‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 70 sur 93 · SUR LA TOURBE · texte numérisé non relu

SUR LA TOURBE

On peut ajouter à ce que j’ai dit sur les tourbes les faits suivants ;

Dans les châtellenies et subdélégalions de Bergues-Saint-4Vinox, Fumes et Bonrbourg, on trouve de la tourbe à trois ou quatre pieds sous terre ; ordinairement ces lits de tourbe ont deux pieds d’épaisseur, et sont composés de bois pourris , d’arbres même entière , avec leurs branches et leurs feuilles dont on connaît l’espèce, et particulièrement de coudriers, qu’on reconnaît à leurs noisettes encore existantes, entremêlées de différentes espèces de roseaux faisant corps ensemble.

D’où viennent ces lits de tourbes qui s’étendent depuis Bruges par tout le plat pays de la Flandre jusqu'à la i ivière d’Aa, entre les dunes et les terres élevées des environs de Bergues, etc? Il faut que, dans les siècles reculés, lorsque la Flandre n’était qu’une vaste forêt, une inondation subite de la mer ait submergé tout le pays , et en se retirant ait déposé tous les arbres, bois et roseaux qu’elle avait déracinés et détruits dans cet espace de terrain, qui est le plus bas de la Flandre, et que cet événement soit arrivé vers le mois d’août ou septembre, puisqu’on trouve encore les feuilles aux arbres, ainsi que les noisettes aux coudriers. Cette inondation doit avoir eu lieu bien longtemps avant la conquête que fit Jules-César de cette province, puisque les écrits des Romains, depuis cette époque, n’en ont pas fait memtion *.

* Mémoire pour la subdélégation de Dunkerque , relativement à l’histoire naturelle de ce canton.

TlfFÎORlE DE LA TERRE. 449

Quelquel'ois 011 trouve des végétaux dans le sein de la terre, qui sont dans un état différent de celui de la tourbe ordinaire ; par cxejnple, au mont Ganelon, près de Compïègne, on voit, d’un côté de la montagne, les carrières de Ijelles pierres et les huîtres fossiles dont nous avons parlé; et, de l’autre côté de la montagne, on trouve, à mi-côte, un lit de feuilles de toutes sortes d’arbres, et aussi des roseaux, des goémons, le tout mêlé ensemble et renfermé dans la vase; lorsqu’on remue ces feuilles, on retrouve la même odeur de marécage qu’on respire sur le bord de la mer, et ces feuilles conservent cette odeur pendant plusieurs années. Au reste, elles ne sont point détruites; on peut en reconnaître aisément les espèces : elles n’ont que de la sécheresse, et sont liées faiblement les unes aux autres par la vase « On reconnaît, dit M. Guettard, deux espèces de tourbes : les unes sont « composées de plantes marines, les autres de plantes terrestres ou qui vien- « nent dans les prairies. On suppose que les premières ont été formées dans « le temps que la mer recouvrait la partie de la terre qui est maintenant « habitée ; on veut que les secondes se soient accumulées sur celles-ci. On « imagine, suivant ce système, que les courants portaient dans des bas-fonds « formés par les montagnes qui étaient élevées dans la mer, les plantes ma- « rines qui se détachaient des rochers, et qui, ayant été ballottées par les « flots, se déposaient dans des lieux profonds.

« Cette production de tourbes n’est certainement pas impossible ; la grande « quantité de plantes qui croissent dans la mer paraît bien suffisante pour « former ainsi des tourbes : les Hollandais même prétendent que la bonté « des leurs ne vient que de ce qu’elles sont ainsi produites, et qu’elles sont

« pénétrées du bitume dont les eaux de la mer sont chargées

« Les tourbières de Villeroy sont placées dans la vallée où coule la rivière « d’Essone; la partie de cette vallée peut s’étendre depuis Roissy jusqu’à

« Eseharcon C’est même vers Roissy qu’on a commencé à tirer des tour-

« bes.... ; mais celles que l’on fouille auprès d’Escharcon sont les meil- « leures

' Les prairies où les tourbières sont ouvertes sont assez mauvaises; elles « sont remplies de joncs , de roseaux, de prèles et autres plantes qui crois- « sent dans les mauvais prés : on fouille ces prés jusqu’à la profondeur de « huit à dix pieds.... Après la couche qui forme actuellement le sol de la « prairie est placé un lit de tourbe d'environ un pied : il est rempli de |)lu- « sieurs espèces de coquilles fluviatiles et terrestres.

« Ce banc de tourbe qui renferme les coquilles est continuellement ter- « reux ; ceux qui le suivent sont à peu près de la même épaisseur et d’autant

* Lettre de M. I.csclievin à M. de ; Coinpièjjne, 8 août 1773. C’est la seconde

fois, et ce ne sera pas la dernière, que j’aurai occasion de citer M. Lesclievin, eliel des bureaux de la Maison du Roi. qui, par son goût pour l’Iiisloire naturelle et par amitié pour moi, m'a facilité des coriespondanees et procuré des observations et des morceaux rares pour l’augmentation du Cabinet du Roi.

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« iiieilleiiis (m'ils sont |j1us iiroCotulsj les tourbes ([u ils Iburnissenl sont « (l'un brun noir, lardées de roseaux, déjoues, de cypéroïdes et autres plaii- « tes qui viennent dans les prés; on ne voit point de coquilles dans ces bâties...

« On a quelquefois rencontré dans la masse des tourbes des souches de « saules et de peupliers, et quelques racines de ces arbres ou de quelques « autres semblables. On a découvert du côté d’Escbarcon un chêne enseveli « à neuf |)ieds de profondeur : il était noir et presque pourri; il s’esi con- « sommé à Tair ; un autre a été rencontré du côté de Roissy, à la profon- « deur de deux pieds, entre la ferre et la tourbe. On a encore vu près d’Es- « charcon des bois de cerfs; ils étaient enfouis jusqu’à trois ou quatre pieds...

« Il y a aussi des tourbes dans les environs d’Elampes, et peut-être aussi « abondamment qu’auprès de Villeroy : ces tourbes ne sont point mous- « seuses, ou le sont très-peu ; leur couleur est d’un beau noir , elles ont de « la pesanteur, elles brûlent bien au feu ordinaire, et il n’y a guère lieu de « douter qu’on n’en pût faire de très-bon charbon

« Les tourbières des environs d’Élampes ne sont, pour ainsi dire, qu'une « continuité de celles de Villeroy; en un mot, toutes les prairies qui sont « renfermées entre les gorges où la rivière d’Etampes coule sont probable- « ment remplies de tourbe. On en doit, à ce que je crois, dire autant de « celles qui sont arrosées par la rivière d'Essone; celles de ces prairies que « j’ai parcourues m’ont fait voir les mêmes plantes que celles d’Étampes et « de Villeroy * **. »

Au reste, selon l’auteur, il y a en France encore nombre d’endroits où l’on pourrait tirer de la tourbe, comme à Bourneuille, à Crouc auprès de Beauvais, à Bruneval aux environs de Péronne, dans le diocèse de Troyes en Champagne, etc. ; et cette matière combustible serait d’un grand secours, si l’on en faisait usage dans les endroits qui manquent de bois.

Il y a aussi des tourbes près Vitry-le-Français dans des marais le long de la Marne : ces tourbes sont bonnes et contiennent une grande quantité de cupules de gland. Le marais de Saint-Gon aux environs de Cbàlons, n'est aussi qu’une tourbière considérable , que l’on sera obligé d’exploiter dans la suite, par la disette de bois

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