DES MEBS ET DES LACS
L’Océan environne de tous côtés les continents; il pénètre en plusieurs endroits dans l’intérieur des terres, tantôt par des ouvertures assez larges, tantôt par de petits détroits, et il forme les mers méditerranées, dont les unes participent immédiatement à ses mouvements de flux et de reflux, et dont les autres semblent n’avoir rien de commun rjuc la continuité des eaux : nous allons suivre l’Océan dans tous ses contours, et faire en même temps rénumération de toutes les mers méditerranées; nous tâcherons de les distinguer de celles qu’on doit appeler golfes, et aussi de celles qu’on devrait regarder comme des lacs.
La mer qui baigne les côtes occidentales de la France fait un golfe entre les terres de l'Espagne cl celles de la Bretagne : ce golfe, que les navigateurs appellent le golfe de Biscaye, est fort ouvert, et la pointe de ce golfe la plus avancée dans les terres est entre Bayonne et Saint-Sébastien; une autre partie du golfe, qui est aussi fort avancée, c’est celle qui baigne les côtes du pays d’Aunis à l.a Rochelle et à Roebefort. Ce golfe commence au cap d’Ortegal et finit à Brest, on commence un détroit entre la pointe de la Bretagne et le cap Lézard : ce détroit, qui d’abord est assez large, fait un petit golfe dans le terrain de la Normandie, dont la pointe la plus avancée dans les terres est â Avranches ; le détroit continue sur une assez grande largeur jusqu’au Pas-de-Calais, où il est fort étroit; ensuite il s’élargit tout à coup fort considérablement, et finit entre le Texel et la côte d’Angleterre à Norwicli; au Texel il forme une petite mer méditerranée qu’on appelle Zuyderzée, et plusieurs autres grandes lagunes, dont les eaux ont peu de profondeur, aussi bien que celles de Zuyderzée.
Après cela l'Océan forme un grand golfe qu’on appelle la mer d’Allemagne, et ce golfe, pris dans toute son élcndue, commence à la pointe septentrionale de l’Ecosse, en descendant tout le long des côtes orientales de l’Écosse et de rAiigleterrc jusqu’à Norwicb, de là au Texel tout le long des côtes de Hollande et d’Allemagne, de Jutland et de la Norwége jusqu’audesssus de Bergben : on pourrait même prendre ce grand golfe pour une
THÉORIE DE LA TERRE, mer niéditerranée, pai’ce ([iie les îles Orcades ferment en partie son ouverture, et semblent être dirigées comme si elles étaient une continuation des montagnes de INorwége. Ce grand golfe forme un large détroit tpii commence à la pointe méridionale de la Norwége, et ffui continue sur une grande largeur jusqu'à l’île de Zélande, où il se rétrécit tout à coup, et forme, entre les côtes de la Suède, les îles du Danemark et de Jutland, quatre petits détroits ; après quoi il s’élargit comme un petit golfe, dont la pointe la plus avancée est à Lubeck ; de là il continue sur une assez grande largeur jusqu’à l'extrémité méridionale de la Suède; ensuite il s’élargit toujours de plus en plus, et forme la mer Baltique, qui est une mer méditcrranée qui s’étend du midi au nord, dans une étendue de près de trois cents lieues, en y comprenant le golfe de Bothnie, qui n’est en effet que la continuation de la mer Baltique. Cette mer a de plus deux autres golfes ; celui de Livonie, dont la pointe la plus avancée dans les terres est auprès de Mittau et Riga ; et celui de Finlande, qui est un bras de la rner Baltique, qui s’étend entre la Livonie et la Finlande jusqu’à Pétersbourg, et communique au lac Ladoga, et même au lac ünéga, qui communique par le fleuve Onéga à la mer Blanche. Toute cette étendue d’eau qui forme la mer Baltique, le golfe de Bothnie, celui de Finlande et celui de Livonie, doit être regardée comme un grand lac qui est entretenu par les eaux des lleuves qu'il reçoit en très-grand nombre, comme l'Oder, la Vistuie, le Niémen, la Droine en Allemagne et en Pologne, plusieurs autres rivières en Livonie et en Finlande, d’autres plus grandes encore qui viennent des terres de la l^aponie, comme le fleuve de Tornea, les rivières Calis, Lidn, Piiha, Lma, et plusieurs autres encore qui viennent de la Suède : ces fleuves, qui sont assez considérables, sont au nond)re de [dus de quarante, y compris les rivières qu’ils reçoivent; ce qui ne peut manquer de produire une très-grande quantité d’eau, qui est probablement plus ([ue suffisante pour entretenir la mer Baltique. D’ailleurs, cette mer n’a aucun mouvement de flux et de reflux, quoi<[u’elle soit étroite : elle est aussi fort peu salée; et, si l’on considère le gisement des terres et le nombre des lacs et des marais de la Finlande et de la Suède, qui sont presque contigus à cette mer, on sera très-porté à la regarder, non pas comme une mer, mais comme un grand lac formé dans l’intérieur des terres par rabondance îles eaux, qui ont forcé les passages au[»rès du Danemark pour s’écouler dans l’Océan, comme elles y coulent, en effet, nu rapport de tous les navigateurs.
Au sortir du grand golfe qui forme la mer d’Allemagne, et qui finit audessus de Bergbcn, l'Océan suit les côtes de Norwége, de la Laponie suédoise, de lu Laponie septentrionale, et de la Laponie moscovite, à la partie orientale de laquelle il forme un assez large détroit qui aboutit à une mer méditerranée, qu’on appelle la mer Blanche. Cette mer peut encore être regardée comme un grand lac ; car elle reçoit douze ou treize rivières toutes assez considéra l)les, et qui sont plus que suffisantes pour l’entretenir, et elle n’est que peu salée. D’ailleurs, il ne s’en faut presque rien ([u’eUe n'ait
communication avec la mer Baltique en plusieurs endroits : elle en a même une effective avec le golfe de Finlande, car, en remontant le fleuve Onega, on arrive au lac de même nomj de ce lac Onega, il y a deux rivières de communication avec le lac Ladoga j ce dernier lac communique par un large bras avec le golfe de Fiidande, et il y a dans la Laponie suédoise plusieurs endroits dont les eaux coulent presque indifféremment les unes vers la mer Blanche, les autres vers le golfe de Bothnie, et les autres vers celui de Finlande; et tout ce pays étant rempli de lacs et de marais, il semble que la mer Baltique et la mer Blanche soient les réceptacles de toutes ces eaux, qui se déchargent ensuite dans la mer Glaciale et dans la mer d’Allemagne.
En sortant de la mer Blanche et en côtoyant l'île de Candenos et les côtes septentrionales de la Russie, on trouve que l’Océan fait un petit bras dans les terres à rembouchtire du fleuve Petzora; ce petit bras, qui a environ quarante lieues de longueur sur huit ou dix de largeur, est plutôt un amas d’eau formé par le fleuve qu’un golfe de la mer, et l’eau y est aussi fort peu salée. Là, les terres font un cap avancé et terminé parles petites îles Maurice et d’Orange; et, entre ees terres et celles qui avoisinent le détroit de Waigats au midi, il y a un petit golfe d’environ trente lieues dans sa plus grande profondeur au dedans des terres : ce golfe appartient immédiatement à rOcéan, et n’est pas formé des eaux de la terre. On trouve ensuite le détroit de M aigats, qui est a très-peu près sous le soixante-dixième degré de latitude nord ; ce détroit n’a pas plus de huit ou dix lieues de longueur et communique à une mer qui baigne les côtes septentrionales de la Sibérie : comme ce détroit est fermé par les glaces, pendant la jdiis grande partie de l’année, il est assez difficile d’arriver dans la mer qui est au delà. Le passage de ce détroit a été tenté inutilement par un grand nombre de navigateurs; et ceux qui l'ont passé heureusement ne nous ont pas laissé de cartes exactes de cette mer, qu’ils ont appelée mer Trampiillc : il parait seulement par les cartes les plus récentes, et par le dernier globe de Sénex, fait en 1739 ou 1740, que cette mer Tranquille pourrait bien être entièrement médilerranéc, et ne pas communiquer avec la grande mer de Tarlarie ; car clic paraît renfermée et bornée au midi par les terres des Samoièdes, qui sont aujourd'hui bien connues; et ces terres, qui la bornent au midi, s’étendent depuis le détroit de Waigats Jusqu’à rembouchure du fleuve .Jénisca; au levant elle est bornée par la terre de Jcimorland, au couchant par celle de la Nouvelle-Zemble; cl quoi(pi’on ne connaisse pas l’étendue de cette mer méditerranée, <lucôté du nord et du nord-est, comme on y connait des terres non interrompues, il est très-probable que cette mer Tranquille est une mer méditerranéo, une espèce de cul de sac fort difficile à aborder et qui ne mène à rien. Gc (|ui le prouve, c’est qu’en jiartant du détroit de Waigats, on a côtoyé la Nouvelle-Zemble dans la mer Glaciale tout le long de ses côtes occidentales et septentrionales jusqu'au cap Désiré ; qu’après ce cap on a suivi les côtes à l’est de la Nouvelle-Zemble jus(ju’à un petit golfe (pii est environ à soixante-quinze degrés, où les Hollandais passèrent un hiver
mortel en 1596; qu’au delàde cepclitgolfc on a déeouvertla terre de Jelmorland en 1664, laquelle n’est éloignée que de quelques lieues des terres de la IVouvelle-Zenible, en sorte que le seul petit endroit qui n’ait pas été reconnu, est auprès du petit golfe dont nous venons de parler, et cet endroit n’a peutêtre pas trente lieues de longueur : de .sorte que, si la mer Tranquille communique à rOcéan, il faut que ce soit à l’endroit de ce petit golfe, qui est le seul par où cette mer méditerranéc peut se joindre à la grande mer ; et comme ce petit golfe est à soi.\antc-quinze degrés nord, et que, quand même la communication existerait, il faudrait toujours s’élever de cinq degrés vers le nord pour gagner la grande mer, il est clair que, si l’on veut tenter la route du nord pour aller à la Chine, il vaut beaucoup mieux passer au nord de la Nouvelle-Zemble à soixante-dix-huit degrés, où d’ailleurs la mer est plus libre et moins glacée, que de tenter encore le chemin du détroit glacé de Waigats, avec l'incertitude de ne pouvoir sortir de cette mer méditerranéc.
En suivant donc l’Océan tout le long des côtes de la Nouvelle-Zemble et du Jelmorland, on a reconnu ces terres jusqu’à l’embouchure du Chotanga, qui est environ au soixante-treizième degré; après quoi l’on trouve un espace d'environ deux cents lieues, dont les côtes ne sont pas encore connues : on a su seulement, par le rapport des Moscovites qui ont voyagé par terre dans ces climats, que les terres ne sont point interrompues, et leurs cartes y marquent des fleuves et des peuples qu’ils ont appelés Populi Patati. Cet intervalle de côtes encore inconnues est depuis l’embouchure de Chotanga jusqu à celle du Kauvoina au soixante-sixième degré de latitude ; là, l’Océan fait un golfe dont le point le plus avancé dans les terres est à l’embouchure du Len, qui est un fleuve très-considérable; ce golfe est formé par les eaux de l’Océan ; il est fort ouvert et il appartient à la mer de Tartarie; on l'appelle le golfe Linchidolin, et les Moscovites y pèchent la baleine.
De l’embouchure du fleuve Len, on peut suivre les côtes septentrionales de la Tartarie dans un espace de plus de cinq cents lieues vers l’orient, jusqu’à une grandepéninsule ou terre avancée oùhabitent les peuples Schclates; cette pointe est 1 extrémité la plus septentrionale de la Tartarie la plus orientale, et elle est située sous le soixante-douzième degré environ de latitude nord. Dans cette longueur de plus de cinq cents lieues, l'Océan ne fait aucune irru|)tion dans les terres, aucun golfe, aticun bras; il forme seulement un coude considci'able à l'endroit de la naissance de cette péninsule des peuples Schclates, à rcmbouchurc du fleuve Korvinea ; cette pointe de terre fait aussi rextrémité orientale de la côte septentrionale du continent de l’ancien monde, dont l’extrémité occidentale est au cap Nord en Laponie, en sorte que l’ancien continent a environ mille sept cents lieues de côtes septentrionales, en y comprenant les sinuosités des golfes, en comptant depuis le cap Nord de Laponie jusqu’à la pointe de la terre des Schclates, et il y a environ onze cents lieues en naviguant sous le même parallèle.
Suivons maintenant les côtes orientales de l’ancien continent, en commençant à celte pointe de la terre des peuples Sclielatcs, et en descendant vers l’équateur : l’Océan l'ait d’abord un coude entre la terre des peuples Schelatcs et celle des peuples Tscluirtschi, qui avance considérablement dans la mer; au midi de cette terre, il forme un petit golfe fort ouvert, qu’on appelle le golfe Sucloikret, et ensuite un autre plus petit golfe, (pii avance môme comme un bras à quarante ou cinquante lieues dans la terre de Kamtschatka; api ès quoi l’Océan entre dans les terres par un large détroit rempli de plusieurs petites lies, entre la pointe méridionale de la terre de Kamtschatka et la pointe septentrionale de la terre d’Ycço, et il forme une grande mer méditerranée dont il est bon que nous suivions toutes les parties. La première est la mer de Kamtschatka, dans laquelle se trouve une île très-considérable qu on appelle ile Amour; cette mer de Kamtschatka pousse un bras dans les terres au nord-est; mais ce petit bras et la mer de Kamtschatka elle-même pourraient bien être, au moins en partie, formés par l’eau des lleuves qui arrivent, tant des terres de Kamtschatka, que de celles de la Tartarie. Quoi qu’il en soit, cette mer de Kamtschatka communique par un très-large détroit avec la mer de Corée, qui fait la seconde partie de cette mer méditerranée, et toute cette mer, qui a plus de six cents heues de longueur, est bornée à roccidenl et au nord par les terres de Corée et de Tartarie, à l’orient et au midi par celles de Kamtschatka, d’Yeço et du Japon, sans qu’il y ait d autre communication avec 1 Océan que celle du détroit dont nous avons parlé, entre Kamtschatka et Yeeo ; car on n'est pas assuré si celui, que quelques cartes ont marqué entre le Japon et la terre d'Ycço, existe réellement ; et quand même ce détroit existerait, la mer de Kamtschatka et celle de Corée ne laisseraient pas d’étre toujours regardées comme formant ensemble une grande mer inédileiTanéc, séparée de l'Océan de tous ciités, et qui ne doit pas être prise pour un golfe, car elle ne communique pas directement avec le grand océan par son détroit méridional qui est entre le Japon et la Corée; la merde la Chine, à laquelle elle communique par ce détroit, est plutôt encore une mer méditerranéc qu’un golfe de l'Océan.
Nous avons dit dans le discours précédent, que la mer avait un mouvement constant d’orient en occident, et que, |iar conséquent, la grande mer Pacifique fait des clforts continuels contre les terres orientales, l^’inspection attentive du globe confirmera les conséquences que nous avons tirées de cette observation; car, si l’on examine le gisement des terres, à commencer de Kamtschatka jiisipi'à la Nouvelle-Bretagne, découverte en 1700 par Danqiier, et (pii est à quatre ou cinq degrés de réipiateur, latitude sud, on sera très-porté è croire que l’Océan a rongé toutes les terres de ces climats dans une profondeur de quatre ou cinq cents lieues; que par conséquent les bornes orientales de l’ancien continent ont été reculées, et qu'il s’étendait autrefois beaucoup plus vers l’orient : car, on remarquera que la Nouvelle-Bretagne et le Kamtschatka, qui sont les terres les plus avancées vers l’orient, sont sous le même méridien ; on observera que toutes les terres
sont dirigées du nord au midi. Kamtschatka fait une pointe d’environ cent soixante lieues du nord au midi, et cette pointe, qui du côté de l'orient est baignée par la mer Pacifique, et de l’autre par la mer méditerranée dont nous venons de parler, est partagée dans cette direction du nord au midi par une chaîne de montagnes. Ensuite Ycco et le Japon forment une terre dont la direction est aussi du nord au midi dans une étendue de plus de quatre cents lieues entre la grande mer et celle de Corée, et les chaînes des montagnes d’Yeço et de cette partie du Japon ne peuvent pas manquer d’ètre dirigées du nord au midi, puisque ces terres qui ont quatre cents lieues de longueur dans cette direction, n’en ont pas plus de cinquante, soixante, ou cent de largeur dans l’autre direction de l’est à l’ouest; ainsi Kamtschatka, Y'eço et la partie orientale du Jajion sont des terres qu’on doit regarder comme contiguës et dirigées du nord au sud; et suivant toujours la même direction, l’on trouve, après la pointe du cap Ava au Japon, l'ile de Barnevelt et trois autres îles qui sont posées les unes au-dessus des autres, exactement dans la direction du nord au sud, et qui occupent en tout un espace d’environ cent lieues; on trouve ensuite, dans la même direction, trois autres des appelées les îles de Callanos, qui sont encore toutes trois posées les unes au dessus des autres dans la même direction du nord au sud ; après quoi on troüve les des des Larrons, au nombre de quatorze ou quinze, qui sont toutes posées les unes au-dessus des autres dans la même direction du nord au sud , et qui occupent toutes ensemble, y compris les des des (’.allanos, un espace de plus de trois cents lieues de longueur dans cette direction du nord au sud, sur une largeur si petite, que, dans l'endroit où elle est la plus grande, ces îles n’ont pas sept à huit lieues; il me parait donc que Kamtschatka, Yeço, le Japon oriental, les des Rarnevelt, du Prince, des Eallanos et des Larrons, ne sont que la même ehnine de montagnes et les restes de l'ancien pays que l’Océan a rongé et couvert peu à peu. Toutes ces contrées ne sont en effet que des montagnes, et ces des des pointes de montagnes : les terrains moins élevés ont été submergés par l’Océan ; et si ce qui est rapporté dans les lettres édifiantes est vrai, et qu’en effet on ait découvert une quantité d’ilesqu’on a appedées les Noiivelles-Philijipines, et que leur position soit réellement telle (|u'ellc est donnée par le P. tiobien,on ne pourra guère douter que les des les plus orientales de ces Nouvelles-F^hdippines ne soient une continuation de la chaîne de montagnes qui forme les des des J^arrons; car, ces des orientales, au nombre de onze, sont tontes placées les unes audessus des autres dans la même direction du nord au sud ; elles occupent en longueur un espace de plus de deux cents lieues, et la plus large n’a pas sept ou huit lieues de largeur dans la direction de l’est à l’ouest.
Mais si l'on trouve ces conjectures trop hasardées, et qu’on m’oppose les grands intervalles qui sont entre les des voisines du cap Ava, du Japon et celles des Callanos, et entre ces des et celles des Larrons, et encore entre celles des Larrons et les Nouvelles-Philippines, dont, en effet, le premier est d’environ cent soixante lieues, le second de cinquante ou soixante, et le
troisième de près de cent vingt, je répondrai que les chaînes des montagnes s’étendent souvent beaucoup plus loin sous les eaux de la mer, et que ces intervalles sont petits en comparaison de l’étendue de terre que présentent ces montagnes dans cette direction, qui est de plus de onze cents lieues, en les prenant depuis l intérieur de la presqu’île de Kamtscliatka. Enfin, si l’on se refuse totalement à cette idée que je viens de proposer au sujet des cinq cents lieues que l’Océan doit avoir gagnées sur les côtes orientales du continent, et de cette suite de montagnes que je fais passer par les îles des Larrons, on ne pourra pas s’empêcher de m’accorder au moins que Kamtschatka, Yeço, le .lapon, les îles Rongo, Tanaxima, celles deLequeo-Grande, l’île des Rois, celle de Formosa, celle de Vaif, de Rashe, de Babuyanes, la grande ilede Luçon, les autres Philippines, Mindanao, Gilolo, etc., et, enfin, la Nouvelle-Guinée, qui s’étend jusqu’à la Nouvelle-Bretagne, située sous le même méridien que Kamtscliatka, ne fassent une continuité de terre de plus de deux mille deux cents lieues, qui n’est interrompue que par de petits intervalles, dont le plus grand n’a peut-être pas vingt lieues j en sorte que I Océan forme, dans l’intérieur des terres du continent oriental, un trèsgrand golfe, qui commence à Kamtscliatka, et finit à la Nouvelle-Bretagne; (juc ce golfe est semé d’îles; ipi’il est figuré comme le serait tout autre enfoncement que les eaux pourraient faire à la longue, en agissant continuellement contre des rivages et des côtes, et que, par eonséipient, on peut conjecturer avecquelque vraisemblanceque l’Océan, par son mouvement constant d orient en occident , a gagné peu à peu cette étendue sur le continent oriental, et qit il a de plus formé les mers méditerranées de Kamtschatka, de Corée, de la Chine, et peut-être tout l’archipel des Indes : car, la terre et la mer y sont mêlées de façon ([u’il paraît évidemment que c’est un pays inondé, duquel on ne voit plus que les éminences et les terres élevées, et dont les terres plus basses sont cachées par les eaux’ : aussi, cette mer n’est-ellc pas profonde comme les autres, et les îles innombrables qu’on y trouve ne sont presque toutes que des montagnes.
Si l’on examine maintenant toutes ces mers en particulier, à commencer au détroit de la mer de Corée vers celle de la Chine, où nous en étions demeurés, on trouvera (pie cette mer de la Chine forme dans sa partie septentrionale un golfe fort profond, qui commence à l'ile Fungma, et se termine à la frontière de la province de Pékin, à une distance d'environ (|uarante-cinq ou cinquante lieues de cette capitale de l'empire ehinois; ce golfe, dans sa partie la plus intérieure et la plus étroite, s’appelle le golfe de C.hangi; il est très-probable que ce golfe de Changi et une partie de celte merde la Chine ont été formés par l’Océan, qui a inondé tout le plat pays de ce continent, dont il ne reste que les terres les plus élevées, qui sont les ilcs dont nous avons parlé : dans cette partie méridionale sont les golfes de Tunquin et de Siam, auprès duquel est la presqu'île de Malaic, formée par une longue chaine de montagnes, dont la direction est du nord au sud, et les iles Andamans, (lui sont une autre chaine de montagnes dans la même
direction, et qui ne paraissent être qu'une suite des montagnes de Sumatra.
L’Océan fait ensuite un grand golfe qu’on appelle le golfe de Bengale, dans lequel on peut remarquer que les terres de la presqu’ile de l lnde font une courbe concave vers l’orient, à peu près comme le grand golfe du continent oriental 5 ce qui semble aussi avoir été produit par le même mouvement de l’Océan d’orient en occident : c’est dans celte presqu’ile que sont les montagnes de Gates, qui ont une direction du nord au sud jusqu’au cap de Gomorin, et il semble que l'ile de Ceylan en ait été séparée, et t|u’elle ail fait autrefois partie de ce continent. Les Maldives ne sont qu’une autre chaine de montagnes, dont la direction est encore la meme, c’est-à-dire du nord au sud : après cela est la mer d’yVrabie, qui est un très-grand golfe, duquel parlent quatre bras qui s’étendent dans les terres, les deux plus grands, du côté de l’occident, et les deux plus petits, du côté de l'orient. Le premier de ces bras, du côté de l’orient, est le petit golfe de Cambaie, qui n’a guère que cinquante à soixante lieues de profondeur, et (pii reçoit deux rivières assez considérables, savoir ; le fleuve Tapli et la rivière de Baroclic, que Piétro délia Valle appelle le Mclii. Le second bras, vers l’orient, est cet endroit fameux par la vitesse et la bailleur des marées, qui y sont plus grandes qu’en aucun lieu du monde, en sorte que ce bras, ou ce petit golfe tout entier, n’est qu’une terre, tantôt couverte par le flux, et tantôt découverte par le reflux, qui s’étend à plus de cinquante lieues : il tombe dans cet endroit plusieurs grands fleuves, tels que l’indus, le l*adar, etc., qui ont amené une grande quantité de terre et de limon à leurs embouchures J ce qui a peu à peu élevé le terrain du golfe, dont la pente est si douce, que la marée s’étend à une distance extrêmement grande. Le premier bras du golfe Arabique vers roccidcnl est le golfe Persique, qui a plus de deux cent cinquante lieues d’étendue dans les terres, et le second est la mer Rouge, qui en a plus de six cent quatre-vingts, en comptant depuis l’ile de Socotora. On doit regarder ces deux bras comme deux mers médilcrranées, en les prenant au delà des détroits d'Ormuz et de Babclmandel; et, quoiqu’elles soient toutes deux sujettes à un grand flux et reflux, et qu elles participent, par conséquent, aux mouvements de l’Océan, c’est parce qu’elles ne sont pas éloignées de l'équateur où le inouvomcnl des marées est beaucoup plus grand <]ue dans les autres climats, et que d’ailleurs elles sont toutes deux fort longues et fort étroites. Le mouvement des marées est beaucoup plus violent dans la mer Rouge que dans le golfe Persique, parce que la mer Rouge, qui est près de trois fois plus longue et presque aussi étroite que le golfe Persique, ne reçoit aucun fleuve dont le mouvement puisse s’opposer à celui du flux, au lieu que le golfe Persique en reçoit de très-considérables à son extrémité la plus avancée dans les terres. Il paraît ici assez visiblement que la mer Rouge a été formée pai- une irruption de l’Océan dans les terres ; car si on examine le gisement des terres au-dessus et au-dessous de l’ouverture qui lui sert de passage, on verra que ce passage n’est qu’une coupure, et que, de l’un et de l’autre
côté de ce passage les côtes suivent une direction droite et sur la même ligne, la côte d’Arabie depuis le cap Razalgale jusqu’au cap Fartacb étant dans la même direction que la côte d’Afrique, depuis le cap de Guarduafui jusqu’au cap de Sands.
A l’extrémité de la mer Rouge est cette fameuse langue de terre qu’on appelle l’isthme de Suez, qui fait une barrière aux eaux de la mer Rouge et empêclie la communication des mers. Ou a vu dans le discours précédent les raisons qui peuvent faire croire que la mer Rouge est plus élevée que la Méditerranée, tt que, si l’on coupait l’istbme de Suez, il pourrait s’ensuivre une inondation et une augmentation de la Méditerranée ; nous ajouterons à ce que nous avons dit, (pie, quand même on ne voudrait pas convenir que la mer Rouge fût plus élevée que la Méditerranée, on ne pourra pas nier qu’il n’y ait aucun Ilux et reflux dans celte partie de la Méditerranée voisine des bouches du Nil, et qu'au contraire il y a dans la mer Rouge un flux et reflux très-considérable et qui élève les eaux de plusieurs pieds, ce qui seul suffirait pour faire passer une grande quantité d’eau dans la Méditerranée, si l’isthme était rompu. D’ailleurs, nous avons un exemple cite à ce sujet par Varenixis, qui prouve que les mers ne sont pas également élevées dans toutes leurs jwrties; voici ce qu’il en dit, page 100 de sa géographie ; Oceanuÿ Germanicus, qui est Allantici pars, inter Frisiam et llollandiam se effundens, ejjicit sinum, qui, et si parcus sit, respecta celebrium sinuum maris, tamen et ipse dicitur mare, alluitque Hollandiœ emporium celeberrimum, Amstelodanum . Non procul indè abest lacus IJarlentensis, qui etiam mare Harleniense dicitur. Hujus altitudo non est minor altitudine sinù iUius Belgici, quem diximus, et mittït ramum ad urbem Leidam, ubi in varias fosses divaricatur. Quoniarn, itaque, nec lacus hic, neque sinus ille, Wdlandici maris mandant adjacentes aç/ros (de naturali constitutione loquor, non ubi lempestatibus urqentur, propter quas aijgeres facti sunl), palet indè quod non sint alliores quàni aqri Hollandiœ. .dt vero Oceanum Germanicum esse ultiorem qaàm terras hasce experti sunl Leidenses, ciim susrepissent fossam seu alreum ex urbe sud ad Oceani Grmanici lillora, propè Cattorum vicuin pei ducere {distantia est duorum miUiarium), ut, recepto per alreum hune mari, possint namyationem instituere in Oceanum Germanicum, et hinc in varias terrœ regiones. Veriim enimeero, dm magnam jam. alrei partein perfecissent, desisterecoacli sunt, quoniarn, tmn, demàm, per obsercationem, cognitumest Oceani Germanici aquam esse alliorem quàm agrum inter Leidam et liltus Oceani itlius; undè locus ille, ubi fodere desierunt, dicitur Ilet malle (iat. Oceanus ilaque Germanicus est aliquantùm allior quàm sinus ille llollandicus, etc. Ainsi, on peut croire que la mer Rouge est plus haute que la Méditerranée, comme la mer d’Allemagne est plus haute que la mer de Hollande. Quelques anciens auteurs, comme Hérodote et Diodore de Sicile, parlent d’un canal de communication du Nil et de la Méditerranée avec la mer Rouge, et, en dernier lieu, M. Delisle a donné une carte en 1704, dans laquelle il a marqué un bout de canal qui sort du bras le plus oriental du Nil et qu’il
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juge devoir être une partie de celui qui faisait autrefois cette communication du Nil avec la mer Rouge. Voi/ez ks Mémoires de l’Académie des sciences année 1704. Dans la troisième partie du livre qui a pour titre, Connaissance de l’ancien monde, imprimé en 1707, on trouve le même sentiment, et il y est dit, d'après Diodore de Sicile, que ce fut Néco, roi d’Égypte, qui commença ce canal, que Darius, roi de Perse, le continua, et que Ptolémée II l acheva et le conduisit jusqu'à la ville d’Arsinoé; qu’il le faisait ouvrir et fermer, selon qu'il en avait besoin. Sans que je prétende votiloir nier ces faits, je suis obligé d’avouer qu'ils me paraissent douteux, et je ne sais pas si la violence et la hauteur des marées dans la mer Rouge, ne se seraient pas nécessairement communiquées aux eaux de ce canal ; il me semble qu’au moins il aurait fallu de grandes précautions pour contenir les eaux, éviter les inondations, et beaucoup de soin pour entretenir ce canal en bon état; aussi les historiens qui nous disent que ce canal a clé entrepris et achevé, ne nous disent pas s'il a duré; et les vestiges qu'on prétend en reconnaître aujourd'hui sont peut-être tout ce qui en a jamais été fait. On a donné à ce bras de l’Océan le nom de mer Rouge, parce qu’elle a on effet cette couleur dans tous les endroits où il se trouve des madrépores sur son fond : voici ce qui est rapporté dans l’IIistoire qénérale des Voycujes, tome I, pages 198 et 199 : « Avant que de quitter la rner Rouge Dom Jean exa- « mina quelles peuvent avoir été les raisons cpii ont fait donner ce nom au « golfe Arabique par les anciens, et si cette mer est en effet différente des « autres par la couleur. Il observa que Pline rapporte plusieurs sentiments « sur l’origine de ce nom : les uns le font venir d'un roi nommé Érythros, « qui régna dans ces cantons, et dont le nom en grec signille rouge; d’au- « très se sont imaginé que la réflexion du soleil produit une coiffeur rou- « geâtresur la surface de l’eau; et d’autres, que l'eau du golfe a naturelle- « ment cette couleur. Les Portugais, qui avaient déjà fait plusieurs voyages « à l’entrée des détroits, assuraient que toute la côte d'Arabie étant fort « rouge, le sable et la poussière qui s’en détachaient, et que le vent poussait « dans la mer, teignaient les eaux de la même couleur.
« Dom Jean, qui, ])our vérifier ces opinions, ne cessa point jour et nuit, « depuis son départ de Socolora, d’observer la nature de l’eau et les qualités « des côtes jusqu’à Suez, assure que loin d’être naturellement rouge, l'eau « est de la couleur des autres mers, et que le sable ou la poussière n’ayant « rien de rouge non plus, ne donnent point cette teinte à l'eau du golfe. La « terre sur les deux côtes est généralement brune, et noire même en quel- « ques endroits; dans d’autres lieux elle est blanche : ce n’est qu’au delà de « Suaquem, c’est-à-dire sur des côtes où les Portugais n'avaient point en- « core pénétré, qu’il vit en effet trois montagnes rayées de rouge; encore « étaient-elles d’un roc fort dur, et le pays voisin était de la couleur ordi- « naire.
« La vérité donc est que cette mer, depuis l’entrée jusqu’au fond du golfe, « est partout de la même couleur; ce qu’il est facile de se démontrer à soi-
288 IirSTOIRE NATURELLE.
« même, en puisant de l’oau à chaque lieu : mais il faut avouer aussi que dans « quelques endroits elle paraît rouge par accident, et dans d'autres verte et « blanche. Voici l'explication de ce phénomène. Depuis Suaquem jusqu’à « Kossir, c’est-à-dire pendant l’espace de cent trente-six lieues, la mer est « renqilie de bancs et de rochers de corail : on leur donne ce nom, parce « que leur forme et leur couleur les rendent si semblables au corail, qu’il « faut une certaine habileté pour ne pas s’y tromper; ils croissent comme « des arbres, et leurs branches prennent la forme de celles du corail ; on « en distingue deux sortes, l’ime blanche et l’autre fort rouge; ils sont cou- « verts en plusieurs endroits d’une espèce de gomme ou de glu verte, et dans « d’autres lieux, orange foncé. Or, l’eau de cette mer étant plus claire et « plus transparente qu’aucune autre eau du monde, de sorte qu'à vingt « brasses de profondeur l’œil pénètre jusqu’au fond, surtout depuis Suaquem « jusqu’à I cxtrémité du golfe, il arrive qu’elle paraît prendre la couleur des « choses qu’elle couvre : par exemple, lorsque les rocs sont comme enduits « de glu verte, l’eau qui passe par-dessus paraît d’un vert plus foncé que « les rocs mêmes; et lorsque le fond est uniquement de sable, l’eau parait « blanche : de même lorsque les rocs sont de corail, dans le sens que j’ai « donné à ce terme, et que ta glu qui les environne est rouge ou rougeâtre, « l'eau se teint ou plutôt semble sc teindre en rouge. Ainsi, comme les rocs « de cette couleur sont plus fréquents que les blancs et les verts, Dom « .Jean conclut qu’on a dû donner au golfe Arabique le nom de mer Rouge « plutôt que celui de mer verte ou blanche; il s’applaudit de cette décou- « verte avec d’autant plus de raison, que la méthode par laquelle il s’en était « assuré ne pouvait lui laisser aucun doute. 11 faisait amarrer une flûte « contre les rocs dans les lieux qui n’avaient point assez de profondeur « pour permettre aux vaisseaux d’approcher, et souvent les matelots pou- « vaient exécuter ses ordres à leur aise, sans avoir la mer plus haut que « l'estomac à plus d’une demi-lieue des rocs; la plus grande partie des « pierres ou des cailloux qu’ils en tiraient dans les lieux où l'eau paraissait «rouge, avaient, aussi cette couleur dans l’eau qui paraissait verte; les « pierres étaient vertes ; et si l’eau paraissait blanche, le fond étaitd’un sable « blanc, où l’on n’apercevait point d’autre mélange. »
Depuis l’entrée de la mer Rouge au cap Guarduafui jusqu’à la pointe de l’Afrique au cap de Ronnc-Espérancc, l’Océan a une direction assez égale, et il ne forme aucun golfe considérable dans l'intérieur des terres; il y a seulement une espèce d’cnfonceiucnt à la côte de Mélinde, qu’on pourrait regarder comme faisant partie d’un grand golfe, si l’île de ftladagascar était réunie à la terre-ferme. 11 est vrai que cette ilc, quoique séparée par le large détroit de Mozambique, paraît avoir appartenu autrefois au continent ; car, il y a des sables fort hauts et d’une vaste étendue dans ce détroit, surtout du côté de Madagascar; ce (|ui reste de passage absolument libre dans ce détroit, n’est pas fort considérable.
En remontant la côte occidentale de l’Afrique depuis le cap de Bonne-
Espérance juscpi’au cap Négro, les terres sont droites et dans la meme direction , et il semble cpie toute cette longue côte ne soit (ju’une suite de montagnes; c’est au moins un paya élevé qui ne produit, dans une étendue de plus de cinq cents lieues, aucune rivière considérable, à l’exception d’une ou de deux, dont on n’a reconnu que rembouchure : mais au delà du cap Négro la côte fait une courbe dans les terres, qui, dans toute l'étendue de cette courbe, paraissent être un pays plus bas que le reste de l'Afrique, et qui est arrosé de plusieurs fleuves dont les plus grands sont le Coanza et le Zaïre; on compte depuis le cap Négro jusqu’au cap Consalvcz vingt-quaire embouchures de rivières toutes considérables, et l’espace contenu entre ces deux caps est d’environ quatre cent vingt lieues en suivant les côtes. Ou peut croire que l’Océan a un peu gagné sur ces terres basses de l’Afrique, non pas par son mouvement naturel d’orient en occident, qui est dans une direction contraire à celle qu’exigerait l’elFet dont il est question, mais seulement parce que ces terres étant plus basses que toutes les autres, il les aura surmontées et minées presque sans effort. Du cap Gonsalvcz au cap des Trois-Pointes, l’Océan forme un golfe fort ouvert qui n’a rien de remarquable, sinon un cap fort avancé et situé à peu près dans le milieu de l'étendue des côtes qui forment ce golfe : on l’appelle le cap Formosa. Il y a aussi trois îles dans la partie la plus méridionale de ce golfe, qui sont les îles Fernandpo, du Prince et de Saint-Tbomas ; ces des paraissent être la continuation d’une cbaiue de montagnes située entre Rio-del-Rey et le fleuve Jamoer. Du cap des Trois-Pointes au cap Palrnas, l’Océan rentre un peu dans les terres, et du cap Palrnas au cap Tagrin, il n’y a rien de remarquable dans le gisement des terres; mais, auprès du Tagriu, l’Océan fait un très-petit golfe dans les terres de Sierra-Leona, et plus haut un autre encore plus petit où sont les îles Risagas. Finsuite on trouve le cap Vert, qui est fort avancé dans la mer, et dont il parait qui les îles du même nom ne sont qne la continuation, ou, si l’on veut, celle du cap Blanc, qui est une terre élevée, encore plus considérable et plus avancée que celle du cap Vert. On trouve ensuite la côte montagneuse et sèche qui commence au cap Blanc et finit au cap Bajador; les des Canaries paraissent être une continuation de ces montagnes. Enfin , entre les terres du Portugal et de l’Afrique , l’Océan fait un golfe fort ouvert, au milieu duquel est le famenx détroit de Gibraltar, par lequel l'Océan coidc dans la Méditerranée avec une grande, rapidité. Cette mer s’étend à près de neuf cents lieues dans rintérieiir des terres, et elle a plusieurs choses remarquables : |)remièrement elle ne participe pas d'une manière sensible au mouvement de flux et de reflux, et il n’y a que dans le golfe de Venise, où elle se rétrécit beaucoup, que ce mouvement sc fait sentir; on prétend aussi s’ètrc aperçu de quelque petit mouvement à Marseille et à la côte de Tripoli; en second lieu elle contient de grandes des, celle de Sicile, celle de Sardaigne, de C.orsc, de Chypre, de Majorque, etc., et rune des plus grandes presqu’îles du monde, qui est l’Italie : elle a aussi un archipel, ou plutôt c'est de cet arcbi|)el de notre mer I. 19
>290 lilSTOlUE NATLillliLU:.
Méditerranée que les autres amas d'iles ont emprunté ce nom ; mais cet ai' chipel de la Méditerranée me paraît appartenir plutôt à la mer Noire, et il semble que ce pays de la Grèce ait été en partie noyé par les eaux surabondantes de la mer Noire, qui coulent dans la mer de Marmara, et de là dans la mer Méditerranée.
Je sais bien que quelques gens ont prétendu qu’il y avait dans le détroit de Gibraltar un double courant ; l’un supérieur, qui portait l’eau de l'Océan dans la Méditerranée, et l’autre inférieur, dont l’elfet, disent-ils, est contraire ; mais celte opinion est évidemment fausse et contraire aux lois de l’hydrostatique. On a dit de même que, dans plusieurs autres endroits, il y avoit de ces courants inférieurs, dont la direction était opposée à celle du courant supérieur, comme dans le Bosphore, dans le détroit du Sund, etc. ; et Marsigli rapporte même des expériences qui ont été faites dans le Bosphore, et qui prouvent ce fait; mais il y a grande apparence que les expériences ont été mal faites, puisque la chose est impossible, et qu’elle répugne à toutes les notions que l’on a sur le mouvement des eaux. O’ailleurs, Greaves, dans sa Pijramidographie, pages 101 et 102, prouve, par des expériences bien faites, qu’il n’y a dans le Bosphore aucun courant inférieur dont la direction soit opposée au courant supérieur. Ce qui a pu tromper Marsigli et les autres, c'est que dans le Bosphore, comme dans le détroit de Gibraltar et dans tous les llcuvcs qui coulent avec quelque rapidité, il y a un remous considérable le long des rivages, dont la direction est ordinairement différente, et quelquefois contraire à celle du courant principal des eaux.
Parcourons maintenant toutes les côtes du nouveau continent, et commençons par le point du cap Ilold-with-hope, situé au soixante-treizième degré latitude nord : c’est la terre la plus septentrionale que l’on connaisse dans le nouveau Groenland ; elle n’est éloignée du cap Nord de Laponie que d’environ cent soixante ou cent quatre-vingts lieues. De ce cap on peut suivre la côte du Groenland jusqu’au cercle polaire; là, l'Océan forme un large détroit entre l'Islande et les terres du Groenland. On prétend que ce pays voisin de l’Islande n’est pas rancien Groënland que les Danois possédaient autrefois comme province dépendante de leur royaume; il y avait dans cet ancien Groënland des peuples policés et chrétiens, des évêques, des églises, des villes considérables par leur commerce; les Danois y allaient aussi souvent et aussi aisément que les Espagnols pourraient aller aux Canaries; il existe encore, à ce qu’on assure, des titres et des ordonnances pour les affaires de ce pays, et tout cela n’est pas bien ancien : cependant, sans qu’on puisse deviner comment ni pourquoi, ce pays est absolument perdu, et l’on n’a trouvé dans le nouveau Groënland aucun indice de tout ce que notis venons de rapporter : les peuples y sont sauvages ; il n’y a aucun vestige d’édifice, pas un mot de leur langue qui ressemble à la langue danoise, enfin rien qui puisse faire juger que c'est le même pays; il est même presque désert et bordé de glaces pendant la plus grande partie de
l'nnnée. iMais, comme ees terres sont irune très-vaste étendue, et (jue les «ôtes ont été très-peu fréquentées par les navigateurs modernes, ces navigateurs ont pu manquer le lieu où habitent les descendants de ces peuples polieés ; ou bien il se j)cut que les glaces étant devenues plus abondantes dans cette mer, elles cmitécbent aujourd’hui d'aborder en cet endroit : tout ce pays, cependant, à eti juger par les cartes, a été côtoyé et reconnu en entier; il forme une grande presqu’ile à rextrémité de laquelle sont les deux détroits de Porbisher et lile de Frisland , où il fait un froid extrême, quoiquils ne soient qu’à la hauteur des Orcades, c’est-à-dire à soixante degrés.
Entre la côte occidentale du Groenland et celle de la terre de Labrador, î Océan fait un golle , et ensuite une grande mer méditerranée, la plus froide de toutes les mers, et dont les côtes ne sont pas crtcore bien reconnues. En suivant ce golfe droit au nord, on trouve le large détroit do Davis, qui conduit à la mer Christiane, terminée par la baie de Raflin, qui fait un eul-de-sac dont il paraît qu’on ne peut sortir que pour tomber dans un autre cul-de-sac, qui est la baie de Hudson. Le détroit de Cumberland, qui peut, aussi bien que celui de Davis, conduire à la mer Christiane, est plus étroit et plus sujet à être glacé ; celui de Hudson, quoique beaucoup plus méridional, est aussi glacé pendant une partie de l’anné.e; et ou a remarqué dans ces détroits et dans ces mers mediterranées un mouvement de flux et reflux très-fort, tout au contraire de ce qui arrive dans les mers méditerranées de 1 Europe, soit dans la Méditerranée, soit dans la mer Baltique, où il n y a point de flux et reflux ; ce qui ne peut venir que de la dill'érence du mouvement de la mer, qui, se faisant toujours d’orient en occident, occasionne de grandes marées dans les détroits qui sont opposés à cette direction de mouvement, c’esl-à-dire dans les détroits dont les ouvertures sont tournées vers l orient; au lieu que, dans ceux de l’Europe, qui présentent leur ouverture à l'occident, il n’y a aucun mouvement : l’Océan, par son mouvement général , entre dans les premiers et fuit les derniers, et c’est par cette même raison qu'il y a de violentes marées dans les mers de la Chine, de Corée et de Kamtschatka.
En descendant du détroit de Hudson vers la terre de Labrador, on voit une ouveturre étroite, dans laquelle Davis, en 11)86, remonta jusqu’à trente lieues, et lit quelque petit commerce avec les habitants; mais |)ersoime, que je sache, n’a depuis tenté la découverte de ce bras de mer, et on ne connaît de la terre voisine que le pays des Eskimaux : le fort Pontchartrain est la seule habitation et la j)lus septentrionale de tout ce pays, qui n’est séparé de l'ile de Terre-Neuve que par le petit détroit de Bcllislc qui n’est pas trop fréquenté; et comme la côte orientale de Terre-Neuve est dans la même direction que la côte de Labrador, on doit regarder l'ile de Terre-Neuve comme une partie du continent, de même que l’ile Royale parait être une partie du continent de l’Acadie : le grand banc t les autres bancs sur lesquels on pèche la morue ne sont pas des hauts fonds, comme on pourrait le
ta.
lllSTOmii iNATLUlil.Ll!:.
croire ;] ils sont à une profondeur considérable sous l’eau, et produisent dans cet endroit des courants très-violents. Entre le cap Breton et Terre- Neuve est un détroit assez large par lei[uel on entre dans une petite mer méditerranée qu’on appelle le golfe de Saint-Laurent : cette petite mer a un bras qui s’étend assez considérablement dans les terres, et qui semble n’èlre que remboueliure du fleuve Saint-Laurent : le mouvement du flux et reflux est extrêmement sensible dans ce bras de mer; et à Québec même, qui est plus avancé dans les terres, les eaux s’élèvent de plusieurs pieds. Au sortir du golfe de Canada, et en suivant la côte de l'Acadie, on trouve un petit golfe qu’on appelle la baie de Boston , qui fait un petit enfoncement carré dans les terres. Mais, avant que de suivre cette côte plus loin, il est bon d’observer que, depuis l'ilede Terre-Neuve jusqu’aux îles Antilles, les plus avancées, comme la Barbade et Antigoa, et même jusqu'à celle de la Guiane, rOcéan fait un très-grand golfe qui a plus de cinq cents lieues d’enfoncement jusqu'à la Floride. Ce golfe du nouveau continent est semblable à celui de l’ancien continent dont nous avons parlé; et tout de même que dans le continent oriental, l'Océan, après avoir fait un golfe entre les terres de Kamschatka et de la Nouvelle-Bretagne, forme ensuite une vaste mer méditerranée, qui comprend la mer de Kamtsebatka, celle de Corée, celle de la Chine, etc. ; dans le nouveau continent, l'Océan, après avoir fait un grand golfe entre les terres de Terre-Neuve et celles de la Guiane, forme une trèsgrande mer méditerranée qui s’étend depuis les Antilles jusqu'au Mexique: ce qui confirme ce que nous avons dit au sujet des effets du mouvement de l’Océan d’orient en occident; car il semble que l’Océan ait gagné tout autant de terrain sur les côtes orientales de l’Amérique, qu'il en a gagné sur les côtes orientales de l’Asie, et ces deux grands golfes ou enfoncements que l’Océan a formés dans ces deux continents, sont sous le même degré de latitude, et à peu près de la même étendue; ce qui fait des rapports ou des convenances singulières, et qui paraissent venir de la môme cause.
Si l’on examine la position des des Antilles, à commencer par celle de la Trinité, qui est la plus méridionale, on ne pourra guère douter que les îles de la Trinité, de Tabago, de la Grenade, les iles des Granadillcs, celles de Saint-Vincent, de la Martinique, de Marie-Galande, de la Désirade, d’Antigoa, de la Barbade, avec toutes les autres iles qui les accompagnent, ne fassent une chaîne de montagnes dont la direction est du sud au nord, comme est celle de l'ile de Terre-Neuve et de la terre des Esquimaux. Ensuite la direction de ces iles Antilles est de l'est à l'ouest, en commençant à l'île de la Barbade, passant par Saiiit-Bartbélcmi, Porto-Rico, Saint-Domingue et l'île de Cuba, à peu près comme les terres du cap Breton, de l’Acadie, de la Nouvelle-Angleterre. Toutes ces iles sont si voisines les unes des autres, qu'on peut les regarder comme une bande de terre non interrompue et comme les parties les plus élevées d'un terrain submergé : la plupart de ces îles ne sont en effet que des pointes de montagnes ; et la mer qui est au delà est une vraie mer méditerranée, où le mouvement du flux et reflux
TlflîÜIllE DE LA TEKllK.
n'esl guère plus sensible que dans noire mer Méditerranée, quoique les ouvertures qu’elles présentent à l’Oeéan soient directement opposées au mouvement des eaux d’orient en occident; ce qui devrait contribuer à rendre ce mouvement sensible dans le golfe du Mexique : mais, comme celte mer rnédilerranée est fort large, le mouvement du flux et reflux qui lui est communiqué par rÔeéan, se répandant sur un aussi grand espace, perd une grande partie de sa vitesse, et devient presque insensible à la côte de la Louisiane et dans plusieurs autres endroits.
L’ancien et le nouveau continent paraissent donc tous les deux avoir été rongés par l Océan à la même bauteur et à la même profondeur dans les terres; tous deux ont ensuite une vaste mer méditerranée et une grande (piantilé d’îles qui sont encore situées à peu près à la même hauteur ; la seule diftérence est que l’ancien continent étant beaucoup plus large que le nouveau, il y a dansla partie occidentale de cet ancien continent une mer méditerranée occidentale qui ne peut pas sc trouver dans le nouveau continent; mais il paraît que tout ce qui est arrivé aux terres orientales de raneicn monde est aussi arrivé de même aux terres orientales du nouveau monde, cl que c’est à peu près dans leur milieu et à la même bailleur que s’est faite la plus grande destruction des terres, parce qu'en elïet c’est dans ce milieu et près de l’équateur qu’est le plus grand mouvement de l’Océan.
Les cèles de la Guianc, comprises entre rend)oucburc du fleuve Orénoque et celle de la rivière des Amazonés, n’olïreiit rien de remarquable; mais celle rivière, lapins large de riinivers, forme une étendue d’eau considérable aiqirès de Coropa, avant que d’arriver îi la mer par deux bouches diflerentes qui forment l'ile de Gaviana. De rcmboueburc de la rivière des Amazones jusqu’au cap Saint-Roch, la côte va presque droit de l’ouest à l’est : du cap Saint-Roch au cap Saint-Augustin, clic va du nord au sud; et du cap Saint- Augustin à la baie de Tous-le„s-Saints, elle retourne vers l’ouest; en sorte (|uc celte partie du Brésil fait une avance considérable dans la mer, qui regarde directement une pareille avance de terre que fait l’Afrique en sens opposé. La baie de Tous-les-Sainls est un petit bras de l'Océan qui a environ cinquante lieues de profondeur dans les terres, et qui est fort fréquenté des navigateurs. De celte baie jusqu’au cap de Saint-Thomas, la côte va droit du nord au midi, et ensuite dans une direction sud-ouest jusipi’à l’embouchure du fleuve de la Plata, où la mer fait un petit bras qui remonte à près de cent lieues dans les terres. De là à l’extrémité de l’Amérique, l'Océan parait faire un grand golfe terminé par les terres voisines de la lerre de Feu, comme l'ile Falkland, les terres du cap de l’Assomption, l’ile Bcaiiebéne, et les terres qui forment le détroit de la Roche, découvert en 1671 ; on trouve au fond de ce golfe le détroit de Magellan, qui est le plus long de tous les détroits, et où le flux et reflux est extrêmement sensible; au delà est celui de Le Maire, qui est plus court et plus commode, cl enfin le cap llorn, (]ui est la pointe du continent de l'Amérique méridionale.
On doit remarquer, au sujet de ces pointes formées par les continents.
qu’elles sont toutes posées de la même façon; elles regardent toutes le rntdf, et la plupart sont coupées par des détroits qui vont de l’orient à l'occident r la première est celle de rAméricjue méridionale, qui regarde le midi ou le pôle austral, et qui est coupée par le détroit de Magellan; la seconde est celle du Groenland, qui regarde aussi directement le midi, et qui est cou pée de même de l’est à l’ouest par les détroits de Forbislier; la troisième est celle de l’Afrique, qui regarde aussi le midi, et qui a, au delà du cap de Bonne-Espérance, des bancs et des hauts-fonds qui paraissent en avoir été séparés; la quatrième est la pointe de la presqu’île de l inde, qui est coupée par un détroit qui forme l’ilc de Ueylan, et qui regarde le midi, comme toutes les autres. Jusqu’ici nous ne voyons pas qu’on puisse donner la raison de cette singidarité, et dire pourquoi les pointes de foutes les grandes presqu’îles sont toutes tournées vers le midi, et presque toutes coupées à leurs extrémités par des détroits.
En remontant de la terre de Feu tout le long des côtes occidentales de 1 Amérique méridionale, 1 Océan rentre assez considérablement dans les terres, et cette côte semble suivre exactement la direction des hautes montagnes qui traversent du midi au nord toute l’Amérique méridionale depuis I équateur jusqu’à la terre de Feu. Près de l’équateur, l'Océan fait un golfe assez considérable, qui commence au cap Saint-François, et s’étend jusqu’à Panama, où est le bnueux istlunc qui, comme celui de Suez, empêche la communication des deux mers, et sans lesquels il y aurait une séparation entière de l’ancien et du nouveau continent en deux parties; de là il n’y a rien de remarquable jusqu’à la (Californie, qui est une presqu’île fort longue, entre les terres de laquelle et celle du Nouveau-Mexique l’Océan fait un bras qu’on appelle la mer Vermeille, qui a plus de deux cents lieues d’étendue en longueur. Enliti, on a suivi les côtes occidentales de la Californie jusqu’au quarante-troisième degré; et à cette latitude, Drake, qui le premier a fait la découverte de la terre qui est au nord de la Californie, et qui l’a appelée n(mveUe-Albion,{i\l obligé, à causedela rigueur du froid, de changer sa route, et de s’arrêter dans une |)etite baie qui porte son nom; de sorte qu’au delà du quarante-troisième ou du quarante-quatrième degré, les mers de ees climats n’ont pas été reconnues, non plus que les terres de l'Amérique septentrionale, dont les derniers peuples qui sont connus sont les Moozemlekis, sous le (piarantc-huitième degré, et les Assiniborls, sous le cinquante et unième, et les premiers sont beaucoup plus reculés vers l’ouest que les seconds. Tout ce qui est au delà, soit terre, soit mer, dans une étendue de plus de mille lieues en longueur et d’autant en largeur, est inconnu, à moins que les Moscovites dans leurs dernières navigations n’aient, comme ils l’ont annoncé, reconnu une partie de ces, climats en partant de Kamtsciialka, qui est la terre la plus voisine du côté de l’orient.
L’Océan environne donc toute la terre sans interruption de continuité, et on peut faire le tour du globe en passant à la pointe de l’Amérique méridionale; mais on ne sait pas encore si l’Océan environne de même la partie
TIlliOUIE DE LA TEliUE. 29.)
sepleiili'ioKalc du glol)e, et tous les ruavigaleurs, qui ont tenté d'aller d’Europe à la Chine par le nord-est ou par le nord-ouest, ont également échoué dans leurs entreprises.
Les lacs diffèrent des mers luéditerranées en ee qu'ils ne tirent aucune eau de l'Océan, et qu’au contraire, s’ils ont communication avec les mers, ils leur l'ournissent des eaux ; ainsi la mer Noire, que quelques géographes ont regardée comme une suite de la mer Méditerranée, et par conséquent comme un appendice de l'Océan, n’est qu’un lac, parce qu'au lieu de tirer dr-s eaux de la Méditerranée, ellelui en l'ournit, et coule avec rapidité par le Bosphore dans le lac appelé nuîr de Marmara, et de là par le détroit des f)ardaueli<!s dans la mer de (irèce. La mer Noin' a environ deux cent cinquante lieues de longueur sur cent de largeur, et elle reçoit un grand nombre <le fleuves dont les plus considérables sont le Danube, le Niéper, le Don, le Bog, leDonjec, etc. Le Don, qui se réunit avec le Donjee, l’orme, avant que d’arriver à la mer Noire, un lac ou un marais l'oi’t considérable, <|u on appelle le Palus-Méotide, dont l’étendue est de plus de cent lieues en longueur, sur vingt ou vingt-cinq de largeur. La mer de Marmara, qui est audessous delà mer Noire, est un lac plus petit que le Palus-Méotide, et il n'a qu'environ cinquante lieues de longueur sur huit ou neur de largeur.
Quelques anciens, et entre autres Diodore de Sicile, ont écrit que le Pont- Euxin, ou la mer Noire, n’était autrefois que comme une grande rivière ou un grand lac qui n’avait aucune communication avec la mer de Grèce; mais que, ce grand lac s'étant augmenté considérablement avec le temps, par les eaux des fleuves qui y arrivent, il s’était enfin ouvert un passage, d'abord du côté des des Cyanées, et ensuite du côté de l’IIellcspont. Gettc opinion me parait assez vraisemblable, et môme il est facile d’expliquer le lait; car, en supposant que le fond de la mer Noire fût autrefois plus bas (pi’il ne l'est aujourd'hui, on voit bien que les fleuves qui y arrivent auront élevé le fond de cette mer par le limon et les sables qu’ils entraînent, et que, par conséquent, il a pu arriver que la surface de celte mer se soit élevée assez pour que l'eau ait pu se faire une issue; et comme les fleuves continuent toujours à amener du sable et des terres, et qu’on même temps la quantité d’eau diminue dans les fleuves à proportion (pie les montagnes dont ils tirent leur source s’abaissent, il peut arriver par une longue suite de siècles que le Bosphore se remplisse ; mais, comme ecs ett'els dépendent de plusieurs causes, il n'est guère possible de donner sur cela quehiue chose de plus que de simples conjectures. C’est sur ce témoignage des anciens que M. de Tournefort dit, dans son 'Voyage du Levant, que la mer Noire recevant les eaux d’une grande partie de l’Europe cl de l’Asie , après avoir augmenté considérablement, s’ouvrit un chemin par le Bosphore, et ensuite forma la Méditerranée, ou raugmcnla si considérablement, que d’un lac qu’elle était autrefois, elle devint une grande mer, qui s’ouvrit ensuite cllc-méme un chemin par le détroit de Gibraltar ; et que c'est probablement dans ce temps que l'ile Atlantide, dont parle Platon, a été submergée. Cette opinion ne peut se
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soutenir, dès qu’on cstassuré que c’est l’Océan qui couledansla Méditerranée, et non pas la Méditerranée dans l'Océan. D’ailleurs, M. de Tournefort n’a pas combiné deux faits essentiels, et qu’il rapporte cependant tous deux : le premier, c’est que la mer Noire reçoit neuf ou dix fleuves, dont il n’y en a pas un qui ne lui fournisse plus d'eau que le Bosphore n’en laisse sortir j le second, c’cst que la mer Méditerranée ne reçoit pas plus d’eau par les fleuves que la mer Noire 5 cependant elle est sept ou huit fois plus grandej et ce que le Bosphore lui fournit ne fait pas la dixième partie de ce qui tombe dans la mer Noire : comment veut-il que cette dixième partie de ce qui tombe dans une petite mer ait formé non-seulement une grande mer, mais encore ait si fort augmenté la quantité des eaux, qu’elles aient renversé les terres à l’endroit du détroit, pour aller ensuite submerger une ile plus grande que l’Europe? 11 est aisé do voir que cet endroit de M. de Tournefort n'est pas assez réfléchi. La mer .Méditerranée, tire au contraire, au moins dix fois plus d’eau de rOcéan, qu’elle n’en tire de la mer Noire, parce que le Bosphore n’a que huit cents pas de largeur dans l'ciHlroit le plus étroit , au lieu ([uc le détroit de Gibraltar en a plus de cinq mille dans l'endroit le |)lus serré, et qu’en supposant les vite.sses égales dans l'un et dans l'autre détroit, celui de Gibraltar a bien plus de profondeur.
M. de Tournefort, qui plaisante sur Polybe au sujet <le l’opinion que le Bosphore se remplira, et qui la traite de fausse prédiction, n’a pas fait assez d'attention aux circonstances, pour prononcer, comme il le fait, sur l’impossibilité de cet événement. Gcttc mer, qui reçoit huit ou dix grands fleuves, dont la plupart entrainent beaucoup de terre, de sable et de limon, ne se remplit-elle pas peu à peu? les vents et le courant naturel des eaux vers le Bosphore, ne doivent-ils pas y transporter une partie de ces terres amenées par ces fleuves? Il est donc au contraire très-probable que par la succession des temps le Bosphore se trouvera rempli, lorsque les fleuves qui arrivent dans la mer Noire auront beaucoup diminué : or, tous les fleuves diminuent de jour en jour, parce que tous les jours les montagnes s’abaissent ; les vapeurs qui s’arrêtent autour des montagnes étant les premières sources des rivièjes, leur grosseur, et leur quantité d’eau dépend de la quantité de ces vapeurs, qui ne peut manquer de diminuer à mesure que les montagnes diitiinuent de hauteur.
Cette mer reçoit à la vérité plus d’eau par les fleuves que la Méditerranée, et voici ce qu’en dit le même auteur : « Tout le monde sait que les plus « grandes eaux de l'Europe tombent dans la mer Noire par le moyeu du « Danube, dans lequel se dégorgent les rivières de Souabc, de Franconie,
« de Bavière, d’Autriche, de Hongrie, de Moravie, deCarinthie, de Croatie,
« de Bothnie, de Servie, de Ti ansylvanic, de Valachie; celles de la Russie « noire et de la Podolie se rendent dans la même mer par le moyen du Nies- « ter; celles des parties méridionales et orientales de la Pologne, de la Mos- « covie septentrionale et du pays des cosaques, y entrent par le Niéper ou « Borysthéne ; le Tanais et le Copa arrivent aussi dans la mer Noire par le
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« Bosphore Cimmérienjles rivières delà Mingrélie, dont le Phase est la pnn- « cipale, se vident aussi dans la mer Noire, de même que le Casalmac, le « Sangaris et les autres lleuves de l’Asie mineure qui ont leur cours vers le « nord; neanmoins le Bosphore de Thracc n’est comparable à aucune de « ces grandes rivières. » (Voy. Voymje du LevatU de Tournefort, vol. II, page 125.)
Tout cela prouve que l’évaporation sufïil pour enlever une quantité d’eau très-considérable, et c’est à cause de cette grande évaporation qui se fait sur la Méditerranée, que l’eau de l’Océan coule continuellement pour y arriver par le détroit de Gibraltar. Il est assez difficile de juger de la quantité d’eau que reçoit une mer ; il faudrait connaitre la largeur, la profondeur et la vitesse de tous les lleuves qui y arrivent, savoir de combien ils augmentent et diminuent dans les différentes saisons de l’année : et quand même tous ces faits seraient acquis, le plus important et le plus difficile reste encore, c’est de savoir combien cette mer perd par l'évaporation; car en la siqiposant même proportionnelle aux surfaces, on voit bien que dans un climat chaud elle doit être plus considérable que dans un pays froid. D’ailleurs, l’eau mêlée de sel et de bitume s'évapore plus lentement que l’eau douce; une mer agitée, plus promptement qti’une mer tranquille : la différence de profondeur y fait aussi quel(|ue chose ; en sorte qu’il entre tant d'éléments dans cette théorie de l’évaporation, qu’il n’est guère possible de faire sur cela des estimations qui soient exactes.
L'eau de la mer INoire parait être moins claire, et elle est beaucoup moins salée que celle de l’Océan. On ne trouve aucune île dans toute l'étendue de cette mer : les tempêtes y sont très-violentes et plus dangereuses que sur l'Océan, parce que toutes les eaux étant contenues dans un bassin qui n’a, pour ainsi dire, aucune issue, elles ont une espèce de mouvement de tourbillon, lorsqu’elles sont agitées, qui bat les vaisseaux de tous les côtés avec une violence insupportable. (Voy. les Voyages de Chardin, pag. 142.)
Après la mer Noire, le plus grand lac de l'univers est la mer Caspienne, qui s’étend du midi au nord sur une longueur d’environ trois cents lieues, et qui n’a guère quccinquante lieues de largeur en prenant une mesure moyenne. Ce lac reçoit l’un des plus grands fleuves du monde, qui est le Volga, et quelques autres rivières considérables, comme celles de Kur, de Paie, de Gempo; mais ce qu’il y a de singulier, c’est qu’il n’en reçoit aucune dans toute cette longueur de trois cents lieues du côté de l'orient. Le pays qui l’avoisine de ce côté est un désert de sable que personne n’avait reconnu jusqu’à ces derniers temps; le czar Pierre P' y ayant envoyé des ingénieurs pour lever la carte de la mer Caspienne, il s’est trouvé que cette mer avait une ligure tout à fait différente de celle qu'on lui donnait dans les caries géographiques; on la représentait ronde, elle est fort longue et assez étroite ; on ne connaissait donc jioinl du tout les côtes orientales de cette mer, non plus que le pays voisin; on ignorait jusrpi’à l’existence du lac Aral, qui en est éloigné vers l’orient 4'cnviron cent lieues; ou, si on connaissait quelques-unes des côtes de ce
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lac Aral, on croyait que c’était une partie de la mer Caspienne : en sorte qu’avant les découvertes du czar, il y avait dans ce climat un terrain de plus de trois cents lieues de longueur sur cent et cent cinquante de largeur, (jui n’était pas encore connu. Le lac .Aral est à peu près de figure oblongue, et peut avoir quatre-vingt-dix ou cent lieues dans sa plus grande longueur, sur cinquante ou soixante de largeur; il reçoit deux fleuves très-considérables, qui sont le Sirderoias et l’Oxus, et les eaux de ce lac n’ont aucune issue non plus que celles de la mer Caspienne : et de même ijue la mer Caspienne ne reçoit aucun fleuve du côté de l’orient, le lac Aral n’en reçoit aucun du côté de l’occident; ce qui doit faire présumer (pi’autrefois ces deux lacs n’en formaient (pi’un seul, et que les fleuves ayant diminué ()eu à peu et ayant amené une très-grande quantité de sable et de limon, tout le pays qui les sépare aura été formé de ces sables, 11 y a quelques petites des dans la mer Caspienne, et ses eaux sont beaucoup moins salées que celles de l'Océan. Les tempêtes y sont aussi fort dangereuses, et les grands bâtiments n’y sont pas d usage pour la navigation, parce qu’elle est peu profonde et semée de bancs et d'écueils au-dessous de la surface de l’eau. Voici ce qu’en dit Pietro délia Valle, tome IIl, page 235. « Les plus grands vaisseaux ipie l’on voit sur « la mer Caspienne, le long des côtes de la province de Mazande en Perse, « où est bâtie la ville de Ferhabad, quoiqu’ils les appellent navires, me pa- « laissent plus petits ipie nos tartanes; ils sont fort liants de bord, enfoncent « peu dans l’eau , et ont le fond plat : ils donnent aussi cette forme à leurs « vaisseaux, non-seulement à cause que la mer Caspienne n’est pas profonde « à la rade et sur les côtes, mais encore parce quelle est remplie de bancs « de sable, et que les eaux .sont basses en plusieurs endroits; tellement que, « si les vaisseaux n étaient fabriqués de cette façon, on ne pourrait pas s’en i< servir sur cette mer. Certainement, je m'étonnais, et avec quelque fonde- « ment, ce me semble, pourquoi ils ne péchaient à Ferbabad que des sau- « nions qui se trouvent à rernbouebure du fleuve, et de certains esturgeons « très-mal conditionnés, de meme que de [dusieurs autres sortes de poissons « qui se rendent â l'eau douce, et qui ne valent rien; et comme j'en attri- « buais la cau.se à rinsuflisance qu’ils ont en l’art de naviguer et de pèebcr, « ou à la crainte qu'ils avaient de se perdre, s’ils pècbaient en haute mer, « parce que je sais d’ailleurs que les Persans ne sont pas d habiles gens sur « cet élément, ctqii'ds n'entendent presque pas la navigation, le kan d'Esté- « rabad, qui fait sa résidence sur le port de mer, et à qui, par conséquent, « les raisons n'en sont pas inconnues, par l’expérience qu’il en a, m’en dé- « bita une, savoir, que les eaux sont si basses à vingt et trente milles dans la « mer, qu’il est impossible d'y jeter des filets qui aillent au fond, et d’y faire i< aucune pèche qui soit de la conséquence de celle de nos tartanes; de sorte « que c’est par cette raison ([u’ils donnent à leurs vaisseaux la forme que « je vous ai marquée ei-dessus, et qu’ils ne les montent d'aucune pièce de '< canon, parce qu'il .sc trouve fort peu de corsaires cl de jiiratcs qui courent « cette mer. »
Slruys, le P. Avril et d’autres voyageurs ont prétendu qu’il y avait dans le voisinage de Kilan deux gouffres , où les eaux de la mer Caspienne étaient englouties, pour se rendre ensuite par des canaux souterrains dans le golfe Persique. De Fer et d’autres géographes ont même marqué ces gouffres sur leurs cartes : cependant ces gouffres n’existent pas, les gens envoyés par le czar s’en sont assurés. ( Voyez les Mémoires de l’Acnd. des scienc., année 1721. ) Le fait des feuilles de saule qu’on voit en quantité sur le golfe Persique, et qu’on prétendait venir de la mer Caspienne, parce qu’il n y a pas de saules sur le golfe Persique, étant avancé par les mêmes auteurs, est apparenment aussi peu vrai que celui des prétendus gouffres; et Gemelli Carreri, aussi bien que les Moscovites, assure que ces gouffres sont absolument imaginaires. En effet, si l’on compare l’étendue de la mer Caspienne avec celle de la mer Noire, on trouvera que la première est de près d’un tiers plus petite que la seconde; que la mer Noire reçoit beaucoiq» plus d’eau que la mer Caspienne; que, par conséquent, l’évaporation suffit dans runc et dans l’autre pour enlever toute l’eau qui arrive dans ces deux lacs, et qu’il n’est pas nécessaire d’imaginer des gouffres dons la mer Caspienne plutôt que dans la mer Noire.
Il y a des lacs qui sont comme des mares, qui ne reçoivent aucune rivière, et desquels il n’en sort aucune; il y en a d’autres qui reçoivent des fleuves, et desquels il sort d’autres ffeuves; et enfin d’autres qui seulement reçoivent des fleuves. La rner Caspienne et le lac Aral sont de cette dertdère espèce; ils reçoiventles eaux de plusieurs fleuves et les contiennent : la mer Morte reçoit de même le Jourdain, et il n’en sort aucun fleuve. Dans l’Asie mineure, il y a un petit lac de la même espèce, qui reçoit les eaux d’une rivière dont la source est auprès de Cogni, et qui n’a, comme les précédents, d’autre voie que l'évaporation pour rendre les eaux qu’il reçoit. Il y en a un beaucoup plus grand en Perse , sur lequel est située la ville de Marago ; il est de figure ovale et il a environ dix ou douze lieues de longueur sur six ou sept de largeur : il reçoit la rivière de Tauris, qui n’est pas considérable. 11 y a aussi un jiareil petit lac en Grèce à douze ou quinze lieues de Lépante. Ce sont là les seuls lacs de cette espèce qu’on connaisse en Asie ; en Europe, il n’y en a pas nn qui soit un pou considérable. En Afrique, il y en a plusieurs, mais (pu sont tous assez petits, comme le lac qui reçoit le fleuve Gbir, celui dans lequel tombe le fleuve de Zoz, celui qui reçoit la rivière de Touguedout, et celui au(piei aboutit le fleuve Talilet. Ces quatre lacs sont assez près les uns des autres, et ils sont situés vers les frontières de Barbarie près des déserls de Sahara. Il y en a un autre situé dans la contrée de Kovar, qui reçoit la rivière du pays de Berdna. Dans rAméri(ptc se[tienlrionale, où il y a plus de lacs (pi’en aucun pays du monde, on n’en connait })as un de cette espèce, à moins qu’on ne veuille r(îgarder comme tels deux petits amas d’eau formés par des ririsscaux, l’un auprès de Guatimapo , et l’aiiti e à quelques lieues de Réal- Nuevo, tous deux dans le Mexicpie. Mais dans l'Amérique méridionale, au Pérou, il y a deux buts eonséeiuifs , dont l'un, qui ('st le lac Tilicaca, est
fort grand, qui reçoivent une rivière dont la source n'est pas éloignée de Cusco, et desquels il ne sort aucune autre rivière : il y en a un plus petit dans le Tiicuinan, qui reçoit la rivière Salta; et un autre un peu plus grand dans le même pays, qui reçoit la rivière de San lago, et encore trois ou quatre autres entre le Tucuman et le Chili.
Les lacs, dont il ne sort aucun fleuve et qui n’en reçoivent aucun, sont en plus grand nombre que ceux dont je viens de parler : ees lacs ne sont que des espèces de mares où se rassemblent les eaux pluviales, ou bien ee sont des eaux souterraines qui sortent en forme de fontaines dans les lieux bas, où elles ne peuvent ensuite trouver d’écoulement. Les fleuves qui débordent, peuvent aussi laisser dans les terres des eaux stagnantes, qui se conservent ensuite pendant longtemps, et qui ne se renouvellent que dans le temps des inondations. La mci', par de violentes agitations, a pu inonder quelquefois de certaines terres et y former des lacs salés, comme celui de Harlem et plusieurs autres de la Hollande, auxquels il ne paraît pas qu’on puisse attribuer une autre origine ; ou bien la mer, en abandonnant par son mouvement naturel de certaines terres, y aura laissé des eaux dans les lieux les plus bas, qui y ont formé des lacs que l'eau des pluies entretient. Il y a, en Europe, plusieurs petits lacs de cette espèce, comme en Irlande, en Jutland, en Italie, dans le pays des Grisons, en Pologne, en Moscovie, en Finlande, en Grèce; mais tous ces lacs sont très-peu considérables. En Asie, il y en a un près de l’Euphrate, dans le désert d irac, qui a plus de quinze lieues de longueur; un autre aussi en Perse, qui est à peu près de la même étendue que le premier, et sur lequel .sont situées les villes de Kêlat, de Tétuan, de Vastan et de Van; un autre petit dans le Cborassan auprès de Ferrior; un autre petit dans la Tartaric indépendante, qu’on appelle le lac Lévi ; deux autres dans la Tartarie moscovite; un autre à la Coehinebine, et enfin un à la Chine, qui est assez grand, et qui n'est pas fort éloigné de Nankin ; ce lac cependant communique à la mer voisine par un canal de quelques lieues. En Afrique, il y a un petit lac de cette espèce dans le royaume de Maroc; un autre près d'Alexandrie, qui paraît avoir été laissé par la mer; un autre assez considérable, formé par les eaux pluviales dans le désert d’Azarad, environ sous le trentième degré de latitude; ce lac a huit ou dix lieues de longueur; un aulre encore plus grand, sur lequel est située la ville deGaoga sous le vingt-septième degré; un autre, mais beaucoup plus petit, près de la ville de kannm, sous le trentième degré; un près de l’emboucbure de la rivière de Gambia; plusieurs antres dans le Congo à deux ou trois degrés de latitude sud ; deux autres dans le pays des Cafres, l’un appelé le lac Rufumbo, qui est médiocre, et rantre dans la province d’Arbuta , qui est peut-être le plus grand lac de cette espèce, ayant vingt-cinq lieues environ de longueur sur sept ou huit de largeur. Il y a aussi un de ces lacs .à Madagascar, près de la côte orientale, environ sous le vingt-neuvième degré de latitude sud.
En Amérique, dans le milieu de la péninsule de la Floride, il y a un de ces lacs, an milieu duquel est une île appelée Serrope. Le lac de la ville de
Mexico est aussi de cette espèce ; et ce lac, qui est à peu pi ès rond, a environ dix lieues de diamètre. 11 y en a un autre encore plus grand dans la Nouvelle-Espagne, à vingt-cinq lieues de distance ou environ de la côte de la baie de Campèche, et un autre plus petit dans la même contrée, près des côtes de la mer du sud. Quelques voyageurs ont prétendu qu'il y avait dans l'intérieur des terres de la Guiane un très-grand lac de cette espèce; ils l’ont appeléle lac d’Or ou le lac Parinie; et ils ont raconté des merveilles de la richesse des pays voisins, et de l'abondance des paillettes d’or qu’on trouvait dans l'eau de ce lac : ils donnent à ce lac une étendue de plus de quatre eents lieues de longueur, et de plus de cent vingt-cinq de largeur; il n’en sort, disent-ils, aucun fleuve, et il n’y en entre aucun. Quoique plusieurs géographes aient marqué ce grand lac sur leurs cartes, il n’est pas certain qu'il existe, et il l’est encore bien moins qu’il existe tel qu'ils nous le représentent.
Mais les lacs les plus ordinaires et les plus communément grands, sont ceux qui, après avoir reçu un autre fleuve, ou plusieurs petites rivières, donnent naissance à d’autres grands fleuves. Comme le nombre de ces lacs est fort grand, je ne parlerai que des plus considérables, ou de ceux qui auront quelque singularité. En commençant par l'Europe, nous avons en Suisse le lac de Genève, celui de Constance, etc.; en Hongrie, celui de Balaton ; en Livonie, un lac qui est assez grand et qui sépare les terres de cette province de celles de la Moscovie; en Finlande, le lac Lapwert, qui est fort long et qui se divise en plusieurs bras; le lac Oula qui est de figure ronde; en Moscovie, le lac Ladoga qui a plus de vingt-cinq lieues de longueur sur plus de douze de largeur; le lac Onega, qui est aussi long, mais moins large ; le lac llmen ; celui de Béloséro, d’où sort l'une des sources du Volga; l’hvan-Oséro duquel sort l’une des sources du Don; deux autres lacs dont le Vitzogda tire son origine; en Laponie, le lac dont sort le fleuve de Kimi; un autre beaucoup plus grand, qui n’est pas éloigné de la côte de Wardbus ; plusieurs autres desquels sortent les fleuves de Lula, de Pitha, d’üma, qui tous ne sont pas fort considérables; en Norwége, deux autres à peu près de même grandeur que ceux de Laponie; en Suède, le lac Véner, qui est grand, aussi bien que le lac Mêler, sur lequel est situé Stockholm ; deux autres lacs moins considérables, dont l’un est près d’Elvcdal et l’autre de Lincopin.
Dans la Sibérie et dans la Tartarie moscovite et indépendante, il y a un grand nombre de ces lacs, dont les principaux sont le grand lac Baraba qui a plus de cent lieues de longueur, et dont les eaux tombent dans l'Irtis; le grand lac Estraguel à la source du meme fleuve Irtis ; plusieurs autres moins grands à la source du Jénisca ; le grand lac Kita à la source l’Oby ; une autre grand lac à la source de l’Angara ; le lac Baical qui a plus de soixantedix lieues de longueur, et qui est formé par le même fleuve A tigara ; le lac Péhu, d’où sort le fleuve Urack, etc. ; à la Chine et dans la Tartarie chinoise, le lacDalai, d’où sort la grosse rivière d’Argus qui lombedans le fleuve Amour;
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le lac des Ti ois-Monlagnes, d’où son la rivière Héliini, qui tombe dans le même fleuve Amour; les lacs de Cinlial, de Cokmor et de Sorama, desquels sortent les sources du fleuve Hoanlio; deux autres grands lacs voisins du fleuve de Nankin, etc. ; dans le Tonquin le lac de Guadag, qui est considérable ; dans l’Inde le lac Chiarnat, d’où sort le fleuve Laquia, et qui est voisin des sources du fleuve Ava, du Longenu, etc.; ce lac a plus de quarante lieues de largeur sur cinquante de longueur; un autre lac à l’origine du Gange; un autre près de Cachemire, à l’une des sources du fleuve Indus, etc.
En Afrique, on a le lac Cayar et deux ou trois autres qui sont voisins de l’embouchure du Sénégal ; le lac de Guarde et celui de Sigisnies, qui tous deux ne font qu’un même lac de forme presque triangulaire, qui a plus de cent lieues de longueur sur soixante-quinze de largeur, et qui contient une ile considérable : c’est dans ce lac que le Niger perd son nom; et au sortir de ce lac qu’il traverse, on l’appelle Sénégal. Dans le cours du même fleuve, en remontant vers la source, on trouve un autre lac considérable qu’on appelle le lac Bournou, où le Niger quitte encore son nom, car la rivière qui y arrive s’appelle Gambaru ou Gombarow. En Éthiopie, aux sources du Nil, est le grand lac Gambia, qui a plus de cinquante lieues de longueur. Il y a aussi plusieurs lacs sur la côte de Guinée, qui paraissent avoir été formés par la mer; et il n’y a que peu d’autres lacs d’une grandeur un peu considérable dans le reste de l’Afrique.
L’Amérique septentrionale est le pays des lacs : les plus grands sont le lac Supérieur, qui a plus de cent vingt-cinq lieues de longueur sur cinquante de largeur; le lac Iluron, qui a près de cent lieues de longueur sur environ quarante de largeur; le lac des Illinois, qui, en y comprenant la baie des Puants, est tout aussi étendu que le lac Huron; le lac Érié et le lac Ontario, qui ont tous deux plus de quatre-vingts lieues de longueur sur vingt ou vingt-cinq de largeur; le lac Alistasin, au nord de Québec, qui a environ cinquante lieues de longueur ; le lac de (diarnplain au midi de Québec, qui est à peu près de la même étendue que le lac IMistasin ; le lac Alemipigon et le lac des Christinaux, tous deux au nord du lac Supérieur, sont aussi fort considérables; le lac des Assiniboils, qui contient plusieurs des, et dont l’étendue en longueur est de plus de soixante-quinze lieues. Il y en a aussi deux de médiocre grandeur dans le Mexique, indépendamment de celui de Mexico; un autre beaucoup plus grand appelé le lac Nicaragua dans la province du même nom ; ce lac a plus de soixante ou soixante-dix lieues d’étendue en longueur.
Enfin, dans l’Amérique méridionale, il y en a un petit à la source du Maragnon ; un autre plus grand à la source de la rivière du Paraguai ; le lac Titicares, dont les eaux tombentdans le fleuve de la Plata; deux autres plus petits dont les eaux coulent aussi vers ce meme fleuve, et quelques autres qui ne sont pas considérables dans l’intérieur des terres du Chili.
Tous les lacs dont les fleuves tirent leur origine, tous ceux qui se trouvent dans le cours des fleuves ou qui en sont voisins et qui y versent leurs eaux.
TilÉOUIlî Dli LA TEHRIî. 505
ne sont point salés ; presque tous ceux au conirairo (|ui reçoivent des fleuves sans qu'il en sorte d’autres fleuves, sont salés; ce qui semble favoriser l’opinion que nous avons exposée au sujet de la salure de la mer, qui pourrait l)ien avoir pour cause les sels que les fleuves détachent des terres, et qu’ils transportent continuellement à la mer ; car l’évaporation ne peut pas enlever les sels fixes, et par conséquent ceux que les fleuves portent dans la mer, y restent; et quoique l’eau des fleuves paraisse douce, on sait que cette eau douce ne laisse pas de contenir une petite quantité de sel, et, par la succession des temps, la mer a dû acquérir un degré de salure considérable, qui doit toujours aller en augmentant. C’est ainsi, à ce que j’imagine, que la mer Noire, la mer Caspienne, le lac Aral, la mer Morte, etc., sont devenus salés; les fleuves qui se jettent dans ces lacs, y ont amené successivement tous les sels qu ils ont détachés des terres, et l’évaporation n’a pu les enlever. A l’égard des lacs qui sont comme des mares, qui ne reçoivent aucun fleuve, et desquels il n’en sort aucun, ils sont ou doux ou salés, suivant leur difl’érente origine; ceux qui sont voisins de la mer, sont ordinairement salés, et ceux qui en sont éloignés, sont doux, et cela, parce que les uns ont été formés par des inondations delà mer, et que les autres ne sont que des fontaines d’eau douce, qui, n’ayant pas d’écoulement, forment une grande étendue d’eau. On voit aux Indes plusieurs étangs et réservoirs faits par l’industrie des habitants, qui ont jusqu’à deux ou trois lieues de superficie, dont les bords sont revêtus d’une muraille de pierre ; ces réservoirs se remplissent pendant la saison des pluies, cl servent aux habitants pendant l'été, lorsque l’eau leur mancpie absolument, à cause du grand éloignement où ils sont des fleuves et des fontaines.
Les lacs qui ont quelque chose de particulier, sont la mer Morte, dont les eaux contiennent beaucoup plus de bitume (|ue de sel; ce bitume, qu’on appelle hitttme de Judée, n'est autre chose que de l’asphalte, et aussi quelques auteurs ont appelé la mer Morte, lac Asphaltilc. Les terres aux environs du lac contiennent une grande quantité de ce bitume. Bien des gens se sont persuadé, au sujet de ce lac, des choses semblables à celles que les poètes ont écrites du lac d Averne, que le poisson ne pouvait y vivre; que les oiseaux qui passaient ])ar-dessus étaient suffoqués : mais ni l’un ni l’autre de ces lacs ne produit ces funestes efl'ets; ils nourrissent tous deux du poisson; les oiseaux volent par-dessus, et les hommes s’y baignent sans aucun danger.
11 y a, dit-on, en Bohème, dans la campagne de Boleslaw, un lac où il y a des trous d’une, profondeur si grande qu’on n’a pu la sonder, et il s’élève de ces trous des vents impétueux qui parcourent toute la Bohème, et qui, pendant I hiver, élèvent souvent en l’air des morceaux de glace do plus de cent livres de pesanteur. Voyez Aet. bips., année 1()8!2, page24G. On parle d un lac en Islande qui pétrifie; le lac Néagh en Irlande a atissi la même propriété; mais ces pétrifications produites par l’eau de ces lacs ne sont sans doute autre chose que des incrustations comme celles que fait l’eau d’Arcueil.
ADDITIONS ET CORllEGTIONS
A l’article qui a POL'R titre :