SECTION DES SANS-CULOTTE
Copie de l Exlrail des délibéi allons de L'assemblée Générale de la Séance du cinq de la première décade du troisième mois de la seconde année de la République française, une et indivisible.
Appert que d’après le Uiipporl faite de la soeicté fraternelle de la section des sanseulotte sur le bon Civisme et faits d’biinianité qn’a loujour témoignés Le Berger Daubent on ■ assemblée Générale arrête nnanimeinent qu’il lui sera accordé un certificat de Civismej a president suivie de plusieurs membre de la dite assemblée lui donne làcoladeavce
itrs 1, s aeelaniafion dues a un vraie inod -le d’humanité ce qui a été lénioigné par plustcurs reprise,
A’ç/né 11. G. Dardki., président,
Pour extrait conforme.
Sirjné T)05!i)NT, Serrriaire,
58 ÉLOGE lllSTOUIOrE
lait à tontes les questions, (]ne c'était pour lui une vraie jouissance. Il oubliait ses années et sa faiblesse, lors(|iril s'agissait d’être utile au.v jeunes gens et de remplir scs devoirs.
L’n de scs collègues lui ayant olîert, lorsqu'il fut iioinrné sénateur, de le soulager dans son enseignement : Mon ami, lui répondit-il, je ne puis e'tre mieux remplacé que par vous; lorsque T âge me forrera à renoncer à mes fonctions, soijez certain que je vous en charqerai. Il avait quatre-vingt-trois ans.
Rien ne prouve mieux son zèle pour les étudiants, que les peines qu'il prenait pour se tenir au courant de la science, et pour ne point imiter ces professeurs (pii, une fois en place, n'enseignent cbaipic année ([ue les mêmes choses. A quatre-vingts ans, on l’a vu se faire expliquer les découvertes d'un de ses anciens élèves, M. Ilaiiy; s'efforcer de les saisir, pour les rendre luimême aux jeunes gens qu’il instruisait. Cet exemple est si rare parmi les savants, qu’on doit peut-être le considérer comme un des plus beaux traits de l’éloge de Daubenton.
Lors de l’existence (iphémère de l’Ecole normale, il y lit quelques leçons : le plus vif enthousiasme l’accueillait chaque fois ([u'il paraissait, chaque fois qu’on retrouvait dans ses expressions les sentiments dont ce nombreux auditoire était animé, et qu’il était fier de voir partager par ce vénérable vieillard.
C’est ici le lieu de parler de quelques-uns de scs ouvrages, qui sont moins destinés à exposer des découvertes, qu'à enseigner sj’stémati(]uement quelque corps de doctrine : tels que scs articles pour les deux Encyclopédies, surtout l'Encyclopédie méthodique, où il a fait les dictionnaires des quadrupèdes, des reptiles et des poissons; son tableau minéralogique, ses leçons à l’Ecole normale. Il a laissé le manuscrit complet de celles de l'Ecole vétérinaire, du Collège de France et du Muséum : on doit espérer que le publie n’en sera pas privé.
Ces écrits didactiques sont remarquables par une grande clarté, par des principes sains, et par une attention scrupuleuse à écarter tout ce qui est douteux : on a seulement été étonné de voir que le même homme, qui s’était expliqué avec tant de force contre toute espèce de méthode en histoire naturelle, ait fini par en adopter qui ne sont ni meilleures ni peut-être aussi bonnes que celles qu’il avait blâmées, comme s'il eût été destiné à prouver par son exemple combien ses premières préventions étaient contraires à la nature des choses et de l’homme.
Enfin, outre tous ces ouvrages, outre toutes ces lettons, Daubenton avait encore été chargé de contribuer à la rt-daetion du Journal des Savants ; et dans scs dernières années, sur la demande du comité d’instruction publitjue, il avait entrepris de composer des éléments d'histoire naturelle à l’usage des écoles primaires : ces éléments n’ont point été achevés.
On se demande comment, avec un tempérament faible et tant d’occupations pénibles, il a pu arriver, sans infirmités douloureuses, à une vieillesse si avancée ; il l’a dû à une étude ingénieuse de lui-mèmc, à une attention cal-
DK DAI HEINTON. 'O
culée irévilcr également les excès ilii corps, de rànic et de l'esprit. Sou régime, sans être austère, était très-uniforme ; ayant toujours vécu dans une Itonnète aisance, n'estimant la fortune et la grandeur que ce qirclles valent, il les désira peu. Il eut surtout le bon esprit d'éviter l'écueil de presque tous les gens de lettres : cette passion désordonnée d'une réputation précoce; ses feelicrches furent j)our lui un amuseiuenl plutôt qu'un travail. Une [lartie de •'^011 temps était employée à lire avec sa femme des romans, des contes et d autres ouvrages légers; les plus fi-ivoles productions de nos jours ont été lues par lui : il appelait cela me.llre hou esprit à lu, diète.
Sans doute que cette égalité de régime, cette constance de santé contribuaient beaucoup à cette aménité qui rendait sa société si aimable; mais un autre trait de son caractère qui n'y contribuait pas moins, et qui frappait tous ceux qui approcbaicnl de lui, c'est la bonne opinion qu'il paraissait avoir des hommes.
Elle semblait naturellement venir de ce qu'il les avait peu vus; de ce que, uniquement occupé de la contemplation de la nature, il n’avait jamais pris de part aux mouvements de la partie active de la société. Mais elle allait quelquefois à un point étonnant. Cet homme, d'un tact si délicat pour distinguer l'erreur, n'avait jamais l'air de soupçonner le mensonge; il éprouvait toujours une nouvelle surprise lorsqu’on lui dévoilait l'intrigue ou l'intérêt cachés sous de beaux dehors. Que cette ignorance fut naturelle en lui, ou qu'il eût renoncé volontairement à connaitre les hommes, pour s'épargner les peines qui alfectent ceux qui les connaissent trop, cette disposition n en répandait pas moins sur sa conversation un ton de bonhomie d'autanl plus aimable, (pi’il contrastait davantage avec l'esprit et la tinesse qu’il portait dans: tout ce (pii n’était que raisonnement. Aussi sudisaii-il de rapprocher pour l'aimer; et jamais homme n’a reçu des témoignages plus nombreux de l’alTection ou du respect des autres, à toutes les é|»oques de sa vie et sous tous les gouvernements qui se sont succédé.
On lui a reproché d’avoir soull'en des hommages indignes de lui et odieux par les noms seuls de ceux qui lui les rendaient; mais c’était une suite du système qu’il s'était fait de juger même les hommes d’Etat par leurs propres discours, et de ne leur supposer jamais d’autres motifs que ceux qu'ils exprimaient; méthode dangereuse, sans doute, mais que nous avons peutêtre aussi un peu trop abandonnée aujourd’hui.
Une autre disposition de son esprit, qui a encore contribué à ces odieuses unputations de pusillanimité ou d’égo'isme qu’on lui a faites même dans des ouvrages imprinu-s, et qui ne le justifie cependant pas davantage, c'était son ebéissance entière à la loi, non pas comme juste, mais simplement comme (.ette soumission pour les lois humaines était absolument du môme genre *|t<c celle (|u il avait pour les lois de la nature; et il ne se permettait jias plus de murmurer contre celles qui le privaient de sa fortune, ou de l'usoge raisonnable de sa liberté, que contre celles qui lui faisaient déformer les membres par la goulle. Oiudqn’un a dit de lui qu’il observait h's nodiis de ses
m liLOiiE IIISTOIIIQIE J)i: l)UJB!v\TON.
doigts avec le ntètnc sang-froid qu'il aurait pu faire ceux d’un arbre, et cela était vrai à la lettre. Cela était vrai également du sang-froid avec lequel il aurait al)andonné ses places, safortunc, et se serait exilé au loin, si les tyrans rcussent exigé.
D'ailleurs, quand le niainlien de sa tran(|uillité aurait été le niotif de ipielqucs unes de ses actions, l'usage qu’il a fait de cette tranquillité ne l’absoudrait-il jias'.'’ Et rhoniine qui a su arracber tant de secrets à la nature, qui a posé les bases d’une scienccî presque nou\clle, qui a donné à son pays une branche entière d’industrie, qui a créé l'un des plus importants monuments des sciences, qui a formé tant d'élèves instruits, parmi lesquels plusieurs sont déjà dans les premiers rangs des savants, un tel homme aurait-il besoin aujour<rbui que je le justifiasse de s’ètrc ménagé les moyens de faire tout ce bien à sa patrie et à riiumanité';’
Les acclamations uni\erselles de s(!s concitoyens répondent pour moi à ses accusateurs ; les dernières et les plus solennelles marques de leur estime ont terminé de la manière la plus glorieuse la carrière la plus utile; peutêtre avons-nous à regretter qu’elles en aient abrégé le cours.
Komme membre du Sénat conservateur, Daubenton voulut remplir ses nouveaux devoirs comme il avait rempli ceux de toute sa vie : il fut obligé de faire quelque changement à son régime. La saison était très-rigoureuse. La première fois qu’il assista aux séances du corps qui venait de l'élire, il fut frappé d’apoplexie, et tomba sans connaissance entre les bras de ses collègues clfrayés. Les secours les (dus prompts ne purent lui rendre le sentiment que pour quelques instants, |)endant lesquels il se montra tel qu'il avait toujours été : observateur tramjuille de la nature, il tâtait avec les <loigt.s, ((iii étaient restés sensibles, les diverses parties de son corps, et il indiquait aux assistants les progrès de, la |)aralysic. H mourut le 51 décembre 1799, âgé de quatre-vingt-quatre ans, sans avoir soulî'ert, de manière que l'on peut dire qu’il a atteint au bonlicur, sinon le plus éclatant, du moins le plus parfait et le moins mélangé qu'il ait été permis à riioininc d’espérer.
Ses funérailles ont été telles (jue les méritait un de nos premiers magistrats, un de nos plus illustres savants, un de nos concitoyens les plus respectables à tous égards. Les citoyens de tous les âges, de tous les rangs, so sont fait un devoir de rendre à sa cendre le témoignage de leur vénération : ses restes ont été déposés dans ce jardin que ses soins embellirent, que scs vertus honorèrent pendant soixante années, et <lont son tombeau, selon l’expression d’un de ses collègues à rinstilut cl au Sénat, va faire un élyséc, en ajoutant aux beautés de la nature les charmes du sentiment. Deux de scs collègues ont été les interprètes éloquents des regrets de tous ceux qui l'avaient connu. Pardonnez, si ces douloureux sentiments m'afi'ectcnt encore aujourd'hui , qucjenedcvraisplusctrequerinter])rètede lareconnaissanccpubli((ue, et s'ils m'écartent du ton ordinaire d'unéioge académique; pardonnez-le, dis-je, à celui qu’il honora de sa bienveillance, et dont il fut le maître et le bienfaiteur.