‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 44 sur 93 · TOISES · texte numérisé non relu

TOISES

Le Cantal 984

Le mont Ventoux 1,036

* Méinoiies de l’Académie des sciences, année 1714.

TOISIS.

Le Canigoii des Pyrénées .1,4-41

Le Moussec

Le Sainl-Barthéleiny 1,184

Le mont d'Oren Auvergne, volcan éteint 1,048

Selon M . Needham, les montagnes de Savoie ont en hauteur :

lOlSfcS

Leeouvenl du grand Saint-Bernard 1,241

Le Roc au siul-ouusl ilo ce mont 1,274

Le mont Sérène 282

L’allée Blanche 249

Le mont Tourné I,68?4

Selon M, Faeio de Duillcr, le mont Blanc ou la Montagne niaudilo a. . 2,218

Il est certain que les principales niontagite.s de Suisse sont plus hautes (jue celles de France, d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne; plusieurs savants ont délcrniiné, comme il suit, la hauteur de ces montagnes.

Suivant M. Mikhéli, la plupart de ces montagnes, comme le Grirnselberg, le Wetterhorn, le Schrekhorn, rEighess-Schnéeherg, le Ficherhorn , le Stroubel, le Fourke, le Louk-Manier, le Crispait, le Alougle, la cime du Raduls et du Oothard , ont de 2,400 à 2,7S0 toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer ; mais je sou[)çormc que ces mesures données par i\L Mikhéli sont tro|) fortes, d'autant <|u'ellcs cxccdeiil de moitié celles qu’ont données MJVI. Cassini, Scheuchzer et Mariotte, qui pourraient bien être trop faibles, mais non pas à cet excès; et ce (|ui fonde mon doute, e'est que, dans les régions froides et tempérées où l'air est toujours orageux, le baromètre est sujet à trop de variations, même inconnues des physiciens, pour qu’ils puissent compter sur les résultats qu'il présente.

sua LA FOaMATlO.N DES MONTAGNES.

Toutes les vallées et tous les vallons de la surface de la terre, ainsi que toutes les montagnes et collines, ont eu deux causes primitives : la première est le feu et la seconde l'eau. Lors(iue la terre a |)ris sa consistance, il s'est élevé à sa surface un gratid nombre d’aspérités, il s’est fait des boursouflures comme dans un bloc de verre ou de métal fondu. Cette premièie cause a donc prtHluit les premières et les plus hautes montagnes qui tiennent |)ar leur base à la roche intérieure du globe, cl sous lesipiellcs, comme partout ailleurs, il a dû se trouver des cavernes (pii se sont alïtiissées en diiïérents temps : mais, sans considérer ce second événement de l’affaiblissement des cavernes, il est certain ipie , dans le premier temps où la surface de la terre s'esi consolidée, elle était sillonm^e partout de profondeurs et d'émincnccs uniquement produites par l'aelion du premier refroidis-

senieiil. Eiisuilc, lorsque les eaux se sont dégagées de l'alniosplière, ce qui est arrivé dès que la terre a cessé d’être brûlante au point de les rejeter en vapeurs, ces mêmes eaux ont couvert toute la surface de la terre actuellement habitée jusqu’à la hauteur de deux mille toises; et, pendant leur long séjour sur nos continents, le mouvement du flux et du reflux et celui des courants ont change la disposition cl la forme des montagnes et des vallées primitives. Ces mouvements auront formé des collines dans les vallées, ils auront recouvert et environné de nouvelles couches de terre le |)icd cl les croupes das montagnes, et les courants auront creusé des sillons, des vallons, dont tous les angles se correspondent. C’est à ces deux causes, dont l'ime est bien plus ancienne que l’autre , qu’il faut rapporter la foiune extérieure (|uc nous présente la surface de la terre. Ensuite , lorsque les mers se sont abaissées, elles ont produit des escarpements du côté de l’oceident où elles s’céoulaicnt le plus rapidement, et ont laissé des pentes douces du côté de l'orient.

Les éminences, qui ont été formées par le sédiment et les dépôts de la mer, ont une structure bien différente de celles qui doivent leur origine au feu primitif : les premières sont toutes disposées par couches horizontales et contiennent une infinité de productions marines : les autres, au contraire, ont une structure moins régulière et ne renferment aucun indice de productions de la mer. Ces montagnes de première et de seconde formation n’ont rien de commun <|ue les fentes perpendiculaires qui se trouvent dans les unes comme dans les autres; mais ces fentes sont un effet comtuun de deux causes bien diflerentes. IjCS matières vilreseiblcs , en se refroidissant, ont diminué de volume et se sont par (îonsequent fendues de distance en distance : celles qui sont composées de matières calcaires amenées [)ar les eaux se sont fendues par le dessèchement.

J’ai observe plusieurs fois, sur les collines isolées, que le premier effet des pluies est de dépouiller peu à peu leur sommet et d’en entraîner les terres, tpii forment au pied de la colline une zone uniforme et très-épaisse de bonne terre, tandis tpte le sommet est devenu chauve et dépouillé dans son contour; voilà l’effet que produisent et doivent produire les pluies: mais une preuve qu’il y a eu une autre cause qui avait précédemment disposé les matières autour de la colline, c’est que, dans toutes et même dans celles qui sont isolées, il y a toujours un côté où le terrain est meilleur; elles sont escarpées d’une part et en pente douce de l’autre; ce qui prouve l’action et la direction du mouvement des eaux d’un côté plus que de l’autre.

SIIU I.A Diar.CTION DKS MONTACNES.

J'ai dit que la direclion des grandes monlarjnes est du nord au sud en Amérique, et d’occident en orient dans l ancien continent. Celte dernière assertion doit cire modifiée ; car, quol(pi’il paraisse au premier coup d’œil qu’on puisse suivn' les montagnes de rEspagne jusqu’à la Chine en passant des Pyrénées

2'i8 lIlSTOIRJi: NATlinELLf:.

cil Auvergne, aux Alpes, en Allemagne, en Macédoine, au Caucase el autres montagnes de l’Asie, jusqu’à la mer de Tartarie, et quoiqu'il semble de même que le mont Atlas [lartagc d’oecident en orient le continent de l’Alriquc, cela n’empêche pas que le milieu de cette grande presqu’île ne soit une charne continue de hautes montagnes qui s’étend depuis le mont Atlas aux monts de la Lune, et des monts de la Lune jusqu’aux terres du eap de Bonnc-Esperance; en sorte que l’Alrique doit être considérée comme composée de montagnes qui en occupent le milieu dans toute sa longueur, et qui sont disposées du nord au sud et dans la même direction que celles de rAmcriipie. Les parties de l’Atlas, qui s’étendent depuis le milieu et des deux côtés vers roccident et vers l’orient, ne doivent être considérées que comme des branches de la charne principale. Il en sera dé même de la partie des monts de la Lune qui s’étend vers l’occident et vers l’orient : ce sont des montagnes collaterales de la branche principale rpii occupe lintérieur, c’est-à-dire le milieu de l’Afrique; et s’il n’y a point de volcans dans eette prodigieuse étendue de montagnes, c’est parce que la mer est des deux côtés fort éloignée du milieu de cette vaste presqu'ile; tandis qu’en Amérique la mer est très-voisine du pied des hautes nioniagnes, et qu’au lieu de former le milieu de la prescpi’île de l’Amérique méridionale, elles sont au contrairetoutes situées à l occident,et que l’étendue des basses terres est en entier du côté de l’orient.

La grande cbaine des Cordilières n’est pas la seule, dans le nouveau continent, qui soit dirigée du nord au sud; car, dans le terrain de la Guiane, à environ cent cin(|uantc lieues de Cayenne, il y a aussi une ehaine d’assez hautes montagnes qui court également du nord au sud : eette montagne est si escarpée du côté qui regarde Cayenne, qu’elle est, pour ainsi dire, inaccessible. Ce revers à-[)lomb de la ebaîne de montagnes semble indiquer quil y a de l’autre côté une pente douce et une bonne terre : aussi la tradition du pays, ou plutôt le témoignage des Espagnols, est qu’il y a au delà de cette montagne des nations de sauvages réunis en assez grand nombre. On a dit aussi qu’il y avait une mine d’or dans ces montagnes, et un lac où l’on trouvait des paillettes (.Cor; mais ce fait ne s’est pas confirmé.

En Europe, la chaîne de montagnes qui commence en Esjragne, passe en France, en Allemagne et en Hongrie, se |)artage en deux grandes branches, dont I une s’étend en Asie par les montagnes de la Macédoine , dir Caucase , etc., et l'autre hranehe passe de la Hongrie dans la Pologne, la Uussie, et s étend juscpi’aux sources du Wolga et du Boi7stl)ène; et, se prolongeant encore plus loin, elle gagne une autre ehaine de montagnes en Sibérie qui aboutit enlin à la mer du JNord, à l’oecidcntdu fleuve Oby. Ces cbaînes de montagnes doivent être regardées comme un sommet presque continu, dans lequel plusieurs grands fleuves prennent leur source : les uns comme le Tagc, le Douro en Espagne, la Garonne, la Loireven France, le Bhin en Allemagne, se jettent dans lOcéan; les autres, comme l'Oder, la Vlstule, le Niémen, se jettent dans la mer Ballitpie; enlin d'autres fleuves^

TJIÉORIlï DE LA TERRE. 249

Cüinine la Doiiie, tombent dans la mer Rlaiiche , et le fleuve Petzora dans la mer Glaciale. Du côté de l'orient, celte même cliaine de montagnes donne naissance à rYcucar et l'Ébre en Espagne, au Rhône en France, au Pô en Italie, qui tombent dans la mer Méditerranée ; au Danube et au Don, qui se perdent dans la mer Noire; et enfin au Wolga, qui tombe dans la mer Caspienne.

Le sol de la Norwége est plein de rochers et de groupes de montagnes. Il y a cependant des plaines fort unies de six, huit et dix milles d’étendue. La direction des montagnes n’est point à l’ouest ou à l’est, comme celle des autres montagnes de l’Europe; elles vont au contraire, comme les Cordiliéres, du sud au nord.

Dans l’Asie méridionale, depuis l'ile de Ceylan et le cap Comorin, il s’étend une chaîne de montagnes (jiii sépare le Malabar de Coromandel, traverse le Mogol, regagne le mont Caucase, se prolonge dans le pays des Calmoucks et s’étend jusqu’à la mer du Nord à l’occident du fleuve Irtis : on en trouve une autre qui s’étend de même du nord au sud jusqu’au cap Razalgat en Arabie, et qu’on peut suivre à quelque distance de la mer Rouge jusqu’à Jérusalem ; elle environne l’extrémité de la mer Méditerranée et la pointe de la mer Noire, et de là s’étend par la Russie jusqu’au même point de la mer du Nord.

On peut aussi observer que les montagnes de l’indoslan et celles de Siam courent du sud au nord, et vont également se réunir aux rochers du Thibet et de la Tartaric. Ces montagnes oflrent de chaque côté des saisons différentes : à 1 ouest on a six mois de pluie, tandis qu’on jouit à l’est du plus beau soleil.

Toutes les montagnes de Suisse, c’est-à-dire celles de la Vallésie et des Grisons, celles de la Savoie, du Piémont et du Tyrol, forment une chaîne qui s’étend du nord au sud jusqu’à la Méditerranée. Le mont Pilate, situé dans le canton de Lucerne, à peu près dans le centre de la Suisse, forme une chaîne d’environ quatorze lieues qui s’étend du nord au sud jusque dans le canton de Rerne.

On peut donc dire qu’en général les plus grandes éminences du globe sont disposées du nord au sud, et que celles qui courent dans d'autres directions ne doivent être regardées que comme des branches collatérales de ces premières montagnes; et c’est en partie par celte disposition des montagnes primitives (|uc toutes les pointes des continents se présentent dans la direction du nord au sud, comme on le voit à la pointe de l’Afrique, à celle de l’Amérique, celle de Californie, à celle du Groënland, au cap Comorin, à Sumatra, à la Nouvelle-Hollande, etc. ; ce qui parait indiquer, comme nous lavons déjà dit, que toutes les eaux sont ven es en plus grande quantité du pôle austral que du pôle boréal.

Si I on consulte une nouvelle mappe-mondc dans laquelle on a re|)résenté autour du pôle Arcti(|uc toutes les terres des quatre parties du inonde, à l'cxeeption d’une pointe de l'Amérique, et autour du pôle Antarctique, toutes

2o0 HISTOIRE NATURELLE,

les mers cl le peu de terres qui eomposent l’hémisplière pris dans ce sens, on rceonnailra évidemment qu’il y a eu beaucoup plus de bouleversements dans ce second bémis|)lièrc que dans le premier, et que la quantité des eaux y a toujours été et y est encore bien plus considérable que dans notre hémisphère. Tout concourt donc à prouver que les plus gramlcs inégalités du globe se trouvent dans les parties méridionales, et cpie la direction la plus générale des montagnes primitives est du nord au sud, plutôt que d’orient en occident, dans toute l’étendue de la surface du globe.

sua LA DUliETK QUE CfiaTAINES MATIÈRES ACQUIÈRENT PAU LE FEU AUSSt RIEN QUE PAR l’eAU.

J ai dit quon trouve dans les <jrès des espèces de clous d une matière métallique, noirâtre, qui parait avoir été fondue à un feu -très-violent . (’.ela semble indiquer (jue les grandes masses do grès doivent leur origine à l aclion du l’eu primitif, .l’avais d’abord pensé que celte matière ne devait sa dui’eté et la réunion de scs [)arties (|u’à l'intermède de l’eau; mais je me suis assuré depuis que l'action du feu produit le n>cme effet, et je puis citer sur cela des expériences (pii d’ahoi'd m’ont surpris, et que j’ai répétées assez souvenl pour n’en pouvoir donler.

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