‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 58 sur 93 · SUR QUELQUES VENTS QUI VARIENT RÉGULIÈREMENT · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES VENTS QUI VARIENT RÉGULIÈREMENT

Il y a de certains climats et de certaines contrées particulières où les vents varient, mais constamment et régulièrement j les uns au bout de six mois, les autres après quelques semaines, et enfin d’autres du jour à la nuit ou du soir au matin. .l ai dit, dans ce volume, page 344, qu’ à Saint-Domingue, il y a deux vents différents, qui s’élèvent régulièrement presque chaque jour; que Vun est un vent de mer qui vient de l'orient, et que l’autre est un vent de terre qui vient de t occident. M. Fi-csnaye m’a écrit (juc je n’avais pas été exactement informé. « Les deux vents réguliers, dit-il, qui soufflent à Saint-Do- « mingue, sont tous deux des vents de rner, et soufflent l’un de l’est le « matin, et l’autre de 1 ouest le soir, qui n’est que le même vent renvoyé; « comme il est évident que c’est le soleil qui le cause, il y a un moment de « bourrasque que tout le monde remarque entre une heure et deux l’après- « midi. Lorsque le soleil a décliné, raréfiant l’air de l’ouest, il chasse dans « l’est les nuages que le vent du matin avait confinés dans la partie opposée. « Ce sont ces nuages renvoyés, qui, depuis avril et mai jusque vers l’au- « tomne, donnent dans la partie du Port-au-Prince les pluies réglées qui « viennent constamment de l’est. Il n’y a pas d habitant qui ne prédise la « pluie du soir entre six et neuf heures, lorsque, suivant leur expression, la « brise a été renvoyée. Le vent d’ouest ne dure pas toute la nuit, il tombe « régulièrement vers le soir; et c’est lorsqu’il a cessé, que les nuages « poussés à l’orient ont la liberté de tomber, dès que leur poids excède un « pareil volume d’air : le vent que l’on sent la nuit est exactement un vent « de terre, qui n’est ni de l’est ni de l’ouest, mais dépend de la projection de « la côte. Au Port-au-Prince, ce vent du midi est d’un froid intolérable dans « les mois de janvier et de février : comme il traverse la ravine de la rivière « froide, il y est modifié *. »

SLR LES L AVANCES.

Dans les hautes montagnes, il y a des vents accidentels qui sont produits par des causes particulières, et notamment par les lavanges. Dans les Alpes, aux environs des glacières, on distingue plusieurs espèces de lavanges. Les

Noie communiquée à M. de Bullaii par M. Fresnaye.

unes sont appelées lavanges venteuses, parce qu’elles produisent un grand ventj elles se forment lorsqu'une neige nouvellement tombée vient à être mise en mouvement, soit par l’agitation de l’air, soit en fondant par-dessous, au moyen de la chaleur intérieure de la terre : alors la neige se pelotonne, s’accumule et tombe en coulant en grosses masses vers le vallon; ce qui cause une grande agitation dans l'air, parce qu’elle coule avec rapidité et en très-grand volume; et les vents que ces masses produisent sont si impétueux qu’ils renversent tout ce qui s’oppose à leur passage, jusqu’à rompre de gros sapins. Ces lavanges couvrent d’ime neige très-fine tout le terrain auquel elles peuvent atteindre, et cette poudre de neige voltige dans l’air au caprice des vents, c’est-à-dire sans direction fixe; ce qui rend ces neiges dangereuses pour les gens qui se trouvent alors en campagne, parce qu’on ne sait pas trop de quel côté tourner pour les éviter, car, en peu de moments, on se trouve enveloppé et même entièrement enfoui dans la neige.

Une autre espèce de lavanges, encore plus dangereuses que les premières, sont celles que les gens du pays appellent schlaglauwen , c’est-àdire lavanges frappantes ; elles ne surviennent pas aussi rapidement que les premières, et néanmoins elles renversent tout ce qui se trouve sur leur passage, parce quelles entraînent avec elles une grande quantité de terre, de pierres, de cailloux, et même des arbres tout entiers ; en sorte qu’en passant et en arrivant dans le vallon, elles tracent un chemin de destruction en écrasant tout ce qui s’oppose à leur passage. Comme elles marchent moins rapidement que les lavanges qui ne sont que de neige, on les évite plus aisément : elles s’annoncent de loin, car elles ébranlent, pour ainsi dire, les montagnes et les vallons par leur poids et leur mouvement, qui causent un bruit égal à celui du tonnerre.

Au reste, il ne faut qu’une très-petite cause pour produire ces terribles elfcts; il suffit de quelques flocons de neige tombés d’un arbre ou d’un rocher, ou même du son des cloches, du bruit d’une arme à feu, pour que quelques portions de neige se détachent du sommet, se pelotonnent et grossissent en descendant jusqu’à devenir une masse aussi grosse qu’une petite montagne.

Les habitants des contrées sujettes aux lavanges ont imaginé des précautions pour se garantir de leurs effets; ils placent leurs bâtiments contre quelques petites éminences qui puissent rompre la force de la lavange : ils plantent aussi des bois derrière leurs habitations; on peut voir au mont Saint- Cothard une forêt de forme triangulaire, dont l'angle aigu est tourné vers le mont, et qui semble plantée exprès pour détourner les lavanges et les éloigner du village d’IJrseren et des bâtiments situés au pied de la montagne; et il est défendu, sous de grosses peines, de toucher à celte forêt, qui est, pour ainsi dire, la sauvegarde du village. On voit de même, dans plusieurs autres endroits, des murs de précautions dont l’angle aigu est opposé à la montagne, afin de rompre et détourner les lavanges; il y a une muraille de celle espèce à Davis, au pays des Grisons, au-dessus de l’église du mi-

lieu, comme aussi vers les bains de Leuk ou Louacbe en Valais. On voit dans ce même pays des Grisons et dans quelques autres endroits, dans les gorges de montagnes, des voûtes de distance en distance, placées à côté du cliemin et taillées dans le roc, qui servent aux passagers de refuge contre les lavanges *.

PREUVES

DE LA

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