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Pilate, dans le canton de Lucerne, des coquillages de mer pétrifiés, des arrêtes et des carcasses de poissons. C’est au-dessous de la corne de Dôme où l’on en rencontre le plus; on y a aussi trouvé du corail, des pierres d’ardoise, qui se lèvent aisément par feuillets, dans lesquelles on trouve presque toujours un poisson. Depuis quelques années, on a même trouvé des crânes entiers et des mâchoires de poissons garnies de leurs dents *.
M. Altman observe que, dans une des parties les plus élevées des Alpes, aux environs de Grindclvald, où se forment les fameux Gletcliers, il y a de trèsbelles carrières de marbre, ([u’il a fait graver sur une des planches qui représentent ces montagnes : ces carrières de marbre ne sont qu’à quelques pas de distance du Glctcher. Ces marbres sont de différentes couleurs; il y en a du jaspé, du blanc, du jaune, du rouge, du vert : on transporte Thiver ces marbres sur des traîneaux par-dessus les neiges jusqu’à Underseen, où on les embarque pour les mener à Berne par le lac de Thorne, et ensuite par la rivière d’Aar. Ainsi les marbres et les pierres calcaires se trouvent, comme l’on voit, à une très-grande liauteur dans cette partie des Alpes.
M. Cappeler, en faisant des recherches sur le mont Grimsel dans les Alpes, a observe que les collines et monts peu élevés qui confinent aux vallées, sont en bonne partie composes de pierre de taille ou pierre mollasse, d’un grain plus ou moins fin et plus ou moins serré. Les sommités des monts sont composées, pour la plu|)art, de pierre à chaux de différentes couleurs et dureté : les montagnes, plus élevées que ces rochers calcaires, sont composées de granits et d’autres pierres qui paraissent tenir de la nature du granit et de celle de l'émeri; c’est dans ces pierres graniteuses que se fait la première génération du cristal de roche, au lieu que, dans les bancs de pierre à chaux qui sont au-dessous, l’on ne trouve que des concrétions calcaires et des spaths. En général, on a remarqué sur toutes les coquilles, soit fossiles, soit pétrifiées, qu’il y a certaines espèces qui se rencontrent constamment ensemble, tandis que d’autres ne se trouvent jamais dans ces mêmes endroits. 11 en est de même dans la mer, où certaines espèces de ces animaux testacés se tiennent constamment ensemble, de même que certaines plantes croissent toujours ensemble à la surface de la terre.
On a prétendu trop généralement qu’il n’y avait point de coquilles ni d’autres productions de la mer sur les hautes montagnes. 11 est vrai qu’il y a plusieurs sommets et un grand nombre de [>ics qui ne sont composés que de granits et de rochers vitrescibles dans lesquels on n’aperçoit aucun mélange, aucune empreinte de coquille ni d’aucun autre débris de productions marines; mais il y a un bien plus grand nombre de montagnes, et même quelques-unes fort élevées, où l'on trouve de ces débris marins. M. Costa, professeur d'anatomie et de botanique en l’Université de Perpignan, a trouvé, en 1774', sur la montagne de Nas, située au midi de la Cerdagne espagnole, l’une des plus hautes parties des Pyrénées, à quelques toises au-dessous du
Promenade au mont Pilate. Journal étranger, mois de mars 1766.
sommet de cette montagne, une très-grande quantité de pierres lenticulées, c’est-à-dire des blocs composés de pierres lenticulaires, et ces blocs étaient de différentes formes eide différents volumes; les plus gros pouvaient peser quarante ou cinquante livres. Il a observé que la partie de la montagne ou ces pierres lenticulaires se trouvent, semblait s’èlre affaissée; il vit en effet dans cet endroit une dépression irrégulière, oblique, très-inclinée à l’horizon, dont une des extrémités regarde le haut de la montagne, et l’autre le bas. II ne put apercevoir distinctement les dimensions de cet affaissement à cause de la neige qui le recouvrait presque partout, quoique ce fût au mois d’août. Les bancs de pierres qui environnent ces pierres lenticulées, ainsi que ceux qui sont immédiatement au-dessous, sont calcaires jusqu’à plus de cent toises toujours en descendant. Cette montagne de Nas, à en juger par le coup d’œil, semble aussi élevée que le Canigou; elle ne présente nulle part aucune trace de volcan.
Je pourrais citer cent et cent autres exemples de coquilles marines trouvées dans une infinité d’endroits, tant en France que dans les différentes provinces de l’Europe; mais ce serait grossir inutilement cet ouvrage de faits particuliers déjà trop multipliés, et dont on ne peut s’empêcher de tirer la conséquence très-évidente, que nos (erres actuellement habitées ont autrefois été, et pendant fort longtemps, couvertes par les mers.
Je dois seulement observer, et on vient de le voir , ((u’on trouve ces coquilles marines dans <les états différents : les unes pétrifiées, c’est-à-dire moulées sur une matière pierreuse, et les autres dans leur état naturel, c’est-à-dire telles qu’elles existent dans la mer. La quantité de coquilles pétrifiées qui ne sont proprement que des pierres figurées par les coquilles, est infiniment plus grande que celle des coquilles fossiles, et ordinairement on ne trouve pas les unes et les autres ensemble, ni même dans les lieux contigus. Ce n’est guère ipie dans le voisinage et à quelques lieues de distance de la mer que l’on trouve des lits de coquilles dans leur état de nature, et ces coquilles sont communément les mêmes que dans les mers voisines : c’est au contraire dans les terres plus éloignées de la mer et sur les plus hautes collines que l’on trouve presque partout des coquilles pétrifiées, dont un grand nombre d’espèces n’ap|)articnnent point à nos mers, et dont plusieurs même n’ont aucun analogue vivant; ce sont ces espèces anciennes dont nous avons parlé, ([ui n’ont existé que dans les temps de la grande chaleur du globe. De plus de cent espèces de cornes d’ammon que l’on pourrait compter, dit un de nos savants académiciens, et qui se trouvent en France aux environs de Paris, de Rouen, de Dive, de Langres et de Lyon, dans les Cévennes, en Provence et en Poitou, en Angleterre, en Allemagne et dans d’autres contrées de l’Europe, il n’y en a qu’une seule espèce, nommée nautilus fa'puraceus, (\\\\ sq trouve dans nos mers, et cinq à six espèces qui naissent dans les mers étrangères *.
Voyez les Méin. de l’Académie des sciences, année 1733^ n. 343.
SL'Il LES GRANDES VOLDÏES APPELÉES CoRNES d’AmMON, ET SLR QUELQLES GRANDS OSSEMENTS d’ANTMAUX TERRESTRES.
•l’ai dit, « qu’il est à croire que les cornes d’animon et quelques autres « especes qu’on trouve pétrifiées, et dont on n’a pas encore trouvé les ana- « logucs vivants , demeurent toujours dans le fond des hautes mers, et « qu’elles ont été remplies du sédiment pierreux dans le lieu même ovi elles « étaient ; qu’il peut se faire aussi qu’il y ait eu de certains animaux dont l’es- « pèce a péri, et que ces coquillages pourraient être du nombre; que les « os fossiles extraordinaires qu’on trouve en Sibérie, au Canada, en Irlande « et dans plusieurs autres endroits, semblent confirmer cette conjecture ; « car jusqu’ici on ne connaît [tas d’animal à ([ui on puisse attribuer ces os « qui, pour la plupart, sont d’une grandeur et d’une grosseur démesurées. »
J’ai deux observations essentielles à faire sur ce passage : la première, c’est que ces cornes d’ammon, qui paraissent faire un genre plutôt qu’une espèce dans la classe des animaux à coquilles, tant elles sont différentes tes unes des autres par ta forme et la grandeur, sont réellement les dépouilles d’autant d’espèces qui ont [téri et ne subsistent plus. J’en ai vu de si petites qu’elles n’avaient pas une ligne, et d’atitres si grandes qu’elles avaient plus de trois pieds de diamètre. Des observateurs dignes de foi m’ont assuré en avoir vu beaucoup plus grandes encore et, entre autres, une de huit pieds de diamètre sur un pied d’épaisseur. Ces différentes cornes d’ammon paraissent former des espèces distinctement séparées : les unes sont plus, les autres moins aplaties; il y en a de plus ou de moins cannelées, toutes spirales, mais dilTéremment terminées tant à leur centre qu’à leurs extrémités : et ces animaux, si nombreux autrefois, ne se trouvent plus dans aucune de nos mers; ils ne nous sont connus que par leurs dé|)ouillcs, dont je ne puis mieux représenter le nombre immense que par un exemple que j’ai tous les jours sous les yeux. C’est dans une minière de fer en grain près d’Etivey, à trois lieues de mes forges de Rufîon, minière qui est ouverte il y a plus de cent cinquante ans, et dont on a tiré depuis ce temps tout le minerai qui s’est consommé à la forge d’Aisy ; c’est là, dis-je, que l’on voit une si grande quantité de ces cornes d’ammon entières et en fragments, qu’il semble que la plus grande partie de la minière a été modelée dans ces coquilles. La mine de Conflans en Lorraine, qui se traite au fourneau de Saint-Loup en Franche-Comté, n’csl de meme cornpo.sée que de béiemnites et de cornes d'atïirnon : ces dernières coipiilles ferrugineuses sont de grandeurs si différentes, qu’il y en a du poids depuis un gros jusqu’à deux cents livres *. Je pourrais citer d’autres endroits où elles sont également abondantes. Il en est de même des béiemnites, des pierres lenticulaires et de (piantité d’autres coquillages dont on ne retrouve point aujourd’hui les analogues vivants dans
j Mémoires de (iliysique de, M. de Grlgtiuii.
aucune région de la mer, (luoiiliéelles soient presque universellement répandues sur la surface entière de la terre. Je suis persuadé que toutes ces espèces, qui n’existent plus, ont autrefois subsisté pendant tout le temps que la température du globe et des eaux de la mer était plus chaude <ju elle ne l est aujourd’hui, et qu’il pourra de même arriver, à mesure que le globe se refroidira, que d’autres espèces actuellement vivantes cesseront de se multiplier, et périront, comme ces premières ont péri, par le refroidissement.
La seconde observation, c’est que quelques-uns de ces ossements énormes, que je croyais appartenir à des animaux inconnus, et dont je supposais les espèces perdues, nous ont paru néanmoins, après les avoir scrupuleusement examinés, appartenir à l’espèce de l’éléphant et à celle de 1 hippopotame, mais, à la vérité, à des éléphants et des hippopotames plus grands que ceux du temps présent. Je ne connais dans les animaux terrestres qu’une seule espèce perdue : c’est celle de l’animal dont j’ai décrit les dents molaires avec leurs dimensions ; les autres grosses dents et grands ossements que j'ai pu recueillir, ont appartenu à des éléphants et a des hippopotames.
PREUVES
DE LA