EXEMPLES DES CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LES VOLCANS
La base de l’Etna peut avoir soixante lieues de circonférence, et sa hauteur perpendiculaire est environ deux mille toises au-dessus du niveau de la mer Méditerranée. On peut donc regarder cette énorme montagne comme un cône obtus, dont la superficie n’a guère moins de trois cents lieues carrées : cette superficie conique est partagée en quatre zones plaeées concentriquement les unes au-dessus des autres. La première et la plus large .s’étend à plus de six lieues, toujours en montant doucement, depuis le point le plus éloigné de la base de la montagne ; et cette zone de six lieues de largeur est peuplée et cultivée presque partout. La ville de Catane et plusieurs villages se trouvent dans cette première enceinte, dont la superficie est de plus de deux cent vingt lieues carrées. Tout le fond de ce vaste terrain n’est que de la lave ancienne et moderne, qui a coulé des différents endroits de la montagne où se sont faites les explosions des feux souterrains ; et la surface de cette lave, mêlée avec les cendres rejetées par ces différentes bouches à feu , s est convei-tie en une bonne terre actuellement semée de grains et plantée de vignobles, à l’exception de quelques endroits où la lave, encore trop récente, ne fait que commencer à changer de nature et présente quelques espaces dénués de terre. Vers le haut de cette zone, on voit déjà plusieurs cratères ou coupes plus ou moins larges et profondes, d’où sont sorties les matières qui ont formé les terrains au-dessous.
La seconde zone commence au-dessus de six lieues (depuis le point le plus éloigné dans la circonférence de la montagne). Cette seconde zone a environ deux lieues de largeur en montant : la pente en est plus rapide partout que celle, de la première zone; et cette rapidité augmente à mesure qu’on s’élève et qu’on s’approche du sommet. Cette seconde zone, de deux
lieues de largeur, peut avoir eu superficie quarante ou quarante-cinq lieues carrées : de magnifiques forêts couvrent toute son étendue , et semblent former un beau collier de verdure à la tête blanche et chenue de ce respectable mont. Le fond du terrain de ces belles forêts n’est néanmoins que de la lave et des cendres converties par le temps en terres excellentes; et, ce qui est encore plus remarquable , c’est l’inégalité de la surface de cette zone ; elle ne présente partout que des collines , ou plutôt des montagnes, toutes produites par les différentes éruptions du sommet de l'Etna et des autres bouches à feu qui sont au-dessous de ce sommet, et dont plusieurs ont autrefois agi dans cette zone, actuellement couverte de forêts.
Avant d’arriver au sommet, et après avoir passé les belles forêts qui recouvrent la croupe de cette montagne, on traverse une troisième zone, où il ne croit que de petits végétaux. Cette région est couverte de neige enhiver, qui fond pendant l’été; mais ensuite, on trouve la ligne de neige permanente, qui marque le commencement de la quatrième zone, et s’étend jusqu’au sommet de l’Etna. Ces neiges et ces glaces occupent environ deux lieues en hauteur, depuis la région des petits végétaux jusqu’au sommet, lequel est également couvert de neige et de glace : il est exactement d’une figure conique, et l’on voit dans son intérieur le grand cratère du volcan, duquel il sort continuellement des tourbillons de fumée. L’intérieur de ce cratère est en forme de cône renversé, s’élevant également de tous côtés : il n’est composé que de cendres et d’autres matières brûlées, sorties de la bouche du volcan, qui est au centre du cratère. L’extérieur de ce sommet est fort escarpé; la neige y est couverte de cendres, et il y fait un très-grand froid. Sur le côté septentrional de cette région de neige, il y a plusieurs petits lacs qui ne dégèlent jamais. En général, le terrain de cette dernière zone est assez égal et d’une meme pente, excepté dans quelques endroits; et ce n’est qu’au-dessous de cette région de neige qu’il se trouve un grand nombre d’inégalités, d’éminences et de profondeurs, produites par les éruptions, et que l’on voit les collines et les montagnes plus ou moins nouvellement formées, et composées de matières rejetées par ces différentes bouches à feu.
Le cratère du sommet de l’Etna, en 1770, avait, selon >1. Rrydone, plus d’une lieue de circonférence, et les auteurs anciens et modernes lui ont donné des dimensions très-différentes : néanmoins tous ces auteurs ont raison, parce que toutes les dimensions de cette bouche à l’eu ont changé; et tout ce que l'on doit inférer de la comparaison des différentes descriptions qu’on en a faites, c’est <pie le cratère, avec ses bords, s'est éboulé quatre lois depuis six ou sept cents ans. Les matériatix dont il est formé retombent dans les entrailles de la montagne, d’où ils sont ensuite rejetés par de nouvelles éruptions qui forment un autre cratère, lequel s’augmente et s’élève par degrés, jusqu'à ce qu’il retombe de nouveau dans le même gouffre du volcan.
Ce haut sommet de la montagne n'est pas le seul endroit où le feu souter-
rain ait fait éruptionj on voit, clans tout le terrain cjni forme les flancs et la croupe de l’Etna, et jusqu’à de très-grandes distances du sommet, plusieurs autres cratères qui ont donné passage au feu, et qui sont environnés de morceaux de rochers cpii en sont sortis dans différentes éruptions. On peut même compter plusieurs collines, toutes formées par l’éruption de ces petits volcans qui environnent le grand; chacune de ces collines offre à son sommet une coupe ou cratère, au milieu duquel on voit la bouche ou plutôt le gouffre profond de chacun de ces volcans particuliers. Chaque éruption de l’Etna a produit une nouvelle montagne; et peut-être, dit M. Brydone, que leur nombre servirait mieux que toute autre méthode è déterminer celui des éruptions de ce fameux volcan.
La ville de Catane, qui est au bas de la montagne, a souvent été ruinée par le torrent des laves qui sont sorties du pied de ces nouvelles montagnes, lorsqu’elles se sont formées. En montant de Catane à Nicolosi, on parcourt douze milles de chemin dans un terrain formé d’anciennes laves , et dans lequel on voit des bouches de volcans éteints, qui sont à présent des terres couvertes de blé, de vignobles et de vergers. Les laves qui forjnent cette région proviennent de l’éruption de ces petites montagnes qui sont répandues partout sur les flancs de l’Etna : elles sont toutes sans exception d’une figure régulière, soit hémisphérique, soit conique : chaque éruption crée ordinairement une de ces montagnes. Ainsi l’action des feux souterrains ne s’élève pas toujours jusqu au sommet de l’Etna; souvent ils ont éclaté sur la croupe, et, pour ainsi dire, jusqu’au pied de cette montagne ardente. Ordinairement chacune de ces éruptions du flanc de l’Etna produit une montagne nouvelle, composée des rochers, des pierres et des cendres lancés par la force du feu; et le volume de ces montagnes nouvelles est plus ou moins énorme à proportion du temps qu'a duré l'éruption ; si elle se fait en peu de jours, elle ne produit qu’une colline d’environ une lieue de circonférence à la base, sur trois ou quatre cents pieds de hauteur perpendiculaire; mais si l’éruption a duré quelques mois, comme celle de 1669, elle produit alors une montagne considérable de deux ou trois lieues de circonférence sur neuf cent ou mille pieds d’élévation; et toutes ces collines enfantées par l’Etna , qui a douze mille pieds de hauteur, ne paraissent être que de petites éminences faites pour accompagner la majesté de la mère-montagne.
Dans le Vésuve, qui n’est qu’un très-petit volcan en comparaison de 1 Etna, les éruptions des flancs de la montagne sont rares; et les laves sortent ordinairement du cratère qui est au sommet; au lieu que dans l’Etna, les éruptions se sont faites bien plus souvent par les flancs de la montagne que par son sommet, et les laves sont sorties de chacune de ces montagnes formées par des éru|)tiüns sur les côtés de l’Etna. M. Brydone dit d’après M. Recupero, que les masses de pierres lancées par l’Etna s’élèvent si haut, qu’elles emploient vingt et une secondes de temps à descendre et retomber à terre, tandis que celles du Vésuve tombent en neuf secondes ; ce qui donne mille deux cent quinze pieds pour la hauteur à laquelle s’élèvent les
pierres lancées par le Vésuve, et six mille six cent quinze pieds pour la hauteur à laquelle montent celles qui sont lancées par l’Etna; d’où l’on pourrait conclure, si les observations sont justes, que la force de l’Etna est à celle du Vésuve comme quatre cent quarante et un sont à quatre-vingt-un, c’est à-dire cinq à six fois plus grande. Et ce qui prouve d’une manière démonstrative que le Vésuve n’est qu’un très-faible volcan en comparaison de l’Etna, c’est que celui-ci parait avoir enfanté d’autres volcans plus grands que le Vésuve : « Assez près delà caverne des Ohèvres, dit M. Rrydone, on voit « deux des plus belles montagnes qu’ait enfantées l’Etna; chacun des cra- « tères de ees deux montagnes est beaucoup plus large que celui du A'^ésuve ; « ils sont à présent remplis par des forêts de chênes, et revêtus jusqu’à une « grande profondeur d’un sol très-fertile; le fond du sol est composé de « laves dans cette région comme dans toutes les autres, depuis le pied de la If montagne jusqu’au sommet. La montagne conique, qui forme le sommet « de l’Etna et contient son cratère, a plus de trois lieues de circonférence; « elle est extrêmement rapide, et couverte de neige et de glace en tout « temps. Ce grand cratère a plus d’une lieue de circonférence en dedans, et « il forme une excavation qui ressemble à un vaste amphithéâtre; il en sort « des nuages de fumée qui ne s’élèvent point en l’air, mais roulent vers le « bas de la montagne : le cratère est si chaud, qu’il est très-dangereux d’y « descendre. La grande bouche du volcan est près du centre dit cratère; « quelques-uns des rochers lancés par le volcan hors de son cratère sont « d’une grandeur incroyable : le plus gros qu’ait vomi le Vésuve est de «forme ronde et a environ douze pieds de diamètre; ceux de l’Etna sont « bien plus considérables, et proportionnés à la différence qui se trouve « entre les <leux volcans. »
Comme toute la partie qui environne le sommet de l'Etna présente un terraiïi égal, sans collines ni vallées jusqu’à plus de deux lieues de distance en descendant, et qu’on y voit encore aujourd’hui les ruines de la tour du philosophe Empédoclc, qui vivait (jualre cents ans avant l ere chrétienne, il y a toute apparence que, depuis ce lein])S, le grand cratère du sommet de l’Etna n’a fait que peu ou point d’éruptions; la force du feu a donc diminué, puisqu’il n’agit plus avec violence au sommet, et que toutes les éruptions modernes se sont faites dans les régions plus basses de la montagne. Cependant, depuis quelques siècles, les dimensions de ce grand cratère du sommet de l’Etna ont souvent changé ; on le voit par les mesures qu’en ont données les auteurs siciliens en différents temps. Quelquelois il s est écroulé; ensuite il s’est reformé en s’élevant peu à peu jusqu’à ce qu’il s’écroulât de nouveau. Le premier de ces écroulements bien constaté est arrivé en 1137, un second en 1329, un troisième en 1444, et le dernier en 1669. Mais je ne crois pas qu’on doive en conclure avec M. Brydone, que dans peu le cratère s’écroulera de nouveau; l’opinion que cet effet doit arriver tous les cent ans ne me paraît pas assez fondée, et je serais, au contraire, très-porté à présumer que le feu n’agissant plus avec la même violence au sommet de
ce volcan, ses forces ont diminue et continueront à s’affaiblir à mesure que la mer s’éloignera davantage : il l’a déjà fait reculer de plusieurs milles par ses propres forces; il en a construit les digues et les côtes par ses torrents de laves, et d ailleurs misait, par la diminution de la rapidité du Charybde et du Scylla, et par plusieurs autres indices, que la mer de Sicile a considérablement baissé depuis deux mille cinq cents ans : ainsi l'on ne peut guère douter quelle ne coïKinueà s abaisser, et que, par conséquent, l'action des volcans voisins ne se ralentisse; en sorte que le cratère de l'Etna pourra rester très-longtemps dans son état actuel, et que, s’il vient à retomber dans ce gouffre, ce sera peut-être pour la dernière fois. ,Ic crois encore pouvoir présumer que, quoique l’Etna doive être regardé comme une des montagnes primitives du globe à cause de sa hauteur et de son immense volume, et que tiès-anciennement il ait commencé d’agir dans le temps de la retraite générale des eaux, son action a néanmoins cessé après cette retraite, et qu’elle ne s’est renouvelée que dans des temps assez modernes, c’est-à-dire lorsque la mer .Méditerranée, s’étant élevée par la rupture du Bosphore et de Gibraltar, a inondé les terres entre la Sicile et l’Italie, et s’est approchée de la base de 1 Etna. Peut-être la première des éruptions nouvelles de ce fameux volcan est-elle encore postérieure à cette époque de la nature. « Il me « paraît évident, dit M. Brydone, que l’Etna ne bridait pas au siècle d'Ho- « mère ni meme longtemps auparavant; autrement, il serait impossible que « ce poète eût tant parlé de la Sicile sans faire mention d'un objet si remar- « quable. » dette réllexion de M. Brydone est très-juste; ainsi, ce n’est qu’après le siècle d Homèie qu’on doit dater les nouvelles éruptions de l'Etna : mais on peut voir, par les tableaux poétiques de Pindare, de Virgile, et par les descriptions des autres auteurs anciens et modernes, combien en dix-huit ou dix-neuf cents ans la lace entière de cette montagne et des contrées adjacentes a subi de changements et d’altérations, par les tremblements de terre, par les énqilions, par les torrents de laves, et enfin par la formation de la plupart des eollincs et des gouffres produits par tous ces mouvements. Au reste, j ai tiré les faits que je viens de rapporter de l’excellent ouvrage deM. Brydone; et j’estime assez l’auteur pour croire qu'il ne trouvera pas mauvais que je ne sois pas de son avis sur la puissance de l’aspiration des volcans et sur quelques autres conséquences qu’il a cru devoir tirer des faits; peisonnc avant M. Brydone, ne les avait si bien observés et si clairemen piésentés, et tous les savants doivent se réunir pour donner à son ouvrage les éloges qu’il mérite.
Les torrents de verre en fusion auxquels on a donné le nom de laves, ne sont pas, comme on pourrait le croire, le premier produit de l’éruption d’un volcan :ees éruptions s’annoncent ordinairement par un tremblement de terre plus ou moins violent, premier effet de l’effort du feu qui cherehe à sortir et à s échapper au dehors; bientôt il s’échappe en effet, et s’ouvre une route dont il élargit l'issue, en projetant au dehors les rochers et toutes les terres qui s’opposaient à son passage; ces matériaux, lancés à une grande distance,
retombent les tins sur les autres, et forment une éminence plus ou moins considérable à proportion de la durée et de la violenee de l’éruption. Comme toutes les terres rejetées sont pénétrées de feu, et la plupart converties en cendres ardentes, l’éminence qui en est composée est une montagne de feu solide, dans laquelle s achève la vitrification d’une grande ])artic de la matière par le fondant des cendres; dès lors cette matière fondue fait effort pour s écouler, et la lave éclate cl Jaillit ordinairement au pied de la nouvelle montagne qui vient de la produire; mais, dans les petits volcans, qui Il ont pas assez de force pour lancer au loin les matières qu’ils rejettent, la lave sort du haut de la montagne. On voit cet effet dans les éruptions du Aésuve : la lave semble s’élever jusque dans le cratère; le volcan vomit auparavant des j)ierrcs et des cendres, qui, retombant à plomb sur l'ancien cratère, ne font que l’augmenter; et c’est à travers cette matière additionnelle nouvellement tombée, que la lave s’ouvre une issue. Ces deux effets, quoique différents en apparence, sont néanmoins les mêmes : car, dans un petit volcan qui, comme le Vésuve, n a pas assez de puissance pour enfanter de nouvelles montagnes en projetant au loin les matières qu’il rejette, toutes retombentsurlesommet; elles en augmentent la hauteur; et c’est au pieddecette nouvelle couronne de matière que la lave s’ouvre un passage pour s’écouler. Ce dernier effort est ordinairement suvi du calme du volcan ; les secousses de la terre au dedans, les projections au dehors, cessent dès que la lave coule : mais les torrents de ce verre en fusion produisent des effets encore plus étendus, plus désastreux que ceux du mouvement de la montagne dans son éruption; ces fleuves de feu ravagent, détruisent, et même dénaturent la surface de la terie. Il est comme impossible de leur opposer une digue; les malheureux habitants de Catane en ont fait la triste expérience : comme leur ville avait souvent été détruite en total ou en partie par les torrents de lave, ils ont construit de très-fortes murailles de cinquante-cinq pieds de hauteur; environnés de ces remparts, ils se croyaient en sûreté ; les murailles résistèrent en effet au feu et au poids du torrent; mais cette résistance ne servit qu’à le gonfler; il s’éleva jusqu’au dessus de ces remparts, retomba sur la ville, et déti uisit tout ce qui sc trouva sur son passage.
Ces torrents de lave ont souvent une dcmi-licue et quelquefois jusqu’à deux lieues de largeur ; « l.a dernière lave que nous avons traversée, dit « M. Rrydone, avant d’arriver à Catane, est d'une si vaste étendue, que je « croyais qu’elle ne finirait jamais; elle n’a certainement pas moins de six « ou sept milles de large, et elle parait être en plusieurs endroits d’une pro- « fondeur énorme : elle a chassé en arrière les eaux de la mer à plus d’un « mille, et a formé un large promontoire élevé et noir, devant lequel il y a (( beaucoup d’eau. Cette lave est stérile, et n’est couverte que de très-peu de t( terreau : cependant elle est ancienne; car au rapport de Diodore de M Sicile ; cette même lave a été vomie par l’Etna au temps de la seconde « guerre punique : lorsque Syracuse était assiégée par les Romains, les ha- « bitants de Taurominum envoyèrent un détachement secourir les assiégés;
« les soldats furent arrêtés dans leur marche par ce torrent de lave, qni avait « déjà gagné la mer avant leur arrivée au pied de la montagne; il leur coupa « entièrement le passage... Ce fait, confirmé par d’autres auteurs et même « par des inscriptions et des monuments, s’est passe il y a deux mille ans; « et cependant cette lave n’est encore couverte que de quelques végétaux « parsemés, et elle est absolument incapable de produire du blé et des vins; « il y a seulement quelques gros arbres dans les crevasses qui sont remplies « d’un bon terreau. La surface des laves devient avec le temi)s un sol trés- « fertile.
« En allant en Piémont, continue 31. Brydone, nous passâmes sur un « large pont construit entièrement de lave. Près de là, la rivière se prolonge « à travers une autre lave, qui est très-remarquable et probablement une « des plus anciennes qui soient sorties de l’Etna ; le courant, qui est extrê- « mement rapide, 1 a rongée en plusieurs endroits, jusqu’à la profondeur de « cinquante ou soixante pieds; et, selon 31. Recupero, son cours occupe une « longueur d environ quarante milles; elle est sortie d’une éminence très- « considérable sur le côté septentrional de 1 Etna; et, comme elle a trouvé « quelques vallées qui sont à l’est, elle a pris son cours de ce côté : elle in- « terrompt la rivière d'Âlcan(ara à diverses reprises, et enfin elle arrive à la « mer près de l’embouchure de cette rivière. La ville de .laci et toutes celles « de cette côte sont fondées sur des rochers immenses de laves entassés les « uns sur les autres, et qui sont en quelques endroits d'une hauteur surpre- « nante; car il paraît que ces torrents cnllammés se durcissent en rochers dès « qnils sont arrivés à la mer... De .laci à Catane on ne marche que sur la « lave; elle a lormé toute cette côte, et, en bcaueoiq) d’endroits, les torrents U de lave ont repousse la mer a plusieurs milles en arrière de ses anciennes « limites... A (.atane, près d une voûte qui est à présent à trente pieds de « profondeur, on voit un endroit escarpé où l’on distingue plusieurs couches « de lave, avec une de terre très-épaisse sur la surface de chacune. S’il faut « deux mille ans pour former sur la lave une légère couche de terre, il a dû « s ecouler un temps plus considérable entre chacune des éruptions qui « ont donné naissance à ces couches. On a percé à travers sept laves sépa- « rées, placées les unes sur les autres, et dont la plupart sont couvertes d’un « lit épais de bon terreau; ainsi, la plus basse de ces couches parait s’être « formée il y a quatorze mille ans... En 1669, la lave forma un promon- « toire à Catane, dans un endroit ou il y avait plus de cinquante pieds de U profondeur d’eau, et ce promontoire est élevé de cinquante autres pieds « au-dessus du niveau actuel de la mer. Ce torrent de lave sortit au-dessous « de Montpelieri, vint frapper contre cette montagne, se partagea ensuite en « deux branches, et ravagea tout le pays qui est entre Montpelieri et Catane.
« dont elle escalada les murailles avant de se verser dans la mer; elle forma « plusieurs collines où il y avait autrefois des vallées, et combla un lac « étendu et profond, dont on n aperçoit pas aujourd’hui le moindre ves- M tige... La côte de Catane à Syracuse est partout éloignée de trente milles
« au moins du somniel de l’Etna; et néanmoins cette côte, dans une lon- « gueur de près de dix lieues, est formée des laves de ce volcan : la mer a « été repoussée fort loin, en laissant des rochers élevés et des promontoires « de laves, qui défient la fureur des flots, et leur présentent des limites « (|u’ils ne peuvent franchir. Il y avait, dans le siècle de Virgile, un beau « port au pied de 1 Etna; il n’en reste aucun vestige aujourd’hui : c’est pro- « bablemcnt celui qu on a appelé mal à propos le port d'Ulijsse. On montre « aujourd’hui le lieu de ce port à trois ou quatre milles dans l’intérieur du « pays : ainsi la lave a gagné toute cette étendue sur la mei-, et a formé tous «ces nouveaux terrains... L’étendue de cette contrée, couverte de laves et « d’autres matières brûlées, est, selon M. Recupero, de cent quatre-vingt- « trois milles en circonférence, et ce cercle augmente encore à chaque grande « éruption. »
Voilà donc une terre d’environ trois cents lieues superficielles, toute couverte ou formée par les projections des volcans, dans laquelle, indépendamment du pic de l’Etna, l’on trouve d’autres montagnes en grand nombre, qui toutes ont leurs cratères propres, et nous démontrent autant de volcans particuliers : il ne faut donc pas regarder l'Etna comme un seul volcan, mais comme un assemblage, une gerbe de volcans, dont la plupart sont éteints ou brûlent d’un feu tranquille, et quelques autres, en petit nombre, agissent encore avec violence. Le haut sommet de l’Etna ne jette maintenant que des fumées, et, depuis très-longtemps, il n’a fait aucune projection au loin, puisqu il est partout environne d’un terrain sans inégalités à plus de deux lieues de distance, et qu au-dessous de cette haute régioai couverte de neige, on voit une large zone de grandes forêts dont le sol est une bonne terre de plusieurs pieds d’épaisseur. Cette zone inférieure est, à la vérité, semée d'inégalités, et présente des éminences, des vallons, des collines, et même d’assez grosses montagnes : mais, comme presque toutes ces inégalités sont couvertes d’une grande épaisseur de terre, et qu’il faut une longue succession de temps pour que les matières volcanisées se convertissent en terre végétale, il me paraît qu’on peut regarder le sommet de 1 Etna et les auti’es bouches à feu ([ui l’environnaient jusqu’à quatre ou cinq licites au-dessous, comme des volcans presque éteints, ou du moins assoupis depuis nombre de siècles ; car les éruptions dont on peut citer les dates depuis deux mille cin(| cents ans, se sont faites dans la région plus basse, c’est-à-dire à cinq, six et sept lieues de distance du sommet. Il me parait donc qu’il y a eu deux âges dift'érents pour les volcans de la Sicile : le premier, très-ancien, où le sommet de l'Etna a commencé d’agir, lorsque la mer universelle a laissé ce sommet à découvert et s’est abaissée à quelques centaines de toises au-dessous; c’est dès lors que se sont faites les premières éruptions qui ont produit les laves du sommet et formé les collines qui se trouvent au-dessous dans la région des forêts : mais ensuite les eaux, ayant continué de baisser, ont totalement abandonné cette montagne, ainsi que toutes les terres de la Sicile et des continents adjacents; et, après cette
entiere retraite des eaux, la Méditerranée n’était qu’un lac d’assez médiocre etendue, et ses eaux étaient très-éloignées de la Sicile et de toutes les contrées dont elle baigne aujourd’hui les côtes. Pendant tout ce temps, qui a dure plusieurs milliers d’années, la Sicile a été tranquille; l’Etna et les autres anciens volcans qui environnent son sommet ont cessé d’agir; et ce n est qu après l’augmentation de la Méditerranée par les eaux de l’Océan et de la mer Noire, c’est-à-dire après la rupture de (Gibraltar et du Bosphore, que les eaux sont venues attaquer de nouveau les montagnes de l’Etna par eur base et qu elles ont produit les éruptions modernes et récentes, depuis le siecle de Pmdare jusqu’à ce jour; car ce poète est le premier qui ait parlé des éruptions des volcans de la Sicile. Il en est de même du Vésuve : il a fait longtemps partie des volcans éteints de l’Italie, qui sont en très-grand ine qu après 1 augmentation de la mer Méditerranée, que,
eaiix s en étant i approchées, ses éruptions se sont renouvelées. La mémone es premières et même de toutes celles qui avaient précédé le siècle de ne, était entièrement oblitérée; et l’on ne doit pas en être surpris, puisq I s est passé peut-être plus de dix mille ans depuis la retraite entière des mers jusqu a 1 augmentation de la Méditerranée, et qu’il y a ce même inet valle de temps entre la première action du Vésuve et son renouvellement, outes ces considérations semblent prouver que les feux souterrains ne peuvent agir avec violence que quand ils sont assez voisins des mers pour
tnèiiPc un grand volume d’eau : quelques autres phéno-
particuliers paraissent encore démontrer cette vérité. On a vu quele OIS es volcans lejeter une grande quantité d'eau, et aussi des torrents P- de la foire, très-habile physicien, rapporte que, le 10 ' 'S ,1 soitit du pied de la montagne de l'Etna un large torrent d’eau 1 mont a es campagnes d alentour. Ce torrent roulait une quantité de sahle consi eitible, quelle remplit une plaine très-étendue. Ces eaux étaient c itiut es. Les pierres et les sables laissés dans la campagne ne différaient en lien des pierres et du sable qu’on trouve dans la mer. Ce torrent d’eau U inime iatement suivi d un torrent de matière enflammée, qui sortit de la meme ouverture *.
C^tc même éruption de 1753 s annonça, dit M. d’Arthenay, par un si grand embrasement, qu’il éclairait plus de vingt quatre milles de pays du cote de Catane ; les explosions furent bientôt si fréquentes, que, dès le 3 mais, on apercevait une nouvelle montagne au-dessus du sommet de l’ancienne, de la même manière que nous l'avons vu au Vésuve dans ces derniers temps. Enfin, les jurats de Mascali ont mandé, le 12, que le 9 du même mois les explosions devinrent terribles; que la fumée augmenta à tel point que tout le ciel en fut obscurci; qu’à l’entrée de la nuit, il commença à pleuvoir un déluge de petites pierres, pesant jusqu’à trois onces , dont tout le
Histoire du mont Vésuve, par ie P. J. M. de la Torre. Journal étranger, mois de jauvicr 1756, pag. 203 et suiv.
pays et les cantons circonvoisins furent inondés, qu'H cette pluie affreuse qui dura plus de cinq quarts d’heure, en succéda une autre de cendres noi’res qui continua toute la nuit; que le lendemain, sur les huit heures du matin, le sommet de 1 Etna vomit un fleuve d’eau comparable au i\il; que jgg anciennes laves les plus impraticables par leurs monstruosités, leurs coupures et leurs pointes, furent en un clin d’œil converties par ce torrent en une vaste plaine de sable; que l’eau qui, heureusement, n’avait coulé que pendant un demi-quart d heure, était très-chaude; que les pierres et les sables qu elle avait charriés avec elle, ne différaient en rien des pierres et du sable de la mer; qu’apres l’inondation, il était sorti de la même bouche un petit ruisseau de feu qui coula pendant vingt-quatre heures; que le H, è un mille efiviron au-dessous de cette bouche, il se fit une crevasse par où déboucha une lave qui pouvait avoir cent toises de largeur et deux milles d étendue, et quelle continuait son cours au travers de la campagne le jour même que M. d’Artenay écrivait cette relation *.
Voici ce que dit M. Brydone, au sujet de cette éruption : « Une partie des « belles forêts qui composent la seconde région de l’Etna, fut détruite en « 1735, par un très-singulier phénomène. Pendant une éruption du volcan, « un immense torrent d eau bouillante sortit, à ce qu’on iuinyine, du grand « cratère de la montagne, en se répandant en un instant sur sa base, en ren- « versant et détruisant tout ce qu’il rencontra dans sa course. Les traces de « ce torrent étaient encore visibles (en 1770). Le terrain commençait à re- « couvrer sa verdure et sa végétation, qui ont paru quelque temps avoir été « anéanties. Le sillon que ce torrent d’eau a laissé semble avoir environ un « mille et demi de largeur, et davantage en quelques endroits. Les gens « éclairés du pays croient communément que le volcan a quelque communi- « cation avec la mer, et qti’il éleva cette eau par une force de succion ; mais dit « M. Brydone, l’absurdité de cette opinion est trop évidente pour avoir besoin « d’être réfutée; la force de succion seule, même en supposant un vide par- « fait, ne pourrait jamais élever 1 eau à plus de trente-trois ou trente-quatre « pieds, ce qui est égal au poids d’une colonne d’air dans toute la hauteur de « 1 atmosphère. » Je dois observer que M. Brydone me paraît se tromper ici, puisqu il confond la force du poids de l’atmosphère avec la force de succion produite par l’action du feu. Celle de l’air, lorsqu'on lait le vide, est en effet limitée à moins de trente-quatre pieds; mais la force de succion ou d’aspiration du feu n’a point de bornes ; elle est, dans tous les cas, proportionnelle à 1 activité et à la quantité de la chaleur qui la produit, comme on le voit dans les lourneaux où l’on adapte des tuyaux aspiratoires. Ainsi, l’opinion des gens éclairés du pays, loin d’étre absurde, me paraît bien fondée : il est nécessaire que les cavités des volcans communiquent avec la mer, sans cela ils ne pourraient vomir ces immenses torrents d’eau ni même faire aucune
Mémoires des Savants étrangers, imprimés comme suite des Mémoires de l’Académie des Sciences, tome IV, pag. 147 et suivantes.
éruption, puisque aucune puissance, à l’exception de l’eau choquée contre le feu, ne peut produire d’aussi violents effets.
Le volcan Pacayita, nommé volcan de Veau par les Espagnols, jette des torrents d eau dans toutes ses éruptions; la dernière détruisit, en 1 775, la ville de Guatimala, etdes torrents d’eau et de laves descendirent jusqu’à la mer du Sud
On a observé sur le Vésuve, qu’il vient de la mer un vent qui pénètre dans la montagne : le bruit qui se fait entendre dans certaines cavités, comme s’il passait quelque torrent par-dessous, cesse aussitôt que les vents de terre soufllenl, et on s’aperçoit en meme temps que les exhalaisons de la bouche du Vésuve deviennent beaucoup moins considérables ; au lieu que lorsque le vent vient de la mer, ce bruit, semblable à un torrent, recomrnence, ainsi que les exhalaisons de flamme et de fumée, les eaux de la mer s insinuant aussi dans la montagne, tantôt en grande, tantôt en petite quantité ; et il est arrivé plusieurs fois à ce volcan de rendre en même temps de la cendre et de l’eau *.
Un savant, qui a comparé l’état moderne du Vésuve avec son état actuel, rapporte que, pendant l'intervalle qui précéda l’éruption de 1C51, l’espèce d’entonnoir que forme l’intérieur du Vésuve s’était revêtu d’arbres et de verdure; que la petite plaine qui le terminait était abondante en excellents pâturages; qu’on partant du bord supérieur du gouffre, on avait un mille à descendre pour arriver à cette plaine, et qn’clle avait, vers son milieu, un autre gouffre dans lequel on descendait également pendant un mille, par des chemins étroits et tortueux, qui conduisaient dans un espace plus vaste, entouré de cavernes, d’où il sortait des vents si impétueux et si froids qu’il était impossible d’y résister. Suivant le même observateur, la sommité du Vé- •suve avait alors cinq milles de circonférence. Après cela, on ne doit point être étonné que quelques physiciens aient avancé que ce qui semble former aujourd’hui deux montagnes, n’en était qu’une autrefois; que le volcan était au centre, mais que le côté méridional s’étant éboidé par l’effet de quelque éruption, il avait forme ee vallon qui sépare le V ésuve du mont5<);«ma.
M. Steller observe que les volcans de l’Asie seplcnlriouale sont presque toujours isolés; qu’ils ont à peu près la même croûte ou surface, et qu’on trouve toujours des lacs sur le sommet, et des eaux chaudes au pied des montagnes où les volcans sc sont éteints. « C’est, dit-il, une nouvelle preuve de la correspondance que la nature a mise entre la mer, les montagnes, les volcans et les eaux chaudes. » On trouve nombre de sources de ces eaux chaudes dans différents endroits du Kamtschatka. L’ilc de Sjanw, à quarante lieues de Ternate, a un volcan dont on voit souvent sortir de l’eau des cendres, etc. Mais il est inutile d’accumuler ici des faits en plus grand nombre pour prouver la communication des volcans avec la mer : la violence de leurs éruptions serait seule suffisante pour le faire présumer; et le
* Description historique et philosophique du Vésuve, par M. Tahhe Mercatti. Journal étranger, mois d’octobre 1764.
fait général de la situation près de la mer de tous les volcans actuellement agissants achève de le démontrer. Cependant, comme quelques physiciens ont nié la réalité et môme la possibilité de cette communication des volcans à la mer, je ne dois pas laisser échapper un fait que nous devons à feu M. de la Condamine, homme aussi véridique qu’éclairé. Il dit « qu’étant « monté au sommet du Vésuve, le 4 juin 1753, et même sur les bords de « l’entonnoir qui s’est formé autour de la bouche du volcan depuis sa der- « nière expolosion, il aperçut dans le gouffre, à environ quarante toises de a profondeur, une grande cavité en voûte vers le nord de la montagne : il « fit jeter de grosses pierres dans cette cavité, et il compta à sa montre douze « secondes avant qu’on cessât de les entendre roulerj à la fin de leur chute, « on crut entendre un bruit semblable à celui que ferait une pierre en tom- « bant dans un bourbier j et quand on n’y jetait rien, on entendait un bruit O semblable à celui des flots agités. » Si la chute de ces pierres jetées dans le gouffre s’était faite perpendiculairement et sans obstacle, on pourrait conclure des douze secondes de temps une profondeur de deux mille cent soixante pieds, ce qui donnerait au gouffre du Vésuve plus de profondeur que le niveau de la mer; car, selon le P. de la Torre, cette montagne n’avait, en 1753, que mille six cent soLxanle-dix-sept pieds d’élévation au-dessus de la surface de la mer ; et cette élévation est encore diminuée depuis ce temps. Il paraît donc hors de doute que les cavernes de ce volcan de.scendent au-dessous du niveau de la mer, et que par conséquent il peut avoir communication avec elle.
J’ai reçu d un témoin oculaire et bon observateur, une note bien faite et détaillée sur l’état du Vésuve, le 15 juillet de cette même année 1733 : je vais la rapporter, comme pouvant servir à fixer les idées sur ce que l’on doit présumer et craindre des effets de ce volcan, dont la puissance me paraît être bien affaiblie.
« Rendu au pied du Vésuve, distant de iNaples de deux lieues, on monte « pendant une heure et demie sur des ânes, et I on en emploie autant pour « laire le reste du chemin à pied ; c’en est la partie la plus escarpée et la « plus fatigante; on se tient à la ceinture de deux hommes qui préeè- « dent, et I on marche dans les cendres et dans les pierres anciennement « élancées.
« Cliemin faisant, on voit les laves des différentes éruptions : la plus an- « cicnne qu’on trouve, dont l’àge est incertain, mais à qui la tradition donne « deux cents ans, est de couleur de gris de fer, et a toutes les apparences « d unepieri-e; elle s’emploie actuellement pour le pavé de Naples et pour « certains ouvrages de maçonnerie. On en trouve d’autres, qu’on dit être de « soixante, de quarante et de vingt ans; la dernière est de l’année 1732....
« Ces différentes laves, à l’exception de la plus ancienne, ont de loin l’ap- « parence d une terre brune, noirâtre, raboteuse, plus ou moins f'raîche- « ment labourée. Vue de près, c’est une matière absolument semblable à « celle qui reste du fer épuré dans les fonderies ; elle est plus ou moins
« composée de terre et de minéral ferrugineux, et approche plus ou moins « de la pierre.
« Arrivé à la cime qui, avant les éruptions, était solide, on trouve un « premier bassin, dont la circonférence, dit-on, a deux milles d'Italie, et « et dont la profondeur paraît avoir quarante pieds, entouré d'une croûte de « teire de cette même hauteur, qui va en s’épaississant vers la hase, et dont « le bord supérieur a deux pieds de largeur. Le fond de ce premier bassin « est couvert d’une matière jaune, verdâtre, sulfureuse, durcie et ehaude, « .sans être ardente, qui par différentes crevasses laisse sortir de la fumée.
« Hans le milieu de ce premier bassin, on en voit un second, qui a en- « viron moitié de la circonférence du premier, et pareillement la moitié de « sa piofondcurj son fond est couvert d une matière brune, noirâtre, telle « que les laves les plus fraîches qui se trouvent sur la route.
« Hans ce second bassin s eleve un monticule creux dans son intérieur, « ouvert dans sa cime, et pareillement ouvert depuis sa cime jusqu’à sa base^ « vers le côté de la montagne où l’on monte. Cotte ouverture latérale peut « avoir à la cime de vingt pieds, et à la base quatre pieds de largeur. La « hauteur du monticule est environ de quarante pieds; le diamètre de sa « base peut en avoir autant, et celui de l’ouverture de sa cime la moitié.
« Cette base, élevée au-dessus du second bassin d’environ vingt pieds, « forme un troisième bassin actuellement rempli d’une matière liquide et « ardente, dont le coup d’œil est entièrement semblable au métal fondu « qu’on voit dans les fourneaux d’une fonderie. Cette matière bouillonne « continuellement avec violence; son mouvement a l’apparence d’un lac « médiocrement agité, et le bruit qu’il produit est semblable à celui des « vagues.
« He minute en minute il se fait de cette matière des élans, comme ceux « d’un gros jet d’eau ou de plusieurs jets d’eau réunis ensemble; ces élans « produisent une gerbe ardente qui s’élève à la liauteur de trente à qua- « t ante pieds, et retombe en différents arcs, partie dans son propre bassin, « partie dans le fond du second bassin couvert de la matière noire : c’est la « lueur leflécbie de ces jets ardents, quelquefois peut-être l’extrémité supé- « rieure de ces jets mêmes, qu on voit depuis Naples pendant la nuit. Le « bruit que font ces élans dans leur élévation et dans leur chute paraît com- « posé de celui que fait im feu d artifice en partant, et de celui <jue produi- « sent les vagues de la mer poussées par un vent violent contre un rocher.
« Ces bouillonnements, entremêlés de ces élans, produisent un transvase- « ment continuel de cette matière. Par l’ouverture de quatre pieds, qui se « trouve à la base du monticule, on voit couler, sans discontinuer, un ruis- « seau ardent, delà largeur de l’ouverture, qui, dans un canal incliné et avec « un mouvement moyen, descend dans le second bassin, couvert de ma- « tière noire, s’y divise en plusieurs ruisselets encore ardents, s’y arrête et « s’y éteint.
« Ce ruisseau ardent est actuellement une nouvelle lave, qui ne coule
« que depuis huit jours; et si elle continue et augmente, elle produira avec « le temps un nouveau dégorgement dans la plaine, semblable à celui qui « se fit il y a deux ans : le tout est accompagne d'une épaisse fumée qui n’a « point l’odeur du soufre, mais celle précisément que répand un fourneau « où l’on cuit les tuiles.
« On peut sons aucun danger faire le tour de la cime sur le bord de la « croûte, parce que le monticule creusé, d’où partent les jets ardents, est « assez (listant des bords pour ne laisser rien à craindre; on peut pareille- « ment sans danger descendre dans le premier bassin; on pourrait même « se tenir sur les bords du second, si la réverbération de la matière ardente « ne l’empêchait.
« Voilà l’état actuel du Vésuve, ce Ib juillet 1733 : il change sans cesse « de forme et d aspect; il ne jette actuellement point de pierres, et l’on « n’en voit sortir aucune flamme. »
Cette observation semble prouver évidemment que le siège de l'embrasement de ce volcan, et peut-être de tous les autres volcans, n’est pas à une grande profondeur dans l’intérieur de la montagne, et qu’il n’est pas nécessaire de supposer leur foyer au niveau de la mer ou plus bas, et de faire partir de là l'explosion dans le temps des éruptions; il suffit d’admettre des cavernes et des fentes perpendiculaires au-dessous, ou plutôt à côté du foyer, lesquelles servent de tuyaux d’aspiration et de ventilateurs au fourneau du volcan.
îlf. de la Condamine, qui a eu, plus qu’aucun autre physicien, les occasions d’observer un grand nombre de volcans dans les Cordilicres, a aussi examiné le mont Vésuve et toutes les terres adjacentes.
« Au mois de juin 1733, le sommet du Vésuve formait, dit-il, un enton- « noir ouvert dans un amas de cendres, de pierres calcaires et de soufre, « qui brûlait encore de distance en distance, qui teignait le sol de sa cou- « leur, et qui s’exhalait par diverses crevasses, dans lesquelles la chaleur « était assez grande pour enflammer en peu de temps un bâton enfoncé à « quelques pieds dans ses fentes.
« Les éruptions de ce volcan sont fréquentes depuis plusieurs années; et, « chaque fois qu’il lance des flammes et vomit des matières liquides, la « forme extérieure de la montagne et sa h.iuteur reçoivent des change- « ments considérables... Dans une petite plaine à mi-côte, entre la montagne « de cendres et de pierres sorties du volcan, est une enceinte demi-circu- « laire de rochers escarpés de deux cents pieds de haut, qui bordent cette « petite plaine du côte du nord. On peut voir, d’après les soupiraux récem- « ment ouverts dans les flancs de la montagne, les endroits par où se sont « échappés, dans le temps de sa dernière éruption, les torrents de lave « dont tout ce vallon est rempli.
« Ce spectacle présente l’apparence de flots métalliques refroidis et conte gelés; on peut s'en former une idée imparfaite, en imaginant une mer « d'une matière épaisse et tenace, dont les vagues commenceraient à se
402 lllSTOlUl' NATIJHELLE.
« calmer. Cette mer avait .'^cs îles : ce sont des masses isolées, semblables à « des rochers creux et spongieux, ouverts en arcades et en grottes bizarre- « ment percées, sous lesquelles la matière ardente et liquide s’était fait des « dépôts ou des réservoirs qui ressemblaient à des fourneaux. Ces grottes, « leurs voûtes et leurs piliers... étaient chargés de scories suspendues en « forme de grappes irrégulières de toutes les couleurs et de toutes les nuances.
« Toutes les montagnes ou coteaux des environs de Naples seront visi- « blement reconnus à l examen, pour des amas de matières vomies par des « volcans qui n’cxislent plus, cl dont les éruptions antérieures aux histoires « ont vraisemblablement formé les ports de Naples et de Pouzzole. Ces « mêmes matières se reconnaissent sur toute la route de Naples à Rome, « et aux portes de Rome même.
« Tout l’intérieur de la montagne de Frascati... la chaîne de collines qui « s’étend de cet endroit à Grotta-Ferrata, à Caslel-Gandolfo, jusqu’au lac « d’Albano, la montagne de Tivoli en grande partie, celle de Caprarola, « de Viterbe, etc., sont composées de divers lits de pierres calcinées, de « cendres pures, de scories, de matières semblables au mâchefer, à la terre « cuite, à la lave proprement dite, enfin toutes pareilles à celles dont est « composé le sol de Portici, et à celles qui sont sorties des flancs du Vésuve « sous tant de formes différentes... 11 faut donc nécessairement que toute « cette partie de l ltalie ait été bouleversée par des volcans...
« Le lac d’Albano, dont les bords sont semés de matières calcinées, n’est « que la bouche d’un ancien volcan, etc... La chaîne des volcans de l'Italie « s’étend jusqu’en Sicile, et offre encore un assez grand nombre de foyers « visibles sous différentes formes. En Toscane, les exhalaisons de Firen- « zMo/a; les eaux thermales de Pèse; dans l'Etat ecclésiastique, celles de Vi- « terbe, de Norcin, de Nocera, etc. j dans le royaume de Naples, celles « d’Ischia, la SvlfaUtra, le Vésuve; en Sicile et dans les îles voisines, l'Etna, « les volcans de Lipari, Stromboli, etc.; d’autres volcans de la même « chaîne, éteints, ou épuisés de temps immémorial, n’ont laissé que des « résidus, qui, bien qu'ils ne frappent pas toujours au premier aspect, n’en « sont pas moins reconnaissables aux yeux attentifs...
« Il est vraisemblable, dit M. l'abbé Mercatti, que, dans les siècles passés, « le royaume de Naples avait, outre le Vésuve, plusieurs autres volcans...
« Le mont Vésuve, dit le P. de la Torre, semble une partie détachée de « celte chaîne de montagnes qui, sous le nom d’Appennins, divise toute l'I- « talie dans sa longueur... Ce volcan est composé de trois monts différents : « l’un est le Vésuve proprement dit; les deux autres sont les monts Somma « et d'Ollajano. Ces deux derniers, placés plus occideiitalement, forment une « espèce de demi-cercle autour du Vésuve, avec lequel ils ont dos racines « communes.
« Cette montagne était autrefois entourée de campagnes fertiles, et cou- « verte elle-même d’arbres et de verdure, excepté sa cime, qui était plate et « stérile, et où l’on voyait plusieurs cavernes en tr’ou vertes. Elle était envi-
« ronnée de qiiaiitilé de rochers qui en rendaient l’accès diHicile et dont « les pointes, qui étaient fort hautes, cachaient le vallon élevé qui se trouve « entre le Vésuve et les monts Somma et (VOltajano. La cime du Vésuve « qui s’est abaissée depuis considérablement, se faisant alors beaucoup plus « remarquer, il n est pas étonnant que les anciens aient cru qu’il n’avait « qu’un sommet...
« La largeur du vallon est dans toute son étendue de deux mille deux « cent vingt pieds de Paris, et sa longueur équivaut à peu près à sa lar- « geur; . il entoure la moitié du Vésuve..., et il est, ainsi que tous les « côtés au Vésuve, rempli de sable bnilé et de petites pierres ponces. Les « rochers qui s’étendent des monts Somma et û'Ottajano offrent tout au plus «quelques brins d’herbe, tandis que ces monts sont extérieurement cou- « verts d’arbres et de verdure. Ces rochers paraissent au premier coup d’œil « des pierres brûlées ; mais, en les observant attentivement, on voit qu’ils « sont, ainsi que les rochers de ces autres montagnes, composés de lits de « pierres naturelles, de terre couleur de châtaigne, de craie et de pierres « blanches, qui ne paraissent nullement avoir été liquéfiées par le feu...
« On voit tout autour du Vésuve les ouvertures qui s'y sont faites en diffé- « rents temps, et par lesquelles sortent les laves : ces torrents de matières « qui sortent quelquefois des flancs, et qui tantôt courent sur la croupe dé « la montagne, se répandent dans les campagnes, et quelquefois jusqu’à la « mer, et s’endurcissent comme une pierre, lorsque la matière vient à se re- « froidir...
A la cime du Vésuve, on ne voit qu'une espèce d’ourlet ou de rebord « de quatre à cinq palmes de large, qui, prolongé autour de la cime, décrit « une circonférence de cinq mille six cent vingt-quatre pieds de Paris. On « peut marcher commodément sur ce rebord. Il est tout couvert d’un sable J brûlé, qui est rouge en quelques endroits, et sous lequel on trouve des « pierres partie naturelles, partie calcinées... On remarque dans deux élé- « vations de ce rebord des lits de pierres naturelles, arrangées comme dans « toutes les montagnes; ce qui détruit le sentiment de ceux qui regardent le « Vésuve comme une montagne qui s’csi élevée peu à peu au-dessus du plan «du vallon...
« La profondeur du gouffre, où la matière bouillonne, est de cinq cent « quarante-trois pieds; pour la hauteur de la montagne, depuis sacimejus- « qu’au niveau de la mer, elle est de mille six cent soixante-dix-sept pieds « qui font le tiers d’un mille d’Italie.
« Cette hauteur a vraisemblablement été plus considérable. Les érup- « tions, qui ont changé la forme extérieure de la montagne, en ont aussi « diminué l’élévation, par les parties qu’elles ont détachées du sommet et « qui ont roulé dans le gouffre »
* Hisloiic du nionl Vésuve, par le P. de la Torre. Journal ctranoer, janvier page 182 jusqu’à 208.
404 IIISTOini' xNATinELLE.
D'ajirès Ions ces exemples, si nous considérons la forme extérieure que nous présentent la Sicile et les autres terres ravagées par le feu, nous reconnaîtrons évidemment qu’il n'existe aucun volcan simple et purement isolé. Ea surface de ces contrées offre partout une suite et quelquefois une gerbe de volcans. On vient de le voir au sujet de l’Etna, et nous pouvons en donner un second exemple dans l’IIécla. L’Islande, comme la Sicile, n’est en grande partie qu’un groupe de volcans, et nous allons le prouver par les observations.
L’Islande entière no doit être regardée que comme une vaste montagne parsemée de cavités profondes, cacliant dans son sein des amas de minéraux, de matières vitrifiées et bitumineuses, et s’élevant de tous côtés, du milieu de la mer qui la baigne, en forme d’un cône court et écrasé. Sa surface ne présente à l’œil que des .sommets de montagnes, blanchis par des neiges et des glaces, et plus bas l’image de la confusion et du bouleversement. C’est un énorme monceau de pierres et de rochers brisés, quelquefois poreux et à demi ealcinés, effrayants par la noirceur et les traces du feu qui y sont empreintes. Los fentes et les creux de ces rochers ne sont remplis que d'un sable rouge et quelquefois noir ou blanc; mais, dans les vallées que les montagnes forment entre elles, on trouve des plaines agréables *.
La plupartdesjokuts, qui sontdes montagnes de médiocre hauteur, quoique couvertes de glaces, et qui sont dominées par d’autres montagnes plus élevées, sont des volcans qui, de temps à autre, jettent des flammes, et causent des tremblements de terre; on en compte une vingtaine dans toute l’ile. Les habitants des environs de ces montagnes ont appris, par leurs observations, que, lorsque les glaces et la neige s’élèvent à une hauteur considérable, et qu’elles ont bouché les cavités par lesquelles il est anciennement sorti des flammes, on doit s’attendre à des tremblements de terre, qui sont suivis immanquablement d’éruptions de feu. C'est par cette raison qu'à présent les Islandais craignent que les jokuts qui jetèrent des flammes en 1728 dans le canton de Skafifield, ne s’enflamment bientôt, la glace et la neige s’étant accumulées sur leur sommet, et paraissant fermer les soupiraux qui favorisent les exhalaisons de ces feux souterrains.
En 1721, le jokut appelé Koëllccjan, à cinq ou six lieues à l’ouest de la mer, auprès de la baie de Portland, s’enflamma après plusieurs secousses de tremblement de terre. Cet incendie fondit des monceaux de glace d’une grosseur énorme, d’où se formèrent des torrents impétueux qui portèrent fort loin l'inondation avec la terreur, et entraînèrent jusqu'à la mer des quantités prodigieuses de terre, de sable et de pierres. Les masses solides de glace et l'immense quantité de terre, de pierres et de sable qu’emporta cette inondation, comblèrent tellement la mer, qu’à un demi-mille des côtes il s’en forma une petite montagne qui paraissait encore au-dessus de
Iiili'oductioii à l’ilisloire du Danemark.
l’eau en 1750. On peut juger combien cette inondation amena de matières à la mer, puisqu’elle la fit remonter ou plutôt reculer à douze milles au delà de ses anciennes côtes.
La durée entière de cette inondation fut de trois jours, et ce ne fut quaprès ce temps qu’on put passer au pied des montagnes comme auparavant...
L’IIécla, que l’on a toujours régardé comme un des plus fameux volcans de l’imivers, à cau.se de ses éruptions terribles, est aujourd'hui un des moins dangereux de l’Islande. Les monts de Koëtlegan, dont on vient de parler, et le mont Kralle, ont fait récemment autant de ravages que l’ilécla en faisait autrefois. On remarque que ce dernier volcan n'a jeté des flanmies que dix fois dans l’espace de huit cents ans; savoir : dans les années 1 104, 1 157, 1222, 1500, 1341, 1362, 1389, 1558, 1636, et pour la dernière fois, en 1693. Cette éruption commença le 13 février et continua jusqu’au mois d'août suivant. Tous les autres incendies n'ont de meme duré que quelques mois. Il faut donc observer que l’IIécla, ayant fait les plus grands ravages au 14° siècle, à quatre reprises différentes, a été tout à fait tranquille pendant le 15°, et a cessé de jeter du feu pendant cent soixante ans. Depuis cette époque, il n'a fait qu’une seule éruption au 16" siècle et deux au 17°. Actuellement, on n’aperçoit sur ce volcan ni feu, ni fumée, ni exhalaisons; on y trouve seulement dans quelques petits creux, ainsi que dans beaucoup d’autres endroits de l'île, de l eau bouillante des pierres, du sable et des cendres.
En 1726, après quelques secousses de tremblement de terre, qui ne furent sensibles que dans les cantons du nord, le mont Krafle commença à vomir, avec un fracas épouvantable, de la fumée, du feu, des cendres et des pierres. Cette éruption continua, pendant deux ou trois ans, sans faire aucun dommage, parce que tout retombait sur ce volcan ou autour de sa base.
En 1728, le feu s'étant communiqué à quelques montagnes situées près du Kralle, elles brûlèrent pendant plusieurs semaines. Lorsque les matières minérales qu’elles renfermaient furent fondues, il s'en forma un ruisseau de feu qui coula fort doucement vers le sud, dans les terrains qui sont au-des sous de ces montagnes. Ce ruisseau brûlant s'alla jeter dans un lac, à trois lieues du mont Kralle, avec un grand bruit, et en formant un bouillonnement et un tourbillon d'écume horrible. La lave ne cessa de couler qu’en 1729, parce qu’alors vraisemblablement la matière qui la formait était épuisée. Ce' lac fut rempli d’une grande ([uantité de pierres calcinées, qui firent considérablement élever ses eaux : il a environ vingt lieues de circuit, et il est situé à une pareille distance de la mer. On ne parlera pas des autres volcans d'Islande; il sulTit davoir fait rcmuiajuer les plus considérables.
On voit i»ai' cette description que rien ne ressemble plus aux volcans .secondaires de l'Etna que lesjokuts de l ilécla; que dans tous deux le haut du
sommet est tranquille; que celui du Vésuve s’est prodigieusement abaissé, et que probablement ceux de l’Etna et de l’Hécla étaient autrefois beaucoup plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Quoique la topographie des volcans, dans les autres parties du monde, ne nous soit pas aussi bien connue que celle des volcans d’Europe, nous pouvons néanmoins juger, par analogie et par la conformité de leurs effets, qu ils se ressemblent à tous (^ards : tous sont situés dans les iles ou sur le bord des continents ; presque tous sont environnés de voleans secondaires ; les uns sont agissants, les autres éteints ou assoupis : et ceux-ci sont en bien plus gi-and nombre, même dans les Cordillères , qui paraissent être le domaine le plus ancien des volcans. Dans l’Asie méridionale, les îles de la Sonde, les Moluques et les Philippines, ne retracent que destruction par le feu, et sont encore pleines de volcans. Les îles du Japon en contiennent de même un assez grand nombre : c’est le pays de l’univers qui est aussi le plus sujet aux tremblements de terre; il y a des fontaines chaudes en beaucoup d’endroits. La plupart des îles de l'océan Indien et de toutes les mers .de ces régions orientales ne nous présentent que des pics et des sommets isolés qui vomis.scnt le feu, que des côtes et des rivages tranchés, restes d’anciens continents qui ne sont plus : il arrive même encore soin ent aux navigateurs d’y rencontrer des parties qui s’affaissent journellement; et l’on y a vtj des îles entières disparaître ou s’engloutir avec leurs volcans sous les eaux. Les mers de la Chine sont chaudes, preuve de la forte effen'cscence des bassins maritimes en cette partie : les ouragans y sont affreux ; on y remarque souvent des trombes; les tempêtes sont toujours annoncées par un bouillonnement général et sensible des eaux, et par divers météores et autres exhalaisons dont l’atmosphère se charge et se remplit.
Le volcan de Ténériffe a été observé par le docteur Thomas Ileberden, qui a résidé plusieurs années au bourg d’Oratava, situé au pied du pic; il trouva en y allant quelques grosses pierres dispersées de tous côtés à plusieurs lieues du sommet de cette montagne : les unes paraissaient entières, d’autres semblaient avoir été brûlées et jetées à cette distance par le volcan. En montant la montagne, il vit encore des rochers brûlés, qui étaient dispersés en assez grosses masses.
« En avançant, dit-il, nous arrivâmes à la fameuse grotte de Zegds.
« qui est environnée de tous côtés par des masses énormes de rochers « brûlés...
« A un quart de lieue plus haut, nous trouvâmes une plaine sahlonneuse,
« du milieu de laquelle s’élève une pyramide de sable ou de cendres jau- « nâtres , que l’on appelle le pain de sucre. Autour de sa base, on voit sans « cesse transpirer des vapeurs fuligineuses : de là jusqu’au sommet, il « peut y avoir un demi-quart de lieue; mais la montée en est très-dilïi- « elle par sa hauteur escarpée et le peu d’assiette qu’on trouve dans tout ce « terrain...
« Opendant nous parvînmes à ce qu’on appelle la chaudière. Celte ouver-
« liire a douze ou quinze pieds de profondeur ; ses cotés se rétrécissant tou- « jours jusqu’au fond, forment une concavité qui ressemble à un cône tronqué « dont la base serait renversée... La terre en est fort chaude j et d’environ «vingt soupiraux, comme d’autant de cheminées, s’exhale une fumée ou « vapeur épaisse, dont l’odeur est très-sulfureuse. Il semble que tout le sol « soit mêlé ou poudré de soufre ; ce qui lui donne une surface brillante et « colorée...
« On aperçoit une couleur verdâtre, mêlée d'un jaune brillant comme de « l'or, presque sur toutes les pierres qu’on trouve aux environs : une autre « partie peu étendue de ce pain de sucre est blanche comme la chaux; et « une autre, plus basse, ressemble à de l'argile rouge qui serait couverte « de sel.
« Au milieu d'un autre rocher, nous découvrîmes un trou qui n’avait « pas i)lus de deux pouces de diamètre, d’où procédait un bruit lajieil à « celui d'un volume considérable d’eau qui bouillirait sur un grand feu *. »
Les Açores, les Canaries, les Iles du cap Vert, l'ile de l’Ascension , les Antilles, qui paraissent être les restes des anciens continents qui réunissaient nos contrées à l’Amérique, ne nous offrent presque toutes que des pays brûlés ou qui brûlent encore. Les volcans anciennement submergés, avec les contrées qui les portaient, excitent sous les eaux des tempêtes si terribles, que dans une de ces tourmentes arrivées aux Açores, le suif des sondes se fondait par la chaleur du fond de la mer.