‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 52 sur 93 · DU FLUX ET DU REFLUX · texte numérisé non relu

DU FLUX ET DU REFLUX

L’eau n’a qu’un mouvement naturel qui lui vient de sa fluidité; elle descend toujours des lieux les plus élevés dans les lieux les plus bas, lorsqu’il n’y a point de digues ou d’obstacles qui la retiennent ou qui s’opposent à son mouvement; et lorsqu’elle est arrivée au lieu le plus bas, elle y reste tranquille et sans mouvement, à moins que quelque cause étrangère et violente ne l’agite et ne l’cn fasse sortir. Toutes les eaux de l’Océan sont rassemblées dans les lieux les plus bas de la superficie de la terre; ainsi les rnouvemenis de la mer viennent de causes extérieures. Le principal mouvement est celui du flux et du reflux, qui se fait alternativement en sens contraire, et duquel il résulte un mouvement continuel et général de toutes les mers d’orient et d’occident; ces deux mouvements ont un rapport constant et régidier avec les mouvements de la lune. Dans les pleines et dans les nouvelles lunes, ce mouvement des eaux d’orient en occident est plus sensible, aussi bien que celui

Description de l’Arabie, par M. Nicbulir, page 3.

du flux et du reflux; celui-ci se fait sentir dans rintervalle de six heures et demie sur la plupart des rivages, en sorte que le flux arrive toutes les fois que la lune est au-dessus ou au-dessous du méridien, et le reflux succède toutes les fois que la lune est dans son plus grand éloignement du méridien, c’est-à-dire toutes les fois qu'elle est à l’horizon, soit à son coucher, soit à son lever. Le mouvement Je la mer d’orient en occident est continuel et constant, parce que tout 1 océan dans le flux se meut d’orient en occident, et pousse vers l occidcnt une très-grande quantité d’eau, et que le reflux ne paraît se faire en sens contraire qu’à cause de la moindre quantité d’eau qui est alors poussée vers l’occident; car le flux doit plutôt être régardé comme une intumescence, et le reflux comme une détumesccnce des eaux, laquelle, au lieu de troubler le mouvement d’orient en occident, le produit et le rend continuel, quoiqu'à la vérité il soit plus fort pendant l'intumeseence, et plus faible pendant la détumescence, par ta raison que nous venons d’exposer.

Les principales circonstances de ce mouvement sont : 1“ qu’il est plus sensible dans les nouvelles et pleines lunes que dans les quadratures : dans le printemps et l’automne il est aussi plus violent que dans les autres temps de r année, et il est le plus faible dans le temps des solstices; ce qui s’explique fort naturellement par la combinaison des forces de l’attraction de la lune et du soleil. Vouez sur cela les démonstrations de Newton, 2” Les vents changent souvent la direction et la quantité de ce mouvement, surtout les vents qui soufflent constamment du même côté; il en est de même des grands fleuves qui portent leurs eaux dans la mer, et qui y produisent un mouvement de courant qui s’étend souvent à plusieurs lieues; et lorsque la direction du vent s’accorde avec le mouvement général, comme est celui d’orient en occident, il en devient plus sensible : on en a un exemple dans la mer Pacillque, où le mouvement d’orient en occident est constant et trèssensible. 3“ On doit remarquer que lorsqu’une partie d’un fluide se meut, toute la masse du fluide se meut aussi : or, dans le mouvement des marées, il y a une très-grande partie de l’Océan qui se meut sensiblement; toute la masse des mers se meut donc en même temps, et les mers sont agitées par ce mouvement dans toute leur étendue et dans toute leur profondeur.

Pour bien entendre ceci, il laul faire attention à la nature de la force qui produit le flux et le reflux, et réfléchir sur son action et sur scs effets. Nous avons dit que la lune agit sur la terre par une force que les uns appellent attraction, et les autres pesanteur; cette force d’attraction ou de pesanteur pénètre le globe de la terre dans toutes les parties de sa masse; elle est exactement proportionnelle à la quantité de matière, et en même temps elle décroît comme le carré de la distance augmente, (’ela posé, examinons ce qui doit arriver en supposant la lune au méridien d’une plage de la mer. La surface des eaux étant immédiatement sous la lune, est alors plus près de cet astre que toutes les autres parties du globe, soit de la terrre, soit de la mer; dès lors cette partie de la mer doit s’élever vers la lune, en formant une éminence dont le sommet correspond au centre de cet astre : pour que

cette éminence puisse se former, il est nécessaire que les eaux, tant de la surface environnante que du fond de cette partie de la mer, y contribuent; ce qu’elles font en effet à proportion de la proximité où elles sont de l’astre qui exerce cette action dans la raison inverse du carré de la distance. Ainsi la surface de cette partie de la mer s’élevant la première , les eaux de la surface des parties voisines s’élèveront aussi, mais à une moindre hauteur, et les eaux du fond de toutes ces parties éprouveront le même effet et s’élèveront par la même cause; en sorte que toute cette partie de la mer devenant plus haute, et formant une éminence, il est nécessaire que les eaux de la surface et du fond des parties éloignées, et sur lesquelles cette force d’attraction n’agit pas, viennent avec précipitation pour remplacer les eaux qui se sont élevées : c’est là ce qui produit le flux, (jui est plus ou moins sensible sur les différentes côtes, et qui, comme l’on voit, agite le mer non-seulement à sa surface, mais jusqu’aux plus grandes profondeurs. Le reflux arrive ensuite par la pente naturelle des eaux ; lorsque l’astre a passé et qu'il n’exerce plus sa force, l’eau qui s’était élevée par l’action de celte puissance étrangère reprend son niveau et regagne les rivages et les lieux qu’elle avait été forcée d’abandonner ; ensuite lorsque la lune passe au méridien de l’antipode du lieu où nous avons supposé qu’elle a d’abord élevé les eaux, le même effet arrive; les eaux, dans cet instant où la lune est absente et le plus éloignée, s’élèvent sensiblement autant que dans le temps où elle est présente elle plus voisine de celte partie de la mer. Dans le premier cas, les eaux s’élèvent, parce qu’elles sont plus près de l’astre que toutes les autres parties du globe; et dans le second cas , c’est par la raison contraire ; elles ne s’élèvent que parce qu’elles en sont plus éloignées que toutes les autres parties du globe : et l’on voit bien que cela doit produire le même elfet; car alors les eaux de cette partie étant moins attirées que tout le reste du globe, elles s’éloigneront nécessairement du reste du globe et formeront une éminence dont le sommet répondra au point de la moindre action, c’est-à-dire au point du ciel directement opposé à celui où se trouve la lune, ou, ce qui revient au même, au point où elle était treize heures auparavant, lorsqu’elle avait élevé les eaux la première fois : car lorsqu’elle est parvenue à l’horizon, le reflux étant arrivé, la mer est alors dans son état naturel , et les eaux sont en équilibre et de niveau; mais quand la lune est au méridien opposé, cet équilibre ne peut plus subsister, puisque les eaux de la partie opposée à la lune étant à la plus grande distance où elles puissent être de cet astre, elles sont moins attirées que le reste du globe, qui, étant intermédiaire, se trouve être plus voisin de la lune, et dès lors leur pesanteur relative, qui les tient toujours en équilibre et de niveau, les pousse vers le point opposé à la lune, pour que cet équilibre se conserve. Ainsi, dans les deux cas, lorsque la lune est au méridien d’un lieu ou au méridien opposé , les eaux doivent s’élever à très-peu près de la même quantité, cl, par conséquent, s’abaisser et refluer aussi de la même quantité lorsque la lune est à l’horizon, à son coucher ou à son lever. On voit bien qu’un mouvement dont la cause et l’effet sont tels

que nous venons de l’expliquer, ébranle nécessairement la masse entière des mers, et la remue dans toute son étendue et dans toute sa profondeur; et si ce mouvement parait insensible dans les hautes mers et lorsqu’on est éloigné des terres, il n’en est cependant pas moins réel : le fond et la surface sont remués à peu près également; et même les eaux du fond, que les vents ne peuvent agiter comme celles de la surface, éprouvent bien plus régulièrement que celles de la surface cette aetion, et elles ont un mouvement plus réglé et qui est toujours alternativement dirigé de la même façon.

De ce mouvement alternatif de flux et de reflux il résulte, comme nous l’avons dit, un mouvement continuel de la mer de l’orient vers l’occident, parce que l’astre qui produit rinlumescence des eaux va lui-nièmc d’orient en occident, et qu’agissant successivement dans cette direction, les eaux suivent le mouvement de l’astre dans la même direction. Ce mouvement de la mer d’orient en occident est très-sensible dans tous les détroits : patexemple, au détroit de Magellan, le flux élève les eaux à près de vingt pieds de hauteur, et cette intumescence dure six heures, au lieu que le reflux ou la détumescence ne dure que deux heures (Voy. le Voijaf/e de Narbrough), et l'eau coule vers l’occident; ce qui prouve évidemment que le reflux n’est pas égal au flux, et que de tous deux il résulte un mouvement vers l’occident, mais beaucoup plus fort dans le temps du flux que dans celui du reflux ; et c’est pour cette raison que, dans les hautes mers éloignées de toute terre, les marées ne sont sensibles que par le mouvement général (jui en résulte, c’est-à-dire par ce mouvement d’orient en occident.

Les marées sont plus fortes, et elles font hausser et baisser les eaux bien plus considérablement dans la zone torride entre les tropiques, que dans le reste de l’Océan ; elles sont aussi beaucoup plus sensibles dans les lieux qui s’étendent d’orient en occident, dans les golfes qui sont longs et étroits, et sur les côtes où il y a des îles et des promontoires : le plus grand flux qu’on connaisse est, comme nous l’avons dit dans l’article précédent, à l'une des embouchures du fleuve Indus, où les eaux s’élèvent de trente pieds; il est aussi fort remarquable auprès de Malaye, dans le détroit de la Sonde, dans la mer Rouge, dans la baie de Nelson, à cinquante-cinq degrés de latitude septentrionale, où il s’élève à quinze pieds, à l’embouchure du fleuve Saint- Laurent, sur les côtes de la Uhine, sur celles du Japon, à Panama, dans le golfe de Bengale, etc.

Le mouvement de la mer d’orient en occident est très-sensible dans de certains endroits; les navigateurs l’ont souvent observé en allant de l'Inde à Madagascar et en Afrique; il se fait sentir aussi avec beaucoup de force dans la mer Pacifique, et entre les Moluques et le Brésil : mais les endroits où ce mouvement est le plus violent sont les détroits qui joignent l’Océan à l’Océan; par exemple, les eaux de la mer sont portées avec une si grande force d’orient en occident par le détroit de Magellan, que ce mouvement est sensible, même à une grande distance, dans l’océan Atlantique, et on prétend que c’est ce qui a fait conjecturer à Magellan qu’il y avait un détroit par le-

quel les deux mers avaient une communication. Dans le détroit des Manilles et dans tous les canaux qui séparent les iles Maldives, la mer coule d’orient en occident, comme aussi dans le golfe du Mexique entre Cuba et Jucatan • dans le golfe de Paria, ce mouvement est si violent, qu’on appelle le détroit la gueule du Dragon; dans la mer de Canada, ce mouvement est aussi trèsviolent, aussi bien que dans la mer de Tartarie et dans le détroit de Waigats, par lequel 1 Océan, en coulant avec rapidité d’orient en occident, cbarrie des masses énormes de glaces de la mer de Tartarie dans la mer du nord de l’Europe. La mer Pacifique coule de meme d’orient en occident par les détroits du Japon; la mer du Japon coule vers la Chine, l'océan Indien coule vers l’occident dans le détroit de Java et par les détroits des autres iles de l’Inde. On ne peut donc pas douter que la nna- n’ait un mouvement constant et général d’orient en occident, et l’on est assuré que l’océan Atlantique coule vers r.Vmériquc, et que la mer Pacifique s’en éloigne, comme on le voit évidemment au cap des Courants entre Lima et Panama. (Voy. Varenii Geof/r. fjénéral., pag. 119.)

Au reste, les alcrnatives du flux et du reflux sont régulières ctsefontde six heures et demie en six heures et demie sur la plupart des côtes de la mer, quoiqu à différentes heures, suivant le climat et la position des côtes; ainsi les côtes de la mer sont battues eontinuellement des vagues, qui enlèvent à chaque fois de petites parties de matières qu’elles transportent au loin, et qui se déposent au fond; et de même les vagues portent sur les plages basses des coquilles, des sables qui restent sur les bords, et qui, s’accumulant peu à peu par couches horizontales, forment à la lin des dunes et des liautcurs aussi élevées (]ue des collines, et qui sont en effet des collines tout à fait semblables aux autres collines, tant par leur forme que par leur composition intérieure; ainsi la mer apporte beaucoup de productions marines sur les plages basses, et elle emporte au loin toutes les matières qu’elle peut enlever des côtes élevées contre lesquelles elle agit, soit dans le temps du flux, soit dans le temps des orages et des grands vents.

Pour donner une idée de l'effort que fait la mer agitée contre les hautes côtes, je crois devoir rapporter un fait qui m’a été assuré par une personne li'ès-digne de loi, et que J ai cru d’autant plus facilement, que j’ai vu moimême quelque chose d'approchant. Dans la principale des îles Orcades, il y a des côtes composées de rochers cou|)és à plomb et perpendiculaires à la surface de la mer, en sorte qu’en se plaçant au-dessus de ces rochers, on peut laisser tomber un plomb jusqTi'à la surface de l’eau, en mettant la corde au bout d’une perche de neuf pieds. Cette opération, que l’on peut faire dans le temps que la mer est tranquille, a donné la mesure de la hauteur de la côte, qui est de deux cents pieds. La marée dans cet endroit est fort considérable, comme elle l’est ordinairement dans tous les endroits où il y a des ferres avancées et des îles : mais, lorsque le vent est fort, ce qui est très-ordinaire en Ecosse, et qu’en même temps la marée monte, le mouvement est si grand et l’agitation si violente, que l’eau s’élève jusqu’au sommet des ro-

chers qui bordent la côte, c’est-à-dire à deux cents pieds de hauteur, et qu’elle y tombe en forme de pluie; elle jette même à cette hauteur des graviers et des pierres qu’elle détache du pied des rochers, et quelques-unes de ces pierres, au rapport du témoin oculaire que je cite ici, sont plus larges que la main.

J’ai vu moi-même dans le port de Livourne, où la mer est beaucoup plus tranquille, et où il n’y a point de marée, une tempête au mois de décembre 1751, où l’on fut obligé de couper les mâts de quelques vaisseaux qui étaient à la rade, dont les ancres avaient quitté; j’ai vu, dis-je, l’eau de la mer s’élever au-dessus des fortilications, qui me parurent avoir une élévation très-considérable au-dessus des eaux; et comme j’étais sur celles qui sont le plus avancées, je ne pus regagner la ville sans être mouillé de l’eau de la mer beaucoup plus qu’on ne peut l’être par la pluie la plus abondante.

Ces exemples sufiisent pour faire entendre avec quelle violence la mer agit contre les côtes; cette violente agitation détruit, use *, ronge et diminue peu à peu le terrain des côtes; la mer emporte toutes ces matières et les laisse tomber, dès que le calme a succédé à l’agitation. Dans ces temps d’orage, l’eau de la mer, qui est ordinairement la plus claire de toutes les eaux, est trouble et mêlée des différentes matières que le mouvement des eaux détache des côtes et du fond; et la mer rejette alors sur les rivages une infinité de choses qu elle apporte de loin, et qu’on ne trouve jamais qu’après les grandes tempêtes, comme de l’ambre gris sur les côtes occidentales de l’Irlande, de l’ambre jaune sur celles de Poméranie, des cocos sur les côtes des Indes, etc., et quelquefois des pierres ponces et d’autres pierres singulières. Nous pouvons citer à cette occasion un fait rapporté dans les Nouveaux Voyages aux îles de l’Amérique : « Étant à Saint-Domingue, dit l’au- « teur, on me donna entre autres choses quelques pierres légères que la « mer amène à la côte quand il a fait de grands vents du sud : il y en avait « une de deux pieds et demi de long sur dix-huit pouces de large et environ (I un pied d’épaisseur, qui ne pesait pas tout à fait cinq livres; elle était « blanche comme la neige, bien plus dure que les pierres ponces, d’un «grain fin, ne paraissant point du tout poreuse; et cependant, quand « on la jetait dans beau , elle bondissait comme un ballon qu’on jette « contre terre; à peine enfonçait-elle un demi-travers de doigt. J’y fis faire « quatre trous de tarière pour y planter quatre bâtons, et soutenir deux « petites planches légères qui renfermaient les pierres dont je la chargeais : « j’ai eu le plaisir de lui en faire porter une fois cent soixante livres, et une « autre fois trois poids de fer de cinquante livres pièce. Elle servait de cha-

♦ Une chose assez remarquable sur les côtes de Syrie et de Phénicie, c’est qu’il paraît que les rochers qui sont le long de cette côte ont etc anciennement taillés en beaucoup d’endroits en forme d’auges de deux ou trois aunes de longueur, et larges à proportion, pour y recevoir l’eau de la mer et en faire du sel par l’évaporation ; mais nonobstant la dureté de la pierre, ces anges sont, à l’heure qu’il est, presque entièrement usées et aplanies par le battement continuel des vagues. Voyez les Voyages de Shaw, vol. II, page 69.

TllÉORlt; UE l.A TEIUÎE.

« loupe à mon nègre, (|ui se nietliiit dessus et allait se promener autour de « la caye. » (Tome V, page 260.) Cette pierre devait être une pierre ponce d'un grain très-fin et serré, qui venait de quelque volcan, et que la mer avait trans|»ortée, comme elle transporte l'ambre gris, les cocos, la pierre ponce ordinaire, les gi aines des plantes, les roseaux, etc. On peut voir sur cela les discours de Ilay : c’est principalement sur les côtes d'Irlande et d'Ecosse qu’on a fait des observations de cette espèce. La mer, par son mouvement général d’orient en occident, doit porter sur les côtes de l'Amérique le.s productions de nos côtes, et ce n’est peut-être que par des mouvements irréguliers, et que nous ne connaissons pas, qu’elle apporte sur nos rivages les productions des Indes orientales et occidentales; elle apporte aussi des productions du Nord. Il y a grande apparence que les vents entrent pour beaucoup dans les causes de ces effets. On a vu souvent, dans les hautes mers et dans un très-grand éloignement des côtes, des plages entières couvertes de pierres ponces : on ne peut guère soupçonner qu’elles puissent venir d’ailleurs que des volcans des îles ou de la terre ferme, et ce sont apparemment les courants qui les transportent au milieu des mers. Avant qu’on connût la partie méridionale de l’Afrique, et dans le temps où on croyait que la mer des Indes n’avait aucune communication avec notre Océan, on commença à la soupçonner par un indice de cette nature.

Le mouvement alternatif du flux et du reflux, et le mouvement constant de la mer d’orient en occident, offrent différeiKs phénomènes dans les différents climats ; ces mouvements se modifient différemment suivant le gisement des terres et la hauteur des côtes : il y a des endroits où le mouvement général d’orient en occident n’est pas sensible; il y en a d’autres où la mer a même un mouvement contraire, comme sur la côte de Guinée : mais ces mouvements contraires au mouvement général sont occasionnés par les vents, par la position des terres, par les eaux des grands fleuves, et par la disposition du fond de la mer; toutes ces causes produisent des courants qui altèrent et changent souvent tout à fait la direction du mouvement général dans plusieurs endroits de la mer. Mais, comme ce mouvement des mers d’orient en occident est le plus grand, le plus général et le plus constant, il doit aussi produire les plus grands effets, et, tout pris ensemble, la mer doit, avec le temps, gagner du terrain vers l’occident et en laisser vers l’orient, quoiqu’il puisse arriver que, sur les côtes où le vent d’ouest souffle pendant la plus grande partie de l’année, comme en France, en Angleterre, la mer gagne du terrain vers l’orient : mais encore une fois, ces exceptions particulières ne détruisent pas l’effet de la cause générale.

PREUVES

DE EA

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