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THÉORIE DE LA TlAiRE. 161
gueur se trouve être diagonale avec réquatciir, et (|u'on doit mesurer en commençant au nord de la Tartarie la plus orientale; de là à la terre qui avoisine le golfe Lincliidolin, où les JMoscovites vont pêcher des baleines; de là à Tobolsk, de Tobolsk à la mer Caspienne, de la mer Caspienne à la Mecque, de la Mecque à la partie occidentale du pays habité par le peuple de Galles en Afrique, ensuite au Monoemugi, au Monomotapa, et enlin au cap de Bonne-Espérance. Cette ligne, qui est la plus grande longueur de l’ancien continent, est d environ 5,600 lieues : elle n’est interrompue que par la mer Caspienne et par la mer Rouge, dont les largeurs tie sont pas considérables; et on ne doit pas avoir égard à ces petites interruptions, lorsque 1 on considère, comme nous le faisons, la surface du globe divisée seulement en quatre parties.
Celte plus grande longueur se trouve en mesurant le continent en diagonale : car, si on le mesure au contraire suivant les méridiens, on verra qu'il n’y a que 2,500 li(‘ues, depuis le cap nord de Laponie jusqu’au cap de Bonne-Espérance , et qu'on traverse la mer Baltique dans sa longueur et la mer Méditerranée dans toute sa largeur; ce qui fait une bien moindre longueur et de plus grandes interruptions que par la première route. A fégard de toutes les autres distances qu’on pourrait mesurer dans l’ancien continent sous les mêmes méridiens, on les lrou\era encore beaucoup plus petites que celle-ci, n’y ayant, par exemple, que 1,800 lieues, depuis la pointe méridionale de l’ile de Ceylan jusqu’à la côte septentrionale de la nouvelle Zemble. De meme, si on mesm e le continent jun allèlemcnt à l’équateur, on trouvera que la plus grande longueur sans interruption se trouve depuis la côte occidentale de l’Afrique à 'fréfana, justpi’à Aingpo sur la côte orientale de la Chine, et qu’elle est ettviron de 2,800 lieues; qu'une autre longueur sans interruption peut se mesurer, depuis la pointe de la Bretagne à Brest jusqu’à la côte de la Tartarie chinoise, et qu’elle est environ de 2,300 lieues; qu’en mesurant depuis Bergen, en jNorwégc, jusqu'à la côte du Kamtscbalka, il n’y a plus que 1,800 lieues. Toutes ces lignes ont, comme l’on voit, beaucoup moins de loiigneur que la première; ainsi la plus grande étendue de l’ancien continent est en clfet depuis le cap oriental de la Tartarie la plus septenlrionalejusqu’au cap de Bonne-Espéranee, c’est-à-dire de 3,600 lieues. Voyez la ‘première carte de la (jéoyraphie.
Celte ligne peut être regardée comme le milieu de la bande de terre qui compose l'ancien continent ; car, en mesurant l’étendue de la surface du terrain des deux côtés de cette ligne, je trouve qu’il y a, dans la partie qui est à gauche, 2,471,092 ^4 lieues carrées; et que, dans|la partie qui est à droite de cette ligne, il y a 2,469,687 lieues carrées; ce qui est une égalité singulière, et (|ui doit faire présumer, avec une très-grande vraisemblance que cette ligne est le vrai milieu de rancien continent, en même temps qu’elle en est la plus grande longueur.
L’ancien continent a donc en tout environ 4,940,780 beues carrées, ce qui ne fait pas une cinquième partie de la surface totale du globe, et on peut ». H
162 iilsïoiuj: naturelle.
regarder ce continent comme une large bande de terre inclinée à l’équatenr d’environ 50 degrés.
A l’égard du nouveau continent, on peut le regarder aussi comme une bande de terre dont la plus grande longueur doit être prise depuis l embouchure du lleuve de la Plata juscpi’à celle conlrée marécageuse qui s’étend au delà du lac des Assiniboïls. Celte roule va de remboucbure du fleuve de la Plata au lac (iaracaresj de là elle passe chez les Malaguais, chez les Chiriguancs, ensuite à Poeona, à Zongo, de Zongo chez les Zamas, les Marianas, les Moruas, de là à Santa-Fé et à Carlbagènc, puis, par le golfe du Mexique, à la Jamaïque, à Cuba, tout le long de la péninsule de la Floride, chez les Apalaches, les Chicachas, de là au fort Saint-Louis ou Crève-Cœur, au fort le Sueur, et enfin chez les peuples qui habitent au delà du lac des Assiniboïls, où 1 étendue des terres n’a pas encore été reconnue. Voyez la seconde carte de la géoyrafhie.
Cette ligne, qui n’est interi-ompuc que par le golfe du Mexique, qu’on doit regarder comme une mer Méditerranée, peut avoir environ deux mille cinq cents lieues de longueur, cl elle partage le nouveau continent en deux parties égales, dont celle qui est à gauche a 1,069,286 Sje lieues carrées de surface, et celle qui est à droite en a 1,070,926 i;i2; celte ligne, qui fait le milieu de la bande du nouveau continent, est aussi inclinée à réquatcur d'environ trente degrés, mais en sens opposé; en sorte que celle de l’ancien continent s étendant du nord-est au sud-ouest, celle du nouveau s’étend du nord-ouest au sud-est ; et toutes ces terres ensemble, tant de l’ancien que du nouveau continent, font environ 7,080,995 lieuescarrées; ce qui n’est pas, à beaucoup près, le tiers de la surface totale du globe, qui en contient ving-cinq millions.
On doit remarquer que ces deux lignes, qui traversent les continents dans leurs plus grandes longueurs, et qui les partagent chacun en deux parties égales, aboutissent toutes les deux au même degré de latitude septentrionale et australe. On peut aussi observer que les deux continents font des avances opposées et <{ui se regardent, savoir : les côtes de l’Afrique, depuis les îles Canaries jusqu’aux côtes de la Guinée, et celles de l’Amérique, depuis la Guiane jusqu’à l’embouchure du Rio-Janeiro.
Il paraît donc que les terres les plus anciennes du globe sont les pays qui sont aux deux côtés de ces lignes à une distance médiocre, par exemple, à deux cents ou deux cent cinquante lieues de chaque côté; et, en suivant cette idée, qui est fondée sur les observations que nous venons de rapporter, nous trouverons dans l’ancien continent que les terres les plus anciennes de 1 Afrique sont celles qui s’étendent depuis le cap de Ronne-Espéranee jusqu à la mer Rouge et jusqu'à l’Égypte, sur une largeur d’environ cinq cents lieues, et que, par conséquent, toutes les côtes occidentales de l’Aflique, depuis la Guinée jusqu’au détroit de Gibraltar, sont des terres plus nouvelles. De même, nous reconnaîtrons qu’en Asie, si on suit la ligne sur la même largeur, les terres les plus anciennes sont l’Arabie heureuse et déserte, la Perse et la Géorgie, la Turcomanic et une partie de la Tartarie indépen-
danle, la Eiicassio el une partie de la Moscovie, etc.; que, par conséquent, l’Europe est plus nouvelle, et peut-être aussi la Cliine et la partie orientale de la Tartarie. Dans le nouveau continent, nous trouverons que la terre Magellanique, la partie orientale du Rrésil, du pays des Amazones, de la Guiane et du Canada, sont des pays nouveaux en comparaison du Tucuman, du Pérou, de la terre ferme cl des iles du golfe du Mexique, de la Floride, du Mississipi et du Mcxicpic. On peut encore ajouter à ces observations deux faits qui sont assez remarquables : le vieux et le nouveau continent sont presque opposés Tun à raulre; l ancien est plus étendu au nord de l’équateur qu’au sud ; au contraire, le nouveau l’est plus au sud qu’au nord de l’équateur. Le centre de l’ancien contif)ent est à seize ou dix-huit degrés de latitude nord, et le centre du nouveau est à seize ou dix-buit degrés de latitude sud; en sorte qu’ils semblent faits pour se contre-balancer. Il y a encore un rapport singulier entre les deux continents, quoiqu’il me paraisse plus accidentel que ceux dont je viens de parler : c’est que les deux continents seraient chacun partagés en deux parties, qui seraient toutes quatre environnéos de la mer de tous côtés, sans deux petits isthmes, celui de Suez el celui de Panama.
Voilà ce que rinspection attentive du globe peut nous fournir de plus général sur la <livision de la terre. Mous nous abstiendrons de faire sur cela des hypothèses et de hasarder des raisonnements qui pourraient nous conduire à de fausses conséquences : mais, comme pcr.sonne n’avait considéré sous ce point de \uc la division du globe, j’ai cru devoir communiquer ees remar([ucs. Il est assez singulier que la ligne, qui fait la plus grande longueur des continents terrestres, les |)artage en doux parties égales; il ne l’est pas moins que ces deux lignes commencent cl finissent aux mêmes degrés de latitude, et qu’elles soient toutes deux inclinées de même à l’équateur. Ces rapports peuvent tenir à quelque chose de général, que l’on découvrira peut-être, el que nous ignorons. Nous verrons dans la suite à examiner plus en détail les inégalités de la figure, des continents; il noua sullit d’observer ici que les pays les plus anciens doivent être les plus voisins de ces ligues et en même temps les plus élevés, et que les terres les plus nouvelles en doivent être les plus éloignées, cl en même temps les plus basses. Ainsi, en Amérique, la terre des Amazones, la (ùiiane et le Canada, seront les parties les plus nouvelles : en jetant les yeux sur la carte de ce pays, on voit que les eaux y sont répandues de tous côtés, qu’il y a un grand nombre de lacs et de très-grands lleuves ; ce qui indique encore que ees terres sont nouvelles : au contraire, le Tucuman, le Pérou et le Mexique sont des pays très-élevés, fort montueux, et voisins de la ligne qui partage le continent; ce qui semble prouver qu’ils sont plus anciens que ceux dont nous venons de parler. De même toute l’Afrique est irès-montueuse , et cette partie d(/ monde est fort ancienne; il n'y a guère que l’Egypte, la Barbarie, et les côtes occidentales de l’Afrique jusqu’au Sénégal, qu’on puisse regarder comme de nouvelles terres. L’Asie est aussi une terre ancienne, et peut-être
la plus ancienne de toutes, surtout l’Arabie, la Perse et la Tartarie; mais les inégalités de celte vaste partie du monde demandent, aussi bien que celles de l’Europe, un déttiil que nous renvoyons à un autre article. On pourrait dire, en général, que l’Europe est un pays nouveau; la tradition sur la migration des peuples et sur l origine des arts et des sciences parait l’indiquer ; il n’y a pas longtemps qu’elle était encore remplie de marais et couverte de forêts, au lieu que dans les pays très-ancicnncmenl habités, il y a peu de bois, peu d’eau, point de marais , beaucoup de landes et de bruyères, une grande quantité de montagnes dont les sommets sont secs et stériles ; car les hommes détruisent les bois , contraignent les eaux, resserrent les fleuves, dessèchent les marais, et avec le temps ils donnent à la terre une face toute différente de celle des pays inhabités ou nouvellement peuplés.
Les anciens ne connaissaient qu’une très-petite partie du globe; l’Amérique entière, les terres Arctiques, la terre Australe et i\Iagellanique, une grande partie de l’intérieur de l’Afrique, leur étaient entièrement inconnues; ils ne savaient pas que la zone torride était habitée, quoiqu’ils eussent navigué tout autour de l’Afrique; car il y a deux mille deux cents ans que Neco, roi d’Égypte, donna des vaisseaux à dos Phéniciens qui partirent de la mer Rouge, côtoyèrent l’Afrique, doublèrent le cap de Bonne-Espérance, et ayant employé deux ans à faire ce voyage, ils entrèrent la troisième année dans le détroit de Gibraltar. Voyez Hérodote, liv. IV. Uepcndanl les anciens ne connaissaient pas la propriété qu’a l'aimant de se diriger vers les pôles du monde, quoiqu’ils connussent celle qu’il a d’attirer le fer; ils ignoraient la cause générale du flux et du reflux de la mer; ils n’étaient pas sûrs que l’océan environnai le globe sans interruption ; quelques-uns à la vérité l’ont soupçonné, mais avec si peu de fondement, qu’aucun n’a osé dire, ni même conjecturer, qu’il était possible de faire le tour du inonde. Magellan a été le premier qui l’ait fait en l’année 1ÎH9, dans l'espace de onze cent vingtquatre jours. François ürakc a été le second en 1o77, et il l’a fait en mille cinquante-six jours. Ensuite Thomas Gavendish a fait ce grand voyage en sept cent soixante-dix-sept jours dans l’année 1586. Ces fameux voyageurs ont été les premier.s qui aient démontré physiquement la sphéricité et l’étendue de la circonférence de la terre ; car les anciens étaient aussi fort éloignés d’avoir une juste mesure de cette circonférence du globe, quoiqu’ils y eussent beaucoup travaillé. Les vents généraux et réglés, et l’usage qu’on en peut faire pour les voyages de long cours, leur étaient aussi absolument inconnus ; ainsi on ne doit pas être surpris du peu de progrès qu’ils ont faits dans la géographie, puisqu’aujourd’hui, malgré toutes les connaissances que l’on a acquises par le secours des sciences mathématiques et par les découvertes des navigateurs, il reste encore bien des choses à trouver et de vastes contrées à découvrir. Presque toutes les terres qui sont du côté du pôle antai-cliquc nous sont inconnues; on sait seulement qu’il y en a, et qu’elles sont séparées de tous les autres continents par l’océan. 11 reste aussi beaucoup de pays à découvrir du côté du pôle arctique, et on est obligé d’a-
vouer, avec quelque espèce de regret, que depuis plus d’un siècle l'ardeur pour découvrir de nouvelles terres s’est extrêmement ralentie : on a préféré, et peut-être avec raison , l'utilité qu’on a trouvée à faire valoir celles qu’on connaissait, à la gloire d’en conquérir de nouvelles.
Cependant la découverte de ces terres australes serait un grand objet de curiosité et pourrait être utile : on n’a reconnu de ce côté-là que quelques côtes, et il est fâcheux que les navigateurs, qui ont voidu tenter cette découverte en différents temps, aient presque toujours été arrêtés par des glaces qui les ont empêchés de prendre terre. La brume, qui est fort considérable dans ces parages, est encore un obstacle. Cependant, malgré ces inconvénients, il est à croire qu’en partant du Cap de Bonne-Espérance en différentes saisons, on pourrait enfin reconnaître une partie de ces terres, lesquelles jusqu’ici font un monde à part.
Il y aurait encore un autre moyen, qui peut-être réussirait mieux : comme les glaces et les brumes paraissent avoir arrêté tous les navigateurs qui ont entrepris la découverte des terres Australes par l’océan Atlantique, et que les glaces se sont présentées dans l’été de ces climats aussi bien que dans les autres saisons, ne pourrait-on pas se promettre un meilleur succès en changeant de route? 11 me semble qu’on pourrait tenter d’arriver à ces terres par la mer Pacifique, en partant de Baldlvia ou d’un autre port de la côte du Chili, et traversant cette mer sous le cinquantième degré de latitude sud.
Il n’y a aucune apparence que cette navigation, qui n’a jamais été faite, fut périlleuse, et il est probable qu’on trouverait dans cette traversée de nouvelles terres; car ce qui nous reste à connaître du côté du pôle austral est si considérable, qu’on peut, sans se tromper, rêvaluer à plus du quart de la superficie du globe, en sorte qu'il peut y avoir dans ces climats un continent terrestre aussi grand que l’Europe, l’Asie et l’Afrique prises toutes trois ensemble.
Comme nous ne connaissons point du tout cctle partie du globe, nous ne pouvons pas savoir au juste la proportion qui est entre la surface de la terre et celle de la mer; seulement , autant qu’on en peut juger par l’inspection de ce qui est connu, il paraît qu’il y a plus de mer (jue de terre.
Si l'on veut avoir une idée de la quantité énorme d’eau que contiennent les mers, on peut supposer une profondeur commune et générale à l’océan, et en ne la faisant que de deux cents toises ou de la dixième partie d’une lieue, on verra qu’il y a assez d’eau pour couvrir le globe entier d’une hauteur de six cents pieds d’eau; et si l’on veut réduire celte eau dans une seule masse, on trouvera qu’elle fait un globe de plus de soixante lieues de diamètre.
Les navigateurs prétendent que le continent des terres australes est bea u coup plus froid que celui du pôle arctique ; mais, il n’y a aucune apparence (|ue celte opinion soit fondée, et probablement elle n a été adoptée des voyageurs que parce qu’ils ont trouvé des'glacesà une latitude où l’on n’en trouve presque jamais dans nos mers septentrionales; mais cela peut venir de quel-
KHi HISTOIRE IV.VTI REELE.
(jiies causes parficulières. On ne Irouve jilus de glaces, des le mois d’avril, en de (;à des 67 et 68 degrés de latitude septentrionale; et les sauvages de r.icadie et du Canada disent que quand elles ne sont pas toutes fondues dons ce mois-là, c’est une marque que le reste de rannéc sera froid et pluvieux. En 1725, il n y eut, pour ainsi dire, point d’été, et il plut presque continuellement : aussi non-seulement les glaces des mers septentrionales n’étaient pas fondues au mois d avril au soixante-septième degré, mais même on en trouva au 15 juin vers le quarante et un ou quarante-deuxième degré. Voy. l'Uist. del Acad., année il '2^.
On trouve une grande quantité de ces glaces flottantes dans la mer du Nord, surtout à quelque distance des terres; elles viennent de la mer de faitaiie dans celle de la Nouvelle-Zemble et dans les autres endroits de la mer Cxlaciale. .J’ai été assuré, par des gens dignes de foi, qu’un capitaineanglais, nommé Monson, au lieu de chercher un passage entre les terres du Nord pour aller à la Chine, avait dirigé sa route droit au pôle, et en avait approché jusqu à deux degrés; (|ue dans cette roule il avait trouvé une haute mer sans aucune glace : ce qui prouve que les glaces se forment auprès des terres et jamais en pleine itier; car, quand même on voudrait supposer, contre toute apparence, (pt'il pourrait faire assez froid au pôle pour que la superficie de la mer fût glacée, on ne concevrait pas mieux comment ces énormes glaces qui flottent, pourraient se former, si elles ne trouvaient pas un point d’apjmi contre les terres, d’où ensuite elles se détachent par la chaleur du soleil. Les deux vaisseaux que la conqjagnie des Indes envoya en 1750 a la decouverte des terres Australes, trouvèrent des glaces à une latitude de 47 ou de 48 degrés; mais ces glaces n’étaient pas fort éloignées des terres, puisqu’ils les reconnurent, .sans cependant pouvoir y aborder. Voj/ez su7- cela la carte de M. Buache, 1759. Ces glaces doivent venir des terres intérieures et voisines du pôle austral, cl on peut conjecturer qu’elles suivent le cours de plusieurs grands fleuves dont ces terres inconnues sont arrosées, de meme que le fleuve Oby , le .lénisca, cl les autres grandes rivières qui tombent dans les mers du Nord, enlrainenl les glaces qui bouchent, pendant la plus grande partie de l’année, le détroit de W aigats et rendent inabordable la mer de Tarlarie par celte route, tandis qu'au delà de la Nouvelle-Zemble et plus prés des pôles, ou il y a peu de fleuves et de erres, les glaces sont moins communes et la mer est plus navigable; en sorte que .si on voulait encore tenter le voyage de la Chine et du Japon par les mers du Nord, il faudrait peut-être, pour s’éloigner le plus des terres et des glaces, diriger sa roule droit au pôle, et chercher les plus hautes mers, où cerlainemcnl il ny a que peu ou point de glaces; car on sait que beau salée peut, sans se geler, devenir beaucoup plus froide que l’eau douce glacée, cl par consé(|uenl, le froid excessif du pôle peut bien rendre l’eau de la mer plus froide que la glace, sans que pour cela la surface de la mer SC gèle, d’autant plus qu’à 80 ou 82 degre:s, la surface de la mer, quoique melee de beaucoup de neige et d’eau douce, n’est glacée qu’auprès des côtes.
En rccucilliiiilles témoignages des voyageurs sur le passage de l’Europe à la Chine par la mer du Nord, il parait qu’il existe, et que s’il a été si souvent tenté inutilement, c’est parce qu'on a toujours craint de s’éloigner des terres et de s’approcher du pôle : les voyageurs l’ont peut-être regardé comme un écueil.
Cependant, Guillaume Barents, qui avait échoué, comme bien d’autres, dans son voyage du Nord, ne doutait pas qu’il n’y eût un passage, et que s il se fût plus éloigné des terres, il n’eût trouvé une mer libre et sans glaces. Des voyageurs moscovites, envoyés par le czar pour reconnailre les mers du Nord, rapportèrent que la Nouvelle-Zemble n’est point une ile, mais une terre ferme du continent de la Tartarie, et qu’au nord de la Nouvelle-Zemble, c’est une mer libre et ouverte. Un voyageur hollandais nous assure (jiie la mer jette de temps en temps, sur la côte de Corée et du Japon, des baleines qui ont sur le dos des harpons anglais et hollandais. Un autre Hollandais a prétendu a\oir été jusque sous le pôle, et assurait qu’il y faisait aussi chaud qu’il fait à Amsterdam en été. Un Anglais nommé Goulden, qui avait fait plus de trente voyages on Groenland, rapporta an roi Charles H que deux vaisseaux hollandais avec lesquels il faisait voile, n’ayant point trouvé de haleines à la côte de l'ile d’Edges, résolurent d’aller plus au nord , et qu’étant de retour au bout de quinze jours, ces Hollandais lui dirent qu’ils avaient été jusqu’au 89“' degré de latitude, e’est-à-dire à un degré du jjôle, et que là ils n’avaient point trouve de glaces, mais une mer libre et ouverte, fort profonde et semblable à celle de la baie de Biscaye, et ipéils lui montrèrent quatre journaux des deux vaisseaux, qui attestaient la même chose, et s’accordaient à fort peu de choses près. Enfin, il est rapporté dans les Transactions philosophiques que deux navigateurs qui avaient entrepris de découvrir ce passage, lirent une route de trois cents lieues a 1 orient de la Nouvclle-Zendtle; mais, qu’étant de retour, la compagnie des Indes, (jui avait intérêt que ce passage ne fût pas découvert, empêcha ces navigateurs de retourner. Vouez le Recueil des voyages du Nord, paye 200. Mais la compagnie des Indes de Hollande crut au contraire qu’il était de son intérêt de trouver ce passage : rayant tenté inutilement du côté de l’Europe, elle le fit chercher du côté du Japon; et elle aurait apparemment réussi, si rempercur du Japon n’eût pas interdit aux étrangers toute navigation du côté des terres de Jesso. Ce passage ne peut donc se trouver qu’en allant droit au pôle au delà de Spitzberg, ou bien en suivant le milieu de la haute mer, entre la Nouvelle-Zemble et Spitzberg, sous le 79'"' degré de latitude. Si cette mer a une largeur considérable, on ne doit pas craindre de la trouver glacée à cette latitude, et pas même sous le pôle, par les raisons (pte nous avons alléguées. En effet, il n’y a pas d’exemple qu’on ait trouvé la surface de la mer glacée au large et à une distance considérable des côtes ; le seul exemple d’une mer totalement glacée est celui de la mer Noire; elle est étroite et peu salée, et elle reçoit une très-grande quantité de lleuves qui viennent des terres septentrionales, et qui y apportent des glaces ; aussi elle gèle quel-
qiiefois au point que sa surface est entièrement glacée, inénic à une profondeur considérable; et, si l’on en croit les historiens, elle gela, du temps de l’empereur Copronyme, de trente coudées d’épaisseur," sans compter vingt coudées de neiges qu’il y avait par-dessus la glace. Ce fait me paraît exagéré; mais il est sûr quelle gèle presque tous les hivers, tandis que les hautes mers, qui sont de mille lieues plus près du pôle, ne gèlent pas; ce qui ne peut venir que de la différence de la salure et du peu de glaces quelles reçoivent par les Heiives en comparaison de la quantité énorme de glaçons qu'ils transportent dans la mer Noire.
^ Ces glaces, que 1 on regarde comme des barrières qui s'opposent à la navigation vers les pôles et à la découverte des terres australes , prouvent seulement qu'il y a de très-grands fleuves dans le voisinage des climats où on les a rencontrées : par conséquent elles nous indiquent aussi qu’il y a de vastes continents d’où ces fleuves tirent leur origine, et on ne doit pas se décourager tà la vue de ces obstacles; car, si l’on y fait attention, l’on reconnaîtra aisément que ces glaces ne tloivent être que dans certains endroits particuliers; qu’il est presque impossible que dans le cercle entier que nous pouvons imaginer lermincr les terres australes du côté de l'équateur, il y ait partout de grands fleuves qui charrient des glaces, et que, par conséquent, il y a grande apparence qu’on réussirait en dirigeant sa route vers quelque autre point de ce cercle. 1) ailleurs, la description que nous ont donnée Dampier et ipielqucs autres voyageurs, du terrain de la Nouvelle-Hollande, nous peut faire soupçonner ipie cette partie du globe qui avoisine les terres austia et qui peul-cire en fait partie, est un pays moins ancien que le reste de ce continent inconnu. La Nouvelle-Hollande est une terre basse, sans eaux, sans montagnes, peu habitée, dont les naturels sont sauvages et sans industrie; tout cela concourt à nous faire penser qu’ils pourraient être dans ce continent a peu près ce que les sauvages des Amazones ou du Palaguay sont en Amérique. On a trouvé des hommes jiolicés, des empires et des rois au Pérou, au Alexiqiic, c’est-à-dire dans les contrées de rAmérique les plus élevées, et par conséquent les plus anciennes : les Sativages, au contraire, se sont trouvés dans les contrées les plus basses et les plus nouvelles. Ainsi on peut présumer que dans l'intérieur des terres australes on trouverait aussi des hommes réunis en société dans les contrées élevées , doù ces grands fleuves cpii amènent à la mer ces glaces prodigieuses tirent leur source.
L interieui' de l’Afrique nous est inconnu, presque autant qu’il l’était aux anciens : ils avaient, comme nous, fait le tour de cette presqu’île par mer’ mais, a la vérité,, ils ne nous avaient laissé ni cartes ni descriptions de ces côtes. Pline nous dit qu'on avait, dès le temps d’Alexandre, fait le tour de 1 Afrique; quon avait reconnu dans la mer d’Arabie des débris de vaisseaux espagnols; et que Hannon, général carthaginois, avait fait le voyage depuis Gades jusqu'à la mer d’Arabie, qu’il avait même donné par écrit la relation de ce voyage. Outre cela, dit-il, Cornélius Nepos nous apprend que
THÉORIE DE LA TERRE. i69
de son temiis, un ccrlain Eudoxe, persécuté par le roi Lalhurus , fut obligé de s’enfuir; qu’étant parti du golfe Arabique, il était arrivé à Gades, et qu’avant ce temps on commerçait d’Espagne en Ethiopie par mer. Voyez Plin, Hist. Nat., torh. I, lib. 2. Cependant, malgré ces témoignages des anciens, on s’était persuadé qu’ils n’avaient jamais doublé le cap de Ronne- Espérance, et I on a regardé comme une découverte nouvelle cette route que les Portugais ont prise les premiers pour aller aux Giandes-Indes. On ne sera peut-être pas fâche de voir ce qu’on en croyait dans le neuvième siècle.
« On a découvert de notre temps une chose toute nouvelle, et qui était « inconnue autrefois a ceux qui ont vécu avant nous. Personne ne croyait « que la mer qui s étend depuis les Indes jusqu'à la Chine eût communica- « tion avec la mer de Syrie, et on ne pouvait se mettre cela dans l’esprit. « A'oici ce qui est arrivé de notre temps, selon ce que nous en avons appris. « On a trouvé dans la mer de Roum ou Méditerranée les débris d’un « vaisseau arabe que la tempête avait brisé, et tous ceux qui le montaient « étant péris, les flots l’ayant mis en pièces, elles furent portées par le vent « et par la vague jusque dans la merdes Cozars, et de là au canal de la « mer Méditerranée, d’où elles furent enlin jetées sur la côte de Syrie. « Cela Aiit voir que la mer environne tout le pays de la Chine et de Cila, « l'extrémité de Turquestan et le pays des Cozars; qu’ensuite elle coule par « le détroit jusqu’à ce qu’elle baigne la côte de Syrie. La preuve est tirée « de la construction du vaisseau dont nous venons de parler ; car il n’y a « que les vaisseaux de Siraf dont la fabrique est telle, que les bordages ne « sont point cloués, mais joints ensemble d’une manière particulière, de « même que s’ils étaient cousus ; au lieu que ceux de tous les vaisseaux de « la mer Méditerranée et de la côte de Syrie sont cloués, et ne sont pas « joints de cette manièi’e. » Voyez les anciennes relations des \oyages faits par terre à lu Chine, pages o3 et 34.
Voici ce qu’ajoute le traducteur de cette ancienne relation :
« Abuziel remarque comme une chose nouvelle et fort extraordinaire,
« qu’un vaisseau fût porté de la mer des Indos sur les côtes de Syrie. Pour « trouver le passage dans la mer Méditerranée, il suppose qu’il y a une « grande étendue de mer au-dessus de la Chine, qni a communication avec « la mer des Cozars, c’est-à-dire de Moscovie. La mer qui est au delà du « cap des Courants était entièrement inconnue aux Arabes, à cause du péril « extrême de la navigation ; et le continent était habité par des peuples si « barbares, qu’il n'était pas facile de les soumettre, ni même de les civiliser « par le commerce. Les Portugais ne trouvèrent depuis le cap de Ronne- « Espérance jusqu'à Soffala aucuns Maures établis, comme ils en trouvèrent « depuis dans toutes les villes maritimes jusqu’à la Chine. Cette ville était « la dernière que connaissaient les géographes; mais ils ne pouvaient dire « si la mer avait communication par l’extrémité de l’Afrique avec la mer de « Rarbarie, et ils se contentaient de la décrire jusqu’à la côte de Zinge,
« qui est celle de la Cafrerie : c’est pourquoi nous ne pouvons douter que
170 HISTOIRE 1\ ATERELLE.
« la première découverte du passage de eette mer par le cap de Ronne- « Espéi'ance n’ait été faite par les Européens, sous la conduite de Vasco de « Gama, ou au moins quel(|ues années avant qu’il doublât le Cap, s’il est « vrai qu’il se soit trouvé des caries marines plus anciennes que cette navi- « gation, où le Cap était marqué sous le nom de Fronteira da Afriqua. « Antoine Galvan témoigne, sur le rapport de Francisco de Sousa Tavares, « qu'en 1528 1 infant doiiFernatid lui fit voir une semblable carte qui se « trouvait dans le monastère d’Acoboca, et qui était faite, il y avait cent vingt « ans, peut-être sur celle qu’on dit être à V^enise dans le trésor de St-Marc, « et qu’on croit avoir été copiée sur cclbî de jMarc-Paolo, qui marque aussi « la pointe de l’Afrique, selon le témoignage de Ramusio, etc. » L’ignorance de ces siècles, au sujet de la na\ igation autour de l’Afrique, paraîtra peut-être moins singulière que le silence de l’éditeur de cette ancienne relation au sujet des passages d’Hérodote, de Pline, etc., que nous avons cités, et qui prouvent que les anciens avaient fait le tour de l’Afrique.
Quoi qu’il en soit, les côtes de l’Afrique nous sont actuellement bien eonnuesj mais, quelques tentatives qu’on aitfaites pour pénétrer dans l’intérieur du j)ays, on n’a pu parvenir à le coiinaitrc assez pour en donner des relations exactes. Il serait cependant fort à sovibailer que, par le Sénégal ou par quelque autre fleuve, on pût remonter bien avant dans les terres et s’y établir : on y trouverait, selon toutes les apparences, un pays aussi riche eu mines précieuses que l’est le Pérou ou le Rrésil ; car on sait que les lleuves de l’Afrique charrient beaucoup d’or; et, comme ce continent est un pays de montagnes très-élevées, et (|ue d’ailleurs il est situé sous l’équateur, il n'est pas douteux qu’il ne contienne, aussi bien (pie l’Amérique, les mines des métaux les |)lus pesants, et les pierres les plus compactes et les plus dures.
La vaste étendue de la Tartarie septentrionale et orientale n’a été reconnue que dans ces derniers temps. Si les cartes des Moscovites sont justes, on connaît à présent les côtes do toute cette partie de l’Asie, et il parait que, depuis la pointe de la Tai-tarie orientale jusqu’à rAmerique septentrionale, il n’y a guère qu’un espace de quatre ou cinq cents lieues : on a même jirétendu tout nouvellement que ce trajet était bien plus court : car dans la Gazette d’Amsterdam, du 2A janvier 1747, il est dit, à l’article de Pétersbourg, que M. Sloller avait découvert, au delà de bamtscliatka, une des des de l’Amérique septentrionale, et qu’il avait démontré ipi’on pouvait y aller ik's terres de l'empire de Russie par un petit trajet. Des jésuites et d'autres missionnaires ont aussi prétendu avoir reconnu en Tartarie des sauvages (pi'ils avaient catéchisés en Amérique, ce qui supposerait on ell’et que le trajet serait encore bien {iliis court. Voijez Vllisloire de la NuuccUe-Francc par le P. Charlevoix, tonie ô, payes 30 et 31. Cet auteur prétend môme que les deux continents de l’ancien et du nouveau monde se joignent par le nord, et il dit que les dernières navigations des .Japonais donnent lieu déjuger que le trajet dont nous avons parlé n’est qu'une baie, au-dessus de laquelle on peut passer par terre d’Asie en Amérique : mais cela demande conlirmation ; car, jusqu'à
présent, on a cru, avec quelque sorte de vraisemblance, que le continent du pôle arctique est séparé en entier des autres continenis, aussi bien que celui du pôle antarctique.
Ij’astronomie et 1 art de la navigation sont portés à un si haut point de perfection, qu’on peut raisonnablement espérer d’avoir un jour une connaissance exacte de la surface entière du globe. Les anciens n’en connaissaient qu une assez petite partie, parce que, n’ayant pas la boussole, ils n’osaient se hasarder dans les hautes mers. Je sais bien que quelques gens ont prétendu que les Arabes avaient inventé la boussole, et s'en étaient servis longtemps avant nous pour voyager sur la mer des Indes, et commercer jusqu’à la Chine ( I oyez l Abrégé de V histoire des Sarrasins de Bergeron, page; 119): mais cette opinion ni a toujours paru dénuée de toute vraisemblance j car il n y a aucun mot dans les langues arabe, turque ou persane, qui puisse signifiei la boussolej ils se servent du mot italien bossola : ils ne savent pas même encore aujourd’hui faire des boussoles ni aimanter les aiguilles, et ils achètent des Européens celles dont ils se servent. Ce que dit le père Martini, au sujet de cette invention, ne me paraît guère mieux fondé j il prétend que les Chinois connaissaient la boussole depuis plus de trois mille ans ( Voy. Hist, Sinica, pag. 106 ). Mais si cela est, comment est-il arrivé qu’ils en aient fait si peu d usage f pourquoi prenaient-ils dans leurs voyages à la Cochinchine une route beaucoup plus longue qu'il n’était nécessaire? pourquoi se bornaient-ils à faire toujours les mêmes voyages, dont les plus grands étaient à Java et à Sumatra? cl pourquoi n’auraienl-ils pas découvert, avant les Européens, une infinité d îles abondantes et de terres fertiles dont ils sont voisins, s ils avaient eu 1 art de naviguer en pleine mer ? Car, peu d’années après la découverte de celle merveilleuse propriété de l’aimant, les Portugais firent de très-grands voyages : ils doublèrent le cap de Bonne- Espérance J ils traversèrent les mers de l’Afrique et des Indes ; et tandis qu ils dirigeaient toutes leurs vues du côté de l’orient et du midi, Christophe Colomb tourna les siennes vers l’occident.
Pour peu qu on y lit attention, il était fort aisé de deviner qu’il y avait des espaces immenses vers 1 occident : car, en comparant la partie connue du globe, par exemple, la distance de l’Espagne à la Chine , et faisant attention au mou\ement de révolution ou de la terre ou du ciel, il était aisé de voir qu’il restait à découvrir une bien plus grande étendue vers l’occident que celle qu’on connaissait vers l’orient. Ce n’est donc pas par le défaut des connaissances astronomiques que les anciens n’ont pas trouvé le Nouveau- Monde, mais uniquement par le défaut d<' la boussole : les passages de Platon et d Aristote, où ils parlent de terres fort éloignées au delà des colonnes d Hercule, semblent indiquer que quelques navigateurs avaient été poussés par la tempête jusqu en Amérique, d'où ils n’étaient revenus qu’avec des peines infinies j et on peut conjecturer que, quand même les anciens auraient été persuadés de l’existence de ce continent par la relation de ces navigateurs, ils n’auraient pas même pensé qu’il fût possible de s’y frayer
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des routes, n’aynnt aucun guide, aucune connaissance de la boussole.
J’avoue qu’il n’est pas absolument impossible de voyager dans les hautes mers sans boussole, et que des gens bien déterminés auraient pu entreprendre d’aller chercher le Nouveau-Monde en se conduisant seulement par les étoiles voisines du pôle. L’astrolabe surtout étant connu des anciens, il pouvait leur venir dans l'esprit de partir de France ou d’Espagne, et de faire route vers l’occident, en laissant toujours l’étoile polaire à droite, et en prenant souvent hauteur pour se conduire à peu près sous le même parallèle : c’est sans doute de cette façon que les Carthaginois, dont parle Aristote, trouvèrent le moyen de revenir de ces terres éloignées, en laissant l’étoile polaire à gauche; mais on doit convenir qu’un pareil voyage ne pouvait être regardé que comme une entreprise téméraire, et que, par conséquent, nous ne devons pas être étonnés que les anciens n’en aient pas même conçu le projet.
On avait déjà découvert, du teriips de Christophe Colomb, les Açores, les Cianaries, Madère : on avait remarqué que lorsque les vents d’ouest avaient régné longtemps , la mer amenait sur les côtes de ces îles des morceaux de bois étrangers, des cannes d’une espèce inconnue, et même des corps morts qu’on reconnaissait à plusieurs signes n’être ni Européens ni Africains. (Voy. l’Histoire de Saint- Dominrjue, par le P. Charlevoix, tome I, pages 66 et suiv.) Colomb lui-même remarqua que, du côté de l’ouest, il venait certains vents qui ne duraient que quelques jours, et qu’il se persuada être des vents de terre; cependant, quoiqu’il eût sur les anciens tous ces avantages et la boussole, les diflicultés qui restaient à vaincre étaient encore si grandes, qu’il n’y avait que le succès qui pût justifier l’entreprise : car, supposons pour un instant que le contineht du INouveau-Monde eût été plus éloigné, par exeiiiple, à mille ou quinze cents lieues plus loin qu’il n’est en effet, chose que Colomb ne pouvait ni savoir, ni prévoir, il n’y serait pas arrivé, et peutêtre ce grand pays serait-il encore inconnu. Cette conjecture est d’autant mieux fondée, que Colomb, quoique le plus habile navigateur de son siècle, fut saisi de frayeur et d’étonnement dans son second voyage au Nouveau- Monde; car, comme la première fois il n’avait trouvé que des iles, il dirigea sa route plus au midi, pour tâcher de découvi'ir une terre ferme , et il fut arrêté par les courants, dont rétendue considérable et la direction toujours opposée à sa route, l’obligèrent à retourner pour chercher terre à l’occident : il s’imaginait que ce qui l’avait empêché d’avancer du côté du midi n’était pas des courants, mais que la mer allait en s’élevant vers le ciel, et que peut-être l'iin et l'autre se touchaient du côté du midi ; tant il est vrai que, dans les trop grandes entreprises la plus petite circonstance malheureuse peut tourner là tète et abattre le courage !
ADDITIONS ET CORRECTIONS
A l’article qui a pour titre