‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 6 sur 54 · DU FELDSPATH · texte numérisé non relu

DU FELDSPATH

Le feld-spath est une matière vitreuse, et dont néanmoins la cassure est spalhique; il n’est nulle part en grandes masses comme le quartz et le jaspe, et on ne le trouve qu’en petits crislaux incorporés dans les granits et les porphyres, ou quebpicfois en petits morceaux isolés dans les argiles les plus pures ou dans les sables qui proviennent de la décomposition des porphyres et des granits : car ce spath est une des substances constituantes de ces deux matières; on l’y voit en petites masses ordinairement cristallisées et colorées. C’est le quatrième de nos verres primitifs ; mais comme il semble ne pas exister à part, les anciens naturalistes ne l’ont ni distingué ni désigné par aucun nom particulier, et comme il est presque aussi dur que le quartz, et qu’ils se trouvent presque toujours mêlés ensemble, on les avait toujours confondus : mais les chimistes allemands ayant examiné ces deux matières de plus près, ont reconnu que celle du feld-spath était différente de celle du quartz, en ce qu’elle est Irès-aisément fusible, et qu’elle a la cassure spathique; ils lui ont donné les noms de feldspath (spath des champs) *, fluss-spath (spath fusible) **, et on pourrait l'appeler plus proprement spath dur ou spath étincelant) parce qu’il est le seul des spaths qui soit assez dur pour étinceler sous le choc de l’acier

♦ Sans doute, parce que c’est dans les cailloux graniteux , répandus dans les champs, qu’on l’a remarqué d’abord.

** Ce nom devrait être réservé pour le véritable spath fusible ou spath phosphorique, qui accompagne les filons des mines , et dont il sera parlé à l’article des matières vitreuses de seconde formation.

Caractères du feld-spath, suivant .M. Ilergman : il étincelle avec l’acier;

11 SC fond au feu sans bouilloiincincnt ;

DES MINÉHAÏ'X.

>oinnie nous dnvons juger de la piirelé ou plulôt de la siiuplicilc des feu'* grande résislance qu’elles opposent à l’action du

^eu a^ant de se réduire en verre, la substance du feld-spath est moins

aucun duartz et du jaspe, que nous ne pouvons fondre par

à f niêiue moins simple que celle du mica qui se fond

Ini'^ *^™s-violeal ; car le fcld spath est non -seulement fusible par jj d’ails addition au feu ordinaire de nos fourneaux, mais même

communique la fusibilité au quartz, au Jaspe et au mica, avec lesquels Te ''ê 'lans les granits et les porpbyi-es.

souvent r*^'^**' quelquefois opaque, comme le quartz; mais plus roime * P'‘‘^sque transparent : les diverses teintes de violet ou de une'' petites masses en cristaux sont souvent colorées indiquent

entre l’époque de sa formation, et le temps où les eouleurs'””* ‘Hélalliques pénétraient les jaspes et les teignaient de leurs tent ‘ ' ‘^^Pendant les jaspes, quoique plus fortement colorés, résis-

ainsi s 'T supérieur à celui qui met le feld-spath eu fusion :

lé"ère^ parties métalliques qui ne l’ont que

effet 'liais au mélange de quelque autre substance. En

demi/^^*” ^ temps où la matière quartzeuse du globe était encore en sphère'**'^”' s'iPslances salines jusqu’alors reléguées dans l’almomièrcs'-'*'t*^^ nialières encore plus volatiles, ont dû tomber les prèle feld s ^ "lélangeanl avec celte p:de quartzeuse, elles ont formé

sont na ‘ scborl , tous deux fusibles, parce que tous deux ne

pof t,> ' * !■ ®’^^'®t'"iees simples, et qu’ils ont reçu dans leur composition

eette maliere étrangère. '

uiiel • coidondrc le feld spath avec les autres spaths aux-

se ** \ •’cssemble que par sa cassure lamelléc, tandis que par toutes • - au les piojniétés, il en est essenliellement différent; car c’est un lai \ei re qui se fend au même degré do feu que nos verres factices :

un vépii-iKm**^'.^**'*^^ *^*^.'*^ empêcher de le regarder comme

éealemenf Pi’oduit par le feu, puisque la cristallisation |)eut

egalemen s opérer par fe moyen du feu comme par celui de l’eau, et que dans toute ma lere liquide ou liquétiée, nous'verrons qu’il ne Vaut I e du temps, de 1 espace et du repos pour qu’elle se cristallise Ainsi la crislallisalion du feld-spath a pu s’opérer par fe feu : mais quelque sinoditude qu’il y ail entre ces cristallisations produites par fe feu et celles qui se forment par le moyen de l’eau, la dilferencc des deux causes n’en loste pas moins réelle; elle est même frappante dans la comparaison ((ue

vpscencrivr.'"''^ ‘1®"* ''"'“l* minéral par la voie sèche, mais il fait elfer-

efferveseence' Iv^ ' comme le quartz ; il se dissout au fen dans le verre de borax sans par Jl. Bergman*'* ‘'cf“cililé que le quartz. Xous ajouterons à ces caractères donnés

lames brillantes” n'^r * est presque toujours cristallisé en rhombes et composé de

e’est-à-dirc par 1“®’ "l® P*"®, sa cassure est spathique,

Pm lames longitudinales, brillantes et chatoyantes.

54 HISTOIRE NATURELLE

l’on peut faire de la cristallisation du feld spath et de celle du cristal de roche : car il est évident qxie la cristallisation de celui-ci s’opère par le moyen de l’eau, puisque nous voyons le cristal se former, pour ainsi dire, sous nos yeux, et que la plupart des cailloux creux en contiennent des aiguilles naissantes; au lieu que le fcld-spath, quoique cristallisé dans la masse des porphyres et des granits, ne se forme pas de nouveau ni de même sous nos yeux, et parait être aussi ancien que ces matières dont il fait partie, quelquefois si considérable, qu’elle excède dans certains granits la quantité du quartz, et dans certains porphyres celle du jaspe, qui cependant sont les bases de ces deux matières.

C’est par cette même raison de sa grande quantité qu’on ne peut guère regarder le feld-spath comme un extrait ou une exsudation du quartz ou du jaspe, mais comme une substance concomitante aussi ancienne (jue ces deux premiers verres. D’ailleurs on peut pas nier que le fcld-spath n’ait une très-grande affinité avec les trois autres matières primitives; car, saisi par le jaspe, il a fait les porphyres; mêlé avec le quartz, il a formé certaines roches dont nous parlerons sous le nom de pierres de Laponie; et joint au quartz, au schorl et au mica, il a composé les granits : au lieu qu’on ne le trouve jamais intimement mêlé dans les grès ni dans aucune autre matière de seconde formation ; il n y existe qu’en i)etils débris, comme on le voit dans la belle argile blanche de Limoges. Le feld-spath a donc été produit avant ces dernières matières, et semble s’ètre incorporé avec le jaspe et mêlé avec le quartz dans un temps voisin de leur fusion, puisqu’il se trouve généralement dans toute l’épaisseur des grandes masses vitreuses, qui ont ces matières pour base, et dont la fonte ne peut être attribuée qu’au feu primitif; et que d’autre part il ne contracte aucune, union avec toutes les subslances formées par l’intermède de l’eau : car on ne le trouve pas cristallisé dans les grès, et s’il y est quelquefois mêlé, ce n’est qu’en petits Iragments : le grès pur n’en contient point du tout, et la preuve en est que ce grès est aussi infusible (pic le quartz, et qu’il serait fusible si sa substance était mêlée de feld spath. Il eu est de même de l’argile blanche de Limoges, qui est tout aussi réfractaire au feu que le quartz ou le grès pur, et qui par conséquent n’est pas composée de détriments de feld-spath, quoiqu’on y trouve de petits morceaux isolés de ce spath qui ne s’est pas réduit en poudre comme le cpiartz dont cette argile parait être une décomposition.

Le grès pur n’étant formé que de grains de quartz agglutinés, tous deux ne sont qu’une seule et même substance; et ceci scndile prouver encore que le feld-spath n’a pu s’unir avec le quartz et le jaspe que dans un état de liquéfaction par le feu et que quand il est décomposé par l’eau, il ne conserve aucune affinité avec le quartz, et qu’il ne reprend pas dans cet élément la propriété qu’il eut dans le feu de se cristalliser, puisque nulle part dans le grès on ne trouve ce spath sous une forme distincte ni cristallisée de nouveau, quoiqu’on ne puisse

DEvS MINÉRAUX.

anmoins tloiilep que les grès fcuillelès et micacés, qui sont formés < es sables graniteux, ne contiennent aussi les détriments du feld-spath peut-être égale à ceux <lu quartz.

mêlé *"^"*'***^ se trouve qu’en très-petit volume et toujours

nits *•** petites masses et comme par doses dans les porphyres et gra- */’ '* P^'ait n’avoir coulé dans ces matières et ne s’être uni à leur s nce que comme un alliage additionnel auquel il ne fallait qu’un m le degré de feu pour demeurer en fusion ; et l’on ne doit pas être ^uipris que dans la vitrification générale le feld-spath et le schorl qui son formés les derniers, et qui ont reçu dans leur composition les ^^ar les hétérogènes qui tombaient de l’atmosphère, n’aient pris en verr'^ heaucoup plus de fusibilité que les trois autres premiers ^' cs dont la substance n’a été que peu ou point mélangée : d’ailleurs eux derniers verres sont demeurés plus longtemps liquides que les P®*’ce qu’il ne leur fallait qu’un moindre degré de feu pour les et l" ; ils ont donc pu s’allier avec les fragments décrépités

quartz et du jaspe, qui étaient déjà à demi-coii-

ces d > feld-spath, qui n’a été bien connu en Europe que dans ei mers temps, entrait néanmoins dans la composition des anciennes Penni ''*^^* Chine, sous le nom de Petuntzé; et aujourd’hui nous de même pour nos porcelaines, et pour faire les émaux blancs des plus belles faïences.

r ><» Poephyres et les granits, le feld-spath est cristallisé tantôt

dét” en rhombes, et quelquefois confusément et sans figure

< e ernnuée. Nous n’en connaissions que de deux couleurs, l’un blanc 0*1 l anchàtre, et l’autre rouge ou rouge-\iolet; mais on a découvert «epuis peu un feld-spath vy;rt qui se trouve, dit-on, dans l’Amérique si pienlrionale, et auquel on a donné le nom de pierre de Labrador ; cette

échantillon, est chatoyante et composure suathi.in^'^ cristaux en i-hombes; elle a de même la cas-

ff.ii e^iii O ’ ‘ SC fond aussi aisément et se convertit comme le ; ( -spath en un verre blanc. Ainsi l’on ne peut douter que cette pierre ne soit de la même nature .pie ce spath, quoique sa couleur soit différente : cette couleur est d’un assez beau vert, et (pielquefois d’uu vert bleuâtre et toujours à rellets chatoyants. La grande dureté de cette pierre la rend susceptible d’un très-beau poli, el il serait à désirer *1*1 on pût 1 employer comme le jas[)e ; mais il y a toute apparence qu’on un ^ P^'*^ Si'tindes masses, puisqu’elle est de la même nature

uoiip*^ trouvé nulle part en assez grand volume

en aire des vases ou des plaques de quelques pouces d’étendue.

HISTOIKE NATl’RELLE

DU SGHORL.

Le seliori est le dernier de nos cinq verres primitifs; et comine il a plusieurs caractères coninuins avec le feld-spalli, nous verrons, en les comparant ensemble pai" leurs ressemblances et par leurs différences, que tons deux ont une origine commune, et qu’ils se sont lornics en même temi)s et par les mêmes effets de nature lors de la vitrification générale.

Le scliorl est un verre s|)atlii(iuc, c’est-à-dire composé de lames longitudinales comme le feld-S])atb ; il se présente de meme en petites masses cristallisées, et ses crislaux son! des prismes surmontés de pyramides, au lieu que ceux du feld-spalb sont en rbombes : ils sont tous deux également fusibles sans addition; seulement la fusion du feld-spatb s’opère sans bouillonnement, au lieu que celle du scliorl se fait en bouillonnant. Le scliorl blanc donne, comme le feld-spalb, un verre blanc, et le scliorl brun ou noiràire donne un verre noir : tous deux étincellent sous le choc de l’acier, tous deux ne font aucune elfervescence avec les acides. La base de tous les deux est également quartzeuse : mais il parait (jue le (juarlz est encore plus mélangé de matières étrangères dans le scliorl que dansle l'cld-s|)atb; car ses couleurs sont plus fortes et plus foncées, ses cristaux plus opaques, sa cassure moins nette et sa substance moins homogène. Enfin, fous deux entrent comme parties constituantes dans la c.om|iosilion de plusieurs matières vitreuses en grandes masses, et en particulier dans celle des porpbyres et des granits.

Je sais (lue quelques naturalistes récents ont voulu regarder comme un scliorl les grandes masses d’une matière (jui se trouve en Limousin, et qu’ils ont indi(|uée sous les noms de basalte antique ou de gabro : mais cette matière, ijui ne me parait être (jii’une sorte de trapp, est très-différente du scliorl primitif; elle ne se iirésente pas en petites masses cristallisées en prismes surmontés de pyramides; elle est au contraire en masses informes, cl personne assurément ne pourra sc persuader que les crislaux de scliorl que nous voyons dans les porphyres et les granits, .soient de celte même matière de trapp ou de gabro, ipii diffère du vrai scliorl, tant par l’origine (ine par la figuration et par le temps de leur formation, puisque le scliorl a été formé par le feu primitif, et que ce trapji ou ce gabro n’a été produit que par le feu des ^’olcans.

Souvent les naturalistes, et plus souvent encore les cliiinistes, lorsqu’ils ont observé quelques rapports communs entre deux ou plusieurs substances, n liésitent pas de les rapporter à la même dénoniinalion : c’est là l'erreur majeure de tous les mélliodistes; ils veulent traiter la nature par genres, même dans les minéraux où il n’y a que des sortes et point d espèces; et ces sortes plus ou moins différentes entre elles ne

peuvent pur conséquent être indiquées que par la inènie dénomination : aussi les méthodes ont-elles mis jilus de confusion dans l’histoire de la nature, que les observations n’y ont apporté de connaissances; un seul trait de lessemblance suflit souvent pour faire classer dans le même Senre des matières dont l’origine, la formation, la texture, et même la su istance sont très-dilïérentes : et pour ne parler que du schori, on ' ei ra avec surprise chez ces créaletirs de genres, que les uns ont mis ensemble le sehorl, le basalte, le trapp et la zéolite; que d'autres l’ont associé, non-seulement à toutes ces matières, mais encore aux grenats, aux amianles, au jade, etc.; d’autres à la pierre d’azur et même aux •’'St-il nécessaire de peser ici sur l’obscurité et la confusion résultent de ces assemblages mal assortis, et néanmoins présentés avec confiance sous une dénomination commune et comme choses de meme genre?

niu li'ouve incorpoi-é dans les porphyres et les gra-

ici question; et certainement ce schori n’est ni basalte, 'Il li app, ni caillou, ni grenat, et il faut meme le distinguer des tour- "les, des pierres de croix et des autres schorls de seconde formation ip" ne doivent leur origine qu’à la stillation des eaux, (les scboi ls secon- "is sont diflérents du schori (irimitif, et nous en traiterons, ainsi que IjT corne et du trapp, dans des articles partieiitiei-s ; mais

fait'*'"' schori, est comme le feld-spath un verre iirimilif ipii

paitie constituante des plus anciennes matières vilreuses, et qui que quefois se troin e dans les produits de leur décomposition, comme ‘ ans le crislal de roche, les chrysolithes, les grenats, etc.

Au reste, les rapports du feld-spàth et du schori sont même si proc i.iins, si nombreux (|u’on pourrait en rigueur ne regarder le schori que comme un feld-spath un peu moins pur et jilus mélangé de matières itiangères, d autant plus que tous deux sont entrés en même temps dans la composition des matières vilreuses dont nous allons parler.

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