‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 56 sur 93 · DES VENTS RÉGLÉS · texte numérisé non relu

DES VENTS RÉGLÉS

Rien ne paraît pins irrégulier et plus variable que la force et la direction de.s vents dans nos climats j mais il y a des pays où cette irrégularité n’est pas si grande, et d’autres où le vent souffle constamment dans la même direction et presque avec la même force.

Quoique les mouvements de l’air dépendent d’un grand nombre de causes, il y en a cependant de principales dont on peut estimer les effets ; mais il est difficile de juger des modifications que d’autres causes secondaires peuvent y apporter. La plus puissante de toutes ces causes est la chaleur du soleil, laquelle produit successivement une raréfaction considérable dans les différentes parties de l’atmosphère; ce qui fait le vent d’est, qui souffle constamment entre les tropiques, où la raréfaction est la plus grande.

La force d’attraction du soleil, et même celle de la lune sur l’atmosphère, sont des causes dont l’effet est insensible en comparaison de celles dont nous venons de parler. Il est vrai que cette force produit dans l’air un mouvement semblable .à celui du flux et du reflux dans la mer : mais ce mouvement n’est rien en comparaison des agitations de l’air qui sont produites par la raréfaction; car il ne faut pas croire que l’air, parce qu’il a du ressort et qti’il est huit cents fois plus léger que l’eau, doive recevoir par l’action de la Inné un mouvement de (lux fort considérable. Pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que ce mouvement n’est guère plus considérable que celui du flux et du reflux des eaux de la mer; car la distance à la lune étant supposée la même, une mer d'eau ou d’air, ou de telle autre matière fluide qu’on voudra imaginer, aura à peu près le même mouvement, parce que la force qui produit ce mouvement pénètre la matière, et est proportionnelleà sa quantité. Ainsi une mer d’eau, d’air ou de vif-argent, s’élèverait à peu près à la même hauteur par faction du soleil et de la lune, et dès lors on voit que le mouvement que l'attraction des astres peut causer dans l’atmosphère n'est pas assez considérable pour produire une grande agitation *; et quoi-

“■ L’effet de cette c.tiisc a été déterminé géoniétrlqueiiienl dans dilléi'cntcs hypollièses, cl calculé par M. d’Alembert. Vnycz Rédexions sur la cause générale des Vents. Paris, 1747.

m(y mSTOIUE NATURELLE,

qu’elle doive causer un léger niouvcnienl de Tair d’orient en occident, ce mouvement est tout à l'ait insensible en comparaison de celui que la chaleur du soleil doit produire en raréfiant l’air ; et comme la raréfaction sera toujours plus grande dans les endroits où le soleil est au zénith, il est clair que le courant d'air doit suivre le soleil et former un vent constant et général d’orient en occident, (le vent souffle continuellement sur la mer dans la zone torride, et dans la plupart des endroits de la terre entre les tropiques : c’est le même vent (pie nous sentons au lever du soleil; et en général les vents d’est sont bien plus fréquents et bien plus impétueux que les vents d’ouest; ce vent général d’orient en occident s’étend même au delà des tropiques, et il souffle si constamment dans la mer Pacifique, que les navires qui vont d’Acapulco aux Philippines font cette route, qui est de plus de deux mille sept cents lieues, sans aucun risque, et, pour ainsi dire, sans avoir besoin d’être dirigés. Il en est de même de la mer Atlantique entre l’Afrique et le Brésil; ce vent général y souffle constamment. 11 se fait sentir aussi entre les Philippines (!t l’Afrique, mais d’une manière moins constante, à cause des iles et des difl'érents obstacles qu’on rencontre dans cette mer : car il souffle pendant les mois de janvier, février, mars et avril, entre la ciàte de Mozambique et l’Inde; mais pendant les autres mois il cède à d’autres vents; et, (juoique ce vent d'est soit moins sensible sur les côtes qu’en pleine mer, et encore moins dans le milieu des continents que sur les côtes de la mer, cependant il y a des lieux où il souffle presque continuellement, comme sur les côtes orientales du Brésil, sur les côtes de Loango en Afrique, etc.

(]e vent d’est qui souffle continuellement sous la ligne, fait que, lorsqu’on |)art d’Europe pour aller en Amérique, on dirige le cours du vaisseau du nord au sud dans la direction des côtes d’Espagne et d'.Africjuc jusqu'à vingt degrés en deçà de la ligne, où l’on trouve ce vent d’est qui vous porte directement sur les côtes d’Amérique; et de même dans la mer Pacifique, l’on fait en deux mois le voyage de (^allao ou d’Acapulco aux Philippines à la faveur de ce vent d’est, qui est continuel; mais le retour des Philippines à Acapulco est plus long et plus difficile. A vingt-huit ou trente degrés de ce côté-ci de la ligne, on trouve des vents d’ouest assez constants, et c’est pour cela que les vaisseaux qui reviennent des Indes occidentales en Europe, ne prennent pas la même route pour aller et pour revenir : ceux qui viennent de la Nouvelle-Espagne font voile le long des côtes et vers le nord jusqu’à ce qu’ils arrivent à la Havane dans l’ilc de Cuba, et de là ils gagnent du côté du nord pour trouver les vents d’ouest, qui les amènent aux Açores et ensuite en Espagne. De même dans la mer du Sud, ceux qui reviennent des Philippines ou delà Chine au Pérou, ou au Mexique, gagnent le nord jusqu’à la hauteur du Japon, et naviguent sous ce parallèle jusqu’à une certaine distance de Californie, d’où, en suivant la côte de la Nouvelle-Espagne, ils arrivent à Acapulco. Au reste, ces vents d’est ne soufflent pas toujours du même point, mais en général ils sont au sud-est depuis le mois d’avril jusqu’au mois de novembre, et ils sont au nord-est depuis novembre jusqu’en avril.

Le vent d’est contribue par son action à augmenter ie mouvement général de la mer d'orienten occidcntj ilproduil aussi des courants qui sont constants et qui ont leur direction, les uns de l'est à l'ouest, les autres de l’est au sud-ouest ou au nord-ouest, suivant la direction des éminences et des chaînes de montagnes qui sont au fond de la mer, dont les vallées ou les intervalles qui les séparent servent de canaux à ces courants. De même les vents alternatifs, qui soufflent tantôt do l'est et tantôt de l'ouest, produisent aussi des courants qui changent de direction en même temps que ces vents en changent aussi.

Les vents qui souillent constamment, pendant quelques mois, sont ordinairement suivis de vents contraires, et les navigateurs sont obligés d'attendre celui qui leur est favorable; lorsque ces vents viennent à changer, il y a plusieurs jours, et quelquefois un mois ou deux de calme ou de tempêtes dangereuses.

Ces vents généraux, causés par la raréfaction de l’atmosplière, se condiinenl différemment par diflërentes causes dans dilférents climats. Dans la partie de la mer Atlantique qui est sous la zone tempérée, le vent du nord souille presque constamment, pendant les mois d’octobre, novembre, décembre et janvier : c’est pour cela que ces mois sont les ])lus favorables pour s’embarquer, lorsqu’on veut aller de l’Europe aux Indes, afin de passer la ligne à la faveur de ces vents; et l’on sait par expérience que les vaisseaux qui partent au mois de mars d’Europe, n’arrivent quelquefois pas plus tôt au Brésil que ceux qui partent au mois d’octobre suivant. Le vent du nord régne presque continuellement, pendant I hiver, dans la Nouvelle-Zemble et dans les autres cotes .septenti iotiales. Le vent du midi souffle, pendant le mois de juillet, att cap Vert : c’est alors le temps des pluies, ou l'Iiiver de ces climats. Au cap de Bonne-Espérance, le vent de nord-ouest souille pendant le mois de septembre. A Patna, dans l’Inde, ce même vent de nordouest souille, pendant les mois de novetnbre, décendvre et janvier, et il produit de grandes pluies; mais les vents d’est souillent pendant les neuf autres mois. Dans l'océan Indien, entre l’Afrique et l’Inde, et jusqu’aux iles ^loluques, les vents moussons régnent d’orient en occident, depuis janvier jusqu’au commencement de juin, et les vents d’occident commencent aux mois d’aoiit et de septembre, et pendant l'intervalle de juin et de juillet, il y a de très-grandes tempêtes, ordinairement par des vents du nord ; mais sur les côtes ces vents varient davantage qu’en pleine mer.

Dans le royaume de Guzarale et sur les côtes de la mer voisine, les vents du nord soufllent depuis le mois de mars jusqu'au mois de septembre, et pendant les autres mois de l'année il règne presque toitjours des vents du midi. Les Hollandais, pour revenir de .lava, partent ordinairement aux mois de janvier et de février par un vent d’est qui se fait sentir jusqu’à dixhuit degrés de latitude australe, et ensuite ils trouTcnt des vents de midi qui les portent jusqu'à Sainte Hélène. (Voyez Varen, Ceograph. gener cap, 20.)

Il y a des vents réglés qui sont produiis par la fonte des neiges; les anciens Grecs les ont observés. Pendant l'été les vents de nord-ouest, et pendant l'biver ceux de sud-est, se font sentir en Grèce, dans la Tbrace, dans la Macédoine, dans la mer Égée, et justpi'en Égypte et en Afrique; on remarque des vents de même espèce dans le Congo, à Guzarate, à l'extrémité de l’Afrique, qui sont tons produits par la fonte des neiges. Le Ilux et le rellux de la mer produisent aussi des vents réglés qui ne durent que quelques heures; et dans plusieurs endroits on remarque des vents (|ui viennent de terre pendant la nuit, et de la mer pendant le jour, comme sur les côtes de la Nouvelle-Espagne, sur celles <le Congo, à la Havane, etc.

Les vents de nord sont assez réglés dans les climats des cercles polaires : mais plus on approche de réquateur, plus ces vents de nord sont faibles; ce qui est commun aux deux pôles.

Dans l'océan Atlantique et Ethiopique, il y a un vent dest général entre les tropiques, qui dure toute l’année sans aucune variation considérable, à l’exception de quelques petits endroits, où il change suivant les circonstances et la position des côtes. 1" Auprès de la côte d’Afrique, aussitôt que vous avez passé les îles Canaries, vous êtes sûr de trouver un vent frais de nord-est à environ vingt-huit degrés de latitude nord ; ce vent passe rarement le nord-est ou le nord-nord-est, et il vous accompagne jusqu’à dix degrés de latitude nord, à environ cent lieues de la côte de Guinée, où l’on trouve au quatrième degré de latitude nord les calmes et tornades; 2" ceux qui vont aux îles Cara'ibes trouvent, en approchant de l’Amérique, que ce même vent de nord-est tourne de plus en plus à l’est, à mesure qu’on aj)proche davantage; 5” les limites de ces vents variables dans cet océan sont plus grandes sur les côtes d’Amérique (|uc sur celles d’Afrique. Il y a dans cet océan un endroit où les vents de sud et de sud-ouest sont eontintiels, savoir, tout le long de la côte de Guinée, dans un espace d’environ cinq cents lieues, depuis Sierra- l.cone jusqu’à file de Saint-Thomas. L’endroit le plus étroit de celte mer est depuis la Guinée jusqu’au Rrésil, où il n'y a qu’environ cinq cents lieues : cependant les vaisseaux qui parlent de la Guinée ne dirigent pas leur cours droit au Rrésil, mais ils descendent du côté du sud, surtout lorsqu’ils partent aux mois de juillet et d’août, à cause des vents de sud-est qui régnent dans ce temps. (Voy. Trans. pliH. Abridr/d., tome H, p. 129. )

Dans la mer Méditerranée, le vent souille de la terre vers la mer au coucher du soleil, et au contraire de la mer vers la terre au lever, en sorte que le matin c’est un vent du levant, et le soir un vent du couchant. Le vent du midi, rpii est pluvieux, et qui souille ordinairement à Paris, en Rourgogne et en Champagne au commencement de novembre, et (pii cède à une bise douce et tempérée, produit le beau teinits qu’on appelle vulgairement l'été de la Saint-Martin. ( Voyez le Traité des Taux de AI. Mariolte. )

Le docteur Lister, d’ailleurs bon observateur, prétend que le vent d’i.st général qui se fait sentir entre les tropiques pendant toute l'année, n’est

produit que par la respiration de la plante appelée lentille de mer, qui est extrêmement abondante dans ces climats, et que la dilTérence des vents sur la terre ne vient que de la différente disposition des arbres et des forêts, et il donne très-sérieusement cette ridicule imagination pour cause des vents, en disant qu’à riieurc de midi le vent est |)lus fort, parce que les i)lantes ont plus cbttud et respirent 1 air plus souvent, et qu'il souille d'orient en occident, parce que toutes les plantes font un peu le tournesol, et respirent toujours du côté du soleil.

D autres auteurs, dont les vues étaient plus saines, ont donné pour cause de ce vent constant le mouvement de la terre sur son axe : mais cette opinion n est que spécieuse, et il est facile de faire com|)rcndre aux getis, même les moins initiés en mécanique, que tout fluide qui environnerait la terre ne pourrait avoir aucun mouvement particulier en vertu de la rotation du globe, que ratmospbere ne peut avoir d'autre mouvement que celui de eette même rotation, et que, tout tournant ensemble et à la fois, ce mouvement de rotation est aussi insensible dans ratmosphère, qu'il l’est à la surface de la terre.

La principale cause de ce mouvement constant est, comme nous l'avons dit, la chaleur du soleil; on peut voir .sur cela le Trailé de llalhji dam les Ttonsac. philosoph.; et en general, toutes les causes, qui produiront dans l’air une raréfaction ou une condensation considérable, |)roduirnnt des vents dont les directions seront toujours directes ou opposées aux lieux où sera la plus grande raréfaction ou la plus grande condensation.

La pression des nuages, les exhalaisons de la terre, l'inflammation des météores, la résolution des vapeurs en pluies, etc., sont aussi des causes (pii toutes produisent des agitations considf'rablcs dans l'atmosplière ; chacune de ces causes se combinant de dilftirentes fâchons, produit des effets dilférents ; il me paraît donc qu'on tenterait vainement de donner tme théorie des vents, et qu’il faut se borner à travailler à en faire l’iiistoire ; c’est dans cette vue (pie j’ai rassemblé des faits qui pourront y servir.

Si nous avions une suite d’observations sur la direction, la force et la variation des vents dans les difl’érents climats; si cette suite d'observations était exacte et assez étendue pour qu'on pût voir d’un coup d’teil le résidtaf de ces vicissitudes de l'air dans chaque pays, je ne doute pas qu’on n’arrivàt à ce degré de connaissance dont nous sommes encore si fort éloignés, à une méthode par laquelle nous pourrions prévoir et prédire les différents états du ciel etla différence des saisons : mais il n'y a pas assez longtemps qu’on fait des observations météorologiques; il y en a bcaucou[) moins qu’on les fait avec soin, et il s’en écoulera peut-être biîaucoup avant qu'on sache en employer les résultats, qui sont cependant les seuls moyens que nous ayons pour arriver à quelque connaissance positive à ce sujet.

Sur la mer les vents sont plus réguliers que sur la terre, parce que la mer est un espace libre, et dans lequel rien ne s’oppose à la direction du vent; sur la terre, au contraire, les montagnes, les forêts, les villes, etc.,

340 HISTOIRE ISATHRELLE.

forment des obstacles qui font changer la direction des vents, et qui souvent produisent des vents contraires aux premiers. Ces vents, réfléchis par les montagnes, se font sentir dans toutes les provinces qui en sont voisines, avec une impétuosité souvent aussi grande que celle du vent direct qui les produit ; ils sont aussi très-irréguliers, parce leur direction dépend du contour, de la hauteur et de la situation des montagnes qui les réfléchissent. Les vents de mer soufflent avec plus de force et plus de continuité que les vents de terre; ils sont aussi beaucoup moins variables, et durent plus longtemps; dans les vents de terre, quelque violents qu’ils soient, il y a des moments de rémission et quelquefois des instants de repos; dans ceux de mer, le courant d’air est constant et continuel sans aucune interruption ; la différence de ces effets dépend de la cause que nous venons d’indiquer.

En général, sur la mer, les vents d’est et ceux qui viennent des pôles sont plus forts que les vents d’ouest et que ceux qui viennent de l’équateur; dans les terres, au contraire, les vents d’ouest et de sud sont plus ou moins violents que les vents d’est et de nord, suivant la situation des climats. Au printemps et en automne, les vents sont plus violents qu’en été ou en hiver, tant sur mer que sur terre; on peut en donner plusieurs raisons : 1" le printemps et l’automne sont les saisons des |)lus grandes marées, cl, par conséquent, les vents (pie ces marées produisent, sont plus violents dans ces deux saisons; 2" le mouvement que l'action du soleil et de la lune produit dans l’air, c’est-à-dire le (lux et le reflux de l’atmosphère, est aussi plus grand dans la saison des équinoxes ; 5° la fonte des neiges au printemps, cl la résolution des vapeurs que le soleil a élevé(îs pendant l'été, qui retombent en pluies abondantes pendant l’automne, produisent, ou du moins, augmentent les vents; 4° le passage du chaud au froid, ou du froid au chaud, ne peut se faire sans augmenter et diminuer considérablement le volume de l’air, ce qui seul doit produire de très-grands vents.

On remarque souvent dans l’air des courants contraires : on voit des nuages qui se meuvent dans une direction, cl d’antres nuages plus élevés ou plus bas que les premiers, qui se meuvent dans une direction contraire; mais celle contrariété de mouvement ne dure pas longtemps, et n’est ordinairement produite que par la résistance de quelque nuage à l'action du vent, et par la répulsion du vent direct qui règne seul dès (|ue l’obstacle est dissipé.

Les vents sont plus violents dans les lieux élevés que dans les plaines; et plus on monte dans les hautes montagnes, plus la force du vent augmente, jusqu’à ce qu'on soit arrivé à la hauteur ordinaire des nuages, c’est-à-dire à environ un quart ou un tiers de lieue de hauteur perpendiculaire : au delà de celte hauteur, le ciel est ordinairement serein, au moins pendant l’été, et lèvent diminue; on prétend même qu’il est tout à fait insensible au sommet des plus hautes montagnes : cependant, la plupart de ces sommets, et même les plus élevés, étant couverts de glace et de neige, il est naturel de penser que cette région de l’air est agitée par les vents dans le temps de la chute de ces neigc's; ainsi ce ne peut être que pendant l'été que les vents

lie s’y font pas sentir. Ne pourrait-on pas dire qil’en été les vapeurs légères qui s’élèvent au soininet de ces montagnes retombent en rosée, au lieu (|u’en hiver elles se condensent, se gèlent et retombent en neige ou en glace; ce qui peut produire en hiver des vents au-dessus de ces montagnes, quoiqu'il n’y en ait point en été ?

ün courant d'air augmente de vitesse comme un courant d'eau, lorsque l’espace de son passage se rétrécit ; le même vent, qui ne se fait sentir que médiocrement dans une plaine large et découverte, devient violent en passant par une gorge de montagne, ou seulement entre deux bâtiments élevés, et le point de la plus violente action du vent est au-dessus de ees mêmes bâtiments ou de la gorge de la montagne; l’air, étant comprimé par la résistance de ces obstacles, a jilus de masse, plus de densité; et la même vitesse subsistant, l'effort ou le cou|)de vent, le wometitwm en devient beaucoup plus fort, (’i’est ce (jui fait qii’auprcs d’une église ou d’une tour les vents semblent être beaucoup plus violents qu’ils ne le sont à une certaine distance de ces édifices. .J’ai souvent remarqué que le vent, réfléchi par un bâtiment isolé, ne laissait pas d’être bien plus violent que le vent direct qui produisait ce vent réfléchi; et lorsque j'en ai elierebé la raison, je n’en ai pas trouvé d’autre que celle que je viens de rapporter : l’air chassé se comprime contre le bâtiment et SC réfléchit, non-seulement avec la vitesse qu’il avait auparavant, mais encore avec plus de masse ; ce qui rend en effet son action beaucoup plus violente.

A ne considérerque la densité de l’air, qui est plus grande à la surface de la terre que dans tout autre point de l'atmosphère, on serait porté à croire (|ue la plus grande action du vent devrait être aussi à la surface de la terre, et je crois que cela est en effet ainsi toutes les fois que le ciel est serein : mais, lorsqu’il est chargé de nuages, la plus violente action du vent est à la hauteur de ces nuages, qui sont |)lus denses que lair, puisquils tombent en forme de pluie ou de grêle. On doit donc dire que la force du vent doit s estimer, non-seulement par sa vitesse, mais aussi par la densité de 1 air , de quelque cause que puisse provenir cette densité, et qu’il doit arriver souvent qu’un vent qui n’aura pas plus de vitesse qu’un autre vent ne laissera pas de renverser des arbres et des édifices, uniquement parce que l’air poussé pai' ce vent sera plus dense. Eeci fait voir l’imperfection des machines qu’on a imaginées pour mesurer la vitesse du vent.

Les vents particuliers, soit qu’ils soient directs ou réfléchis, sont plus violents que les vents généraux. L’action interrompue des vents de terre dépend de cette compression de l’air, qui rend chaque bouffée beaucoup plus violente qu’elle ne le serait si le vent soufflait uniformément : quelque fort que soit un vent continu, il ne causera jamais les désastres que produit la fureur de ces vents qui soufflent, pour ainsi dire, par accès : nous en donnerons des exemples dans l’article qui suit.

On pourrait considérer les vents et leurs différentes directions sous des points de vue généraux, dont on tirerait peut-être des inductions utiles ; par

542 TIISTOIRE NATURELLE,

exemple, il me paraît qu’on pourrait diviser les vents par zones; que le vent d’est, qui s’étend à environ vingt-cinq ou trente degrés de cliaque côté de l’équateur, doit être regardé comme exerçant son action tout autour du globe dans la zone torride; lèvent du nord souiïle presque aussi constamment dans la zone froide que le vent d'csl dans la zone torride, et on a reconnu, qu’à la Terre de Feu et dans les endroits les moins éloignés du pôle austral où l’on est parvenu, le vent vient aussi du pôle. Ainsi, l’on peut dire que le vent d’est occupant la zone torride, les vents du nord occupent les zones froides, et, à l'égard des zones tempérées, les vents qui y régnent ne sont, pour ainsi ilire, que des courants d’air, dont le mouvement est composé de ceux de ces deux vents principaux qui doivent produire tous les vents dont la direction tend à l’occident; et, à l’égard des vents d’ouest, dont la direction tend à l’orient, et qui régnent souvent dans la zone tempérée, soit dans la mer Pacifique, soit dans l'océan Atlantique, on peut les regarder comme des vents réflécfus par les terres d’Asie et de l’Amérique, mais dont la première origine est due aux vents d'est et de nord.

Quoique nous ayons dit que, généralement parlant, le vent d’est règne tout autour du globe à environ vingt-cinq ou trente degrés de ehaque côté de l'équatcur, il est cependant vrai que dans quelques endroits il s’étend à une bien moindre distance, et que sa direction n’est pas partout de l’est à l’ouest; car, en deçà de l’équateur, il est un peu est-nord-est, et au delà de l’équateur, il est sud-est; et plus on s’éloigne de réquateur, soit au nord, soit au sud, plus la direction du vent est oblique. 1/équateurest la ligne sous laquelle la direction du vent de l’est à l’ouest est la 'plus exacte. Par exemple, dans l’océan Indien, le vent général d'orient on occident ne s’étend guère au delà de quinze degrés : en allant de Goa au cap de Ronne-Espérance, on ne trouve ce vent d’est qu’au delà del'équaleur, environ au douzième degré de latitudesud, et ilne se fait pas sentir en deçà de l’équateur ; mais, lorsqu'on est arrivé à ce douzième degré de latitude sud, on a ce vent jusr|u’au vingtbuitième <legré de latitude sud. Dans la mer qui sépare l AIVique de l’Amérique, il y a un intervalle qui est depuis le quatrième degré de latitude nord, justpi’au dixième ou onzième degré de latitude nord, où ce vent général n’est pas sensible, mais au delà de ce dixième ou onzième degré, ce vent règne et s’étend jusqu'au trentième degré.

Il y a aussi beaucoup d’exceptions à faire au sujet des vents moussons, dont le mouvement est alternatif : les uns durent plus ou moins longtemps, les autres s’étendent à de plus grandes ou à tic moindres distances, les autres sont plus ou moins réguliers, plus ou moins violents. Nous rapporterons ici, d’après ’Varenius, les principaux phénomènes de ces vents. « Dans « l’océan Indien, entre l’Afrique et l’Inde jusqu'aux Moluques, les vents « d’est commencent à régner atimois dejanvier, et durent jusqu’au commen- « cernent de juin; au mois d’août ou de septembre, commence le mouve- « ment contraire, et les vents d’ouest régnent pendant trois ou quatre mois; « dans l’intervalle de ces moussons, c’est-à-dire à la fin de juin, au mois de

a jiiillel et au conimciiceiuenl craoût, il n'y a sur cette mer aucun vent l'ait,

« et on éprouve de violentes tempêtes qui viennent du septentrion.

« ('.CS vents sont sujets à de plus grandes variations en approcliant des « terres: car les vaisseaux ne peuvent partir de la côte de Malabar, non plus « (|ue des autres ports de la côte oecidentalc de la presqu’île de l’Inde, pour « aller en yUrique, en Arabie, en Perse, etc., que depuis le mois de janvier « jusqu’au mois d’avril on de mai ; car, dès la fin de mai et pendant les « mois de juin, de juillet et d’août, il se l'ait de si violentes tempêtes par les 8 vents de nord ou de nord-est, que les vaisseaux ne peuvent tenir à la mer;

« au contraire, de l'autre côté de cette presqu’île, c’est-à-dire sur la mer qui 8 baigne la côte de Coromandel, on ne connaît point ces tempêtes.

« On part de Java, de Ceylan et de plusieurs endroits, au mois de septem- « bre, pour aller aux des Moluques, parce que le vent d’occident commence 8 alors à souffler dans ces parages; cependant, lorsqu’on s’éloigne de l’équa- 8 teur à quinze degrés de latitude australe, on perd ce vent d’ouest, et on « retrouve le vent général , qui est dans cet endroit un vent de sud-est. On 8 part de même de Cochin, pour aller à Malaca, au mois de mars, parce que 8 les vents d’ouest commencent à souffler dans ce temps. Ainsi, ces vents 8 d’occident se font sentir en différents temps dans la mer des Indes : on 8 part, comme on le voit, dans un temps pour aller de Java aux Moluques,

8 dans un autre temps pour aller de Coebin à Malaca, dans un autre pour 8 aller de Malaca à la Cbine, et encore dans un autre pour aller de la 8 (]bine au Japon.

8 A Banda, les vents d’occident finissent à la fin de mars; il règnedes vents 8 variables et des calmes pendant le mois d’avril; au mois de mai, les vents a d'orient rcommeneent avec une grande violence. A Ceylan, les vents d'oc- 8 cident commencent vers le milieu du mois de mars et durent jusqu’au 8 commencement d’octobre, que reviennent les vents d’est, ou plutôt d’est- 8 nord-est. A Madagascar, depuis le milieu d’avril jusqu’à la fin de mai, on 8 a des vents de nord et de nord-est ; mais au mois de février et de mars, ce a sont des vents d’orient et de midi. De Madagascar au cap de Bonne-Espé- 8 rance, le vent du nord et les vents collatéraux soufflent pendant les mois 8 de mars et d’avril. Dons le golfe de Bengale; lovent du midi se fait sen- 8 tir avec violence apres le d'avril ; auparavant il règne dans cette meir 8 des vents de sud-ouest ou de nord-ouest. Les vents d’ouest sont aussi très- 8 violents dans la mer de la Chine pendant le mois de juin et de juillet; 8 c’est aussi la saison la plus convenable pour aller de la Cbine au Japon : 8 mais, pour revenir du Japon à la Cbine, ce sont les mois de février et de 8 mars qu’on préfère, parce que les vents d est ou de nord-est régnent alois 8 dans celte mer.

8 H y a des vents qu’on peut regarder comme particuliers a de certaines 8 côtes : parcxcnqde, le vent de sud-est est presque continuel sur les côtes du 8 Chili et du Pérou; il commence au quarante-sixième dcgi é ou environ de laïc titude sud, et il s’étend jusqu’au delà de Panama ; ce qui rend le voyage de

34i HISTOIRE NATURELLE.

« Lima à Panama beaucoup plus aisé à faire et plus court que le retour. Les « vents d’occident soufflent presque continuellement, ou du moins très-fré- « quemment, sur les côtes de la terre Alagellanique, aux environs du détroit « de Lemaire; sur la côte de Malabar, les vents de" nord et de nord-ouest «régnent presque continuellement; sur la côte de Guinée, le vent de « nord-ouest est aussi fort fréquent, et à une certaine distance de cette « côte, en pleine mer, on retrouve le vent de nord-est ; les vents d’occi- « dent régnent sur les côtes du .lapon aux mois de novembre et de dé- « cembre. »

Les vents alternatifs ou périodiques dont nous venons de parler sont des vents de mer; mais il y a aussi des vents de terre qui sont périodiques, et qui reviennent, ou dans une certaine saison, ou à de certains jours, ou même à de certaines heures : par exemple, sur la côte de Malabar, depuis le mois de septembre jusqu’au mois d’avril, il souffle un vent de terre qui vient du côté de l’orient; ce vent commence ordinairement à minuit et finit à midi , et il n est plus sensible dès qu’on s’éloigne à douze ou quinze lieues de la côte; et depuis midi jusqu’à minuit il règne un vent de mer qui est fort faible, et qui vient de l’occident : sur la côte de la Nouvelle-Espagne en Amérique, et sur celle du (iongo en Afrique, il règne des vents de terre pendant la nuit et des vents de mer jtendant le jour : à la Jamaïque, les vents soufflent de tous côtés à la fois pendant la nuit, et les vaisseaux ne peuvent alors y arriver sûrement, ni en sortir avant le jour.

En hiver, le port de Gochin est inabordable; il ne peut en sortir aucun vaisseau, parce que les vents y soufflent avec une telle impétuosité, que les bâtiments ne peuvent pas tenir à la mer, et que, d’ailleurs, le vent d’ouest (|ui y souffle avec fureur amène à l’embouchure du fleuve de Cochin une si grande quantité de sable, qu’il est impossible aux navires, et même aux barques , d’y entrer pendant six mois de l’année ; mais les vents d’est, qui soufflent pendant les six autres mois, repoussent ces sables dans la mer, et rendent libre l’entrée de la rivière. .Au détroit de Babel-Mandel , il y a des vents de sud-est qui y régnent tous les ans dans la même saison, et qui sont toujours suivis des vents de nord-ouest. A Saint-Domingue, il y a deux vents différents qui s’élèvent régulièrement presque chaque jour : l’un, qui est un vent de mer, vient du côté de l’orient, et il commence à dix heures du matin; 1 autre, qui est un vent de terre et qui vient de l’occident, s’élève à six ou sept heures du soir et dure toute la nuit. Il y aurait plusieurs faits de cette espèce à tirer des voyageurs dont la connaissance pourrait peut-être nous conduire à donner une histoire des vents, qui serait un ouvrage trèsutile pour la navigation et pour la physique.

ADDITIONS

A l’article qui a pour titre :

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