DL' SYSTÈME DE M. WOODWAIID
■leati Wuotlwai'd. An Essay towards the nalural Ilislory of the Eurth, etc.
On peut dire de cet auteur qu’il a voulu élever un monument immense sur une base moins solide que le sable mouvant, et bâtir l’édifice du monde
avec (Je la poussière; car il prétend que, dans le temps du déluge, il s’est fait une dissolution totale de la terre. La première idée qui se présente après avoir lu son livre, c’est que celte dissolution s’est faite par les eaux du grand abîme, qui se sont répandues sur la surface de la terre, et qui ont délayé et réduit en pâte les pierres, les rochers, les marbres, les métaux, etc. 11 prétend que 1 abîme, où celle eau était renfermée, s’ouvrit tout d’un coup à la voix de Dieu , et répandit sur la surface de la terre la (|uanlité énorme d’eau qui était nécessaire pour la couvrir et surmonter de beaucoup les plus liantes montagnes, et que Dieu suspendit la cause de la cohésion des corps, ce qui riiduisit tout en poussière, etc. Il ne fait pas attention que, par ces suppositions, il ajoute au miracle du déluge universel d’autres miracles, ou loulau moiiisdes impossibilités physiques qui ne s’accordent ni avec la lettre de la sainte Écriture, ni avec les principes mafhémaliquesde la philosophie naturclle. Mais, comme cet auteur a le mérite d avoir rassemblé plusieurs observations importantes, et qu'il connaissait mieux que ceux qui ont (icrit avant lui les matières dont le globe est composé, son système, quoique mal conçu et mal digéré, n’a pas laissé d’éblouir les gens séduits par la vérité de quelques faits particuliers, et peu dilliciles sur la vraisemblance des conséquences générales. Nous avons donc cru devoir présenter un extrait de cet ouvrage, dans lequel , en rendant justice au mérite de fauteur et à fexactitiide de ses observations, nous meut ons le lecteur en étal de juger de l’insuffisance de son système et de la fausseté de quelques-unes de scs remarques. M. Woodward dit avoir reconnu par ses yeux que toutes les matières qui composent la terre en Angleterre, depuis .sa surface jusqu’aux endroits les plus profonds où il est descendu, étaient disposées par couches, et que, dans un grand nombre de ces couches, il y a des coquilles et d’autres productions marines ; ensuite il ajoute que, par ses correspondants et par ses amis, il s’est assuré que dans tous les autres pays la terre est composée de même, et qu’on y trouve des coquilles, non-seulement dans les plaines et en quelques endroits, mais encore sur les plus hautes montagnes, dans les carrières les plus profondes et en une infinité d’endroits : il a vu que ces couches étaient horizontales et posées les unes sur les autres, comme le seraient des matières transportées jiar les eaux et déposi’^es en forme de sédiments.- Ces remarques générales, qui sont très-vraies , sont suivies d’observations particulières, par lesquelles il fait voir évidemment que les fossiles qu'on trouve incorporés dans les couches sont de vraies coquilles et de vraies jiroductions marines, et non pas des minéraux, des corps singuliers, des jeux de la nature, etc. .V ces observations, quoiqu’on partie faites avant lui, qu'il a rassemblées et prouvées, il en ajoute d'autres qni sont moins exactes ; il assure que toutes les matières des différentes couches sont posées les unes sur les autres dans I ordre de leur pesanteur spécifique, en sorte que les plus pesantes sont au-dessous, et les plus higères au-dessus. Ce fait général n'est point vrai: on doit arrêter ici fauteur, et lui montrer les rochers que nous voyons toush's jours au-dessus des glaises, des sables, des charbons de terre,
des bitumes, et qui certainement sont plus pesants spécifiquement que toutes ces matières; car, en effet, si par toute la terre on trouvait d’abord les couches de bitume, ensuite celles de craie, puis celles marne, ensuite celles de glaise, celles de sable, celles de pierre, celles de marbre, et enfin les métaux, en sorte que la composition de la terre suivît exactement et partout la loi de la pesanteur, et que les matières fussent toutes placées dans l’ordre de leur gravité spécifique, il y aurait apparence qu’elles se seraient toutes précipitées en même temps, et voilà ce que notre auteur assure avec confiance, malgré l’évidence du contraire : car, sans être observateur, il ne faut qu’avoir des yeux pour être assuré que l’on trouve des matières pesantes très-souvent ftosées sur des matières légères, et que, par conséquent , ces sédiments ne se sont pas précipités tous en même temps, mais qu’au contraire ils ont été amenés et déposés successivement par les eaux. Comme cest là le fondement de son système, et qu’il porte manifestement à faux, nous ne le suivrons plus loin que pour faire voir combien un |>rincipc erroné peut produire de fausses combinaisons et de de mauvaises conséquences. Toutes les matières, dit notre auteur, qui composent la terre, depuis les sommets des plus hautes montagnes jusqu’aux plus grandes profondeurs des mines et des carrières, sont disposées par couches, suivant leur pesanteur spécifique : donc, conclut-il, toute la matière qui compose le globe a été dissoute et s’est précipitée en même temps. Mais dans quelle matière et en quel temps a-t-elle été dissoute ^ Dans l’eau et dans le temps du déluge. Mais il n’y a pas assez deau sur le globe pour que cela sc puisse, puisqu’il y a plus de terre que d eau, et que le fond de la mer est de terre. Eh bien ! nous dit-il , il y a de I eau plus qu il n’en faut au centre de la terre ; il ne s’agit que de la faire monter, de lui donner tout ensemble la vertu d’un dissolvant universel et la qualité d un remède préservatif pour les coquilles , qui seules n’ont pas été dissoutes, tandis que les marbres et les rochers l’ont été; de trouver ensuite le moyen de faire rentrer cette eau dans l’abime, et de faire cadrer tout cela avec I histoire du déluge. Voilà le système, de la vérité duquel l’auteur ne trouve pas le moyen de pouvoir douter; car, quand on lui oppose que l’eau ne peut point dissoudre les marbres, les pierres, les métaux, surtout en quarante jours qu a duré le déluge , il répond simplement que cependant cela est arrivé. Quand on lui demande quelle était donc la vertu de cette eau de labime, pour dissoudre toute la terre et conserver en même temps les coquilles, il dit qu’il n’a jamais prétendu que cette eau fût un dis.solvant, mais qu il est clair par les faits que la terre a été dissoute et que les co(|uilles ont été préservées. Enfin, lorsqu’on le presse et qu’on lui fait voir évidemment que s il n a aucune raison à donner de ces phénomènes, son système n’explique rien, il dit qu’il n’y a qu’à imaginer qtie dans le temps du déluge la force de la gravité et de la cohérence de la matière a cessé tout à coiqt, et qu’au moyen de cette supposition, dont rclfet est fort aisé à concevoir, on explique d une manière satisfaisante la «lissolution de l'ancien monde. Mais, lui dit-on, si la force qiti tient unies les parties de la matière a cessé, pourquoi les co-
quilles n’ont-elles pas été dissoutes comme tout le reste? Ici il fait un discours sur l’organisation des coquilles et des os des animaux, par lequel il prétend prouver que leur texture étant fibreuse et différente de celle des minéraux , leur force de cohésion est aussi d’un autre genre. Après tout, il n’y a, dit-il, qu’à supposer que la force de la gravité et de la cohérence n’a pas cessé entièrement, mais seulement qu’elle a été diminuée a.ssez pour désunir toutes les parties des minéraux, mais pas assez pour désunir celles des animaux. A tout ceci, on ne peut pas s’empêcher de reconnaître que notre auteur n’était pas aussi bon physicien qu’il était bon observateur; et je ne crois pas qu’il soit nécessaire que nous réfutions sérieusement des opinions sans fondement, surtout lorsqu’elles ont été imaginées contre les règles de la vraisemblance , et qu’on n’en a tiré que des conséquences contraires aux lois de la mécanique.
PREUVES
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