‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 4 sur 93 · ÉLOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉLOGE HISTORIQUE

I.U A I.A SÉANCE PUBLIQUE UE l.'lNSTITUT, DU 3 AV HIL 1800, PAR JI. I.E Ii“" CUVtRIÎ,

SeeiTlaire pi'rpi'liiel do l’Acn loniio royale di's seieiioos.

Loiiis-Jean-IMarie Daubenton, metnbre du Sénat et de l'Institut, professeur au iMuscum d'histoire naturelle cl au Collège de France, des Académies et Sociétés royales des sciences de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Florence, de Lausanne, de Pliiladclphic, etc., auparavant pensionnaire anatomiste de rAcadéinie des sciences , et garde et démonstrateur du Cabinet d'histoire naturelle, naquit à Monthard, département de la Côte-d'Or, le 29 mai 17 lO, de Jean Dauhenton, notaire en ce lieu, et de .Marie Pichenot.

Il se distingua dès son enfance par la douceur de scs mœurs et par son ardeur pour le travail, et il obtint , aux Jésuites de Dijon, où il fit scs premières éludes, toutes ces petites distinctions qui sonl si flatteuses pour la jeunesse, sans être toujours les avant-coureurs de s ’.ccês plus durahlcs. Il se les ra|)pelait encore avec plaisir à la fin de sa vie, et il en conserva toujours les témoignages éerits.

Ajirês qu'il eut terminé, sous les Dominicains de la même ville, ce que l’on appelait alors un cours de philosophie, ses parents, vpii le destinaient ù 1 état ecclésiastique et lui en avaient fait prendre riiabil dès l'âge de douze ans, l envoyérent à Paris pour y faire sa tlu'ologie; mais, inspiré p('ut-étre

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]iar un piTssoulimciil de ptM|ii'il devait être un jour, le jeune Daiibenton se livra en secret à l’élude <le la médecine, il suivit aux écoles de la Faculté les leçons de Uaron, de Martinetiq et de Col de Villars, et, dans ce même Jardin des Plantes qu'il devait tant illustrer par la suite, celles fie Winslow, d'ilunauld, et d'Antoine de Jussieu. La monde son père, qui arriva en 1730, lui ayant laissé la liberté de suivre ouvertement sou penchant, il prit scs degrés à Reims en 17i0 et 17Jd , et retourna dans sa patrie, où il a’urait probablement borné son ambition à l'exercice de son art, si d'heureuses circonstances ne l'eussent appelé sur un théâtre plus relevé.

lai petite ville qui l'avait vu naître avait aussi produit un homme qu’une fortune indépendante, les agréments du corps et de l’c.sprit, le goût violent du plaisir, senddaient destiner à briller dans le monde plutôt qu'à enrichir les sciences, et (jui se voyait ec|)endanl sans cesse ramené vers les sciences par ce penchant irrésistihie, indice presque assuré de talents extraordinaires.

Rulïon (c'était cet homme), long-tenqts incertain de l'objet auquel i| appliquerait son génie, essaya tour à tour delà géométrie, delà physiipie, de l'agriculture. Enfin Dui’ay, son ami, cpii venait, ])endaut sa courte administration, de relever le Jaitlin des Plantes de l’état de délabrement où l’avait laissé l’incurie des premiers médecins, jusqu'alors surintendants nés de eet établissement, lui ayant fait avoir la .survivance de sa charge, le choix de Bulfon se fixa pour toujours sur l'histoire naturelle, et il vit s'ouvrir devant lui cette immense carrière qu'il a parcourue avec tant de gloire.

Il en mesura d'abord toute l’élenduc|: il aperçut d'un coup d’œil ce qu'il y avait à faire, ce qu’il était en son pouvoir de faire, et ce qui exigeait des secours étrangers.

Surchargée dès sa naissance jiar l'indigeste érudition des Aldrovande, des Gessner, des Jonston, riiistoire naturelle s’était vue ensuite mutilée, pour ainsi dire, par le ciseau des nomcnclateurs; les Ray, les Klein, Linnæus même alors, ii’ofl'raienT plus que de.s catalogues décharnés, éci'its dans une langue barbare, et qui, avec leur apparente précision, avec le soin que leurs auteurs paraissent avoir mis à n’y placer (|uc ce qui pouvait être à chaque instant vérilié par rob.servation, n’en recélaient pas moins une imdtitude d'erreurs, et dans les détails, et dans les caractères distinctifs, et tians les distributions mélliodiqitcs.

Rendre la vie et le mouvement à ce corps inanimé; peindre la nature telle qu’elle est, toujours jeune, toujours en action; esquisser à grands traits l'accord admirable de toutes ses parties, les loistpii les tiemumt enebaînétis en un système unique; donner à ce tableau quelque chose de la frnicheur et de l’éclat de l'original ; telle était la partie la j>lus dillieile •de la tâche qu’avait à se proimscr l'écrivain qui voudrait rendre à I bistoire naturelle le lustre (lu’cllc avait perdu; mais telle était aussi celle où l’imagination ardente de Rull’on, son génie élevé, son sentiment profond des beautés de la nature, devaient immanquablement le faire réussir.

îMais, si la vérité n'avait pas fait la base de son travail, s'il avait prodigué

DK DAI BENTOV. 27

les brillantes couleurs de sa palette à des dessins incorrects ou infidèles, s'il iVavail combiné ([ue des faits mal vus ou imaginaires, il aurait bien pu prendre sa place |)arini les écrivains éloquents, mais il n’aurait pas été un vrai naturaliste, il n’aurait pu aspirer au rôle (pi'il undtitionnait de réformateur de la scieftee.

11 fallait doue tout revoir, tout recueillir, tout observerj il fallait comparer les formes, les dimensions des êtres; il fallait porter le scalpel dans leur intérieur, et dévoiler les parties les plus cachées de leur organisation. Bulfon sentit que son esprit im|)aticnt ne lui permettrait pas de se livrer i« ces travaux pénibles; que la faiblesse même de sa vue lui interdisait l'espoir de s’v liv rer avec succès. Il ebereba un homme qui joignit à la justesse d’esprit et à la finesse de tact nécessaire pource genre de reeberebes, assez de modestie, assez de dévouement, pour se contenter <ruu rôle scfsmdaire en apparence, pour n'èire en (pielque sorte que son oeil et sa main; et il le trouva dans le com|)agnon des jeux de son enfance, dans Daubenton.

Mais il trouva en lui plus qu’il n’avait eberebé*, plus mémo qu’il ne croyait lui être nécessaire ; et ce n’est peut-être pas dans la partie où il demandait ses secours, que Daubenton lui fut le plus utile.

En efl'et, on peut dire que jamais association ne fut mieux assortie. Il existait au physique et au moral, entre les deux amis, ce contrasie qu'un de nos plus aimables écrivains assure être nécessaire pour rendre une union durable, et chacun d’eux semblait avoir précisément les (pialités propres à tempérer celles de l’autre par leur opposition.

Buffon, d’une taille vigoureuse, d’un aspect imposant, d’un naturel impérieux, avide en tout d’une joui.ssancc prompte, semblait vouloir deviner la vérité, et non l’observer. Son imagination venait à cluuiue instant se placer entre la nature et lui, et son éloquence semblait s’exercer contre sa raison avant de s’employer à entraîner celle des autres.

Daubenton, d’un tempérament faible, d'un regard doux, d'une modération qu'il devait à la nature autant <pi’à sa propre sagesse, jtortait dans toutes scs recherches la circonspection la plus scrupuleuse; il ne croyait, il n'adirmait que ce (ju’il avait vu et touché : bien éloigné de vouloir persuader par d’autres moyens que par l’évidence même, il écartait avec soin de ses tliscours et de ses écrits toute image, toute expression propre à séduire ; d’une patience inaltérable, jamais il ne soulfrait d’un retard : il recommençait le môme travail jusqu'à ce qu'il eût réussi à son gré, et, par une métbotle trop rare peut-être parmi les hommes occtqtés de sciences réelles, toutes les ressources de son esprit senddaient s’unir pour imposer silence à son imagination.

Bulfon croyait n’avoir piâs (pi’un aide laborieux qui lui aplanirait les inégalités de la route, et il avait trouvé un guide fidèle qui lui en indiquait les écarts et les précipices. Cent fois le sourire piquant qui échappait à son ami lorsqu’il concevait du doute, le fit revenir de ses premières idées; cent fois un de ces mots que cet ami savait si bien placer, l'arrêta dans sa marche pré-

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fi|)ilc‘e; cl la sagesse de l'iiii, s'alliant ainsi à la force do l'aiilre, |mrviiU à donner à I hisloire des cniailru])èdcs, la seule qui soif, eonunune aux deux ailleurs, celte pcrl'ccfion qui en fait, sinon la jilus intéressante de celles qui entrent dans la grande liistoire naturelle de Bidfon, du moins celle qui est la plus exemple d'erreurs, et qui restera le plus long-temps classique, pour les naturalistes.

G'est donc moins encore par ce qu'il lit pour lui, ipic par ce iju'il l'empêelia de faire, que Daulienton fut utile à Huiïon, et que celui-ci dut se féliciter de se l'étre atlaelié.

Ce fut vers l'année 1742 qu'il l'altira à l*aris. ].a jilaee de garde et démonsti-ateui’ du Cahinet d'In'stoire naturelle était presque sans fonctions, et le titulaire, nommé Noguez, vivant depuis long-tcin|is en |)rovinco, elle était remplie de temps à autre par quelqu'une des personnes atlacliécs au .Jardin. Buffon la lit revivre pour üaulionton, et elle lui fut conférée par brevet en J74o. Ses appointements, ipii n'étinenl d'abord que de bOO francs, furent augmentés jiar degrés jusqu'.à 4,000 francs. Lorsqu'il irélait (pradjoint à l'Académie des sciences, ButTon, qui en était le trésorier, lui fil avoir qiiel- <|ues gratillcalions. Dès son arrivée à Paris, il lui avait donné un logement. En un mot, il ne négligea rien pour lui assurer raisancc nécessaire à tout bomme de lettres et à tout savant qui ne veut s’occuper que de la science.

Daubenton, de son coté, se livra sans interruption aux travaux propres à seconder les vues de son bienfaiteur, et il érigea par ses travaux mêmes les deux priuci|)aux monuments de sa propre gloire.

L'un des deux, pour n'étre pas un livre imprime, n’en est pas moins un livre très-beau cl irès-instrnetif, puisque c'est presque celui de la nature ; je veux parler du (iabinet d'bistoire naturelle du .Jardin des liantes. Avant Danbenton, ce n’éiaii (|u‘un simple droguier, où l'on recueillait les produits des cours publics de ebimie, pour les distribuer aux pauvres qui pouvaient en avoir besoin dans leurs maladies. Il ne contenait, en bisloire naturelle jiroprcmcnt dite, que des cotpulles rassemblées par Tonrnefort, qui avaient servi depuis à amuser les premières années de Louis XV, et dont plusieurs portaient encore l'empreinte des caprices de renfant royal.

Ivn bien peu d'années, il ebangea totalement de face. Jais minéraux, les fruits, les bois, les co(|uillages, furent rassemblés de toutes parts cl exposés dans lopins bel ordre. On s'occupa de découvrir ou de perfectionner les moyens par lesipiels on conserve les diverses parties des corps organisés; les dépouilles Inanimées des ipiadrupèdes et des oiseaux reprirent les apparences de la vie, et présentèrent à robservaleur les moindi'cs détails de leurs caractères, en même tianps (ju’elles (irent rétonnement des enrieiix par la variété de leurs formes et l'éclat de leurs couleurs.

Auparavant, quelques riebcs ornaient bien leurs cabinets de productions naturelles; mais ils en écartaient celles qui pouvaient en gâter la svmétrie et leur oter l'apparence de décoration; quelques savants recueillaient les objets qui pouvaient aider leurs rccliercbes ou nppiiver leurs opinions:

DE DAUJ}i:iNT()!\. iU

mais, bornes dans leur l'orlune, ils élaient obligés de tra\ ailler loiig-lemi)s avant de compléter même une brandie isolée; (iuolc|ucs curieux rassemblaient des suites cjui satisfaisaient leurs goûts, mais ils s arrêtaient ordinairement aux choses les jilus lutiles. a celles (pii étaient jilus propres a llatter la vue (pfà éelaircr l'esprit : les coquillages les plus brillants, les agaibes les plus variées, les gemmes les mieux taillées, les jdus éclatantes, laisaient ordinairement le fond de leurs collections.

Danbenton, appuyé par Ikilfon, et prolitant des mojens que le crédit de son ami lui obtint du gouvernement, coik’iU un plan plus vaste et en avança bcaneonj) rcxccution : il pensa qu'aucune des jiroductions de la nature ne devait être écartée de son temple; il sentit que celles de ces productions que nous regardons comme les |)lus importantes ne peuvent être bien connues (pi’autant <pi'on les compare avec toutes les antres; ((u'il n‘cn est même aucune ipii, par scs nombreux rajiports, ne soit liée plus ou moins direelemenl avec le reste de la nature. Il n’en exclut donc aucune, et lit les plus grands clïorls itour les recueillir toutes; il lit surtout exécuter ce grand nomin-c de préparations analomiipics qui distitiguèrcnt long-temps le cabinet de Paris, et qui, pour être moins agréables à l œil du vulgaire, n en sont que plus utiles à i'bommc ipii ne veut pas arrêter scs rccbercbcs à l'écorce des êtres créés, et (pii lâche de rendre l'histoire naturelle une science pliilosopbiquc, en lui faisant expliquer aussi les phénomènes quelle décrit.

].,'étu(le et rarrangement de ses trésors élaient devenus pour lui une véritable passion, la seule peut-être (pi'on ait jamais remarquée en lui. Il s enfermait pendant des journées entières dans le cabinet; il y retournait de niille manières les objets ipi d v avait rassembles; il en examinait sciupuleusemcut toutes les parties, il essayait tous les ordres possibles, jnsipi a ce qu'il eût rencontré celui qui ne choquait ni l'œil ni les rapports naturels.

Ce goût pour rarrangement d'un cabinet se réveilla avec force dans ses dernières années, lorsque des victoires apporteront au Muséum d histoire naturelle une nouvelle masse de richesses, et que les circonstances permirent de donner à l'ensemble un plus grand développement. A quatrevingt-quatre ans, la tête courbée sur la poitrine, les pieds et les mains déformés jiar la goutte, ne pouvant marcher que soutenu de deux personnes, il SC faisait conduire chaque malin au cabinet iiour y présider à la disposition des minéraux, la seule partie cjiii lui lût icstee dans la nouvelle oiganisation de rétablissement.

Ainsi, c’est principalement à Daubenton que la l' rance est rcdcvaltle de ce temple si digne de la déesse à hniiiclle il est consacré, et où l’on ne sait ce que l’on doit admirer le plus, de rétonnanlc lécondilê de la nature qui a produit tant d'ètrcs divers, ou de ropiniàtre patience de 1 homme qui a su recueillir tous ces êtres, les nommer, les classer, en assigner les rapports, en décrire les parties, en expli(picr les propriétés.

Le second monument ([u'a laissé Daubenton devait être, d après son plan

ôO ÉLOGE HISÏOIGQUE

primitif, le résiillal et la descriplioii complète du cabinet; mais, des circonstances que nous indiquerons bientôt l'empêchèrent de pousser cette description plus loin que les quadrupèdes.

Ce ivcst pas ici le lieu d'analyser la partie descriptive de X Histoire naturelle *, cet ouvrage aussi immense par scs détails qu étonnant par la hardiesse de son plan, ni de développer tout ce qu'il contient de neuf et d'important pour les naturalistes. Il suhira, ])our en donner une idée, de dire qu'il comprend la description, tant extérieure qu’intérieure, de cent (|uatre-vingtdeux espèces de (luadrupèdes, dont cinquamc-lmit n'avaient jamais été disséquées, et dont treize n'étaient pas même décrites extérieurement. Il contient de plus la dcscri|)tion, extérieure seulement, de vingt-six espèces, dont cinq n’étaient pas eonnnos. Le nombre des espèces entièrement nouvelles est donc de dix-huit; mais les faits nouveaux relatifs à celles dont on avait déjà une connaissance plus ou moins supcrlicielle, sont innombrables. Cependant le plus grand mérite de l'ouvrage est encore l’ordre et l'esprit dans lequel sont rédigées ces descriptions, et qui est le même pour toutes les espèces. L'auteur se plaisait à répéter qu'il était le itrcmicr qui eût établi une véritable anatomie comparée : et cela était vrai dans ce sens (juc toutes scs observations étant disposées sur le meme plan, et que leur nombre étant le même pour le plus petit animal comme pour le plus grand, il est extrêmement facile d'en saisir tous les rapports; que, ne s'étant jamais astreint à aucun système, il a porté une attention égale sur toutes les parties, et qu’il n'a jamais dû être tenté de négliger ou de masquer ce qui n'aurait pas été conforme aux règles qu'il aurait établies.

Quelque naturelle que celte marche doive paraître aux personnes qui n'en jugent que par le simple bon sens, il faut bien qu'elle ne soit pas très-facile à suivre, puisqu clic est si rare dans les ouvrages des autres naturalistes, et qu'il y en a si peu, par exemple, qui aient pris la peine de nous donner les moyens déplacer les êtres qu’ils décrivent, autrement qu'ils ne le sont dans leurs systèmes.

Aussi cet ouvrage de Daubenton pcut-il être considéré comme une mine riebe, où les naturalistes et les anatomistes (|ui s'occupent des quadrupèdes sont obligés de, fouiller, et d'où plusieurs écrivains ont tiré des choses trèsprécieuses, sans s'en être vantés. Il siiflït (|uelqucfois de faire un tobleau de ses obscr^ations, de les placer sous certaines colonnes, pour obtenir les résultats les plus piquants; et c'est ainsi qu'on doit entendre ce mot de Camper, (pic Daubenton ne savait pas toutes les découvertes dont il était l'auteur.

On lui a reproché de n’avoir pas tracé lui-même le tableau de ces résultats. C'était avec une iilcinc connaissance de cause qu'il s’était refusé à un travail qui aurait llatté son amour-propre, mais qui aurait pu le conduire à des erreurs. I.a nature lui avait montré trop d'exceptions pour qu'il se crut

* Les trois premiers volumes iii-l" parmxiit eu 1749, les douïc saivanlssc siie.cédèrcnt depuis Cille époipie jusqu’en 1787.

DE DAEDErSTOiN. Ô1

pei niis cl établir uiic règle, et sa priiileiiec a clé justifiée, noii-sculcmcnt par le mauvais succès de ceux cpii ont voulu être ()lus hardis que lui, mais eueore par son jeropre exemple, la seule règle qu'il ait osé tracer, celle du nombre des vertèbres cervicales dans les quadrupèdes, s'étant trouvée démentie sur la lin de scs jours

Un autre rciiroelic lut celui d'avoir trop resserré scs anatomies, en les bornant à la description du squelette et à celle des viscères, sans traiter des muscles, des vaisseaux, tles nerfs, ni des organes extérieurs des sensj mais ou ne prouvera quül lui était possible d’éviter ce reproche, que lorsqu on aura fait mieux que lui, dans le même temps et avec les mêmes moyens. 11 est certain du moins (pi'un de scs élèves, (pii a voulu étendre son cadre, ne l'a prcsiiue rempli qu’avec des compilations trop souvent insigniliantcs.

Aussi DaubeiUon ne tarda-t-il |»as, sitijt ipie son ouvrage eut paru, d'obtenir les récompenses ordinaires de toutes les grandes entreprises : de la gloire et des honneurs, des critiques et des traeassei'iesj car, dans la carrière des sciences, comme dans toutes les autres, il est moins didieile d’arri\er à . la gloire et même à la fortune, que de conser\er sa tranquillité lorscpron y est paixenu.

Iléanmur tenait alors le sceptre de l’histoire naturelle. Personne n’avait porté plus loin la sagacité dans l’observation; personne n’a\ait rendu la nature |dus intéi'essante, jiar la sagesse et rcspècc de prévoyance de détail dont il avait trouvé des prein es dans l'histoire des plus petits animaux. Ses mémoires sur les insectes, quoiipie diffus, étaient clairs, élégants, et pleins de cet intérêt qui vient de la curiosité sans cesse jiiipiée par des détails nouveaux et singuliers; ils avaient commencé à répandre parmi les gens du monde le goût de l'étude de la nature.

Ce ne fut pas sans cpichpie chagrin (pic lléaumur se vit éclipsé par un l'ival dont les vues hardies et le style magnilifpic excitaient renthousiasme du public, et lui insiiiraient une .sorte de mépris pour des recherches en apparenee attssi minutieuses (pic celles dont les insectes sont l'objet. Il témoigna sa mauvaise humeur d’une manière un peu vive * **; on le soupijonna memé d'avoir contribué à la publication de (piehpics lettres crili(pies***, où

* Il y PII a en jjéiiéral sept ; le paresseux a trois ilnljjls, où l’ai en a neul'.

** Voyez iliins le volninc dos Mémoires de I, Academie pour 1740, page 48.4 , leipicl ii’a paru qu’en 1747, un Mémoire de Ucauniur sur la- manière d’eriqjêcher P évaporation des liqueurs spiritualises dans lesquelles ou vent conserver des objets d'histoire naturelle. Il s’y plaint vioicnmient de ce que Danbenton avait publié, dans le tome III do V f/istoire naturelle, un extrait de ce Mémoire avant qu’il fût imprimé.

luitire à un Aiiiéricain sur l Histoire naturelle gcnérale et particulière de M. de Bujjon, jiremiorc partie , Ilamboni'i; ( Paris) , 17.51; seconde, troisième partie, ihid. eod. ami. C est dans la neuvième lettre de cette troisième partie qu’on montre le pins l’intention de délendre Ueauninr contre BnlVnn. — Lettres, etc., sur l Histoire naturelle de M. de H. et sur les observations microscopiques de M. ISeedhiiiii , quatrième partie, ihid, eod, aiin.

:d ÉL()t;i: iiisToiiK^Li:

l'on \oiiliiiL o[)poscr à l'éloquence du pcinlre de la nature, les discussions d'une obseiirc métaphysique, et où Dauhenlon, dans le(picl Iléaunuir croyait voir le seul appui solide de ce qu'il appelait les prestiges de son rival, n'était pas épargné. L’Acadéniic fut (|ucl(|uel'ois témoin de querelles plus directes, dont le souvenir ne nous est point entièrement parvenu, mais (pii furent si fortes, (|ue Ikiffon se \it obligé d'employer son crédit auprès do la favorite d’alors* pour soutenir son ami, et pour le faire arriver aux degrés supérieurs ([ui étaient dus à ses travaux.

11 n'est point d'hommes célèbres qui n'aient éjirouvé de ces sortes de désagréments; car, dans tous les régimes possibles, il n’y a jamais d’Iionimes de mérite sans (pielque adversaire, et ceux qui veulent nuire ne mampient Jamais de (piebpics protecteurs.

Le mérite fut d'autant plus heureux de ne point succomber dans cette occasion, qu'il n'était pas de nature à frapper la foule, loi observateur modeste et scrupuleux ne pouvait captiver ni le vulgaire ni même les savants étrangers à riiistoirc naturelle; car les savants jugent toujours comme le vulgaire les ouvrages ipii ne sont pas de leur genre, et le nombre des naturalistes était alors très-petit. Si le travail de Daubenton avait paru seul, il serait resté dans le cercle des anatomistes et des naturalistes, qui l'auraient apprécié à sa juste valeur; et leur suffrage déterminant celui de la multitude, celle-ci aurait respecté l'aulcur sur parole, comme ces dieux inconnus, d'autant ])lus révérés (pic leur sanctuaire est (dus inqiéiiétrable. !\lais, marchant à c(')té de rouvrage de son brillant émule, celui de Daubenton fut entrainé sur la toilette des femmes et dans le cabinet des littérateurs; la comparaison de son stvle mesuré et de sa niarelie circonsiiecte avec la poésie vive et les écarts hardis de lltiffon, ne pouvait être à son avantage; et les détails minutieux de dimensions et de descriptions dans lesipiels il entrait, ne pouvaient racheter aiipiTS de pareils juges l'ennui dont ils (Haient néccssairenicnl accompagnés.

Ainsi, lorsque tous les naturalistes de l’Europe recevaient avec une reconnaissance mêlée d'admiration les résultats des immenses travaux de Daubenton, lorsqu ils donnaient à rouvrage qui les contenait, et par cela seulement quil les contenait, les noms d’ouvrage d’or, d'ouvrage vraiment dassigue** ,oi\ cbansonnait l’auteur à Paris; et quelques-uns de ces llatteurs

c’est dans la di.vièmc lettre que l’on criliqiic Daubenton sur l’arrangement du Cabinet du Uoi, cl qu’on lui oppose celui de M. de Rcauninr. Cinquième partie, même lilrc et meme année. Puis, .mite iles lettres, etc., sur les fjualrictiie et ciiii/inème volniiies de V Histoire naturelle de M. de Diifjoii, et sur le traite des (iui)'>aii,T , de d/. l’atibe de Coiidillnc, sivième partie ; Hambourg', 17ô8. Le titre et la date restent les imunes pour la septième, la builième et la neuvième partie, cpii est la dernière.

L’aulcur, cv-oralorien, natif de Poitiers, se nommait l'abbé Dclii/nae il était lics-llé avec Uéaiinmr. On a encore de lui. Mêwoire pour l'histoire des (iruipiiées ai/iialifjites. eic.

* .Madame de Pompadoiir.

t oyez l’allas, Glires e\ spieihajia zualoyirti.

DE DAÜBEATOX.

l'ampeiiL devant la renommée comme devant la puissance, parce (|ue la renommée est aussi une puissance, parvinrent à faiie croire à Buiïon qu'il gagnerait à se débarrasser de ce collaborateur importun. On a meme entendu depuis le secrétaire d'une illustre académie assurer que les naturalistes seuls purent regretter qu’il eût suivi ce conseil.

Budbn fit donc faire une édition de VHistoire naturelle en treize volumes •n-12, dont on retrancha non-seulement la partie anatomique, mais encore les descriptions de l'extérieur des animaux, que Daubenton avait rédigées pour la grande édition; et comme on n’y substitua rien, il en est résulté que cet ouvrage ne donne plus aucune idée de la forme, ni des couleurs, ni des

caractères distinctifs des animaux : ('ii sorte que, si cette petite édition venait a résister seule à la faux du temps, comme la multitude de réimj>ressions quoi! en publie aujourd’hui poiii'iait le faire craindre, on n’y trouverait picrc plus de mojnns de reconnaitre les animaux dont l’auteur a voulu par-

1er, qu’il ne s’en trouve dans Pline et dans Aristote, «pii ont aussi néglig

iffé le

détail des descriptions.

lîull'on se détermina encore à paraître seul dans ce «lu’il jiublia depuis, tant sur les oiseaux que sur les minéraux. Outre l'alfront, Daubenton essuyait par là une perte considérable. Il aurait pu plaider; car rentreprise de 1 Histoire naturel!<; avait été concertée en commun; mais pour cela il aurait fallu se brouiller avec rintendant du Jardin du Roi; il aurait fallu quitter ce cabinet qu il avait créé et auquel il tenait comme à la vie : il oublia 1 aflront et la perte, et il continua à travailler.

Les regrets «pic l«:‘moigncrcnt Unis les naturalistes, lorsipi’ils virent iiaraitre le commencement de 1 Histoire des oiseaux sans être accompagné de ces descriptions exactes, «le ces anatomies soignées «ju'ils estimaient tant durent contribuer à le consoler.

Il aurait eu encore plus de sujet de l’étrc, si son atlacliemcnt pour le grand homme qui le négligeait ne l’eût emporté sur son amour-propre. Iors(|u'il vit ces premiers volumes, auxquels Guem^au de Montbeillard ne contribua jioint, remplis d’incxaclitmhis et ikipourvus de tous ces détails auxquels il était physbiuerncnt et moralement impossible à Ruffon de se livrer.

Ces imperfections furent encore plus marquées dans les suppléments ouvrages «le la vieillesse de Bulîon *, «ni ce grand écrivain poussa l’injustice jusqu'à charger un simple dessinateur de la partie que Daubenton avait si bien exécutée dans les premiers volumes.

^ Aussi plusieurs naturalistes clicrchèrent-ils à remplir ce vide, et le e«'- ^«Brc Palhis, entre autres, prit absolument Daubenton pour modèle dans dr , et dans scs Glanures zooloyiques , ainsi que dans son Histoire

( es umyeurs, livres qui doivent être considérés comme les véritables supplé-

Le tome lit de 1776 et le VI' de 1782 traitent des quadrupèdes, et auraient eu {jrand >e uni du conroins de Diuilientuii, ainsi ijnc le Vill'. qui est postliiime, de 17811.

ÉLOGE inSTOlUQUE

monts de Bulîon , et comme ce ([iii a paru de mieux sur les quadrupèdes , après son grand ouvrage.

Tout le monde sait avec quel succès rillustrc continuateur de BulTon , pour la partie des poissons et des reptiles, qui fut aussi Tami et le collègue de Daubenlon, etqiîi le pleure encore avec nous, a réuni dans ses écrits le double avantage d'un style fleuri et plein d'images et d'une exactitude scrupuleuse dans les détails, et comment il a su remplacer également bien ses deux prédécesseurs.

Au reste, Daubenton oublia tellement les petites injustices de son ancien ami, qu'il contribua depuis à plusieurs parties de Y Histoire naturelle, quoique son nom n’y fût plus attaché; et nous avons la preuve que Buffon a pris connaissance de tout le manuscrit de ses leçons au Collège de France, lorsqu il a écrit son Histoire des minératix *. Leur intimité se rétablit même entièrement et se conserva jusqu’à la mort de Buiïon.

Pendant les dix-huit ans que les quinze volumes in-4” de Yllistoire des quadrupèdes mirent à paraître , Daubenton ne put donner a 1 Académie des sciences qu’un petit nombre de mémoires; mais il la dédommagea par la suite, et il en existe, tant dans la collection de l’Académie, que dans celles des Sociétés de médecine et d’agriculture et de rinstitiit national , un assez grand nombre, qui contiennent tous, ainsi que les ouvrages qu'il a publiés à part, quelques faits intéressants ou quelques vues nouvelles.

Leur seule nomenclature serait trop longue pour les bornes d’un éloge; et nous nous contenterons d'indiquer sommairement les principales découvertes dont ils ont enrichi certaines branches des connaissances humaines.

En zoologie, Daubenton a découvert cinq espèces de chauves-souris et une de musaraigne, qui avaient échappé avant lui aux naturalistes, quoique toutes assez communes en France.

Il a donné une description complète de l'espèce de chevrotain qui produit le musc, et il a fait des remarques curieuses sur son organisation.

Il a décrit une conformation singulière dans les organes de la voix de quelques oiseaux étrangers.

Il est le premier qui ait appliqué la connaissance de l'anatomie comparée à la détermination des espèces de quadrupèdes dont on trouve les dépouilles fossiles; et, quoiqu’il n’ait pas toujours été heureux dans ses conjectures, il a néanmoins ouvert une carrièi'c importante pour 1 liistoire des révolutions du slohe : il a détruit pour jamais ces idées ridicules de géants, qui se renouvelaient chaque fois qu’on déterrait les ossements de quelque grand animal.

Son tour de force le i)lus remarquable en ce genre fut la détermination d'un os que l’on conservait au Garde-Meuble comme l'os de la jambe d'un séant. H reconnut, par le moyen de l'anatomie comparée, que ce devait être l’os du ravon d une girafe, quoiqu d n eut jamais vu cet animal, et qu il n exis—

De 1783 à 1788.

DE DAITIÆÏSTO^. 33

lûl point de figure de son squelette. Il a eu le plaisir de vérifier lui-mènie su conjecture, lorsque, trente ans après, le Muséum a pu se i)rocurer le squelette de girafe qui s’y trouve aujourd'hui.

Dn n’avait avant lui que des idées vagues sur les dilïérences de Thomnie et de 1 orang-outang : quelques-uns regardaient celui-ci eonune un homme sauvage; d'autres allaient jusqu’à prétendre que c’est l'hoinmc qui a dégénéré, et que sa nature est d’aller à quatre j)attcs. Dauhenton prouva, par One observation ingénieuse, et décisive sur l'articulation de la tète, (jue I homme ne pourrait marcher autrement que sur deux pieds, ni l’orangoutang autrement que sur quatre.

En physiologie végétale, il est le premier qui ait appelé l'attention sur ce lait, que tous les arbres ne croissent pas par des couches extérieures et concenlrupies. Un tronc de palmier, qu il examina, ne lui montra aucune de ces couches : éveillé par cette observation, il s'aperçut que l'accroissement de cet arbre se fait par le prolongement des fibres du centre qui sc développent en feuilles. Il expliqua par là pourquoi le tronc du palmier ne grossit point en vieillissant, et pourquoi il est d’une même venue dans toute sa longueur*; mais il ne poussa pas cette recherche plus loin. .M. Desfontaincs, <iui avait observé la même chose long-temps auparavant, a épuisé, pour ainsi dire, cette matière, en prouvant que ces deux manières de croître distinguent les arbres dont les semences sont à deux cotylédons et ceux qui n’en ont quun, et en établissant sur cette importante découverte une division qui sera désormais fondamentale en botanique **.

Dauhenton est aussi le premier qui ait reconnu, dans l'écorce, des trachées, c'est-à-dire, ces vaisseaux brillants, élastiques et souvent remplis d air, que d’autres avaient découverts dans les bois.

La minéralogie a fait tant de progrès dans ces dernières années, que les travaux de Dauhenton dans cette partie de l'histoire naturelle sont presque éclip.sés aujourd hui, et qu’il ne lui restera peut-être que la gloire d'avoir donné a la science celui qui l’a portée le plus loin : c’est lui qui a été le maître de M. Ilaüy. Il a publié cependant des idées ingénieuses sur la formation des albâtres et des stalactites, sur les causes des herborisations dans les pierres, sur les marbres figurés, et des descriptions de minéraux peu connus aux époques où il les fit pai’aître. 11 est vrai que sa distribution des pierres précieuses n’est point conforme à leur véritable nature; mais elle donne du moins quelque précision à la nomenclature de leurs couleurs.

On retrouve plus ou moins, dans tous ces travaux de Dauhenton sur la P ijsique, le genre de talent qui lui était propre, cette patience qui ne veut

!iu™ désespère pas de la forcer à s'expli-

1 e e-nièine en répétant les interrogations, et cette sagacité habile à saisir juapi aux moindres signes qui peuvent indiipicr une réponse.

” l.rçoris de l’École normale.

Mémoires de rtnslitnt millonal. Classe de pliysiinie, 1. 1.

ôf, ÉL(K;E IliSTOlllQLlE

Ou |■et•(>lllulil (liiiis scs Iraviuix sur ragriculture une (iiuililc de plus : le dévouciucnt à rutilitc publique. Ce qu'il a fait pour l'amélioration de nos laines lui méritera à jamais la reconnaissance de l'Etat, auquel il a donne une nouvelle source de prospcu'ité.

11 eommença .ses expériences sur ce sujet, en 1700, et les continua jusqu à sa mort. Favorisé d abord par Trudainc, il reçut des encouragements de tous les administrateurs qui succédèrent à cet homme d'État éclairé et patriote, et il y répondit d'une manière digne de lui.

Mettre dans tout son jour l'utilité du parcage continuel; démontrer les suites pernicieuses de l'usage de renfermer les moutons dans des étables pendant I biver; essayer les divers tnoyens d'en arnélioi-er la race; trouver «.•eux de déterminer avec précision le degré de linesse de la laine; rcconnaitre le véritable mécanisme de la nmiination; en déduire des conclusions utiles sur le tempérament des bêtes à laine, et sur la manière de les nourrir et de les traiter, disséminer les produits de sa bergerie dans toutes les provinces; distribuer ses béliers à tous les pro|)iiétaires de troupeaux; faire fabriipicr des draps avec scs laines, pour en démontrer aux plus prévenus la supériorité; former des bergers instruits, pour propager la pratique de sa méthode; rédiger des iirstructions à la portée de toutes les classes d agriculteurs : tel est l'exposé rapitle des travaux de Daubenton sur cet important sujet.

Presque à chaque séance publique de l’Académie, il rendait compte de ses recherches, et il obtenait souvent plus d'applaudissements de la reconnaissance des assistants, que ses confrères n'en recevaient de leur admiration pour des découvertes plus difUciles, mais dont l'utilité était moins évidente.

Ses succès ont été surpassés depuis : les troupeaux entiers que le gouvernement a fait venir d’Espagne, sur la demande de M. Tessier; ceux qtic M. (lilbcrt est allé chereber nouvellement, ont répandu et répandront la belle race avec plus de rapidité que .üaubenton ne put le faire avec des béliers seulement; mais il n'en a pas moins donné l'éveil, et fait tout ce que ses moyens rendaient possible.

Il avait aeqtiis [lar scs travaux tmc espèce de réputation populaire tpii lui fut très-utile dans une circonstance dangereuse. En 1795, à cette époejue heureusement déjà si éloignée de nous, où, par un renversement d idées (pii sera longtemps mémorable dans 1 histoire, la portion la plus ignorante du peuple eut à prononcer sur le sort de la jilus instruite et de la plus généreuse, l'octogénaire Daubenton eut besoin, jiour conserver la place qu'il honorait, depuis cinciuante-deux ans, par ses talents et par scs vertus, de demander à une asscndjlée qui se nommait la section des Sans-Culotte un papier dont le nom tout aussi extraordinaire était certificat de civisme, l'n professeur, un académicien , aurait eu peine à 1 obtenir : quelques gens sensés, qui se mêlaient aux fui ioux dans 1 espoir de les contenir, le présentèrent sous le titre de berner, et ce fut le berger Daubenton ipii obtint le

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ccriilieat nécessaire * pour le directeur du Muséum national d'iiistoire iiatufelle. Cette pièce existe : elle sera un doeuuient utile, moins encore pour la vie de Daubenton que pour riiistoire de cette épo(pic funeste.

Ces nombreux travaux auraient épuisé une activité bridante; ils ne sufTirent point à l’amour jiaisible d'une occupation régléCj qui faisait une partie du caractère de Daubenton.

Depuis long-temps on se plaignait qu'il- n’y eût point en France de leçons publi(iucs d’histoire naturelle : il obtint, en 1777), (pi'une des chaires de médecine |)ratique du Collège de France serait changée en une chaire d'histoire naturelle, et il se chargea, en 1773, de la remplir. L’intendant de Paris, Berihier, l'engagea, en 1783, à faire des leçons d’économie rurale à l'Ecole vétérinaire d'Alfort, dans le même temps où Vicq d’Azjr y en donnait d’anatomie comparée, et M. Fourcroy de ehimie.

Il demanda aussi à faire des leçons dans le Cabinet de Paris, où les objets auraient parlé avec i)lus de clarté encore que le professeur; et, n’ayant pu y parvenir sous l'ancien régime, il se joignit aux autres employés du Jardin des Plantes, pour demander à la Convention la conversion de cet établissement en école spéciale d'histoire naturelle.

Daubenton y fut nommé professeur de minéralogie, et il a rempli les fonctions de cette charge jusqu'à sa mort, avec la même exactitude qu’il mettait à tous scs devoirs.

C’était véritablement un spectacle touchant de voir ce vieillard entouré de ses disciples, qui recueillaient avec une attention religieuse ses paroles, dont leur vénération semblait laire autant d'oracles; d’entendre sa voix laible et tremblante se ranimer, reprendre de la force et de l'énergie, lorsqu il s’agissait de leur inculquer quehpies-uns de ces grands principes qui sont le résultat des méditations du génie, ou seulement de leur développer quelques vérités utiles.

Il ne mettait pas moins de plaisir à leur parler qu’ils n’en avaient à l’entendre : on voyait, à sa gaieté aimable, à la facilité avec laquelle il se prè-

Copie figurée du ceitificat de oivisme de Daubenton.

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