‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 65 sur 93 · DES VOLCANS ÉTEINTS · texte numérisé non relu

DES VOLCANS ÉTEINTS

Le nombre des volcans éteints est sans comparaison beaucoup plus grand que celui des volcans actuellement agissants. On peut même assurer qu’i s’en trouve en très-grande quantité dans presque toutes les parties de la terre. Je pourrais citer ceux que M. de la Condaminc a remarqués dans les Cordillères, ceux que M. Frenaye a observés à Saint-Domingue, dans le voisinage du Port-au-Prinec, ceux du Japon et des autres îles orientales et méridionales de l’Asie, dont presipie toutes les contrées habitées ont autrefois été ravagées par le feu ; mais je me bornerai à donner pour exemple ceux del’îlc de France et de l’île de Bourbon, que quelques voyageurs instruits ont reconnus d’une manière évidente.

« Le terrain de l’ile de France est recouvert, dit M. l’abbé de la Caille,

« d’une quantité prodigieuse de pierres de toutes sortes de grosseurs, dont la « couleur est cendrée noire; une grande partie est criblée de trous : elles « contiennent la plupart beaucoup de fer, et la surface de la terre est cou- « verte de mines de ce métal; on y trouve aussi beaucoup de pierres ponces,

« surtout sur la côte nord de l’îlc, des laves ou espèces de laitier de fer.

* Observation iaile ■'ii pie île ïéiiértire, par ie doeli'ur tlrbeiflen. Jonriial clraiijier. mois de novembre 17ô î, page 136 jiiMpi’à i T3.

i08 HISTOIRE NATURELLE.

« des grottes profondes, et d’autres vestiges manifestes de voleans éteints..,

« L’île de Bourbon, continue M. l’abbé de la Caille, quoique plus grande « que I île de France, n’est cependant qu’une grosse montagne, qui est « comme fendue dans toute sa hauteur en trois endroits différents. Son « sommet est couvert de bois et inhabité, et sa pente, qui s’étend jusqu’à la « mer, est défrichée et cultivée dans les deux tiers de son contour; le reste « est recouvert de laves d'un volcan qui brûle lentement et sans bruit : il ne « paraît même un peu ardent que dans la saison des pluies...

« L’île de 1 Ascension est visiblement formée et brûlée par un volcan; elle « est couverte d'une terre rouge semblable à de la brique pilée ou à de la « glaise brûlée... L’ilc est composée de plusieurs montagnes d’élévation « moyenne, comme de cent à cent cinquante toises : il y en a une plus « grosse qui est au sud-est de l'ile, haute d’environ quatre ceuts toises... Son « sommet est double et allongé; mais toutes les autres sont terminées en « cône assez parfait, et couvertes de terre rouge : la terre et une partie des « montagnes sont jonchées d’une quantité prodigieuse de roches criblées « d’une infinité de trous, de pierres calcaires et fort légères dont un grand « nombre ressemble à du laitier; quehiues-uues sont recouvertes d’un vernis « blanc sale, tirant sttr le vert : il y a aussi beaucoup de pierres jmnees *. »

Le célèbre Cook dit qtn;, dans une excursion que l'on fit dans l'intérieur del’île d'Otahiti, on trouva que les rochers avaient été brûlés comme ceux de Madère, et que toutes les pierres portaient des marques incontestables du feu; qu’on aperçoit aussi des traces de feu dans l’argile qui est sur les collines; et que l’on peut supposer qu’Otahiti et nombre d'iles voisines sont les débris d'un continent qui a été englouti par l’explosion d’un feu souterrain **. Philippe Carteret dit qu’une des iles de la Reine-Charlotte, située vers le 10" 11’ de latitude sud, est d'une hauteur prodigieuse et d’une figure conique, et que son sommet a la forme d’un ctitonnoir, dont on voit sortir de la fumée, mais point de namme; que sur le côté méridional de la terre de la Nouvelle-Bretagne se trouvent trois montagnes, de l une desquelles il sort une grosse colonne de fumée.

L’on trouve des basaltes à l’île de Bourbon, où le volcan, quoique affaibli, est encore agissant; à l’ile de France, où tous les feux sont éteints; à Madagascar, où il y a des volcans agissants et d’antres éteints ; mais, pour ne parler que des basaltes qui se trouvent en Europe, on sait, à n’en pouvoir douter, qu il y en a des masses considérables en Irlande, en Angleterre, en Auvergne, en Saxe sur les bords de l’Elbe, en Misnie sur la montagne de Cottener, à Marienbourg, à Weilbourg dans'lc comté de Nassau, à Lauterbach, à Bitlstein, dans plusieurs endroits de la Hesse, dans la Lusace, dans la Bohême, etc. Ces basaltes sont les plus belles laves qu’aient produites les volcans qui sont actuellement éteints dans toutes ces contrées ; mais nous

■* .Mtmoires de l’Académie des sciences, année 1754, [i.iccs lit. 121 el 126. ** Voyage aulour du Monde, par le eapilaim' Cook, Ionie II. page 441,

nous contenterons de donner ici l’extrait des descriptions détaillées des volcans éteints qui se trouvent en F’rance.

« Les montagnes d’Auvergne , dit M. Gueltard, qui ont été , à ce que je « crois, autrefois des volcans... sont celles de Volvic, à deux lieues de Riom, « du Puy-de-Dôme proche Clermont et du mont d’Or. Le volcan de Volvic « a formé jiar ses laves différents lits posés les uns sur les autres, qui com- « posent ainsi des masses énormes, dans lesquelles on a pratiqué des car- « Hères qui fournissent de la pierre à plusieurs endroits as«ez éloignés de « Volvic... Ce fut à Moulins que je vis les laves pour la première fois...; et, « étant à Volvie, je reconnus que la montagne n’était presque qu’un eom- « posé de différentes matières qui sont jetées dans les éruptions des vol- « cans...

« La figure de cette montagne est conique; sa hase est formée par des roa chers de granit gris blanc, ou d’une couleur de rose pâle... : le reste de « la montagne n’est qu’un amas de pierres ponces, noirâtres ou rougeâ- <1 très, entassées les unes sur les autres, sans ordre ni liaison... Aux deux a tiers de la montagne, on rencontre des espèces de rochers irréguliers « hérissés de pointes informes contournées en tous sens, de couleur rouge « obscur, ou d’un noir sale et mat, et d’une substance dure et solide, sans B avoir de trous comme les pierres ponces... Avant d’arriver au sommet, on « trouve un long trou large de quelques toises, d’une forme conique, et qui (I approche d’un entonnoir... La partie delà montagne qui est au nord et à « l’est m’a paru n ètre que de pierres ponces... Les bancs de pierres de Vol- « vie suivent l’inclinaison de la montagne, et semblent se continuer sur cette B montagne, et avoir communication avec ceux que les ravins metterit â dé- « couvert un peu au-dessous du sommet... Ces pierres sont d’un gris de fer « qui semble se charger d’une fleur blanche, qu’on dirait en sortir eomme a une efllorescence ; elles sont dures, quoique spongieuses et rem[)lies de a petits trous irréguliers.

a La montagne du Puy-de-Dôme n’est qu'une masse de matière qui an- « nonce les effets les plus terribles du feu le plus violent... Dans les endroits U qui ne sont point couverts de plantes et d’arbres, on ne marche que parmi a des pierres ponces, sur des quartiers de laves, et dans une espèce de graa vier ou de sable formé par une sorte de mâchefer, et par de très-petites a pierres ponces mêlées de cendres...

a Ces montagnes présentent plusieurs pics, qui ont tous une cavité moins a large au fond qu’à l’ouverture... Un de ces pics, le chemin qui y conduit, a et tout l’espace qui se trouve de là jusqu’au Puy-de-Dôme, ne sont qu’un a amas de pierres ponces; et il en est de même pour ce qui est des autres a pics, qui sont au nombre de quinze ou seize, placés sur la même ligne du a sud au nord, et qui ont tons des entonnoirs...

a Le sommet du pic du mont d’Or est un rocher d’une pierre d’un blanc a cendré tendre, semblable à celle du sommet des montagnes de cette terre a volcanisée; elle est seulement un peu moins légère que celle du Puy-de-

« Dôme. Si je n’ai point trouvé sur cette montagne des vestiges de volcan en « aussi grande quantité qu’aux deux autres, cela vient en grande partie de « ce que le mont d’Or est plus couvert, dans toute son étendue, de plantes « et de bois, que la montagne de Vol vie et le Puy-de-Dôme... Cependant la « partie sud-ouest est presque entièrement découverte, et n’est remplie que « de pierres et de rochers, qui me paraissent avoir été exempts des effets a du feu.

« Mais la pointe du mont d Or est un cône pareil à ceux de Volvic et du « Puy-de-Dôme : à l'est de cette pointe, est le pic du Capucin, qui affecte « également la figure conique; mais la sienne n’est pas aussi régulière que (I celle des précédents : il semble même que ce pic ait plus souffert dans sa « composition; tout y paraît plus irrégulier, plus rompu, plus brisé... Il y a « encore plusieurs pics, dont la base est appuyée sur le dos de la montagne; « ils sont dominés par le mont d Or, dont la hauteur est de cinq cent neuf « toises... Le pic du mont d’Or est très-raide; il finit en une pointe de « quinze ou vingt pieds de large en tous sens...

« Plusieurs montagnes entre Tbiers et Saint-Cbaumont ont une figure « conique; ce qui me fit penser, dit M. Guettard, qu’elles pouvaient avoir « brûlé... Quoi(|ue je n’aic pas été à Ponlgibuult, j'ai des preuves que les « montagnes de ce canton sont des volcans éteints; j’en ai reçu des mor- « ceaux de laves qu'il était facile de reconnaître pour tels, par les points jau- « nos et noirâtres d une matière vitrifiée, qui est le caractère le plus certain « d’une pierre de volcan. »

Le même M. Guettard et M. Faujas ont trouvé sur la rive gauche du Rhône, et assez avant dans le pays, de très-gros fragments de basaltes en colonnes... En remontant dans le Vivarais, ils ont trouvé dans un torrent un amas prodigieux de matières de volcan, qu’ils ont suivi jusqu’à sa source; il ne leur a pas été difficile de reconnaître le volcan : c’est une montagne fort élevée, sur le sommet de laquelle ils ont trouve la bouche, d’environ quatrevingts pieds de diamètre : la lave est partie visiblement du dessous de cette bouche; elle a cotdé en grande masse par les ravins l’espace de sept ou huit mille toises; la matière s’est amoncelée toute brûlante en certains endroits; venant ensuite a s y figer, clic s’est gercée et fendue dans toute sa hauteur, et a laissé toute la plaine couverte d'une quantité innombrable de colonnes, depuis quinze jusqu’à trente pieds de hauteur, sur environ sept pouces de diamètre.

« Ayant été me promener à Montferrier, dit M. Montet, village éloigné de « Montpellier d’une lieue..., je trouvai quantité de pierres noires détachées « les unes des autres, de différentes figures et grosseurs...; et, les ayant « comparées avec d’autres (|ui sont certainement l’ouvrage des volcans..., je e les trouvai de même nature que ees dernières : ainsi, je ne doutai point « que ces pierres de Montferrier ne fussent elles-mêmes une lave très-dure « ou une matière fondue |)ar un volcan éteint depuis un temps immémorial.

« Toute la montagne de Montferrier est parsemée de ces pierres ou laves; le

THIÏORIE DE LA TERRE. Ul

« village en est bâti en partie, et les rues en sont pavées... Ces pierres pré- « sentent, pour la plupart, à leur surface, de petits trous ou de petites poro- « sités qui annoncent bien qu’elles sont formées d’une matière fondue par un « volcan ; on trouve cette lave répandue dans toutes les terres qui avoisinent « Montferrier...

« Du côté de Pézenas, les volcans éteints y sont en grand nombre ;

« toute la contrée en est remplie, principalement depuis le cap d’Agde, qui « est lui-même un volcan éteint, jusqu’au pied de la masse des montagnes

qui commencent à cinq lieues au nord de cette côte, et sur le penchant M ou à peu de distance desquelles sont situés les villages de Livran, Peret, « Fontès, Néfiez, Gabian, Faugères. On trouve, en allant du midi au nord, a une espèce de cordon ou de chapelet fort remarquable, qui commence au « cap d’Agde, et qui comprend les monts de Saint-Thibery et le Causse a (montagnes situées au milieu des plaines de Bressan); le pic de la tour « V^alros, dans le territoire de ce village; le pic de Montredon au territoire « de Tourbes, et celui de Sainte-Marthe, auprès du prieuré royal de Cassan, « dans le territoire de Gabian. Il part encore du pied de la montagne, à la « hauteur du village de Fontès, une longue et large masse qui finit au midi « auprès de la grange des Prés,.., et qui est terminée, dans la direction « du levant au couchant, entre le village de Caus et celui de INizas... Ce ■ canton a cela de remarquable, qu’il n’est presque qu’une masse de lave, « et qu’on observe au milieu une bouche ronde d’environ deux cents toises « de diamètre, aussi reconnaissable qu’il soit possible, qui a formé un étang « qu’on a depuis desséché, au moyen d’une profonde saignée faite entiè- « rcment dans une lave dure et formée par couches, ou plutôt par ondes « immédiatement contiguës...

On trouve, dans tous ces endroits, de la lave et des pierres ponces; « presque toute la ville de Pézenas est pavée de lave ; le rocher d’Agde n’est « que de la lave très-dure, et toute cette ville est bâtie et pavée de cette lave, « qui est très-noire... Presque tout le territoire de Gabian, où Ion voit « ta fameuse fontaine de pétrole, est parsemé de laves et de pierres « ponces.

« On trouve aussi au Causse de Basan et de Saint-Thibery, une quantité « considérable de basaltes, qui sont ordinairement des prismes à six faces, « de dix à quatorze pieds de long... Ces basaltes se trouvent dans un en- « droit où les vestiges d’un ancien volcan sont on ne peut pas plus recon- « naissables.

« Les bains de Balaruc... nous offrent partout les débris d’un volcan « éteint; les pierres qu'on y rencontre ne sont que des pierres ponces de V dilférentes grosseurs...

« Dans tous les volcans <|uc j’ai examinés, j’ai remarqué que la matière « ou les pierres qu’ils ont vomies sont sous différentes formes ; les unes « sont en masse contiguë, très-dures et pesantes, comme le rocher d’Agde ;

« d'autres, comme celles de Montferrier et la lave de Tourbes, ne sont point

« en masses; ce sont des pierres détachées, d’une pesanteur et d’une dureté « considérables *. »

M. Villct, de l’Académie de Marseille, m’a envoyé, pour le Cabinet du roi, quelques échantillons de laves et d’autres matières trouvées dans les volcans éteints de Provence, et il m’écrit qu’à une lieue de Toulon, on voit évidemment les vestiges d’un ancien volcan, et qu'étant descendu dans une ravine au pied de cet ancien volcan de la montagne d'Ollioules, il fut frappé, à l’aspect d’un rocher détaché du haut, de voir qu’il était calciné; qu'après en avoir brisé quelques morceaux, il trouva dans l’intérieur des parties sulfureuses si bien caractérisées, qu il ne douta plus de l'ancienne existence de ces volcans éteints aujourd'hui.

M. ’Valmont de Romare a observé, dans le territoire de Cologne, les vestiges de plusieurs volcans éteints.

Je pourrais citer un très-grand nombre d autres exemples, qui tous concourent à prouver que le nombre des volcans éteints est peut-être cent fois plus grand que celui des volcans actuellement agissants ; et l'on doit observer qu’entre ces deux états il y a, comme dans tous les autres effets de la nature, des états mitoyens, des degrés et des nuances dont on ne peut saisir que les principaux points. Par exemple, les solfatares ne sont ni des volcans agissants ni des volcans éteints, et semblent partici])er des deux. Personne ne les a mieux décrites qu un de nos savants académiciens, M. Fougeroux de Bondaroy, et je vais rapporter ici ses principales observations.

« La solfatare, située à quatre milles de Naples, à l'ouest, et à deux milles « de la mer, est fermée par des montagnes qui l’entourent de tous côtés. « Il faut monter pendant environ une demi-heure avant que d’y arriver. « L’espace compris entre les montagnes forme un bassin d’environ douze « cents pieds de longueur sur huit cents pieds de largeur. Il est dans un « fond par rapport à ces montagnes, sans cependant être aussi has que le « terrain qu’on a été obligé de traverser pour y arriver. La terre qui forme « le fond de ce bassin est un sable très-fin, uni et battu ; le terrain est sec et « aride, les plantes n’y croissent point; la couleur du sable est jaunâtre...

« Le soufre, qui s’y trouve en grande quantité, réuni avec ce sable, sert sans « doute à le eoloi-er.

« Les montagnes (|ui terminent la plus grande partie du bassin n'offrent « que des roebers dépouillés de terre et de plantes; les uns fendus, dont «J les parties sont bridées et calcinées, et qui tous n’offrent aucun arrange- « ment et n’ont aucun ordre dans leur position... Ils sont recouverts d’une M plus ou moins grande quantité de soufre qui se .sublime dans cette partie « de la montagne, et dans celle du bassin i|ui en est [iroche.

« Le côté opposé... offre un meilleur terrain...; aussi n’y voit-on pas de « fourneaux pareils à ceux dont nous allons parler, et qui se trouvent com- « munémentdans la partie que l'on vient de décrire.

.Méiiioiriis tic rAoatlémie des .seiciiccs. année 1760, pajje 466 jiisnu’à 473.

« Dans plusieurs endroits du fond du bassin, on voit des ouvertures, des « fenêtres ou des bouches d’où il sort de la fumée, accompagnée d une cba- « leur qui brûlerait vivement les mains, mais qui n’est pas assez grande pour « allumer du papier...

« Les endroits voisins donnent une chaleur qui se fait sentir à travers les « souliers J et il s’en exhale une odeur de soufre désagréable... Si l’on fait « entrer dans le terrain un morceau de bois pointu, il sort aussitôt une va- « peur, une fumée pareille à celle qu’exhalent les fentes naturelles...

« Il se sublime, par les ouvertures, du soufre en petite quantité, et un « sel connu sous le nom de sel ammoniac, et qui en a les caractères...

« On trouve, sur plusieurs des pierres qui environnent la solfatare, des « filets d’alun qui y a fleuri naturellement... Enfin on retire encore du sou-

« fre de la solfatare Cette substance est contenue dans des pierres decou-

« leur grisâtre, parsemées de parties brillantes, qui dénotent celles du soufre « cristallisées entre celles delà pierre... ; et ces pierres sont aussi quelquefois « chargées d’alun...

« En frappant du pied dans le milieu du bassin, on reconnaît aisément « que le terrain en est creux en dessous.

« Si l’on traverse le côté de la montagne le plus garni de fourneaux, et « qu’on la descende, on trouve des laves, des pierres ponces, des écumes de « volcan, etc., enfin, tout ce qui, par comparaison avec les matières que « donne aujourd’hui le Vésuve, peut démontrer que la solfatare a formé la « bouche d’un volcan...

« Le bassin de la solfatare a souvent changé de forme; on peut conjec- « turcr qu’il en prendra encore d'autres différentes de celle qu’il offre au- « Jourd'hui : ce terrain se mine et se creuse tous les jours; il forme mainte-

« nant une voûte qui couvre un abîme Si cette voûte venait à s’affaisser,

« il est probable que, se remplissant d’eau, elle produirait un lac *. »

M. Fougeroux de Bondaroy a aussi fait plusieurs observations sur les solfatares de quelques endroits de l’Italie.

« J’ai été, dit-il, jusqu’à la source d’un ruisseau que l’on passe entre Rome « et Tivoli, et dont l’eau a une forte odeur de soufre... : elle forme deux « petits lacs d’environ quarante toises dans leur plus grande étendue...

« L’un de ces lacs, suivant la corde que nous avons été obligés de filer, a « en certains endroits jusqu’à soixante, soixante-dix ou quatre-vingts « brasses... On voit sur ces eaux plusieurs petites îles flottantes, qui cban- « gent quelquefois de place... ; elles sont produites par des plantes réduites « en une espèce de tourbe, sur lesquelles les eaux, quoique corrosives, « n’ont plus de prise...

« J’ai trouvé la chaleur de ces eaux de vingt degrés, tandis que le tber- « momètre à l’air libre était à dix-huit degrés; ainsi les observations que « nous avons faites n’indiquent qu’une trés-fiûble chaleur dans ces eaux... :

Mémoire.^ de. l’Académie des scicnce.s, année 1765, page 367 ju'^ijn’à 383.

4U lllSTOIRIi NATURELLE.

« elles exhalonl une odeur fort désagréable... j et cette vapeur cliange la « couleur des végétaux et celle du cuivre *. »

« La solfatare de Viterbe, dit M. l’abbé Mazéas, n’a une embouchure que « de trois à quatre pieds; ses eaux bouillonnent et exhalent une odeur de « foie de soufre, et pétrifient aussi leurs canaux, comme elles de Tivoli... « Leur chaleur est au degré de l’eau bouillante, quelquefois au-dessous... « Des tourbillons de fumée, qui s’en élèvent quelquefois, annoncent une « chaleur plus grande; et néanmoins le fond du bassin est tapissé des mêmes « plantes qui croissent au fond des lacs et des marais : ces eaux produisent « du vitriol dans les terrains ferrugineux, etc. **.

« Dans plusieurs montagnes de l’/Vpennin, et principalement celles qui « sont sur le chemin de Bologne à Florence, on trouve des feux, ou simple- « ment des vapeurs, qui n’ont besoin que de l’approche d’une flamme [lour « brûler elle-mèmes...

« Les feux de la montagne Cenida, proche Pietra-Mala, sont placés à dif- « férentes hauteurs de la montagne, sur laquelle on compte quatre bouches « à feu qui jettent des flammes... Un de ces feux est dans un espace cir- « culaire entouré de buttes... La terre y paraît brûlée, et les pierres sont « plus noires que celles des environs; il en sort çà et là une flamme bleue, « vivo, ardente, claire, qui s’élève à trois ou quatre pieds de hauteur...; « mais, au delà de l’espace circulaire, on ne voit aucun feu, quoiqu’à plus « de soixante pieds du centre des flammes, on s’aperçoive encore de la « chaleur que conserve le terrain...

« Le long d’une fente ou crevasse voisine du feu, on entend un bruit sourd « comme serait celui d’un vent qui traverserait un souterrain... Prés de ce « lieu, on trouve deux .sources d’eaux chaudes... Ce terrain, dans lequel le « feu existe depuis du temps, n’est ni enfoncé ni relevé... On ne voit près « du foyer aucune pierre de volcan, ni rien qui puisse annoncer que ce feu « ail jeté; cependant des monticules près de cet endroit rassemblent tout ce « qui peut prouver qu'elles ont été anciennement formées ou, au moins, « changées par les volcans... En 1767, on ressentit même des secousses de « tremblements de terre dans les environs, sans que le feu changeât, ni « qu’il donnât plus ou moins de fumée...

« Environ à dix lieues de Modène, dans un endroit appelé Barigazzo, il « y a encore cinq ou six bouches où paraissent des flammes dans certains « temps, qui s’éteignent par un vent violent : il y a aussi des vapeurs qui de- « mandent l’approche d’un corps enflammé pour prendre feu... Mais, mal- « gré les restes non équivoques d’anciens volcans éteints, qui subsistent « dans la plupart de ces montagnes, les feux qui s’y voient aujourd’hui ne « sont point de nouveaux volcans qui s’y forment, puisque ces feux ne jet- « font aucune substance de volcans. »

* îlijmoii'cs (le l’Académie des sciences, année 1770, |iaiic 1 jns(]n’à 7.

** Mémoires des s.avants étr.ingcrs, tome V, page 325.

TIIKOIUK DK LA TKllHE. 415

Les eaux iheruiales, ainsi que les romaines de pétrole, cl des autres bitumes et huiles terrestres, doivent être regardées comme une autre nuance entre les volcans éteints et les volcans en action ; lorsque les feux souterrains se trouvent voisins d’une mine de charbon, ils la mettent en distillation, et c’est là l’origine de la plupart des sources de bitume; ils causent de même la chaleur des eaux thermales qui coulent dans leur voisinage. Mais ces feux souterrains brûlent tranquillement aujourd’hui; on ne reconnaît leurs anciennes explosions que par les matières qu’ils ont autrefois rejetées : ils ont cessé d’agir lorsque les mers s’en sont éloignées ; et je ne crois pas, comme je l’ai dit, qu’on ait jamais à craindre le retour de ces funestes explosions, puisqu’il y a toute raison de penser que la mer se retirera toujours de plus en plus.

Page 1