce ne vient que de ce que le cinabre

sublimé est en masse plus compacte que l’autre, ce qui lui donne une couleur rouge si foncée, qu’il paraît rembruni; mais eu le broyant sur un porphyre en poudre Irès-linc, il prend un

rouge vif éclatant Celui ipPon obtient par la voie humide n’étant point en masse comme

le premier, mais en poudre line, parait donc plus rouge par cette seule raison. Dictionnaire do Chimie, par M. .Marquer, article Cinabre.

HISTOIRE NATURELLE

des volcans; mais en comparant les deux procédés par lestpiels nous avons su l’imiter dans cette production du cinabre, on voit cpie celui de la sublimation par le feu exige un bien plus grand nombre de combinaisons que celui de la simple union du foie de soufre au mercure par la voie humide.

Le mercure n’a par lui-même aucune affinité avec les matières terreuses, et l’union qu’il contracte avec elles par le moyen du foie de soufre, quoique permanente, n’est point intime; car on le retire aisément des masses les plus dures de cinabre en les exposant au feu (1). Ce n’est donc que jtar des accidents particuliers, et notamment par l’action des feux souterrains, que le mercure peut se séparei' de sa mine, et c’est l)ar cette raison qu’on le trouve si rarement dans son étal coulant. Il n’est donc entré dans les matières terreuses que par imbibition comme fout autre licjuidc, et il s’y est uni au moyen de la combinaison de leurs alcalis avec le soufre; et celle imbibition ou humectation jjarait bien démontrée, puisqu’il suffit de faire chauffer le cinabre pour le dessécher (2), c’est-à-dire pour enlever le mercure, qui dés lors s’exhale en \ apeurs, comme l’eau s’exhale par le dessèchement des terres liuinectées.

Le mercure a beaucoup moins d’affinité que la |)luparl des métaux avec le soufre, et il ne s’unit ordinairement avec lui que par l’intermède des terres alcalines : c’est par celte raison qu’on ne le trouve dans aucune mine pyritcuse, ni dans les minerais d’aucun métal, non plus <pie dans le quartz et autres matières vitreuses produites par le feu primitif; car les alcalis ni le soufre n’existaient pas encore dans le temps de la formation des matières vitreuses; clquoicpie les pyrites étant d’une formation postérieure, contiennent déjà les principes du soufre, c’est-àdire l’acide et la substance du feu, ce soufre n’était ni développé ni formé, et ne pouvait par consétiuenl se réunir à l’alcali, qui lui-méme n’a été produit qu’aprés la formation des pyrites, ou tout au plus tôt en même temps.

Enfin, quoiqu’on ait vu, par l’énumération que nous avons faite de toutes les mines connues , (pie le mercure ne se trouve en grande

( l) Il est aise de l'ecoimailrc si une pieiTC contient du mercure ; il sullit de la l'aire cliaull'cr et' de la mettre toute rouge sous une cloche de verre, car alors la fumée qu'elle exhalera se convertit en petites gouttelettes de mercure coulant.

J’ai oh.scrvc, dit M. de Jussieu, dans les endroits même de la veine la plus riche, que l’on n’y trouve point de mercure coulant, et que, s’il en paraît quelquefois, ce n’est qu’un effet de la violence des coups que les mineurs donnent sur le cinahre qui est en roche dure, ou plus encore de la chaleur de la poudre dont on se sert poui' pélarder ces mines. Mémoir es de l’Académie des .Sciences, année 17111, pagcs-Sh'O et suiv.

(Ü) ,Vo((i. Ceci est exactement vrai pour tout ciirahre qui corrlient une hase terreuse capable de retenir le soufre; eependartt on doit excepter le cinahre qui ne serait utriquerncnl courposé que de soufr e et de mercur e, car il se suhlirrrcruit plutôt que de se décomposer ; mais ce eirrahre sarts hase terreuse rtc se trouve guère dans la nature.

DES MINÉFUUX.

rjiiaiililé que dans quelques cmlroils parlicnliers, où le soufre ton! formé s'est trouvé réuni aux terres alcalines, il n’en faut cependant pas conclure que ces seuls endroits contiennent toute la quantité de mercure existante : on iieul, et même on doit croire au contraire qu’il y eu a Ijeaucoup à la suidace et dans les pi-emièi-es couelies de la terre; mais que ce minéral fluide, étant par sa nature susceptible d’une division presque infinie, il s’est disséminé en molécules si ténues, qu’elles échappent à nos yeux, et meme à toutes les recherches de notre art, à moins que par hasard, comme dans les exemples que nous avons cités, ces molécules ne se trouvent eu assez grand nombre pour pouvoir les recueillir ou les réunir par la sublimation. Quelques auteurs ont avancé qu’on a tiré du inerciii e coulant des racines d’une certaine plante semblable au doronic(l); qu’à laChine on en tirait du pourpier sauvage(2): je ne veux pas garanlir ces faits; mais il ne me parait pas impossible que le mercure, disséminé eu molécules très-petites, soit pompé avec la sève par les plantes, puisque nous savons qu’elles pompent les particules du fer contenu dans la terre végétale. ,

En faisant subir au cinabre l'action du feu dans des vaisseaux clos, il se sublimera sans changer de nature, c’est-à-dire sans se décomposer; mais en l’exposant au même degré de feu dans des vaisseaux ouverts, le soufre du cinabre sc brûle, le mercure se volatilise et se perd dans les airs : on est donc obligé j)our le retenir, de le sublimer en vaisseaux clos- et afin de le séparer du soufre qui se sublime en même temps, on mêle avec le cinabre réduit en poudre, de la limaille du fer (5) : ce métal.

(1) « Selon M. ManIVedi, il vieiil dans la vallée de Lancy, qui est située dans les montagnes « de Tunis, une plante semWalde au doronicj on trouve auprès de ses racines du mercure O coulant en petits glolinles; son sue exprime à l’air dans une .belle nuit fournit autant de « mercure qu’il s’est dissipé ilc suc.» Collection académique, partie étrangère, tome II , page 95.

(2) Le 1’. d’Entrecolles rapporte qu’à la Cliinc on tire du mercure de certaines plantes, et surtout du pourpier sauvage ; que meme ce mercure est plus pur que celui qu’on lire des mines, et qu’on les distinguo à la Cliine par deux dillércnls noms. Lettres édilianles, recueil 22, page -îî)?.

(3) Si on met le cinabre sur le l'eu dans des vaisseaux clos, il sc sublime en entier, sans cbani'cr de nature. Si on l’expose au contraire à l’air libre cl sur le même feu, c’est-à-dire dans des vaisseaux ouverts , il sc décompose , parce que le soufre se brille , et alors le mercure se dé"age réduit en vapeurs ; mais comme il s’en produit beaucoup par cette manière, on a trouvé moyen de le séparer du soufre en vaisseaux clos, en olfraut au soufre quelque intermède qui ail avec lui plus d’alliuité qu’il n’en a avec le mercure... romme l’alcali fixe, la chaux, etc., et mciuc les métaux et demi-métaux, surtout le fer, le cuivre, l’étain, le plomb, l’argent, le bismuth et le régule d’antimoine, qui tous ont plus d’afiînilé avec le soufre que n’en a le mercure. et, de toutes ces substances, c’est le fer qui est la plus commode et la plus usitée pour la décomposition du cinabre en petit; on prend deux parties de cinabre et une partie de limaille de fer non rouillée; on les mêle bien ensemble; on met ce mélange dans une cornue qu’on place dans un fourneau à feu nu, ou dans une capsule au bain de sable , arrangée de manière qu’on puisse donner un feu assez fort ; on ajoute à la cornue un récipient qui eon-

HISTOIRE NATURELLE

ajant beaucoup plus d’affinité que le mercure et le soufre, s’en empare à mesure que le feu le dégage, et, par cet intermède, le mercure s’élève seul en vapeurs qu’il est aisé de recueillir en petites gouttes coulantes, dans un récipient à demi-plein d’eau. Lorsqu’on ne veut que s’assurer si une terre contient du mercure ou n’en contient pas, il suffit de mêler de la poudre de cette terre avec de la limaille de fer sur une brique, que l’on couvre d’un vase de verre, et de mettre du feu sous cette brique, si la terre contient du mercure, on le verra s’élever en vapeurs qui se condenseront au haut du vase en petites gouttes de mercure coulant.

Après avoir considéré le mercure dans sa mine, où il fait partie du solide de la masse, il faut maintenant l’examiner dans son état fluide. H a le brillant métallique peut-être plus qu’aucun autre métal, la même couleur, ou plutôt le même blanc que l'argent; sa densité est entre celle du jjloudj et celle de l’or : il ne perd qu’un quatorzième de son poids dans une eau dont le pied cube est supposé peser soixante-douze livres, et par conséquent le pied enb^e de mercure pèse mille huit livres. Les éléments humides ne font sur le mercure aucune impression sensible; sa surface même ne se ternit à l’air que par la poussière qui la couvre, et qu’il est aisé d’en séparer par un simple et léger frottement: il parait se charger de même de l’humidité répandue dans l’air; mais en l’cssuj-ant sa surface reprend son premier brillant.

On a donné le nom de mercure vierge à celui qui est le plus pur et le plus coulant, et (jui se trouve (juelquefois dans le sein de la terre, après s’être écoulé de sa mine par la seule commotion, ou par un simple mouvement d’agitation, sans le secours du feu. Celui que l’on obtient par la sublimation est moins pur; et l’on pourra reconnaître sa grande pureté à un effet très-remarquable; c’est qu’en le secouant dans un tuyau de verre, son frottement produit alors une lumière sensible, et semblable il l’éclair électrique, l’électricité est en effet la cause de cette apparence lumineuse.

Le mercure, répandu sur la surface polie de toute matière avec laquelle il n’a point d’affinité, forme, comme tous les autres liquides, de

tient de l’eau, et on procède à la distillation. Le mercure, dégage du soufre par l’intermcde du fer, s’élève en vapeurs qui passent dans le récipient, et s’y condense, pour la plus gramie partie, au fond de l’eau en mercure coulant. 11 y a aussi une portion du mercure qui reste ti'ès-divisce et qui s’arrête à la surface de l’eau, à cause de la linesse de ses parties, sous la forme d’une poudre noirâtre, qu’il faut ramasser exactement pour la mêler avec le mercure eu masse, avec lequel elle s’incorpore facilement. Ce mercure, qu’on passe ensuite à travers un linge serré, est très-pur... On trouve dans la cornue le soufre du cinabre uni avec le fer, ou l’alcali, ou telle autre matière qu’on aura employée pour le séparer du mercure.

Trois livres de cinabre, suivant AI. üaumé, donnent deux livres deux onces de mercure; la limaille de fer absorbe douze onces et demie de soufre, et il y a perte d’une once et demie. Dictionnaire de Cbiinie, pur M. Alacquer, article Cinabre.

petites gouttes globuleuses par la seule force de l’attraction mutuelle de ses parties. Les gouttes de mercure se forment non-seulement avec plus de promptitude, mais en plus petites masses, parce qu’étant douze ou quinze fois plus dense que les autres liquides, sa force d’attraction est bien plus grande et produit des effets plus apparents.

Il ne parait pas qu'une chaleur modérée, quoique très-longtemps appliquée, change rien à l’état du mercure coulant (1); mais lorsqu’on lui donne un degré de chaleur beaucoup plus fort que celui de l’eau bouillante , l’attraction réciproque de ses parties n’est plus assez forte pour les tenir réunies ; elles se séparent et se volatilisent, sans néanmoins changer d’essence ni meme s’altérer; elles sont seulement divisées et lancées |)ar la force de la chaleur : ou peut les recueillir en arrêtant cet effet par sa condensation, et elles se représentent alors sous la même forme, et telles qu’elles étaient auparavant.

Quoique ta surface du mercure se charge des poussières de 1 air, et même des vapeurs de l’eau qui llotlent dans 1 atmosphère, il n a aucune affinité avec l’eau, et il n’en prend avec l’air que par le feu de calcination ; l’air s’attache alors à sa surface et se fixe entre ses pores , sans s’unir bien intimement avec lui, et même sans se corrompre ni s’altérer; ce qui semble prouver qu’il n’y a que peu ou point de feu fixe dans le mercure, et qu’il ne peut en recevoir, à cause de l’humidité qui fait partie de sa substance ; et même l’on ne peut y attacher l’air qu’au moyen d’un feu assez fort et soutenu pendant plusieurs mois. Le mercure, par cette très-longue digestion dans des vaisseaux qui ne sont pas exactement clos, prend peu à peu la forme d’une espèce de chaux (2),

(1) Boerhaave a soumis dix-huit onces de mercure à cin<| cents distillations de suite, et n y a remarqué, après cette longue épreuve, aucun changenicnt sensible, sinon qu’il lui a paru plus fluide, que sa pesanteur spécifique était un peu augmentée, et qu’il lui est resté (luelques grains de matière fixe. Dictionnaire de Chimie, par M. Mucquer, article Mercure.

(2) Par la digestion à un degré de chaleur très-fort et soutenu pendant plusieurs mois, dans un vaisseau qui n’est pas exaclement clos, le mercure éprouve une altération plus sensible ; sa surface se change peu à peu en une poudre rougeâtre, terreuse, qui n’a plus aucun brillant métidlique, et qui nage toujours à la surface du reste du mercure sans s’y incorporer ; on peut convertir ainsi ou entier en poudre l'oiige une quantité donnée de mercure, il ne faut que le temps et les vaisseaux convenables. Ün appelle cette préparation du mercure précipité perse, et on ne peut obtenir celte poudre ou précipité perse qu’en faisant subir au mercure la plus forte chaleur qu’il puisse supporter sans se réduire en vapeurs.

Ce précipité parait être une vraie chaux de mercure d’autant qu’il ne s’est fait que par

le concours de l’air j il ne pèse pas autant que le mercure, puisqu’il nage a sa surface; mais son volume ou pesanteur absolue est augmentée d’environ Ojlü..,.. on eu peut dégager 1 air auquel est duc cette augmentation de poids, cl faire la réduction de ce précipité ou de cette chaux sans addition dans des vaisseaux clos, dans lesquels le mercure se revivifie : 1 air qui se dégage de cette chaux de mercure est très-pur (ce qui est bien différent de l’air qui se dégage des autres chaux métalliques, qui est Irès-corrompu), et il n’y a point de perte de mercure dans celte réduction. Dietionnairc de Chimie, par M. Macquer, article Mercure.

HISTOIRE NATURELLE

qui néanmoins csl diffémito des chaux métalliques; car, qnoiqn’ello en ait rajiparence, ce n’est cependant que du mercure chargé d’air pur, et elle diffère des autres chaux métalliques, en ce qu’elle se revivifié d elle-même, et sans addition d’aucune matière inllammahle ou autre qui ait plus dalfinité avec l’air qu’il n’en a avec le mercure; il suffit de mettre cette prétendue chaux dans un vaisseau bien clos, et de la chauffer à un feu violent, pour qu’en se volatilisant le mercure abandonne l’air avec leijucl il n’était uni que par la force d’une longue contrainte, et sans intimité, puisque l’air ((u’on en retire est pur, et n’a contracté aucune des qualités du mercure; que d’ailleurs, en pesant cette chaux, on voit qu’elle rend par sa réduction la même quantité, cest-a-dire autant d’air qu’elle en avait saisi : mais lorsqu’on réduit les autres chaux métalliques, c’est l’air que l’on emporte en lui offrant des matières inllammahles, au lieu que dans celles-ci c’est le mercure qui est emporté et séparé de l’air par sa seule volatibilité (1).

Celte union de l'air avec le mercure n’est donc que superficielle; et quoique celle du soufre avec le meicure dans le cinabre ne soit i)as bien intime, cependant elle est beaucoup plus forte et plus frofonde : car, en mettant le cinabre en vaisseaux clos comme la chaux de mercure, le cinabre ne se décompose pas; il se sublime sans changer de

^ fl) Ayant commnni(|u« ect ai ticio à mon savant ami M. de Morveau, aux lumières duquel j’ai la plus grande confiance, je dois avouer qn’il ne s’est pas trouve de mon avis; voici ce qu’il m’écrit à ce sujet : . Il paraît que la chaux de mercure est une vraie chaux métallique, « dans le sens des chimistes Slalhiens, c’est-à-dire à laquelle il manque le feu fixe ou phlogisü lique; en voici trois preuves directes entre bien d’autres : 1“ l’acide vitriolique devLnt « sulfureux avec le meicure; il n’acquiert cette propriété qu’en prenant du phlogistique- il « ne peut en prendre ip.’où il y en a; le mercure contient donc du phlogistiqne. Le précipité U po,r se, de même avec l’acide vitriolique, ne le rend pas sulfureux; il est donc privé de ce « principe inflaininahie;

» 2" L’acidc nitienx forme de l’air nitreux avec toutes les matières qui peuvent lui fournir « du phlogistiquc; cela arrive avec le mercure, non avec le précipité per se; l’un tient donc « ce principe, et l’autre en est privé;

« 3“ Les métaux im|)arfails, traités au feu en vaisseaux clos avec la chaux du mercure, se « calcinent pendant qu’il se détruit; ainsi l’un reçoit ce que l’antre perd. Avant l’opération >• le métal imparfait pouvait fournir au nitre le phlogistiquc nécessaire à sa déflagration ; il n ne le peut plus après l’opération ; ii’est-il pas évident qu’il en a été privé pendant cette opé- » ration .■> » .le conviens avec M. de Morveau de tous ces faits, et je conviendrai aussi de la conséquence qn’il eu tire, poiiivu qu’oii ne la rende pas générale, .le suis bien éloigné denier que le mercure ne contienne pas du feu fixe et de l’air fixe, puisque toutes les matières métalliques ou terreuses en contiennent; mais je jicrsisle à |,enscr qu’une explication où l’on n’omploie qu’un de ces deux éléments, est plus simple que toutes les autres où l’on a recours à deux; et c’est le cas de la chaux du mercure, dont la formation et la réduction s’expliquent très-clairement par l’union et la séparation de l’air, sans qu’il soit nécessaire de recourir au phlogistiquc ; et nous croyons avoir très-sulllsamment démontré que l’accession ou la récession (le l’air fixé sullirait pleinement pour opérer et expliquer tous les i.hénomèncs de la formation Pt (le la réduction dc$ chaux méUiUiiiues.

DES MINÉRAUX. fiTT

nature, et sans que le mercure se sépare, au lieu que, par le même procédé, sa cliaux se décompose et le mercure quitte l’air.

Le foie de soufre parait être la malicre avec laquelle le mercure a le plus de tendance à s’unir, puisque dans le sein de la terre le mercure ne se j)résente que sous la forme de cinabre. Le soufre seul, et saws lué lange de matières alcalines, n’agit pas aussi luiissammcnt sur le mercure : il s'y mêle à peu pi'ès comme les graisses lors(|u'on les triture ensemble, et ce mélange, où le mercure disparaît, n’est qu’une poudre pesante et noire à laquelle les ebimistes ont donné le nom û'élhiops minéral(i). .^lais malgré ce changement de couleur, et malgré l’apparence d’une union assez intime entre le mercure et le soufre dans ce mélange, il est encore vrai que ce n’est qu’une union de contact, et très-sui)erficielle; car il est aisé d’en retirer sans imite, et précisément la même quantité de mercure sans la moindre altération; et comme nous avons vu qu’il en est de même lorsqu’on revivilie le mercure du cinabre, il parait démontré que le soufre, qui altère la plupart des métaux, ne cause aucun changement intérieur dans la substance du mercure.

Au reste, lorsque le mercure, par le moyen du feu et par l’addition de l’air, jirend la forme d’une chaux ou d’une terre en iioudre, cette poudre est d’abord noire, et devient ensuite d’un beau rouge en continuant le feu; elle olfre même quelquefois de petits ciâstaux transparents et d’un rouge de rubis.

(domine la densité du mercure est Irês-grande, et qu’en même temps ses parties constituantes sont presque infiniment petites, il peut s’ap|)liquer mieux qu’aucun autre liquide aux surfaces de tous les corps polis. La force de son union par simple contact avec une glace de miroir, a été mesurée par un de nos plus savants |)Iiysicieus(^), et s’est troin ée

(1) L’éthiops minerai est une coinbiiiaisoii de mercure avec une assez grande f[uantité de

soufre ; il est noir Il se fait ou par la fusion ou par la simple trituration On fait fondre

du soufre dans un vaisseau de terre non vernissé; aussitôt qu’il est fondu on y mêle une égale quantité de mercure, eu retirant le vaisseau de dessus le feu. On agite le mélange jns(iu’à ce qu’il soit refroidi et fige; il reste après cela une masse noire et friable, qu’on broie et qu’on tamise, et c’est l’ctbiops.

Et lorsqu’on veut faire de l’élliiops sans feu, on triture le mercure avec le soufre dans un mortier de verre ou de marbre, eu mettant deux pai'lies de niei cure sur trois parties de fleur de soufre, et on triture jusqu’à ce que le mercure ne soit jrlus visible.... E’union du mercure et du soufre dans l'éthiops n’est pas si forte que dans le cinabre; il ne faut pas croire pour cela qu’elle soit nulle, et qu’il n’y ait dans l’étliiops qu’un simple inclnngc ou interposition des parties des deux substiuiees ; il y a adbérenec et combinaison réelle. La preuve en est qu'on ne peut les séparer que par des intei'mèdes qui sont les mêmes que ceux qu’on emploie pour séparer le mercure du cinabre . et ecl étbiops peut aisément devenir, é'tant traité par les procédés chimiques, du véritable cinabre artificiel. Dictionnaire de Cbimie, par M. .àlacquer, article Étbiops.

(2) Si l’on met, dit M. de Morveau, en équilibre une balance portant à l’un de ses bras un morceau déglacé taillé eu rond, de doux pouces et demi de diamètre, suspendu dans une posi-

HISTOIHE NATURELLE

beaucoup plus forte qu’on ne pourrait l’iniaa'iner. Cette expérience |)rouve encore, comme je l’ai dit à l’article de l’étain, qu’il y a entre la feuille d’étain et la glace une couche de mercure pur, vif et sans mélange d’aucune partie d’étain, et que celle couche de mercure coulant n’est adhérente à la glace que par simple contact.

Le mercure ne s’unit donc pas plus avec le verre qu’avec aucune autre matière terreuse; mais il s’amalgame avec la plupart des substances métalliques. Cette union |)ar amalgame est une humectation qui se fait souvent à froid et sans produire de chaleur ni d’effervescence, comme cela arrive dans les dissolutions : c’est une opération moyenne entre l’alliage et la dissolution ; car la première suppose que les deux matières soient liquéfiées par le feu, et la seconde ne se fait que par la fusion ou la calcination du métal j)ar le feu contenu dans le dissolvant , ce qui produit toujours de la chaleur : mais dans les amalgames il n’y a qu’humectalion , et point de fusion ni de dissolution; et même un de nos plus habiles chimistes (1) a observé que non-seulement les amalgames se font sans produire de chaleur, mais qu’au contraire ils produisent un froid sensible qu'on peut mesurer en y plongeant un thermomètre.

On objectera peut-être qu’il se produit du froid pendant l'union de l’alcali minéral avec l’acide nitreux, du sel ammoniac avec l’eau, de la neige avec l’eau, et que toutes ces unions sont bien de vraies dissolutions : mais cela même prouve qu’il ne se produit du froid que quand la dissolution commence par l’humcctalion ; car la vraie cause de ce froid est l’évaporation de la chaleur de l’eau, ou des liqueurs en général (pli ne iJeuvenl mouiller sans s’évaporer en partie.

li’or s’amalgame avec le mercure par le simple contact; il le reçoit à sa surface, le retient dans ses pores, et ne peut en être séparé que par le moyen du feu. Le mercure colore en entier les molécules de l’or; leur couleur jaune disparait : ramalgamc est d’un gris tirant sur le brun si le mercure est saturé. Tous ces effets proviennent de l’attraction de l’or, qui est plus forte que celle des parties du mercure entre elles , et (jiii par conséquent les sépare les unes des autres, et les divise assez pour qu’elles puissent entrer dans les pores et humecter la substance de l’or; car, en jetant une pièce de ce métal dans du mercure, il en

lion horizontale , par un croclict mastiqué sur la surfare supérieure, et que l’on fasse ensuite descendre cette glace sur la surface du mercure placé au-dessous, à très-peu de distance, il faudra ajouter dans le hassin opposé jus([u'ù neuf gros dix-huit grains , pour détacher la glace du mercure cl vaincre l’adhésion ré.sultante du contact.

Le poids et la compression de l’atmosphère n’entrent pour rien dans ce phénomène ; car, l’appareil étant mis sur le récipient dénué d’air de la machine pneumatique, le mercure adhérera encore à la glace avec une force égale, et celte adhésion soutiendra de même les neuf gros dont on aura charge précédemment l’autre bras de la balance. Eléments de Chitoie par 31. de Morveau, tome I, pages et 33.

(I) 31. de Machy.

pénétrera tonte la niasse avec le temps, et perdra précisément en quantité ce que l’or aura gagné, c’est-à-dire ce qu’il aura saisi par ramalganie. L’or est donc de tous les métaux celui qui a la plus grande affinité avec le mercure, et on a emplojré très-utilement le moyen de ramalgamc pour séparer ce métal précieux de toutes les malières étrangères avec lesquelles il se trouve mêlé dans scs mines. Au reste, pour amalgamer promptement l’or ou d’autres métaux, il faut les réduire en feuilles minces ou en poudre, et les mêler avec le mercure par la trituration.

L’argent s’unit aussi avec le mercure par le simple contact; mais il ne le relient pas aussi puissamment que l’or, leur union est moins intime ; et comme la couleur de l’argent est à peu près la même que celle du mercure, sa surface devient seulement plus brillante lorsqu’elle en est humectée : c’est ce beau blanc brillant qui a fait donner au mercure le nom de vif-argent.

Celte grande affinité du mercure avec l’or et l’argent semblerait indiquer qu’il doit se trouver dans le sein de la terre des amalgames naturels de ces métaux; cependant depuis qu’on recherche et recueille des minéraux, à peine a-t-on un exemple d’or natif amalgamé, et l’on ne connait en argent que quelques morceaux tirés des mines d’Allemagne, qui contiennent une quantité assez considérable de mercure pour être regardés comme de vrais amalgames (I). Il est aisé de concevoir que cette rareté des amalgames naturels vient de la rareté même du mercure dans son état coulant; et ce n’est pour ainsi dire qu’entre nos mains qu’il est dans cet état, au lieu que dans celles de la nature il est en masse solide de cinabre, et dans des endroits particuliers très-différents, très-éloignés de ceux où se Irouveut l’or et l’argent primitifs , I)uisque ce n’est que dans les fentes du quariz et dans les montagnes produites par le feu que gisent ces métaux de première formation, tandis que c'est dans les couches formées par le dépôt des eaux que se trouve le mercure.

L’or et l’argent sont les seules matières qui s’amalgament à froid avec le mercure : il ne peut pénétrer les autres substances métalliques qu’au moyen de leur fusion par le feu ; il s’amalgame aussi très-bien par ce même moyen avec l’or et l’argent. L’ordre de la facilité de ces amalgames est l’or, l’argent, l’étain, le plomb, le bismuth, le zinc et l’arsenic ! mais il refuse de s’unir et <le s’amalgamer avec le fer, ainsi qu’avec les régules d’antimoine et de cobalt. Dans ces amalgames, qui ne se font

(t) Rt. Sage fait mention d’un morceau d’or natif de Hongrie, d’un jaune grisâtre, et dans lequel l’analyse lui a fait trouver une petite quanlilé de mercure avec lequel on peut croire que cet or avait été naturellemcnl amalgamé. Ce morceau, ne contenant que très-peu de mercure, doit être certainement rangé parmi les minesd’or; mais les amalgames natifs d’argent de Sahllierg et du Palatinat, conlienncnt souvent plus de mercure que d’argent; ils devraient donc «'lie rapportés [larmi les mines de mcii iire. Lettres de I\I. Dcmeslc, tome 11, page 109*

HISTOIRE NATURELLE

que parla fusion, il faut cliaiiffcr lo niorciirc jusqu’au degré où il coiuinence à s’élever en vapeurs, et en inèine temps faire rougir au feu la poudre des métaux qu’on veut amalgamer pour la triturer avec le mercure chaud. Les métaux qui, comme l’étain elle plondj , se fondent avant de rougir, s’amalgament plus aisément et plus pi omptement que les autres; car ils se mêlent avec le mercure qu’on projette dans leur fonte, et il ne faut que la l'emuer légèrement pour que le mercure s’attache à toutes leurs parties métalliques. Quant à l’or, l’argent et le enivre, ce n’est qu’avec leurs poudres rougies au feu que Ton peut amalgamer le mercure; car si Ion en versait sur ces métaux fondus, leur chaleur trop forte, dans cet état de fusion, non-seulement le sublimerait en vapeurs, mais inodnirait des explosions dangereuses.

Autant l’amalgame de l’or et de l’argent se fait aisément, soit à chaud, soit à froid, autant l’amalgame du enivre est difficile et lent : la manière la plus sûre et la moins longue de faire iin amalgame est de tremper des lames de enivre dans la dissolution du mercure par l’acide nitreux; le mercure dissous s’attache au cuivre et en blanchit les lames. Cette union du mercure et du cuivre ne se fait donc que par le moyen de l’acide, comme celle du mercure et du soufre se fait par le moyen de l’alcali.

On peut verser du mercure dans du plomb fondu sans qu’il y ait explosion, parce que la chaleur qui tient le plond) en fusion est fort audessous de celle qui est nécessaire pour y tenir l’or et l’argent; aussi l’amalgame se fait très-aisément avec le plomb fondu (1), il en est de même de l’étain : mais il peut aussi se faire à froid avec ces deux

(1) 1» rallies égales de mereure et de plomb forment une masse blanche solide, dont une partie du mercure se sépare par une exsudation occasionnée par la seule chaleur de l’atniosfdière, en globules infiniment petits;

2“ Deux parties de plomb et une de mercure forment une masse blanche , dure , cassante à pctils grains comme ceux de l’acier , dont le mercure ne s’échappe pas ; ces deux substances forment alors une combinaison durable;

5“ Trois parties de plomb et une de mercure forment une masse plus ductile ipie le plomb et l’étain ; on en peut faire des vases, et on la tire aisément à la filière ;

i" Ce dernier mélange est d’une fusibilité extraordinaire; mais si on l’expose d’abord à un grand feu , il éclate avec explosion ; si , au contraire, on le liquéfie à une douce chaleur, ou ])cul ensuite le chaulfer au rouge; mais il bout continuellement avec un bruissement comme la graisse ;

S° Si on continue à le tenir en fusion , le mercure se dissipe successivement et totalement en vapeurs;

6 ï.a crasse qui se forme a la surface du plomb combiné avec lo mercure , exposée seule dans un vaisseau rouge do feu, décrépite comme le sel marin;

7“ Cet amalgame de mercure et de plomb se combine avec l’or , l’argent , le cuivre rosette, le laiton, le régule d’antimoine , le zinc et le bismulh ; il les aigrit tous , excepté l’étain, avec lequel il produit un assez beau métal mixte , blauc et ductile. Note communiqués; par M. de Grignon, en octobre 1782.

DES MliNEUAUX.

niélaux, en les réduisant en poudre et les triturant longtemps avec le mercure; c'est avec cet amalgame de plomb qu’on lu te les bocaux ou vases de verre dans lesquels on conser^ e les animaux dans l’esprit-de-vin.

L’amalgame avec l’étain est d’un très-grand et très-agréable usage pour l’élamagc des glaces : ainsi, des six métaux, il y en a quatre, l’or, l’argent, le plomb et l’élaiu, avec lesquels le mercure s’amalgame naturellemenl, soit à cbaud, soità froid; il ne se joint au cuivre ([ue par intermède ; enlin il refuse absolument de s’unir au fer ; et nous allons Irouver les mêmes dilïércnces dans les demi-métaux.

Le bismulh et le mercure s’unissent à froid en les triturant ensemble; ils s’amalgament encore mieux lorsque le bismuth est en fusion, et ils forment des cristaux noirs assez réguliers, et qui ont peu d’adhérence entre eux : mais cette cristallisation du bismuth n’est pas un effet qui lui est propre et particulier ; car l’on est également parvenu à obtenir par le mercure une crislallisation de tous les métaux avec lesquels il peut s’unir (1).

l.ors(pi’on mêle le mercure avec le zinc en fusion, il sc fait un bruit de (jrésUlemenl, semblable à celui de l’huile bouillante dans laquelle on trempe un corps froid; cet amalgame prend d’abord une sorte de solidité, et redevient fluide par la simple trituration. Le même effet arrive lorsqu’on verse du mercure dans de l’huile ])ouillantc ; il y prend même une solidité plus durable que dans le zinc fondu. INéanmoins cette union du zinc et du mercure parait être un véritable amalgame ; car l’un de nos plus savants chimistes, JM. Sage, a reconnu qu’il se cristallise comme les autres amalgames; et d’ailleurs, le mercure semble dissoudre à froid quelque portion du zinc : cependant cette union du zinc et du mercure parait être incomplète; car il faut agiter le bain, qui est toujours gluant et pâteux.

On ne peut pas diic non plus qu’il se fasse un amalgame direct et sans intermède, entre le mercure et le régule d’arsenic lors même qu’il est en fusion. Ihilin le mercure ne peut s’amalgamer d’aucune manièi'e avec l’autimoine et le cobalt. Ainsi, de tous les demi-métaux, le bismuth est le seul avec lequel le mercure s’amalgame naturellement : et (jui sait si celte résistance à s’unir avec ces substances métalliques, et la facilité de s’amalgamer a\ ec d’autres, et particulièrement avec l’or et l'argenl, ne provient pas de quehjues (pialilés communes dans leur tissu, qui leur permet de s’humecter de cette eau mélalliciue, la(iuelle a tant de rapports avec eux par sa densité?

Quoiqu’il en soit, on \oil, par ces différentes combinaisons du mercure avec les matières mélalli(|ues, qu’il n’a réelleménl d’aftinité bien sensible qu’avec l’or et l’argenl, et que ce n’est pour ainsi dire que par force, et par des affinités préjiarées par le feu, qu’il se joint aux autres

(1) Vü>ez lù-dessus les u.xpcriiuice» lie .M. Siige.

lllSTülHE NATURELLE

inélaiix; cltiue même il s’unit plus facilement et i)lus intimement avec les substances animales et végétales, qu’avec toutes les matières minérales ,à l’exception de l’or et de l’argent.

Au reste, ce n’est point un amalgame, mais un onguent que forme le mercure mêlé par triluration avec les huiles végétales et les graisses animales : elles agissent sur le mercure comme le foie de soufre; elles le divisent en particules presque infiniment petites; et par cette division extrême, cette matière si dense pénètre tous les porcs des corps organises, surtout ceux où elle se ti’ouve aidée de la chaleur, comme dans le corps des animaux, sur lequel elle produit des effets salutaires ou funestes, selon qu’elle est administrée. Celte union des graisses avec le mercure parait même être i)lus intime (|uc celle de l’amalgame qui se fait à froid avec l’or et l’argent (1), pareeque deux fluides qui ont enscmhie (|uelque affinité se mêleront toujours |)lus aisément ([u’iin solide avec un Iluide, quand même il y aurait entre eux une plus forte attraction : ainsi les graisses agissent peut-être j)lus puissamment (pie ces métaux iÿir la substance du mercure, parce qu’en se rancissant elles saisissent l’acide aérien, qui doit agir sur le mercure; et la preuve en est qu’on j)eut le retirer, sans aucune perte, de tous les amalgames, au lieu qu’en fondant la graisse on ne le retire pas en entier, surtout si l’onguent a été gardé assez longtemps pour que la graisse ait exercé toute son action sur le mercure (i2).

Considérant maintenant les effets des dissolvants sur le mercure, nous

(t) Il ne faut pas regarder le mercure comme simplement distribue et cntrcniBlé avec les parties de la graisse dans l’onguent mercuriel j il est très-certain , au contraire , qu’il y a adhérence et combinaison , même très-intime , au moins d’une portion du mercure avec la graisse... car lorstpi’il est fait depuis du temps, on ne peut plus, en le fondant, retirer tout le mercure qu’on y avait mis. Dictionnaire de Chimie, par M. Macquer, ar ticle Mercure.

(2) Quoique le mercure soit susceptible de se diviser lorsqu’on le triture avec une huile grasse, il ne paraît pas qu’il y ait réellement dissolution... Le mercure se combine plus facilement avec les graisses animales , qui ne sont néanmoins qu’une espèce d’huile où l’acide est plus abondant, et qui manll'estenl d’ailleurs les mêmes aflinités que les autres substances huileuses. On ne doit pas néanmoins attribuer l’action de cos graisses sur le mercure à l’acide phos|dioriquc qu’elles contiennent.

C’est en combinant la graisse avec le mercure que l’on forme la pommade mercurielle

Daus cet onguent , les parties de mercure ne i)araissent pas simplement distribuées ou entremêlées avec les parties do la graisse; ou est fondé à penser, au contraire, qu’il y a adhérence et union , même très-intime ; car cette graisse de l’onguent mercuriel se rancit très-promptement , comme il arrive à toutes les matières huileuses qui entrent dans quelque combinaison...

Lorsque rongiieut mercuriel est vicu.v , si on le frotte entre deux papiers gris, la graisse s’imbibe dans le papier, et l’on ne voit point de globules de mercure ; il n’en est pas de même lorsque cet onguent est récent; on y découvre très aisément une grande quantité de parties métalliques. Toutes ces observations prouvent qu’il y a une vraie combinaison , une union intime daus ce mélange, lorsqu’il est vieux. Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome 111, p. ÔS9 et suiv.

DES MINÉUAUX. {183

verrons que les acides ne le dissolvent pas cgaleinenl cotnine ils dissolvent les métaux, puisque le plus puissant de tous, l’acide vilriolicpie ne l’attaque qu’au moyen d’une forte clialeur(l). Il en est à peu près de uiêinc de l'acide marin : pour qu’il s’unisse intimement avec le mcrciire, il faut que l’un et l’autre soient réduits en vapeurs, et de leur combinaison résulte un sel d’une qualité très-funesie, qu’on a nommé sublmc corrosif. Dans cet état forcé, le mercure ne laisse pas de conserver une si grande attraction avec lui- même, qu’il peut se sui’cliarger des trois quarts de son poids de mercure nouveau (2) ; et c’est en chargeant ainsi le sublimé corrosif de nou^eau mercure, qu’on en diminue la (jualilé corrosive, et (|u’on en fait une pré|)arafion salutaire (ju’on appelle iiwrcîire doux, qui contient en elîct si peu de sel marin, (|u’il n’est pas dissoluble dans l’eau. On jieut donc dire (juc le mercure oppose une grande résistance à l’action de l’acide vilriolicpie et de l’acide marin ; mais l’acide nitreux le dissout avec autant do promptitude cpic d’énergie : lorsque cet acide est pur, il a la puissance de le dissoudre sans le secours de la chaleur; celle dissolution produit un sel blanc (|ul j)eul se cristalliser, et qui est corrosif comme celui de la dissolution d’argent par cet acide(3). Dans cette dissolution, le mercure est en partie

(t) L’acide vitriolique, dans son état ordinaire , n’agit point ou n’agit que très-faiblement et très-mal sur le mercure en masse.

Ces deux substanecs ne peuvent se eombiner ensemble , à moins que l’acide ne soit dans le plus grand degré de concentration , et secondé par la chaleur la plus forte... Lorsque cet acide est bien concentre, il réduit le mercure en une masse saline de couleur blanche appelée vtiriol de mercure.

Si on expose à l’action du feu la combinaison de l’acide vitriolique avec le mercure, la plus grande partie de cet acide s’en détache ; mais une chose fort remarquable, c’est que le mercure, traite ainsi par l’acide vitriolique, soutient uue pins grande chaleur, et paraît, par conséquent, un peu plus fixe que quand il est pur. Cette fi.vitcest une suite de son état de chaux. Dictionnaire de Chimie, par M. Marquer, article Mercure.

(2) L’acide marin en liqueur n’agit point sensiblement sur le mercure en masse , meme lorsqu'il est aide de la chaleur de rébullition; mais lorscpic cet acide très-concentré est réduit en vaficurs , et qu’il rencontre le mercure réduit aussi en vapeurs , alors ils s’unissent d’une manière trîîs-intirae. Il en résulte un sel marin mercuriel cristallisé en aiguilles aplaties, et qu’on a nommé sMihW cormsi/’, parce que l’on ne l’obtient que par la sublimation... L’allinité de l’acide marin avec le mercure est si grande , qu’il se. surcharge , en quelque sorte , d’une

quantité considérable de celte matière métallique Le sublimé corrosif peut absorber cl se

charger peu à peu , par la trituration , des trois quarts de son poids de nouveau mercure. Dictionnaire de Chimie, par M. Macquer, article Mercure.

(3) L’acide nitreux dissout très-bien le mercure ; dix onces de bon acide suffisent pour achever la dissolution de huit onces de ce métal ; il l’attaque même à froid, et produit cITerveseenee et chaleur.. .. La dissolution se colore d’abord en bleu , par l’union du principe inllammablc; il s’y forme par le refroiilissemcnt un sel neutre, non dcliqucsccpt, disposé en aiguilles ; c’est le nitre mercuriel... M.Beaumé remarque que la dissolution de nilrc mercuriel, refroidie sur le bain de sable, donnait des aiguilles perpendiculaires , cl que, rcfioidic loin du feu, elle donnait des aiguilles horizontales. Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome II, p. 171) et suiv.

HISTOIHE iNATUHELLE

calciné; car, apres la formation des cristaux, il se précipite en poudre d’un jaune citrin qu’on peut l'cgarder connue une cliaux de inercui'e. Au reste, l’acide nitreux, (|ui dissout si puissaiument le. mercure coulant, n’attaque point le cinabre, parce (|ue le mercure y est défendu par Je soufre qui renveloi)pe et sur lequel cet acide n’a point d’action. Cette dillércnce entre le mercure et le soufre semble indiquer qu’autant le soufre contient de feu fixe, autant le mercure en est prive, et cela conlirme l’idée que l’essence du mercure tient plus à l’élément de l’eau qu'à celui du feu.

Des acides végétaux, celui du tartre est le seul qui agisse sensiblement sur le mercure; le vinaigre ne l’attaque pas dans son état coulant et ne s’unit qu’avec sa chaux : mais en triturant longtemps la crème de tartre avec le mercure coulant, on vient à bout de les unir, en y ajoutant neanmoins un peu d'eau; on |)oui'rait donc dire c|u’aiicun acide végétât n’agit directement et sans intermède sur le mercure. 11 en est de meme des acides qu’on peut tirer des animaux ; ils ne dissolvent ni n’attatiucnt le mercure, a moins qu’ils ne soient mêlés d’huile ou de graisse; en sorte qu’a tout considérer, il n’y a que l’acide aérien qui agisse à la longue par rinterméde des graisses sur le mercure, et l’acide nitreux qui le dissolve d’une manière directe et sans intermède : car les alcalis fixes ou Aolatils n’ont aucune action sur le mercure coulant, et ne peuvent se combiner avec lui (pie quand ils le saisissent en vapeurs ou en dissolutions ; ils le précipitent alors sous la forme d’une poudre ou chaux, mais l’on peut toujours rev ivifier sans addition de matière charbonneuse ou inflammable on produit celle effet par les seuls rayons du soleil, au foyer d’un verre ardent.

Une preuve particulière de l’impuissance des acides végétaux ou animaux pour dissoudre le mercure, c’est que l’acide des fourmis, au lieu de dissoudre sa chaux la revivifie ; il ne faut pour cela que les tenir ensemble en digestion *.

Ee mercure n’élanl par lui-meme ni acide, ni alcalin, ni salin, ne me parait i)as devoir éire mis au nombre des dissolvants, quoiqu’il s’attache à la surface et pénètre les porcs de l’or, de l’argent cl de l’étain : ces trois métaux sont les seules matières auxquelles il s’unit dans son étal coulant, et c'est moins une dissolution qu’une humectation ; ce n’est que par addition aux surfaces, et par juxtaposition, cl non par pénétration intime et décomposition de la substance de ces métaux, (pi’il se combine avec eux.

INon-scnlement tous les alcalis, ainsi que les terres absorl)antes, précipitent le mercure de ses dissolutions et le font tomber en poudre noire ou grise, qui prend avec le temps une couleur rouge, mais certaines substances métalliques le préciitilent également : le cuivre, l’étain et

(I) Éleiiieuts de Chimie, |iui- M, de Mut veau, luiiie 11, p. lü.

l’antiinoiiie ne décomposent pas ces dissolutions; et ces précipités, tous revivifiés, offrent également du mercure coulant.

On détruit en queliiue sorte la fluidité du mercure en l'amalgamant avec les métaux ou en runissant avec les graisses : on [leiit même lui donner une demi-solidité en le jetant dans riuiile bouillante, il y prend assez de consistance pour qu’on puisse le manier, l’élcndre, et en faire des anueauxetd’autrcs petits ouvrages ; le mercure reste dans cet état de solidité, et ne reprend sa fluidité qu’à l’aide d’une chaleur assez forte.

Il y a donc deux circonstances bien éloignées l’une de l’autre dans lesquelles néanmoins le mercure prend également de la solidité, et ne reprend de la fluidité que par l’accession de la chaleur : la première est celle du très-grand froid, (]ui ne lui donne (lu’une solidité pres(iue momentanée, et que le moindre degré de diminution de ce froid, c’eslà-dire la plus petite augmentation de chaleur liquélic; la seconde au contraire n’est produite que par une très-grande chaleur , puisqu’il prend celte solidité dans l’huile bouillante ou dans le zinc en fusion, et qu’il ne i)eut ensuite se liquéfier que par une chaleni' encore plus grande. Quelle conséquence directe peut-on (irer de la comparaison de ces deux mêmes eftels dans des circonstances si opposées, sinon que, le mercure particijjant de la nature de l’eau eide celle du métal, il se gèle, comme l’eau, par le froid, d’une part, et, de l’autre, se consolide, comme fait un métal en fusion par la température actuelle, en ne reprenant sa fluidité, comme tout autre métal, que par une forte chaleur ’? Néanmoins celte conséquence n’est peut-être ])as la vraie , et il se peut que celte solidité, qu’acquiert le mercure dans rtiuile bouillante et dans le zinc fondu, provienne du changement brusque d’élal que la forte chaleur occasionne dans ses parties intégrantes, et peut-être aussi de la combinaison réelle des parties de l’huile ou du zinc qui en font un amalgame solide.

Quoi qu’il en soit, on ne connaît aucun autre moyen de fixer le mercure; les alchimistes ont fait de vains et immenses travaux pour atteindre ce but : l’homme ne peut transmuer les substances, ni d’un liquide de nature en faire un solide par l’art ; il n’appartient qu’à la nature de changer les essences (1), cl de convertir les éléments, et encore faut-il qu’elle soit aidée de l’éternité du temps, qui, réunie à ses hautes puissances, amène toutes les combinaisons i)Ossibles, et toutes les formes dont la matière peut devenir susceptible.

11 en est à peu prés de même des grandes recherches et des longs

(1) Nota. Je ne puis tlontier une enlière confiance en ce qui est rapporté dans les Récréations chimiques, par ül. Parmentier, tome I, p. ofiO et suivantes ; c’est néanmoins ce que nous avons de plus authentique sur la Iransimilalion des métaux; on y donne un procédé pour convertir le mcrcui e en or, rcsisliint à toute épreuve, et ce, par le moyen de l’acide du tartre ; ce procédé , qui est de Constanliu, a été répété par Mayer et vérifié par M. Parmentier , qui a soin d'avancer qu'il n'est pas l'ait pour enrichir. iii'FFON, loin. III.

lIlSTOlUE NATURELLE

travaux que l’on a faits pour tirer le mercure des métaux; nous avons vu quil ne peut pas exister dans les mines primordiales formées par le feu primitif; dès lors il serait absurde de s’obstiner à le rechercher dans lor, 1 argent et le cuivre primitifs, puisqu’ils ont été produits et fondus par ce feu : il semblerait plus raisonnable d’essayer de le trouver dans les matières dont la formation est contemporaine ou peu antérieure à la sienne ; mais l’idée de ce projet s’évanouit encore lorsqu’on voit que le mercure ne se trouve dans aucune mine métallique, môme de seconde formation, et que le seul fer, décomposé et réduit en rouille, l’accompagne quelquefois dans sa mine, où étant toujours uni au soufre et à 1 alcali, ce n’est, et ne peut même être, que dans les terres grasses et chargées des principes du soufre par la décomposition des pyrites, qu’on pourra sc permettre de le chercher a\ ec quelque espérance de succès.

Cependant plusieurs artistes, qui même ne sont pas alchimistes, prétendent avoir tiré du mercure de quelques substances métalliques : car nous ne parlerons pas du prétendu mercure^ des prétendus philosophes, qu’ils disent être plus pesant, moins volatil, plus pénétrant, plus adhérent aux métaux que le mercure ordinaire, et qui leur sert de base commune, fluide ou solide ; ce mercure philosophique n’est qu’un être d opinion, un être dont l’existence n’est fondée que sur l’idée assez spécieuse que le fonds de tous les métaux est une matière commune, une terre que Bêcher a nommée terre mercurielle et que les autres alchimistes ont regardé comme la base des métaux. Or, il me paraît qu’en retranchant l’excès de ces idées, et les examinant sans préjugés, elle sont aussi fondées que celles de quelques autres actuellement adoptées dans la chimie. Ces êtres d’opinion dont on fait des principes portent également sur l’observation de plusieurs qualités communes qu’on voudrait expliquer par un même agent doué d’une propriété générale : or, comme les mélaux ont évidemment plusieurs qualités communes, il n’est pas déraisonnable de chercher quelle peut être la substance active ou passive qui, se trouvant également dans tous les métaux, sert de base générale a leurs projjriétés communes; on peut même donner un nom à cet être idéal pour pouvoir en parler et s’étendre sur ses propriétés supposées; cest là tout ce qu’on doit sc permettre; le reste est un excès, une source d erreurs, dont la plus grande est de regarder ces êtres d’opinion comme réellement existants, et de les donner pour des substances matéi’ielles, landis qu’ils ne représententque par abstraction des qualités communes de ces substances.

Nous avons présenté dans le premier volume de cette histoire la grande division des matières qui composent le globe de la terre : la première classe contient la matière vitreuse fondue par le feu; la seconde, les matières calcaires formées par les eaux ; la troisième, la terre végétale prosenant du détriment des végétaux et des animaux : or, il ne parait pas que les mélaux soient exi)ressément compris dans ces trois classes; car ils n’ont i)as été réduits en verre par le feu primitif; ils

DES BIINÉRAUX. fi87

tirent encore moins leur origine des substances calcaires ou de la terre végétale. On doit donc les considérer comme faisant une classe à part, et certainement ils sont composés d’une matière plus dense que celle de toutes les autres substances ; or, quelle est cette matière si dense? est-ce une terre solide, comme leur dureté l'indique? est-ce un liquide pesant, comme leur affinité avec le mercure semble aussi rindiquei'? est-ce un composé de solide et de liquide tel (|ue la prétendue terre mercurielle? ou plutôt n’cst-ce pas une matière semblable aux autres malières vitreuses, et qui n’en diffère essentiellement que par sa densité et sa volatilité? car on peut aussi la réduire en verre. Dailleiirs les métaux, dans leur éüd de nature primitive, sont mêlés et incorporés dans les malières vitreuses; ils ont seuls la propriété de donner au verre des couleurs fixes que le feu même ne peut changer. Il me paraît donc que les parties les plus denses de la matière terrestre étant douées, relativement à leur volume, d’une plus forte attraction réciproque, elles se sont, par celte raison, séparées dos autres, et réunies entre elles sous un plus petit volume ; la substance des métaux prise en généi’al ne présente donc qu’un seul but à nos recherches, qui serait de trouver, s’il est possible, les moyens d’augmenter la densité de la matière vitreuse au point d’en faire un métal ; ou seulement d’augmenter celle des métaux qu’on appelle imparfaits, autant qu’il serait nécessaire pour leur donner la pesanteur de l’or. Ce but est peut-être placé au delà des limites de la puissance de notre art; mais au moins il n’est pas absolument chimérique, puisque nous avons déjà reconnu une augmentation considérable de pesanteur spécifique dans plusieurs alliages métalliques.

Le chimiste .luncker a prétendu transmuer le cuivre en argent(l), et il a recueilli les procédés par lesquels on a voulu tirer du mercure des métaux; je suis persuadé qu’il n’en existe dans aucun mêlai de première formation, non plus (pic dans aucune mine primordiale, puisipic ces métaux et le mercure n’ont pu être produits ensemble. M. Grosse, de l’Académie des Sciences, s’est trompé sur le plomb, dont il dit avoir tiré du mercure ; car son procédé a été plusieurs fois répété , et toujours sans succès par les plus habiles chimistes : mais quoique le mercure n’existe pas dans les métaux produits par le feu primitif, non plus que

(1) Voici son procédé : on fait couler eu masse, au feu de sable, quatre parties de feuilles de cuivre, quatre parties de sublimé corrosif, et deux parties de sot ammoniac; on pulvérise ce composé et on le lave dans le vinaigre jusqu’à ce que le nouveau vinaigre ne verdisse plus ; on fond alors ce qui reste avec une partie d’argent, et on coupelle avec le plomb ; suivant Juneker, le cuivre se trouve converti en argent. M. Weber, chimiste allemand, vient de répéter jusqu’à deux fois ce procédé, sur l’assurance que deux personnes lui avaient donnée qu’il leur avait réussi ; il avoue qu'il n’a retrouvé que l’argent ajouté à la fusion ; et il remarque, avec toute raison, que c’est opérer assez heureusement et avec toute exactitude, lorsqu’une portion du métal fin ne passe pas par la cheminée avec l’espérance de la transmutation. Magasin physico-chimique de M. Weber, tome I, page 121.

dans leurs mines primordiales, il peul se trouver dans les mines mélallifjues de dernière formaiion , soit qu’elles aient été produites par le dépôt et la stillation des eaux , ou par le moyen du feu et par la sublimation dans les terrains volcaniscs.

Plusieurs auteurs célèbres, et entre autres Becber et Lancelot, ont écrit qii ils avaient tiré du mercure de l’antirnoinc ; quelques-uns même ont avancé que ce demi-mélal n’était que du mercure fixé par une vapeur arsenicale. lAI. deSoubey, ci-devant médecin consultant du roi, a bien a ouIu me communiquer un procédé par lequel il assure avoir tiré du mercure de i’antiinoine(I). D’antres ebimistes disent avoir augmenté

(I) «Le mei-fure, dit M. de Souliey, est un mixte aqueux et terreux, dans lequel il entre une « poitiuudu jiriiicipe inflammable ou sulfureux, et qui estchargé jusqu’à l'excès de la troisième « terre de üéclier ; voilà, dit-il, la meilleure délinition qu'on puissedonner du mercure. Il m’a « paru si avide du piincipc constituant les métaux et les demi-métaux, que je suis parvenu à « précipiter ceux-ci avec le mercure ordinaire sous une forme de chaux réductible, sans addiu lion, avec le secours de l’eau et a\ec celui du fen ; j’ai ainsi calciné tous les métaux, même « les plus parfaits, d’une matière au.ssi irréductible avec du mercure tiré des demi-métaux.

« L'allinité du mercure est si grande avec les métaux et les demi-métaux , qu’on pourrait, « pour ainsi dire, assurer que le mercure est au règne minéral ce que l’eau est aux deux « autres règnes. Pour prouver cette assertion, j’ai fait des essais sur les demi-métaux, et « j expose seulement ici le procédé fait sur le régule d’antimoine; en fondant une partie de ce « régule avec deu.x parties d’argent (qui sert ici d’intermède , et qu’on sépare, l’opéralion U finie), on réduira celte matière en poudre qu’on amalgamera avec cinq ou .«ix parties de U mercure j ou triturera le mélange avec de l’eau de fontaine, pendant douxe ou quinze heures, « ju.sqn’a ce qu’elle en sorte blancbe; l’amalgame sera longtemps brun, et par les lotions « réitérées, l’eau entraînera peu à peu avec elle le régule sous une forme de chaux noire « entièrement fusible; cette chaux recueillie avec soin, séchée et mise au feu dans une cornue,

.. on en sépare le mercure qui s’y était mêlé; en décantant l’eau qui a servi à nettoyer l’amal- .. game, on ne trouvera que les deux tiers du poids du régule qui avait été fondu et ensuite O amalgamé avec le mercure ; on sépare aussi par la sublimation celui qui était resté avec « 1 argent; alors, si l’opération a oie bien faite, l’argent sera dégagé de tout alliage, et Irès- « blanc; le mercure aura augmenté sensiblement de poids, en tenant compte de celui qui est « mêlé avec la chaux du régule, qu’on suppose avoir été séparé par la distillation. On peut « conclure que le mercure .s’est approprié le tiers du poids qui manque sur la totalité du O régule, cl que ce tiers s’est léduit en mercure, ne pouvant plus s’en séparer ; les deux tiers Il restanis (|uittenl l'élat de chaux si on les rétablit par les procédés ordinaires avec le flux « noir ou autre fondaul; et l’expérience peut être répétée jusqu’à ce que le régule d’antiu moine soit en entier réduit en mercure.

a Si l’on fait évaporer ju.squ’à siccité l’eau qui a servi aux lotions, après l’avoir laissé dé- « poser, il restera une terre grisâtre ayant un goût salin, et rougi.ssant un peu au feu ; cette « terre aiipartcnait au mercure, qui l’a déposée dans l’eau qui la tenait en dissolution.

<> Le mercure, dans l’opération ci-dessus, fait la fonction du feu, et produit les mêmes « effets; il a fait disparaître du régule d’antimoine son aspect brillant, il lui a fait perdre O une partie de son poids en I« calcinant d’une manière irréductible, sans addition , avec le « secours de l’eau et de la trituration, aussi complètement que pourrait le faire le feu . »

Nota. On peut remarquer dans cet exposé de M. de Souhey que son idée sur l’csscnce du mercure, qu’il regarde comme une eau métallique, s’accorde avec les miennes; mais j’obscr-

la quanlitô du niomiro (>n Irailant le sublimé eorrosif avec le cinabre d’antimoine (1); d’autres, par des préparations plus eoiuLinées, prétendent avoir converti quelques portions d’argent en inercure(2) ; d’autres enlin assurent en avoir tiré de la limaille de fer, ainsi que de la chaux, du cuivre et même de l’argent et du plomb à l’aide de l’acide marin (5).

C’est par l'acide marin, et même par les sels qui eu contiennent, que le mercure est précipité plus abondamment de ses dissolutions, et ces précipités ne sont point en poudre sèche, mais en mucilage ou gelée blanche, qui a quelque consistance : c’est une sorte de sel mercuriel, qui néanmoins n’est guère soluble dans l’eau. Les autres précipités du mercure par l’alcali et par les terres absorbantes sont en poudre de couleurs différentes : tous ces préci|iités détonnent avec le soufre; et IM, Bayen a reconnu qu’ils retiennent tous quchpies portions de l’acide dissolvant, et des substances qui ont servi à la précipitation.

On connait en médecine les grands effets du mercure mêlé avec les graisses, dans lesquelles néanmoins on le croirait éteint; il suffit de se frotter la peau de celte pommade mercurielle pour que ce Iluide si pesant soit saisi par intussusceplion et entraîné dans toutes les parties intérieures du corps, qu’il pénètre intimement, et sur lesquelles il exerce une action violente , qui se porte particulièrement aux glandes , et se

vei-ai qu’il n’csl pas étonnant que les métaux traités avec le mercure se calcinent même par la simple trituration; on sait que le métal fixe retient un peu de mercure au feu de distillation; on sait aussi que le mercure emporte à la distillation un peu de métaux lixes; ainsi, tant qu’on n’aura pas purifié le mercure que l’on croit avoir augmenté par le mercure d’antimoine, ce fait ne sera pas démontré.

(tj Voici un exemple ou deux de raercurification, tirés de Vallériiis et Tcichmcycr. Si l'on distille du cinabre d’antimoine fait par le sublimé corrosif, ou retirei'a toujours des distillations, après la revivification du mercure, plus de mercure qu’il ii’y en avait dans le sublimé corrosif. Dictionnaire de Chimie, par M. Marquer, article Mercure.

(2) Si l’on prépare un sublimé corrosif avec l’esprit de sel et le mercure coulant, et qu’on sublime plusieurs fois de la chaux ou de la limaille d’argent avec ce sublimé, une partie de l’argent se changera en mercure. Idem, ibidem.

(S) La limaille de fer bien fine exposée pendant un an à l’air libre, ensuite bien triturée dans un mortier... remise après cela encore |)endant nu an à l’air, et enfin soumise à une distillation dans une cornue, fournit une matière dure qui s’attache au col du vaisseau , et avec cette matière un peu de mercure.

Si l’on prend delà cendre ou chaux de cuivre, qu’on la mêle avec du sel ammoniac, qu’on e.xpose ce mélange pendant un certain temps à l’air, et qu’on le mette en distillation avec du savon, on obtiendra du mercure.

On prétend aussi tirer du mercure du plomb et de l’argent corné, en le mêlant avec parties égales d’esprit de sel bien concentré , en les laissant en digestion pendant trois ou quatre semaines, et saturant ensuite ce mélange avec de l’alcali volatil et le remettant en digestion pendant trois ou quatre semaines ; au bout de ce temps il faut y joindre égale quantité de llux noir et de savon de \enisc, et mettre le tout en distillation dans une cornue de verre; il passera du mercure dans le récipient. Idem, ibidem.

HISTOIRE NATURELLE

manifeste par la salivation : le mercure, dans cet état de pommade ou d’union avec la graisse, a donc une très-grande affinité avec les substances vivantes et son action parait cesser avec la vie; elle dépend d’une part de la chaleur et du mouvement des fluides du corps, et d’autre part de l’extrême division de ses parties, qui, quoique très-pesantes en elles-mêmes, peuvent, dans cet état de petitesse extrême, nager avec le sang et même y surnager , comme il surnage les acides dans sa dissolution en formant une pellicule au-dessus de la liqueur dissolvante. Je ne vois donc pas qu’il soit nécessaire de supposer au mercure un état salin pour rendre raison de ses effets dans les corps animes, puisque son extrême division suffit pour les produire, sans addition d’aucune autre matière étrangère, que celle de la graisse qui en a divisé les parties, et leur a communiqué son affinité, avec les substances animales; car le mercure en masse coulante, et même en cinabre, appliqué sur le corps ou pris intérieurement, ne produit aucun effet sensible, et ne devient nuisible que quand il est réduit en vapeurs par le feu, ou divisé en particules infiniment petites par les substances qui, comme les graisses, peuvent rompre les liens de l’attraction réciproque de ses parties.

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