‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 55 sur 93 · SUK LES COURANTS DE LA MER · texte numérisé non relu

SUK LES COURANTS DE LA MER

Oïl doit ajouter à rcnuinération des courants de la mer le fameux courant de Mosc.ltm, Mosche ou 3Iate, sur les côtes de Norwége, dont un savant Suédois nous a donné la description dans les termes suivants ;

« Ce courant, qui a pris son nom du rocher de Moschensicle, situé entre « les deux des de Lol'œde et de AVoeram, s’étend à quatre milles vei s le « sud et vers le nord.

« Il est extrêmement rapide, surtout entre le rocher de Mosche et la « pointe de Lofœde; mais, plus il s’approche des deux îles de Woerœn et de « Roest, moins il a de rapidité. Il achève son cours du nord au sud en six « heures, puis du sud au nord en autant de temps.

« Ce courant est si rapide, qu’il fait un grand nombre de petits tournants, « que les habitants du pays ou les Norwégiens appellent gargamer.

« Son cours ne suit [loint celui des eaux de la mer dans leur flux et dans « leur reflux : il y est plutôt tout contraire. Lorsque les eaux de l’Océan « montent, elles vont du sud au nord, et alors le courant va du nord au « sud : lorsipie la mer se retire, elle va du nord au sud, et pour lors le cou- « rant va du sud au nord.

« Ce qu’il y a de plus remanjuable, c’est que, tant en allant qu’en reve- « liant, il ne décrit pas une ligne droite, ainsi que les autres courants qu’on « trouve dans quelques détroits, où les eaux de la mer montent et dcscen- « dent; mais il va en ligne circulaire.

« Quand les eaux de la mer ont monté à moitié, celles du courant vont « au sud-sud-est. Pins la mer s’élève, plus il se tourne vers le sud; de là il « SC tourne vers le sud-ouest, et du sud-ouest vers l’ouest.

« Lorsque les eaux de la mer ont entièrement monté, le courant va vers « le nord-ouest, et ensuite vers le nord : vers le milieu du reflux, il reconi- V inence son cours, après l avoir suspendu pendant quelques moments...

« Le principal phénomène qu’on y observe, est son retour par l'ouest du « sud-sud-est vers le nord, ainsi que du nord vers le sud-est. S’il ne reve- « liait pas par le même chemin, il serait fort dillicile, et presque impossible,

« de passer de la pointe de Lofœde aux deux grandes iles de Woerœn et de « Roest. Il y a eetiendanl aujourd hui deux paroisses qui seraient nécessai- « rement sans habitants, si le courant ne prenait pas le chemin que je viens « de dire; mais, comme il le prend en clïct, ceux qui veulent passer de la « pointe de Lofœde à ces deux iles, aUcndentipie la mer ait monté à moitié,

M parce qu'alors le courant se dirige vers l’ouest : lorsqu’ils veulent revenir « de ces îles vers la pointe de Lofœde, ils attendent le mi-rellux, parce « qu'alors le courant est dirigé vers le continent; ce qui fait qu’on passe « avec beaucoup de facilité... Or, il n’y a point de courant sans pente; et « ici, l’eau monte d’un côté cl descend de l’autre...

« Pour SC convaincre de cette vérité, il sullit de considérer qu'il y a une

« politc langue tic Icrrc qui s’élentl à seize milles de Norwége dans la mer,

« depuis la poinle de Lofœde, qui csl le plus à l’ouest, jusqu’à celle de Lod- « dinge, qui csl la plus orientale. Cette petite langue de terre est environnée « par la mer; et, soit pendant le flux, soit pendant le reflux, les eaux y sont « toujours arrêtées, parce qu’elles ne peuvent avoir d’issue que par six petits « détroits ou passages qui divisent cette langue de terre en autant de parties.

« Quelques-uns de ces détroits ne sont larges que d’un demi-quart de mille, «et quelquefois moitié moins; ils ne peuvent donc contenir qu’une petite t< quantité d’eau. Ainsi, lorsque la mer monle, les eaux qui vont vers le « nord s’arrêtent en grande partie au sud de cette langue de terre : elles sont K donc bien plus élevées vers le sud que vers le nord. Lorsque la mer se « retire et va vers le sud, il arrive pareillement que les eaux s'arrêtent en « grande partie au nord de cette langue de terre, et sont par conséquent « bien plus hautes vers le nord que vers le sud.

« Les eaux arrêtées de cette manière, tantôt au nord, tantôt au sud, ne « peuvent trouver d'issue qu’entre la pointe de Lofœde et de l'île de Woe- « rœn, et qu’entre cette île et celle de Roest.

« La pente qu’elles ont, lorsqu’elles descendent, cause la rapidité du cou- « ranl; et, par la même raison, celte rapidité est plus grande vers la poinle « de Lofœde que partout ailleurs. Comme celte pointe est plus près de « l'endroit où les eaux s’arrêtent, la pente y est aussi plus forte; et plus les « eaux du courant s’étendent vers les îles de Woerœn et de Roest, plus il « perd de sa vitesse...

« Après cela, il est aisé de concevoir pourquoi ce courant est toujours « diamétralement opposé à celui des eaux de la mer. Rien ne s’oppose à «celles-ci, soit qu’elles montent, soit qu’elles descendent : au lieu que « celles qui sont arrêtées au-dessus de la pointe de Lofœde ne peuvent se « mouvoir ni en ligne droite, ni au-dessus de celte même pointe, tant que « la mer n’est point descendue plus bas, et n’a pas, en se retirant, emmené « les eaux que celles qui sont arrêtées au-dessus de Lofœde doivent rem- « placer...

« Au commencement du flux et du reflux, les eaux de la mer ne peuvent « pas détourner celles du courant; mais, lorsqu’elles ont monté ou des- « cendu à moitié, elles ont assez de force pour changer sa direction. Comme « il ne peut alors se tourner vers l’est, parce que l’eau est toujours stable « près de la pointe de Lofœde, ainsi que je l'ai déjà dit, il faut nécessaire- « ment qu’il aille vers l’ouest où l’eau est plus basse*. » Cette explication me paraît bonne cl conforme aux vrais principes de la théorie des eaux courantes.

Nous devons encore ajouter ici la description du fameux courant de Charybde et Seylla, près de la Sicile, sur lequel M. Rridone a fait nouvellement des observations qui semblent prouver que sa rapidité et la violence de tous ses mouvements sont fort diminuées.

Description du courant de tlosckôc, etc. Journal clrangci’j février 1758, paje 2.5.

334 ilISTOlHE NATURELLE.

« Le fameux rocher de Scylia est sur la cèle de la (lalahre, le cap Peiore « sur celle de Sicile, et le célèbre détroit du Phare court entre les deux. « L on entend, à quelques milles de distance de l entrée du détroit, te mu- « gissenient du courant j il augmente à mesure qu’on s’approche, et, en « plusieurs endroits, l'eau forme de grands tournants, lors même que tout « le reste de la mer est uni comme une glace. Les vaisseaux sont attirés « par ces tournants d’eau ; cependant on court peu de danger quand le « temps est calme : mais, si les vagues rencontrent ces tournants violents, « elles forment une mer terrible. Le courant porte directement vers le ro- « cher de Scylia : il est environ à un mille de l’entrée du Phare. Il faut con- « venir que réellement ce fameux Scylia n’approche pas de la description « formidable quTIomère en a faite; le pas.sage n’est pas aussi prodigieuse- « ment étroit ni aussi difficile qu’il le représente; il est probable que, de- « puis ce temps, il s’est fort élargi, et que la violence du courant a diminué « en même proportion. Le roeber a prés de deux cents pieds d’élévation ; on « y trouve plusieurs cavernes et une espèce de fort bâti au sommet. Le fanal « est à présent sur le cap Peiore. L’entrée du détroit entre ce cap et la Coda- « di-Volpe en Calabre, parait avoir à peine un mille de largeur; son canal « s’élargit, et il a quatre milles auprès de Messine, qui est éloignée de douze ï milles de l’entrée du détroit. Le célèbre gouffre ou tournant de Charybde « est près de l'entrée du havre de Messine : il occasionne souvent dans « l’eau un mouvement si irrégulier, que les vaisseaux ont beaucoup de « peine à y entrer. Aristote fait une longue et terrible description de ce « passage difficile * **. Homère, Lucrèce, Virgile et plusieurs autres poètes « l’on décrit comme un objet qui inspirait la plus grande terreur. Il n’est « certainement pas si formidable aujourd’hui, et il est très-probable que le « mouvement des eaux, depuis ce temps, a émoussé les pointes escarpées « des rochers, et détruit les obstacles qui resserraient les flots. Le détroit « s’est élargi considérablement dans cet endroit. Les vaisseaux sont néan- « moins obligés de ranger la côte de Calabre de très-près, afin d’éviter l’at- « traction violente occasionnée par le tournoiement des eaux; et lorsqu’ils « sont arrivés à la partie la plus étroite et la plus rapide du détroit, entre le « cap Peiore et Scylia, ils sont en grand danger d’ètre jetés directement « contre ce rocher, üe là vient le proverbe : incidü in Scyllam cupiens « vitare Charijbdin. On a placé un autre fanal pour avertir les marins qu'ils « approchent de Charybde, comme le fanal du cap Peiore les avertit qu’ils « approchent de Scylia »

* Aristot. De aclmirandis. cap.

** Voyage en Sicile, par M. Bricione, tonie l, p. 46 et snlv.

THIîORIE ülî LA TEUHE.

PREUVES

DK L\

Page 1