‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 14 sur 93 · A M. LE DUC DE DURAS · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE DURAS

CE JOUR DE SA RÉCEPTION A l’ACADÉMIE FRANÇAISE, LE 15 MAI 1775.

Monsieur,

Aux lois que je me suis prescrites sur l'éloge dans le discours précédent, il faut ajouter un précepte également nécessaire : cest que les convenances doivent y être senties et jamais violées; le sentiment qui les annonce doit l'égner partout, et vous venez, monsieur, de nous en donner 1 exemple. Mais ce tact attentif de l’esprit, qui fait sentir les nuances des Unes bienséances, est-il un talent ordinaire qu’on puisse communiquer? ou plutôt n’est-il pas le dernier résultat des idées, l’extrait des sentiments d une âme exercée sur des objets que le talent ne peut saisir?

l.a nature donne la force du génie, la trempe du caractère et le moule du cœur; l’éducation ne fait que modifier le tout : mais le goût délicat, le tact fin d’ofi naît ce sentiment ex(|uis, ne peuvent s’acquérir que par un grand usage du monde dans les premiers rangs de la société. L usage des livres, la solitude, la contemplation des œuvres de la nature, I indifférence sur le mouvement du tourbillon des hommes, sont au contraire les seuls éléments de la vie du philosophe, ici l’homme de cour a donc le plus grand avantage sur 1 homme de lettres; il louera mieux et plus convenablement son prince et les grands, parce titi’il les connaît mieux, parce que mille fois il a senti, saisi ces rajiports fugitifs que je ne fais qu’entrevoir.

Dans cette compagnie, nécessairement composée de l’élite des hommes en tout genre, chacun devrait être jugé et loué par ses pairs : notre formule en

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