‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 26 sur 93 · DU SYSTÈME DE M. BUIINET · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME DE M. BUIINET

Tlioiiias Burnet. TellurU Theoria tacra, orbi, nostri oriÿinemet mutatio, tes generales quas aut J avi suhiit. aut olini subiturus est^ eompleetens. Lontlitit, 1641.

Cet auteur est le premier qui ait traité cette matière généralement et d’une manière systématique. Il avait beaucoup d’esprit et était homme de belleslettres. Son ouvrage a euune grande réputation, et il aétécritiqué par quelques savants, entre autres par M. Keill, qui,éplucbant cette matière en géomètre, a démontré les erreurs de Burnet dans un traité qui a pour titre : Examination ofthe Theory oftheEarth. London, 1734, 2° édit. Ce même ]\L Keill a aussi réfuté le système de Wislhon :mais il traite ce dernier auteur bien différemment du premier j il semble même qu il est de son avis dans plusieurs cas, et il regarde comme une chose fort probable le déluge caus,é par la queue d’une comète. Mais, pour revenir à Burnet, son livre est élégamment écrit ; il sait peindre et présenter avec force de grandes images, et mettre sous les yeux des scènes magnifiques. Sou plan est vaste; mais l’exécution manque faute de moyens : son raisonnement est petit, ses preuvcssont faibles; et sa confiance est si grande, qu’il la fait perdre à son lecteur.

11 commence par nous dire qu’avant le déluge la terre avait une forme très-différente de celle que nous lui voyons aujourd'hui. C'était d'abord une masse fluide, un chaos composé de matières de toute espèce et de toutes sortes de figures: les plus pesantes descendirent vers le centre, et formèrent au milieu du globe un corps dur et solide, autour duquel les eaux, plus légères, se rassemblèrent et enveloppèrent de tous côtés le globe intérieur; l’air, et toutes les liqueurs plus légères que l’eau, la surmontèrent et l’enveloppèrent aussi dans toute la circonférence : ainsi, entre l’orbe de l’air et celui de l’eau, il se forma un orbe d’huile et de liqueur grasse plus légère que 1 eau. Mais, comme l’air était encore fort impur, et qu'il contenait une très-grande quantité de petites particules de matière terrestre, peu à peu ces particules descendirent, tombèrent sur la couche d’huile, et formèrent un orbe terrestre mêlé de limon et d'huile, et ce fut là la première terre hatable et le premier séjour de l’homme. C’était un excellent terrain, une terre légère, grasse et faite exprès pour se prêter à la faiblesse des |»reniiers

ISO HISTOIRE NATURELLE,

germes. La surface du globe terrestre était donc, dans ces premiers temps, égale, uniforme, continue, sans montagnes, sans mers et sans inégalités. Mais la terre ne demeura qu’environ seize siècles dans cet état; car la chaleur du soleil, desséchant peu à peu cette croûte limoneuse, la fit fendre d’abord à la surface : bientôt ces fentes pénétrèrent plus avant, et s’augmentèrent si considérablement avec le temps, qu’enfln elles s’ouvrirent en entier; dans un instant toute la terre s’écroula et tomba par morceaux dans l’abîme d’eau qu’elle contenait : voilà comme se fit le déluge universel.

Mais toutes ces masses de terre, en tombant dans l’abîme, entraînèrent une grande quantité d’air, et elles se heurtèrent, se choquèrent, se divisèrent, s’accumulèrent si irrégulièrement, qu’elles laissèrent entre elles de grandes cavités remplies d’air. Les eaux s’ouvrirent peu à peu les chemins de ces cavités ; et, à mesure qu’elles les remplissaient, la surface de la terre se découvrait dans les parties les plus élevées. Enfin, il ne resta de l’eau que dans les parties les plus basses, c’est-à-dire dans les vastes vallées qui contiennent la mer. Ainsi notre océan est une partie de l’ancien abîme ; le reste est entré dans les cavités intérieures avec lesquelles communique l’océan. Les îles et les écueils sont les petits fragments, les continents sont les grandes masses de l’ancienne croûte; et comme la rupture et la chute de cette croûte se sont faites avec confusion, il n’est pas étonnant de trouver sur la terre des éminences, des profondeurs, des plaines et des inégalités de toute espèce.

Cet échantillon du système de Burnet suffit pour en donner une idée : c’est un roman bien écrit, et un livre qu’on peut lire pour s’amuser, mais qu’on ne doit pas consulter pour s’instruire. L’auteur ignorait les principaux phénomènes de la terre, et n’était nullement informé des observations : il a tout tiré de son imagination, qui, comme l’on sait, sert volontiers aux dépens de la vérité.

PREUVES

DE LA

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