‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 45 sur 93 · EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES

.l’ai fait broyer des grés de différents degrés de dureté, et je les ai fait tamiser en poudre plus ou moins line, pour m’en servir à couvrir les cémentations dont je me sers |)onr convertir le fer en acier : cette poudre de grès répandue sur le cément, et amoncelée en forme do dôme de trois ou ipiatre pouces d’épais.s(Rir, sur une caisse de trois pieds de longueur et de deux pieds de largeur, ayant subi l'action d’un feu violent dans mes fourneaux d’aspiration pendant plusieurs jours cl nuits de suite sans interruption, n’était plus de la poussière de grès, mais une masse solide, (|ue l'on était obligé de casser pour découvrir la caisse qui contenait le fer converti en acier boursouflé; en sorte (|ue raclion du feu sur cette poudre de grès en a fait des masses aussi solides ipie le grès de médiocre qualité qui ne sonne point sous le marteau, (iela m'a démontré que le feu peut, tout aussi bien que l’eau, avoir agglutiné les sables vilrescibles, et avoir par conséquent formé les grandes masses de grès tpii composent le noyau de <|uel(pics-uncs de nos montagnes.

.le suis donc Irfrs-pcrsuadé que toute la matière vitrescible dont est composée la roche intérieure du globe, et les noyaux de scs grandes éminences extérieures, ont été produits par l’action du feu primitif, et que les eaux n’ont formé que les couches inférieures et accessoires qui enveloppent ces noyaux, et qui sont toutes posi'cs par couches parallèles, horizontales ou

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égaieaieiu inclinées, cl dans lesquelles on (rouve des débris de coquilles el d'aulres produclions de la mer.

Ce n’est pas que je prélende exclure rinterinède de l’eau pour la formation des grès, cl de plusieurs autres matières vitrcsciblesj je suis, au contraire, porté à croire que le sable vitreseible peut acquéiâr de la consistance, et se réunir en masses plus ou moins dures par le moyen de l'eau, peut-être encore plus aisément que par l'action du feuj cl c’est seulement pour prévenir les objections qu’on ne manquerait pas de faire, si l'on imaginait que j’attribue uni<|ucmcnt à rinterinède de l’eau la solidité et la consistance du grès et des autres matières composées de sable vitreseible. Je dois même observer que les grès, qui se trouvent à la superlicie ou à peu de profondeur dans la terre, ont tous été formés par l'intermède de l’eau ; car l’on remarque des ondulations et des touriioiemcnts à la surface supérieure des masses de ces grés, et l’on y voit quelquefois des impressions de (ilautcs et de coquilles. Mais on peut distinguer les grès formés par le sédiment des eaux, de ceux qui ont été produits par le feu : ceux-ci sont d’un plus gros grain, el s’égrènent plus facilement que les grès dont l'agrégation des parties est duc à l'intermède de l’eau. Ils sont plus serrés, plus compactes; les grains (jui les composent ont des angles plus vifs, cl en général ils sont plus solides et plus durs que les grès coagtdés par le feu.

Les matières ferrugineuses prennent un très-grand degré de dureté par le feu, puisque rien n’est si dur que la fonte de fer; mais elles i)cuvcnl aussi acquéiir une dureté considérable par l’intermède de l’eau : je m’en suis assuré en incllanl une bonne quantité de limaille de fer dans des vases exposés à la pluie; celte limaille a formé des masses si dures, qu'on ne pouvait les casser qu’au marteau.

La roebe vitreuse qui compose la masse de rinlérieur du globe est plus dure que le verre ordinaire; mais elle ne l'est pas plus que certaines laves de volcans, el beaucoup moins que la fonte de fer, qui n’est cependant (pic du verre mêlé de parties ferrugineuses. Cette grande dureté de la roche du globe indique assez que ce sont les parties les plus fixes de toute la matière (pii se sont réunies, et (pie, dès le temps de leur consolidation, elles ont pris la consistance et la dureté (pi’ellcs ont encore aujourd'bui. L'on ne peut donc pas argumenter contre mon hypothèse de la vitrification générale, en disant que les matières réduites en verre par les feux de nos fourneaux sont moins dures que la roche du globe, puisque la fonte de fer, quelques laves ou basaltes, el même certaines porcelaines, sont plus dures (pic celte roche, et néanmoins ne doivent, comme clic, leur dureté qu'à raclion du feu. I.) ailleurs, les éléments du fer et des autres minéraux qui donnenl de la dureté aux matières liquéfiées par le feu ou atténuées par l'eau, cxislaienf ainsi que les (erres fixes, dès le temps de la eonsolidalion du globe; et j ai (l(''jà dit (pi on ne devait pas regarder la roche de son intérieur eoinine du verre pur, semblable à eeliii ipie nous faisons avec du sable et du salin, mais eomme un prorhiit vitreux mêlé des matières les plus fixes et les plus

capables de soulenir la grande el longue action du feu primitif, dont nous ne pouvons comparer les grands effets que de loin, avec le petit effet de nos feux de fourneaux; et néanmoins cette comparaison, quoique désavantageuse, nous laisse apercevoir clairement ce qu’il peut y avoir de commun dans les effets du feu primitif et dans les produits de nos feux, et nous démontre en même temps que le degré de dureté dépend moins de celui du feu que de la combinaison des matières soumises à son action.

son l’iiNclinmson des couches de la tebue dans les montagnes.

J’ai dit que dans les plaines les couches de la terre sont exactement horizontales, et qu'il riy a que dans les montagnes où elles soient inclinées, comme ayant été formées par des sédiments déposés sur une base inclinée, c’est-à-dire sur un terrain penchant.

Non-seulement les couches de matières calcaires sont horizontales dans les plaines, mais elles le sont aussi dans toutes les montagnes où il n’y a point eu de bouleversement par les tremblements de terre ou par d’autres causes accidentelles; et lorsque ces couches sont inclinées, c’est que la montagne elle-même s’est inclinée tout en bloc, et qu’elle a été contrainte de pencher d'un côté par la force d’une explosion souterraine, ou par l'affaissement d’une partie du terrain qui lui servait de base. L’on peut donc dire qu’en général toutes les couches formées par le dépôt et le sédiment des eaux sont horizontales, comme l’eau l’est toujours elle-même, à l’exception de celles qui ont été formées sur une base inclinée, c’est-à-dire sur un terrain penchant, comme se trouvent la plupart des mines de charbon de terre.

La couche la plus extérieure et superficielle de la terre, soit en plaine, soit en montagne, n’est composée que de terre végétale, dont l’origine est due aux sédiments de l’air, au dépôt des vapeurs et des rosées, et aux détriments successifs des herbes, des feuilles et des autres parties des végétaux décomposés. Cette première couche ne doit point être ici considérée; elle suit partout les pentes et les courhures du terrain, et présente une épaisseur plus ou moins grande, suivant les différentes circonstances locales *. Cette couche de terre végétale est ordinairement bien plus épaisse dans les vallons que sur les collines ; et sa formation est postérieure aux couches primi-

* Il y .1 quelijucs montagnes dont la siiifacc à la cime est absolument nue et ne présente (|UK le roc vif on le granit, sans anenne végctalion que dans les petites fentes, où le vent a porté et accumulé les partiriilcs de terre qui ilotlcnt dans l’air. On assure qu’à quelque distance de la rive gauelie du Nil, im r.mionlant ce llcuve, la montagne composée de granit, de porphyre el de jaspe, s’étend à plus de vingt lieues en longueur, sur une largeur peut-être aussi grande, et que la surface entière de la cime de ccllcénormc carrière est absolument dénuée de végélau.x; ce qui forme un vaste désert, que ni les animaux, ni les oiseaux, ni même les insectes, ne peuvent fréquenter, Mais ces exceptions particulières el locales ne doivent point être ici considérées.

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tives dvi glolic, dont les plus anciennes et les plus intérieures ont été l'oriuécs par le feu, et les plus nouvelles et les plus extérieures ont été formées pâlies matières transportées et déposées en forme de sédiments par le mouvement des eaux. Celles-ci sont en général toutes horizontales, et ce n’est que par des causes particulières qu’elles paraissent quelquefois inclinées. Les bancs de pierres calcaires sont ordinairement horizontaux ou légèrement inclinés j et de toutes les substances calcaires, la craie est celle dont les bancs conservent le plus exactement la position horizontale. Comme la craie n’est qu’une poussière des détriments calcaires , elle a été déposée par les eaux dont le mouvement était tranquille et les oscillations réglées ; tandis que les matières, qui n’étaient que brisées et en plus gros volume, ont été transportées par les courants et déposées par le remous des eaux; en sorte que leurs bancs ne sont pas parfaitement horizontaux comme ceux de la craie. Les falaises de la mer en Normandie sont composées de couches horizontales de craie si régulièrement coupées à plomb, qu’on les prendrait de loin pour des murs de fortification. L’on voit entre les couches de craie de petits lits de pierre à fusil noire, qui tranchent sur le blanc de la craie : c’est là l’origine des veines noires dans les marbres blancs.

Indépendamment des collines calcaires dont les bancs sont légèrement inclinés et dont la position n’a point varié, il y en a grand nombre d’autres qui ont penché par différents accidents, et dont toutes les couches sont fort inclinées. On en a de grands exemples dans plusieurs endroits des Pyrénées, où l’on en voit qui sont inclinées de 4S, 50, et même 60 degrés au-dessous de la ligne horizontale ; ce qui semble prouver qu’il s’est fait de grands changements dans ces montagnes par l’affaissement des cavernes souterraines sur lesquelles leur masse était autrefois appuyée.

sim LES PICS DES MONTAGNES.

J’ai tâché d’expliquer, page 242 de ce volume, comment les pics des montagnes ont été dépouillés des sables vitrescibles qui les environnaient au commencement, et mon explication ne pèche qu’en ce que j’ai attribué la première formation des rochers qui forment le noyau de ces pics à l’intermède de l’eau, au lieu qu’on doit l’attribuer à l’action du feu : ces pics ou cornes de montagnes ne sont que des prolongements et des pointes de la roche intérieure du globe , lesquelles étaient environnées d’une grande quantité de scories et de poussière de verre; ces matières divisées auront été entraînées dans les lieux inférieurs par les mouvements de la mer, dans le temps qu’elle a fait retraite, et ensuite les pluies et les torrents des eaux courantes auront encore sillonné du haut en bas les montagnes, et auront par conséquent achevé de dépouiller les masses de roc vif qui formaient les éminences du globe, et qui, par ce dépouillement, sont demeurées nues et telles que nous les voyons encore aujourd’hui. Je puis dire en général qu’il n’y a aucun autre changement à faire dans toute ma Théorie de la

^2!>4 niSTOlUI*: iNATLIHIiLLE.

lei'i'e, (|iie relui de la eoiiipositioii des |»i‘eriiièi'es iiiontagnes (|ui doivent leur origine au feu |)rimiiif, et non pas à l’intermède de l’eau, comme je I avais conjecture, parce (jue J’étais alors persuadé, par l’autorité de Woodward et de quelques autres naturalistes, que l’on avait trouvé des eoquilles au-dessus des sommets de toutes les montagnes ; au lieu que, par des observations plus récentes, il paraît qu’il n’y a pas de eoquilles sur les plus hauts sommets, mais seulement jusqu'à la hauteur de deux mille toises au-dessus du niveau des mers; d’où il résulte qu’elle n’a peut-être pas surmonté ces hauts sommets, ou du moins qu’elle ne les a baignés que pendant un petit temps ; en sorte qu’elle n’a formé que les collines et les montagnes calcaires, qui sont toutes au-dessous de cette hauteur de deux mille toises.

PREUVES

DE LA

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