DE M. DE BUFFON
par des sous. C esl avec toute conliance que je renvoie les gens de goût à la
emonstration de eette vérité, et aux charmants exemples que vous en avez donnés.
Quelle autre lecture plus agréable que celle des éloges de ces illustres guerriers, vos amis, vos émules, et que par modestie vous appelez vos niaîtres? Destiné par votre naissance à la profession des armes, comptant ans vos ancêtres de grands militaires, des hommes d’état plus grands encore, paice qu ils étaient en même temps très-grands hommes de lettres, vous avez ete poussé, par leux exemple, dans les deux carrières, et vous vous êtes annoncé d ahord avec distinction dans celle de la guerre. Mais votre cœur e paix, \otre esprit de patriotisme et votre amour pour I humanité vous prenaient tous les moments que le devoir vous laissait; et, pour ne pas trop s eloigner de ce devoir sacré d’état, vos premiers travaux littéraires ont été es éloges militaires. Je ne citerai que celui de M. le baron de Closcn, et je t emande si ce n est pas une espèce de. modèle en ce genre?
Et le discours que nous venons d’entendre n’est-il pas un nouveau fleuron flue Ion doit ajouter à vos anciens blasons? la main du goût \a le placer; puisque cesl son ouvrage, elle le mettra sans doute au-dessus de vos autres couronnes.
Je vous quitte à regret, monsieur; mais vous succédez à un digne acadéluicien qui mérite aussi des éloges, et d’autant plus qu’il les recherchait moins. Sa mémoire, honorée par tous les gens de bien, nous est chère en paiticulier, par son respect constant pour cette compagnie. M. de Châteaulun, homme juste et doux, pieux, mais tolérant, sentait, savait que remplie des lettres ne peut s’accroître et se soutenir que [inr la liberté; il approu- 'ait done tout assez volontiers, et ne blâmait rien qu’avec discrétion. Jamais 1 n a rien fait (|ue dans la vue du bien, jamais rien dit (pi'à bonne intention. Mais il faudrait faire ici l’énumération de toutes les vertus morales et chrétiennes, pour présenter en détail celles de M. de Chàteaiibrun. 11 avait les piemières par caractère, et les autres par le plus grand exemple de ce siècle en ce genre, 1 exemple du prince, aïeul de son auguste élève. Guidé dans cette éducation par I un de nos plus respectables confrères, et soutenu par son .mcicn et constant dévouement à cette grande maison, il a eu la satisfaction de jouir pendant quatre générations, et plus de soixante ans, de la conliancc et de toute I estime de ces illustres protecteurs.
(ailtivant les belles-lettres autant par devoir qtie par goût, il a donné phi.'iiurs pièces de théâtre; les Tro ;eniies et Philoclèle ont fait verser assez fle humes potii' jiistilier I éloge que nous faisons de ses talents. Sa vertu tirait pai ti de tout; elle perce à travers les noires perfidies et les superstitions que piescnte chaque scène; ses offrandes n’en sont pas moins pures, ses victimes ntoiiis iiuKicentes, et même ses portraits n en sont que plus touchants. J'ai a mne sa piété profonde par le transport (|u’il en fait aux ministres des faux Kux. hestor, giand-prètre des Troyens, peint par M. de Châteaubruii, sem e ètie environné de cette lumière surnaturelle qui le rendrait digne de
desservir les autels du vrai Dieu. Et telle est en effet la force d’une âme vivement affectée de ce sentiment divin, qu’elle le porte au loin et le répand sur tous les objets qui renvironnent. Si M. de Cbàteaubrun a supprimé, comme on l’assure, quelques pièces très-dignes de voir le jour, c'est sans doute parce q<i’il ne leur a pas Irouvé une assez forte teinture de ce sentiment aiupiel il voulait subordonner tous les autres. Dans cet instant, messieurs, je voudrais moi-mcrac y conformer le mien. Je sens néanmoins que ce serait faire la vie d’un saint, plutôt que l 'éloge d’un académicien. Il est mort à quatre-vingt-treize ans. Je viens de perdre mon père, précisément au même âge : il était, comme M. de Cbàteaubrun, plein de vertus et d'années. Les regrets permettent la parole; mais la douleur est muette.
RÉPONSE