MANIÈRE D’ÉTUDIER
tirer; il les considérera à mesure qu’ils se présenteront plus familièrement, et il les rangera dans sa tête relativement à cet ordre de ses connaissances, parce que c’est en effet l'ordre selon lequel il les a acquises, et selon lequel il lui importe de les conserver.
Cet ordre, le plus naturel de tous, est celui que nous avons cru devoir suivre. Notre méthode de distribution n’est pas plus mystérieuse que ce qu'on vient de voir : nous partons des divisions générales telles qu’on vient de les indiquer, et que personne ne peut contester; et ensuite nous prenons les objets qui nous intéressent le plus par les rapports qu’ils ont avee nous, et de là nous passons peu à peu jusqu’à eeux qui sont les plus éloignés et qui nous sont étrangers; et nous croyons que cette façon simple et naturelle de considérer les choses est préférable aux méthodesles plus recherchées et les plus composées, parce qu’il n’y en a pas une, et de celles qui sont faites, et de toutes celles que l’on peut faire, où il n’y ait plus d'arbitraire que dans celle-ci, et qu’à tout prendre il nous est plus facile, plus agréable et plus utile de considérer les choses par rapport à nous que sous aucun autre point de vue.
,Ie prévois qu’on pourra nous faire deux objections : la première , c’est que ces grandes divisions, que nous regardons comme réelles, nesontpeut-étre pas exactes; que, par exemple, nous ne sommes pas sûrs qu’on puisse tirer une ligne de séparation entre le règne animal et le régne végétal, ou bien entre le règne végétal et le minéral, et que dans la nature il peut se trouver des choses qui participent également des propriétés de l un et de l'autre, lesquelles par conséquent ne peuvent entrer ni dans l'une ni dans l’autre de ces divisions.
A cela, je réponds que, s’il existe des choses qui soient exactement moitié animal et moitié plante, ou moitié plante et moitié minéral, etc., elles nous sont encore inconnues, en sorte que dans le fait la division est entière et exacte; et l’on sent bien que plus les divisions seront générales, moins il y aura de risque de rencontrer des objets mi-partis qui participeraient de la nature des deux choses comprises dans ces divisions : en sorte que cette même objection , que nous avons employée avec avantage contre les distributions particulières, ne peut avoir lieu lorsqu’il s’agira de divisions aussi générales que l'est celle-ci , surtout si l’on no rend pas ces divisions exclusives, et si l’on ne prétend pas y comprendre sans exception, non-seulement tous les êtres connus , mais encore tous ceux qu’on pourrait découvrir à l’avenir. D’ailleurs, .si l’on y fait attention, l'on verra bien que nos idées générales n’étant composées que d’idées particulières, clics sont relatives à une échelle continue d’objets, de laquelle nous n’apercevons nettement que les milieux, et dont les deux extrémités fuient et échappent toujours de plus en plus à nos considérations ; de sorte que nous ne nous attachons jamais qu’au gros des choses, et que par conséquent on ne doit pas croire que nos idées, quelque générales qu’elles puissent être, comprennent les idées particulières de toutes les choses existantes et possibles.
La seconde objection qu'on nous fera sans doute, c’est qu'en suivant dans notre ouvrage l'ordre que nous avons indiqué, nous tomberons dans l’inconvénient de mettre ensemble des objets très-diflércnts : par exemple, dans 1 histoire des animaux, si nous commençons pas ceux qui nous sont les plus utiles, les plus familiers, nous serons obligés de donner rinstoirc du chien après ou avant celle du cheval; ce qui ne parait |)as naturel, parce que ces animaux sont si diflérents à tous autres égards, qu’ils ne paraissent point du tout faits pour être mis si près l’un de l’autre dans un traité d'histoire naturelle : et on ajoutera peut-être qu’il aurait mieux valu suivre la méthode ancienne de la division des animaux en soltpèdes, pieds- fourchus, et fissipèdes, ou la méthode nouvelle de la division des animaux par les dents et les mamelles, etc.
Letle objection, qui d abord pourrait paraître spécieuse, s évanouira dès qu ou l’aura examinée. Ne vaut-il pas mieux ranger, non-seulement dans un traité d’histoire naturelle, mais même dans un tableau, ou partout ailleurs, les objets dans l'ordre et dans la position où ils se trouvent ordinairement, que de les forcer à se trouver ensemble en vertu d'une supposition? Ne vaut-il pas mieux faire suivre le cheval , qui est solipêde, par le chien, qui est fissipêde, et qui a coutume de le suivre en effet, que par un zèbre qui nous est peu connu , et qui n’a peut-être d'autre rapport avec le cheval que d être solipêde? D'ailleurs n’y a-t-il pas le même inconvénient pour les diffél'encesdans cet arrangement que dans le nôtre? Un lion, parce qu’il est fissipède, ressemble-t-il à un rat, (|ui est aussi fissipêde, plus qu’un cheval ne fesscmble à un chien? Un éléphant solipêde res.semble-t-ii plus à un âne, solipêde aussi, qu’à un cerf, qui est pied-fourchu? Et si l'on veut se servir de la nouvelle méthode dans laquelle les dents et les mamelles sont les cafactères spécifiques et sur lesquels sont fondées les divisions et les distributions, trouvera-t-on qu’un lionressembleplusà une chauve-souris qu’un cheval ne ressemble à un chien ? ou bien, pour faire notre comparaison encore plus exactement, un cheval ressemble-t-il plus à un cochon qu’à un chien, ou un chien ressemble-t-il plus à une taupe qu’à un cheval? Et puisqu'il y a autant d inconvénients et des différences aussi grandes dans ces méthodes d ai rangement que dans la nôtre, et que d’ailleurs ces méthodes n’ont pas les mêmes avantages, et qu elles sont beaucoup plus éloignées de la façon ordinaire et naturelle de considérer les choses , nous croyons avoir eu des raisons .sullisantes pour lui donner la préférence, et ne suivre dans nos distributions que l’ordre des rapports que les choses nous ont paru avoir avec nous-mêmes.
Nous n examinerons pas en détail toutes les méthodes artificielles que l’on a données pour la division des animaux : elles sont toutes plus ou moins sujettes aux inconvénients dont nous avons parlé an sujet des méthodes de botanique; et il nous parait que l’examen d’une seule de ces méthodes suffit pour faire découvrir les défauts des autres. Ainsi, nous nous bornerons ici à examiner celle de M. Linnæus, qui est la plus nouvelle, afin que l’on soit
MANIÈRE D'ÉTUDIER en étal de juger si nous avons eu raison de la rejeter, et de nous attacher seulement à l’ordre naturel dans lequel tous les hommes ont coutume de voir et de considérer les choses.
M. 1 >innæus divise tous les annimaux en six classes , savoir : les quadrupèdes, les oiseaux, les amphibies, les poissons , les insectes et les vers. Cette première division est, comme l’on voit , très-arbitraire et fort incomplète ; car elle ne nous donne aucune idée de certains genres d'animaux , qui sont cependant très-considérables et très-étendus, les serpents, par exemple, les coquillages, les crustacés : et il parait, au premier coup d’œil, qu’ils ont été oubliés ; car on n’imagine pas d'abord que les serpents soient des amphibies, les crustacés des insectes , et les coquillages des vers. Au lieu de ne faire que six classes , si cet auteur en eût fait douze ou davantage, et qu’il eut dit les quadrupèdes, les oiseaux, les reptiles , les amphibies , les poissons cétacés, les poissons ovipares, les poissons mous, les crustacés, les coquillages, les insectes de terre, les inseetes de mer, les insectes d'eau douce, etc., il eût parlé plus clairement, et ses divisions eussent été plus vraies et moins arbitraires : car, en général, plus on augmentera le nombre des divisions des productions naturelles, plus on approchera du vrai, puisqu'il n'existe réellement dans la nature que des individus, et que les genres, les ordres et les classes n'existent que dans notre imagination.
Si l’on examine les caractères généraux qu’il emploie, et la manière dont il fait scs divisions particulières, on y trouvera encore des défauts bien plus essentiels : par exemple, un caractère général, comme celui pris des mamelles pour la division des quadrupèdes, devrait au moins appartenir à tous les quadrupèdes; cependant, depuis Aristote, on sait que le cheval n’a point de mamelles.
11 divise la classe des quadrupèdes en cinq ordres : le premier anlhroponiorpha; le second /me; le troisième glires; le quatrième jMweM/a; et le cinquième pecoro; et ces cinq ordres renferment, selon lui, tous les animaux quadrupèdes. On va voir, par l’exposition et l'énumération mémo de ces cinq ordres, que celte division est non-seulement arbitraire, mais encore très-mal imaginée; car cet auteur met dans le premier ordre l'homme, le singe, le paresseux et le lézard écailleux. Il faut bien avoir la manie de faire des classes, pour mettre ensemble des êtres aussi différents que l'homme et le paresseux, ou le singe et le lézard écailleux. Passons au second ordre qu’il appelle) ferœ, les bêtes féroces. Il commence en effet par le lion, le tigre; mais il continue par le chat, la belette, la loutre, le veau marin, le chien, l'ours, le blaireau, et il finit par le hérisson, la taupe et la chauve-souris. Aurait-on jamais cru que le nom de ferœ en latin, bêtes sauvages ou féroces en français, etit pu être donné à la chauve-souris, à la taupe, au hérisson; que les animaux domestiques, comme le chien cl le chat, fussent des bêtes sauvages? Et n’y a-t-il pas à cela une aussi grande équivoque de bon sens que de mots? Mais voyons le troisième ordre, glires, les loirs. Ces loirs de M. Linnæus sont le porc-épic, le lièvre, réeureuil, le cas-
tor et les rats. J'avoue que dans tout cela je ne vois qu une espèce de rats qui soit en effet un loir. Le quatrième ordre est celui des jumenta, ou bêtes de somme. Ces bêtes de somme sont l'éléphant, l'hippopotame, la musaraigne, le eheval et le coelton : autre assemblage, comme on voit, qui est aussi gratuit et aussi bizarre que si l’auteur eût travaillé dans le dessein de le rendre tel. Enfin le cinqttième ordre, pecora, ou le bétail, eomprend le chameau, le cerf, le bouc, le bélier et le bœuf : mais quelle différence n’y a-t-il pas entre un chameau et un bélier, ou entre un cerf et un bouc? Et quelle raison peut-on avoir pour prétendre que ce .soient des animaux du même ordre, si ce n est que, voulant absolument faire des ordres, et n'en faire qu un petit nombre, il faut bien y recevoir des bètes de toute espèce? ensuite, en examinant les dernières divisions des animaux en espèces particulières, on trouve que le loup-cervier n’est qu'une espèce de chat, le renard et le loup une espèce de chien, la civette une espèce de blaireau, le cochon d'Inde une espèce de lièvre, le rat d’eau une espèce de castor, le rhinocéros une espèce d'éléphant, l’âne une espèce de cheval, etc., et tout cela, parce qu’il y a quelques petits rapports entre le nombre des mamelles et des dents de ces animaux, ou quelque ressemblance légère dans la forme <le leurs cornes.
Voilà pourtant, et sans y rien omettre, à quoi se réduit ce système de la nature pour les animaux quadrupèdes. Ne serait-il pas plus simple, plus naturel et plus vrai, de dire qu'un âne est un âne, et un chat un chat, que de
vouloir, sans savoir pourquoi, qu'un âne soit un cheval, et ms chat un louncervier? '
On peut juger, par cet échantillon, de tout le reste du système. Les serpents, selon cet auteur, sont des amphibies; les écrevisses sont des insectes, et non-seulement des insectes, mais des insectes du même ordre que les poux et les puces; et tous les coquillages, les crustacés et les poissons mous, sont des vers; les huîtres, les moules, les oursins, les étoiles de mer, les seches, etc., ne sont, selon cet auteur, que des vers. En faut-il davantage
pour faire sentir combien toutes ces divi.sions sont arbitraires, et cette méthode mal fondée?
On reproche aux anciens de n'avoir pas fait des méthodes, et les modernes se croient fort au-dessus d’eux, parce qu’ils ont fait un grand nombre de ces arrangements méthodiques et de ces dictionnaires dont nous venons de parler ; il so sont persuadé que cela seul suffît pour prouver que les anciens n avaient pas, à beaucoup près, autant de connaissances on histoire naturelle que nous en avons. Cependant c’est tout le contraire, et nous aurons, ans asuite decct ouvrage, mille occasionsde prouver que les anciens étaient me et plus instruits que nous ne le sommes, je ne dis
' n p lysiquc, rnais dans 1 histoire naturelle des animaux et des minéux, et que les faits de cette histoire leur étaient bien plus familiers qu’à
is, qui aurions dû profiter de leurs découvertes el de leurs remarquesn a ten ant quonen voie des exemples en détail, nous nous eontenterons
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tl indiquer ici les raisons générales qui sudiraient pour le faire penser, quand même on n’en aurait pas dés preuves particulières.
La langue grecque est une des plus anciennes et celle dont on a fait le plus longtemps usage. Avant et depuis Homère, on a écrit et parlé grec jusqu'au treizième ou qualorzième siècle; et actuellement encore, le grec corrompu par les idiomes étrangers ne dilï'èrc pas autant du grec ancien. <jnc ritalien diffère du latin. Cette langue, (m’on doit regarder comme la plus parfaite et la plus abondante de toutes, était, dès le temps d'Homère, portée à un grand point de perfection ; ce qui suppose nécessairement une ancienneté considérable avant le siècle même de ce grand poète ; car l’on pouri-ait estimer l'ancienneté ou la nouveauté d une langue par la quantité plus ou moins grande des mots, et la variété plus ou moins nuancée des constructions. Or, nous avons dans cette langue les noms d’une très-grande quantité de choses qui n’ont aucun nom en latin ou en français : les animaux les plus rares, certaines espèces d'oiseaux, ou de poissons, ou de minéraux, qu’on ne rencontre que très-difficilement, très-rarement, ont des noms et des noms constants dans cette langue; preuve évidente que ces objets de l'histoire naturelle étaient connus, et que les Grecs, non-seulement les connaissaient, mais même qu'ils en avaient une idée précise, qu’ils ne pouvaient avoir acquise que par une élude de ces mêmes objets, étude qui suppose nécessairement des observations et des remarques : ils ont même des noms pour les variétés; et ce que nous ne pouvons représenter que par une phrase, se nomme dans cette langue par un seul substantif. Cette abondance de mots, celte richesse d’expressions nettes et précises, ne supposent-elles pas la même abondance d'idées et de connaissances? Ne voit-on pas que des gens qui avaient nommé beaucoup plus de choses que nous, en connaissaient par conséquent beaucoup plus? cl cejrcndant ils n avaient pas fait, comme nous, des méthodes et des arrangements arbitraires : ils pensaient que la vraie science est la connaissance des faits; que pour 1 acquérir il fallait se familiariser avec les productions de la nature, donner des noms à toutes, afin de les faire reconnaître, de pouvoir s’en entretenir, de se représenter plus souvent les idées des choses rares et singulières, et de multiplier ainsi des connaissances qui, sans cela, sc seraient peut-être évanouies; rien n'étant plus sujet à l’oubli que ce qui n’a point de nom : tout ce qui n est pas d un usage commun ne se soutient que par le secours des représentations.
D'ailleurs les anciens qui ont écrit sur 1 histoire naturcllcétaient de grands hommes, et qui ne s’étaient pas bornés à cette seule étude : ils avaient 1 esprit élevé, des connaissances variées, approfondies, et des vues générales; cl, s’il nous paraît au premier coup d’œil qu’il leur manquât un peu d’exactitude dans de certains détails, il est aisé de reconnaître, en les lisant avec réflexion, qu’ils ne pensaient pas que les petites choses méritassent une attention aussi grande que celle qu’on leur a donnée dans ces derniers temps; et, quelque reproche que les modernes puissent faire aux anciens, il me paraît que
L HISTOIKE iNATlJRELLE. 83
Ansiole, Théophraste et Pline, qui ont été les |)reiniers naturalistes, sont aussi les plus grands à certains égards. L’histoire des animaux par Aristpte estpeut-éU-e encore aujourd’hui ce que nous avons de mieux fait en ce genre, et il serait fort à désirer qu'il nous eût laissé quelque chose d'aussi complet sur les végétaux et sur les minéraux; mais les deux livres de plantes, que quelques auteurs lui attribuent, ne ressemblent pas à ses autres ouvrages, et ne sont pas en effet de lui. 11 est vrai que la botanique n’était pas fort en honneur de son temps : les Grecs, et même les Romains, ne la regardaient pas comme une science qui dût exister par cllc-méme et qui dût aire un objet à part; ils ne la considéraient que relativement à l’agricultiire, au jardinage, à la médecine et aux arts : et, quoique Théophraste, disciple d’Aristote, connût plus de cinq cents genres de plantes, et que Pline en cite plus de mille, ils n’en parlent que pour nous en apprendre la culture, ou pour nous dire que les unes entrent dans la composition des drogues, que les autres sont d’usage pour les arts, que d’autres servent à orner nos jardins, etc. ; en un mot, ils ne les considèrent que par l'utilité qu’on en peut tirer, et ils ne se sont pas attachés à les décrire exactement.
L histoire des animaux leur était mieux connue que celle des plantes. Alexandre donna des ordres et fit des dépenses trcs-considérahles |)our rassembler des animaux, et en faire venir de tous les pays, et il mit Aristote en e at de les bien observer. Il paraît par son ouvrage qu'il les connaissait peiitetre mieux et sous des vues plus générales qu’on ne les connaît aujourd’hui tntm, quoique les modernes aient ajouté leurs découvertes à celles des anciens, je ne vois pas que nous ayons sur I histoire naturelle beaucoup d’ouvrages modernes qu’on puisse mettre au-dessus de ceux d’Aristote et de line; mais comme la prévention naturelle qu’on a pour son siècle pourrait persuader que ce que je viens de dire est avancé témérairement, je vais laire en peu de mots l’exposition du plan de leurs ouvrages.
Aristote commence son histoire des animaux par établir des différences et des ressemblances générales entre les différents genres d’animaux; au ® ‘ 'Viser par de petits caractères particuliers, comme l’ont fait les
oclernes, il rapporte historiquement tous les faits et toutes les observations qui portent snr des rapports généraux et sur des caractères sensibles- il tire ces caractères de la forme, de la couleur, de la grandeur et de tovnes les qualités extérieures de 1 animal entier, et aussi du nombre et de la position de ses parties, de la grandeur, du mouvement, de la forme de ses memres, des rapports semblables ou différents qui se trouvent dans ces mêmes
enlenû '<es exemples pour se faire mieux
vivre flifférences des animaux par leur façon de
tics mii c et leurs moeurs, leurs habitations, etc. 11 parle des par-
manLerT essentielles aux animaux, et de celles qui peuvent
du toucher '' Plusieurs espèces d'animaux. Le sens
et oui ne dnii' ' Comme nécessaire, manquer à aucun animal; et, comme ce sens est commun à
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tous les animaux, il n'est pas possible de donner un nom à la partie de leur corps dans laquelle réside la faculté de sentir. Les parties les plus essentielles sont celles par lesquelles l’aniraal prend sa nourriture, celles ((ui reçoivent cl digèrent cette nourriture, et celles par où il en rend le superllu. Il examine ensuite les parties de la génération des animaux, celles de leurs membres et de leurs diiïéi'entes parties qui servent à leurs mouvements et à leurs fonctions naturelles, (les observations générales et préliminaires font un tableau dont toutes les parties sont intéressantes ; et ce grand philosophe dit aussi quMl les a présentées sous cet aspect pour donner un avant-goût de ce qui doit suivre, et faire naitre ratlenlion (péexige I bistoire particulière de chaque animal, ou plutôt de cba(iuc chose.
11 commence par l liommc, et il le décrit le premier, plutôt parce qu'il est banimal le mieux connu, que parce qu'il est le plus parfait; et pour rendre sa de.scriplion moins sèche cl plus piquante, il tâche de tirer des connaissances morales en parcourant les rapports physiriues du corps humain : il indique les caractères des hommes par les traits de leur visage. Sc bien connailre en physionomie serait en clïct une science bien utile à celui qui l’aurait ac<juise; mais peut-on la tirer de 1 histoire naturelle? Il décrit donc l’homme par toutes ses parties extérieures et intérieures, et cette description est la seule qui soit entière : au lieu de décrire cha(pie animal en particulier, il les fait connailre tous par les rapports que toutes les parties de leur corps ont avec celles du corps de l'homme ; lorsqu’il décrit, par cxenqde, la tète humaine, il compare avec elle la tète de différentes espèces d’animaux. Il en est de meme de toutes les autres parties; à la description du poumon de l'homme, il rapporte historiquement tout cc qu'on savait des poumons des animaux, et il fait l'histoire de ceux qui en manquent. De même, à 1 occasion des parties de la génération, il rapporte toutes les variétés des animaux dans la manière de s’accoupler, d'engendrer, de porter et d accoucher, etc.; à l’occasion du sang, il fait l'iiisloire des animaux qui en sont privés, et, suivant ainsi ce plan de comparaison, dans lequel, comme l'on voit, l’homme sert de modèle, et ne donnant que les différences qu'il y a des animaux à riiomme, et de chaque partie des animaux à chaque partie de riiomme, il retranche à dessein toute description particulière; il évite par là tonte répétition, il accumule les faits, et il n'écrit pas un mot qui soit inutile : aussi a-t-il compris dans un petit volume un nombre presque infini de différents faits, et je ne crois pas qu’il soit possible de réduire à de moindres termes tout ce qu’il avait à dire sur celle matière, qui paraît si peu susceptible de cette précision, qu’il fallait un génie comme le sien pour y conserver en même temps de l’ordre et de la netteté. Ccl ouvrage d’Aristote s est présenté à mes yeux comme une table de matières qu’on aurait extraite, avec le plus grand soin, de plusieurs milliers de volumes remplis de descriptions et d’observations de toute espèce : c’est l’abrégé le plus savant qui ait jamais été fait, si la science est en effet l'histoire des faits; et quand même on supposerait qu’Aristote aurait tiré de tous les livres de son temps ce qu’il a mis
dans le sien, le plan de l’ouvrage, sa disiribution, le choix des exemples, la justesse des comparaisons, une certaine tournure dans les idées, que j’appellerais volontiers le caractère philosophique, ne laissent pas douter un instant qu’il ne fût lui-même bien plus riche que ceux dont il aurait emprunté.
Pline a travaillé sur un plan bien plus grand, et peut-être, trop vaste; il a \oulu tout embrasser, et il semble avoir mesure la nature et l’avoir trouvée trop petite encore pour l’étendue de son esprit. Son histoire naturelle comprend, indépendamment de 1 histoire des animaux, des plantes et des minéiaux, I histoire du ciel et de la terre, la médecine, le commerce, la navigation, I histoire des arts libéraux et mécaniques, l'origine des usages, enfin loutcs les sciences naturelles et tous les arts humains; et, ce qu’il y a d’étonnanl, c'est que dans chaque partie Pline est également grand. L'élévation des idées, la noblesse du style relèvent encore sa profonde érudition : nonseulement il savait tout ce (pron pouvait savoir de son temps, mais il avait cette facilité de penser en grand qui multiplie la science; il avait cette finesse de réflexion de laquelle dépendent l'élégance et le goût, cl il communique à ses lecteurs une certaine liberté d’es|)rit, une hardiesse de penser qui est le germe de la philosophie. Son ouvrage, tout aussi varié que la nature, la peint toujours en beau : c'est, si l’on veut, une compilation de tout ce qui avait été écrit avant lui, une copie de tout ce qui avait été fait d’excellent et d utile a savoir; mais cette copie a de si grands traits, cette compilalion contient des choses rassemblées d'une manière si neuve, qu’elle est préfé- '•able à la plupart des ouvrages originaux qui traitent des memes matières.
Nous avons dit que 1 histoire fidèle et la description exacte de chaque chose étaient les deux seuls objets que l'on devait se proposer d’abord dans l'étude de 1 histoire naturelle. Les anciens ont bien rempli le premier, et sont pciitctie autant au-dessus des modernes par cette première partie, que ceux-ci ■sont au-dessus d’eux par la seconde ; car les anciens ont très-liien traité 1 historuiue de la vie et des mœurs des animaux, de la culture et des usages es plantes, des propriétés et de l'emploi des minéraux; cl en même temps Ils semblent avoir négligé à dessein la description de clnuiue chose. Ce n’est pas qu ils ne fussent très-capables de la bien faire : mais ils dédaignaient appaicmment décrire des choses qu’ils regardaient comme inutiles, cl cette façon de penser tenait à quelque chose de général, et n’était pas aussi déraisonnable qu'on pourrait le croire; et même ils ne pouvaient guère penser autrement. Premièrement, ils cherchaient à être courts et à né mettre dans leurs ouvrages que les faits essentiels et utiles, parce qu’ils n’avaient jias, une nous, la facilite de multiplier les livres, et de les grossir impunélïierit. En second lieu, ils tournaient toutes les sciences du côté de l’utilité, et < onnaient beaucoup moins (jue nous à la vaine curiosité; tout ce qui n était pas intéressant pour la société, pour la santé, pour les arts, était iicg igé, ils rapportaient tout à riiommc moral, et ils ne croyaient pas que c loses qvti n avaient point d ttsage fitssent dignes de l'occuper; un insecte