‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 71 sur 93 · SUR UES BOIS SOUTERRAINS PÉTRIFIÉS ET CHARBONNIFIÉS · texte numérisé non relu

SUR UES BOIS SOUTERRAINS PÉTRIFIÉS ET CHARBONNIFIÉS

« Dans les terres du duc de Saxe-Cobourg, qui sont sur les frontières de « la Franconie et de la Saxe, à quelques lieues de la ville de Cobourg même, « on a trouvé, à une petite profondeur, des arbres entiers pétrifiés à un tel « point de perfection, qu’en les travaillant on trouve que cela fait une pierre « aussi belle et aussi dure que l’agate. Les princes de Saxe en ont donné « quelques morceaux à M. Scbœpdin, qui en a envoyé deux à M. de Bufifon,

* Aîoinoires de l Académie des Sciences, année 1761, page 380 jusqu’à 397.

** Noie coimininiquée à M. de Bullbn par M. de Grignon, le 6 août 1777.

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« pour le Cabinet du Roi : on a l'ail de ces bois pélriliés dos vases et autres « beaux ouvrages. * »

On trouve aussi du bois qui n’a point changé de nature, à d’assez grandes profondeurs dans la terre. M.Duverny, olïieicr d’artillerie, m'en a envoyé des échantillons, avec le détail suivant ; « La ville de La Fére, où je suis « actuellement en garnison, fait travailler, depuis le du mois d’août de « cette année 1755, à chercher de l’eau par le moyen de la tarière : lors- 9 qu’on fut parvenu à trente-neuf pieds au-dessous du sol, on trouva un lit « de marne, que l’on a continué de percer Jusqu'à cent vingt et un pieds : « ainsi, à cent soixante pieds de profondeur, on a trouvé, deux fois consécu- « tives, la tarière remplie d’une marne mêlée d une très-grande quantité de « fragments de bois, que tout le monde a reconnu [lotir être du chêne. Je « vous en envoie deux échantillons. Les jours suivants, on a trouvé toujours « la même marne, mais moins mêlée de bois, et on eu a trouvé jusqu'à la « profondeur de deux cent dix pieds, où l’on a cessé le travail **.

« On trouve, dit M. Justi, des morceaux de bois pétrifié d’une prodigieuse « grandeur dans le pays de Cobnury, qui appartient à une branche de la « maison de Saxe; et, dans les montagnes de Misnie, on a tiré de la terre « des arbres entiers, qui étaient entièrement changés en une très-belle a agate. Le Cabinet impérial de Vienne renferme un grand nombre de pé- « trilieations en ce genre. Cn morceau destiné pour ce même Cabinet était « d’une circonférence qui égalait celle d’un gros billot de boucherie. La « partie qui avait été bois était changée en une très-belle agate d’un gris « noir; et, au lieu de l’écorce, on voyait régner tout autour du tronc une « bande d'une très-belle agate blanche...

« L’empereur aujourd'hui régnant... a souhaité qu’on découvrît quelque « moyen pour fixer l'àge des pétrifications... Il donna ordre à son ambassa- « deur à Constantinople de demander la permission de faire retirer du Date nubeun des piliers du pont de Trajan, qui est à quelques milles ati-des- « sous de Belgrade. Cette permission ayant été accordée, on retira un de « ces piliers, que l’on présumaildevoir être pétrifié par les eaux du Danube; « mais on recoiiuut que la pétrification était très-peu avancée pour un este pace de temps si considérable. Quoiqu’il se fût passé plus de seize siècles et depuis que le pilier en question était dans le Danube, elle n’y avait pénétré « tout au plus qu’à l’épaisseur de trois quarts de pouce, et même à quelque et chose de moins : le reste du bois, peu différent de l’ordinaire, ne comtt mençait qu’à se calciner.

tt Si de ce fait seul on pouvait tirer une juste conséquence pour toutes les « autres pétrifications, on en conclurait que la nature a eu besoin peut-être tt de cinquante mille ans our changer en pierres des arbres de la grosseur « de ceux qu’on a trouvés pétrifiés en différents endroits; mais il peut fort

* l.fltrc de M. S(.linî|)(lin , Slrasbom-jj, 24 septembre 1746.

Letlie de M. Bresse du Veray; l.a Fère. 14 novembre 1763.

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« bieii arriver qu’en d'autres lieux le concours de plusieurs causes opère la « pétrification plus promptement...

« On a vu à Vienne une bûche pétrifiée, qui était venue des montagnes « Carpathes, en Hongrie, sur laquelle paraissaient distinctement les ha- « chures qui y avaient été faites avant sa pétrification; et ces mêmes hachures « étaient si peu altérées par le changement arrivé au bois, qu’on y remar- « quait qu’elles avaient été faites avec un tranchant qui avait une petite « brèche...

« Au reste, il parait que le bois pétrifié est beaucoup moins rare dans la « nature qu’on ne le pense communément, et qu'en bien des endroits, il ne « manque, pour le découvrir, que l'œil d’un naturaliste curieux. J’ai vu au- « près de Mansfeld une grande quantité de bois de chêne pétrifié, dans un « endroit où beaucoup de gens passent tous les Jours sans apercevoir ee phé- « nomène. Il y avait des bûches entièrement pétrifiées, dans lesquelles on « reconnaissait très-distinctement les anneaux formés par la croissance an- « nuelle dubois, l’écorce, l’endroit de la coupe, et toutes les marques du « bois de chêne *. »

M. Clozier, qui a trouvé différentes pièces de bois pétrifié sur les collines, auxenvironsd’Étampes, et particulièrement sur celle de 5amt-%mp/ioncn, a jugé que ces différents morceaux de bois pouvaient provenir de quelques souches pétrifiées qui étaient dans ces montagnes : en consé<iuence, il a fait faire des fouilles sur la montagne de Sain -Symphorien, dans un endroit qu’on lui avait indiqué; et, après avoir creusé la terre de plusieurs pieds, il vit d’abord une racine de bois pétrifiée, qui le conduisit à la souche d’un arbre de même nature.

Cette racine, depuis son commencement jusqu’au tronc où elle était attachée, avait au moins, dit-il, cinq pieds de longueur; il y en avait cinq autres qui y tenaient aussi, mais moins longues....

Les moyennes et petites racines n’ont pas été bien pétrifiées, ou du moins leur pétrification était si friable qu’elles sont restées dans le sable où était la souche, en une espèce de poussière ou de cendre. Il y a lieu de croire que, lorsque la pétrification s’est communiquée à ces racines, elles étaient presque pourries, et que les parties ligneuses qui les composaient, étant trop désunies par la pourriture, n’ont pu acquérir la solidité requise pour une vraie pétrification...

La souche porte, dans son plus gros, près de six pieds de circonférence; à l’égard de sa hauteur, elle porte, dans sa partie la plus élevée, trois pieds huit à dix pouces; son poids est au moins de cinq à six cents livres. La souche, ainsi que les racines, ont conservé toutes les apparences du bois, comme écorce, aubier, bois dur, pourriture, trous de petits et gros vers, excréments de ces mêmes vers; toutes ces différentes parties pétrifiées, mais d'une pétrification moins dure et moins solide que le corps ligneux, qui

Journal étranger, mois d’octobre 1756, pag, 160 cl suiv.

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était bien sain, lorsqu’il a été saisi par les parties pétrifiantes. Ce corps ligneux est changé en un vrai caillou de difi'érentes couleurs, rendant beaucoup de feu étant frappé avec le fer trempé, et sentant, après qu’il a été frappé ou frotté, une très-forte odeur de soufre...

Ce tronc d’arbre pétrifié était couché presque horizontalement... 11 était couvert do plus de quatre pieds de terre, et la grande racine était en dessus et n était enfoncée que de deux pieds dans la terre *.

>1. l’abbé Mazéas, qui a découvert à uti demi-mille de Rome, au delà de la porte du Peuple, une carrière de bois pétrifié, s’exprime dans les termes suivants ;

« Cette carrière de bois pétrifié, dit-il, forme une suite de collines en « face de Monte-Mario, située de l'autre côté du Tibre... Parmi ces mor- « eeaux de bois entassés les uns sur les autres d’une manière irrégulière, les « uns sont simplement sous la forme d'une terre durcie, cl ce sont ceux qui « se trouvent dans un terrain léger, sec, et (pii ne paraît nullement propre « à la nourriture des végétaux : les autres sont pétrifiés et ont la couleur, le « brillant et la dureté de l'espèce de résine cuite, connue dans nos bouti- « ques sous le nom de colophane ; ces bois pétrifiés se trouvent dans un « terrain de même espèce que le précédent, mais plus humide; les uns et les V autres sont parfaitement bien conservés : tous se réduisent par la calcina- « tion en une véritable terre, aucun ne donnant de l alun, soit en les trai- « tant au feu, soit en les combinant avec l aeide vitriolique **.»

i\I. Dumonchau, docteur en médecine et très-babilc physicien à Douai, a bien voulu m’envoyer, pour le Cabinet du Roi, un morceau d’un arbre pétrifié, avec le détail historique suivant :

« La pièce de bois pétrifié que j’ai I bonneur de vous envoyer, a été « cassée à un tronc d’arbre trouvé à plus de cent cinquante pieds de profon- « deur en terre... En creusant, l’année dernière ( 1754 ), un puits pour « sonder du charbon, à Nolre-Dame-au-Bois, village situé entre Condé, « Saint-Amand, Mortagne et Valenciennes, on a trouvé à environ six cents « toises de l’Escaut, après avoir passé trois niveaux d’eau, d’abord sept pieds « de rochers ou de pierre dure que les charbonniers nomment en leur lan- « gage lourtia; ensuite, étant parvenu à une terre marécageuse, on a ren- « contré, comme je viens de le dire, à cent cinquante pieds de profondeur, « un tronc d’arbre de deux pieds de diamètre, qui traversait le puits que « l’on creusait, ce qui fit qu’on ne put pas en mesurer la longueur; il était ( appuyé sur un gros grès; et bien des curieux voulant avoir de ce bois, on « en détacha plusieurs morceaux du tronc. La petite pièce que j’ai l’honneur « de vous envoyer, fut coupée d’un morceau qu’on donna à M. Laurent, « savant mécanicien...

« Ce bois parait plutôt carbonnifié que pétrifié. Comment un arbre se

* Mémoires des savants clraiiocrs. tome I 1. 598 jnsijirà GO î.

■'* Idem , tome V. page 388

« trouve-t-il si avant dans la terre ? est-ce que le terrain où on l’a trouvé a « été jadis aussi bas ? Si cela est, comment ce terrain aurait-il pu augmen- « ter ainsi de cent cinquante pieds ? d’où serait venue toute cette terre ?

« Les sept pieds de tourtia que M. Laurent a observés, se trouvant répan- « dus de meme dans tous les autres puits à charbon, de dix lieues à la « ronde, sont donc une production postérieure à ce grand amas supposé « de terre.

« Je vous laisse, monsieur, la chose à décider; vous vous êtes assez l'a- « miliarisé avec la nature pour en comprendre les mystères les plus ca- « chés : ainsi, je ne doute pas que vous n’expliquiez ceci aisément *. »

M. Fougeroux de Rondaroy, de l’Académie royale des sciences, rapporte plusieurs laits sur les bois pétrifiés, dans un mémoire qui mérite des éloges, et dont voici l’extrait :

« Tonies les pierres Obrcuscs, et qui oui quelque ressemblance avec le « bois, ne sont |)as du bois pétrifié; mais il y en a beaucoup d’autres qu’on « aurait tort de ne pas regarder comme telles, surtout si l’on y remarque « l’organisation propre aux végétaux...

« On ne manque pas d’observations qui prouvent que le bois peut se con- « venir en pierre, au moins aussi aisément que plusieurs autres substances « qui éprouvent incontestablement cette transmutation ; mais il n'est pas aisé « d’expliquer comment elle se fait : j’espère qu'on me permettra de hasar- « der sur cela quelques conjectures que je tâcherai d'appuyer sur des ob- « servations.

« On trouve des bois qui, étant, pour ainsi dire, â demi |)étrifiés, s’éloi- « gnent peu de la pesanteur du bois; ils se divisent aisément par feuillets ou « même par filaments, comme certains bois pourris : d'autres, plus pétrifiés, « ont le poids, la dureté et l’opacité de la pierre de taille ; d’autres, dont la « pétrification est encore plus parfaite, prennent le même poli que le marbre, « pendant que d’autres acquièrent celui des belles agates orientales. J’ai im « très-beau morceau qui a été envoyé de la Martinique à M. du Hamel, qui « est changé en une très-belle sardoinc. Enfin on en trouve de convertis en « ardoise. Dans ces morceaux, on en trouve qui ont tellement conservé l’or- « ganisation des bois, qu’on y découvre avec la loupe tout ce qu’on pourrait « voir dons un morceau de bois non pétrifié.

« Nous en avons trouvé qui sont encroûtés par une mine de fer sableuse; « et d’autres sont pénétrés d’une substance qtii, étant plus chargée de soufre « et de vitriol, les rapproche de l’état des pyrites; (juclques-uns sont, pour « ainsi dire, lardés par une mine de fer très-pure; d’autres sont traversés « par des veines d’agate très-noires.

« On trouve des morceaux de bois dont une partie est convertie en pierre « et l’autre en agate; la partie qui n’est convertie qu’en pierre est tendre, B tandis que l’autre a la dureté des pierres précieuses.

* l.cllrc du M. Duinoricliuu à de JîiiiVon \ Doiiiil, Ü9 janvier 1755.

TIIÉOIIŒ DE LA TEHUE. 453

« Mais, comment cerUains morceaux, (juoique convertis en agate très- « dure, conservent-ils des caractères d organisation très-sensibles, les cer- ' des concentriques, les insertions, rextremité des tuyaux destinés à porter « la sève, la distinction de l’écorcc, de laubier et du bois? Si l’on imagine « que la substance végétale fut entièrement détruite, ils ne devraient re- « (irésenter qu’une agate sans les caractères d’organisation dont nous par- « Ions; si, pour conserver cette apparence d’organisation, on voulait que le « bois subsistât, et qu’il n’y eût que les pores qui fussent remplis |)ar le « suc pétrifiant, il semble que l’on pourrait extraire de l’agate les parties « végétales ; cependant je n’ai pu y parvenir en aucune manière. Je jjense « donc que les morceaux dont il s’agit ne contiennent aucune partie qui ait « conservé la nature du bois; et, pour rendre sensible mon idée, je prie « qu'on se rappelle que si on distille à la cornue un morceau de bois, le « charbon qui restera après la distillation ne pèsera |)as un sixième du poids « du morceau de bois ; si on brûle le charbon, on n’en obticndi'a qu’une « très-petite quantité de cendre, qui diminuera encore quand on en aura « retiré les sels lixivicls.

« Eette petite quantité de cendre étant la partie vraiment fixe, l’analyse « ebimique dont je viens de tracer l'idée prouve assez bien que les parties « fixes d'un morceau de bois sont réellement très-peu de chose, et que la « plus grande portion de matière qui constitue un morceau de bois est des- « tructible, et peut être enlevée peu à peu |)ar l’eau, à mesure que le bois « se pourrit

« Maintenant, si l’on conçoit que la plus grande partie dii bois est dé- « truite, que le squelette ligneux (jui reste est formé par une terre légère et « perméable au suc pétrifiant, sa conveision en pierre, en agate, en sar- « doine ne sera pas plus dillicile à concevoir que celle d’une terre bolaire, « crétacée, ou de toute autre nature : toute la did'érence eonsistera en ce « que cette terre végétale ayant conservé une apparence d’organisation, le « suc pétrifiant se moulera dans scs porcs, s’introduira dans scs molé" « cules terreu.ses, en conservant néanmoins le même caractère * »

Voici encore quelqmss faits et quelques observations qu’on doit ajouter aux précédentes. En août 1773, à Monligny-sur-Jlraine, bailliage de Cbàlons, vicomté d’Auxonne, en creusant le puits de la cure, on a trouvé, à trente-trois pieds de profondeur, un arbre couché sur son flanc, dont on n’a pu découvrir l’espèce. Les terres supérieures ne paraissent pas avoir été touchées de main d’homme, autant que les lits semblent être intacts : car on trouve au-dessous du terrain un lit de terre glaise de huit pieds, ensuite un lit de sable de dix pieds; après cela un lit de terre grasse d’environ six à sept pieds, ensuite un autre lit de terre grasse pierreuse de quatre à cimj pieds, ensuite un lit de sable noir de trois pieds ; enfin l’arbre était dans la terre grasse. La rivière de lîraine est au levant de cet endroit, et n’en est

* de l’Acadi'iiiiu des .Sciences, année 1750, |ia}i'e. 4S! et siiivanl.es.

4S6 IIISTOIRK NATURELLE.

éloignée que d’une portée de fusil j elle coule dans une prairie de quatre-

vingts pieds plus basse que l’emplacement de la cure *.

M. de Grignon m’a informé que, sur les bords de la Marne près Saint- Dizier, l’on trouve un lit de bois pyriteux, dont on reconnait l’organisation. Ce lit de bois est situé sous un btau: de grès qui est recouvert d’une couche de pyrites en gâteaux, surmontée d'un banc de pierre calcaire, et le lit de bois pyriteux porte sur une glaise noirâtre.

Il a aussi trouvé, dans les fouilles qu’il a faites pour la découverte de la ville souterraine de Châtelet, des instruments de fer qui avaient eu des manches de bois; et il a observé que ce bois était devenu une véritable mine de fer du genre des hématites. L’organisation du bois n’était pas détruite; mais il était cassant et d’un tissu aussi serré que celui de l'hématite dans toute son épaisseur. Ces instruments de fer à manche de bois avaient été enfouis dans la terre pendant seize ou dix-sept cents ans; et la conversion du bois en hématite s’est faite par la décomposition du fer, qui peu à peu a rempli tous les pores du bois.

SUR LES OSSEMENTS QUE l.’oN TROUVE QUELQUEFOIS DANS l’iNTÉRIEUK

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