‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 85 sur 93 · CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CINQUIÈME

SATELLITE

En 421 ans’-.

En 10,739 ans.

En 47,338 ans.

En jetant nn coup d’œil de comparaison snr cette table, qui contient le résultat de nos recberclies et do nos hypothèses, on voit :

1" Que le cinquième satellite de Saturne a ètè la première terre habitable, et que la nature vivante n y a duré que depuis l année 4,916 jus<|irà l’année 47,358 de la formation des planètes j en sorte qu’il y a longtemps que cette planète secondaire est trop froide pour qu’il puisse y subsister des êtres orga nisés semblables à ceux que nous connaissons j

2° Que la lune a été lu seconde lerre liabilable, puisque son refroiilissemenl au point de pouvoir en toucher la surface s'est fait en sept mille cinq cent quinze ans ; et son refroidissement à la tem|)ératnrc actuelle s’étant fait en seize mille quatre cent neuf ans, il s’ensuit qu’elle a joui d’une chaleur convenable à la nature vivante peu d'années après les sept mille cinq cent quinze ans depuis la formation des planètes, et que par consétiuent la nature organisée a pu y être établie dès ce temps, et que depuis eette année 7,515 jusqu'à l'armée 72,514, la température de la lune s’est refroidie jusqu’à ^ de la chaleur actuelle de la terre : en sorte que les êti-es organisés n’ont pu y subsister que pendant soixante mille ans tout au plus, et enfin qu'aujourd'hui, c'est-à-dire depuis deux mille trois cent dix-huit ans environ, cette planète est trop froide pour être peuplée de plantes et d'animaux;

3" Que Mars a été la troisième terre habitable, puisque sotr refroidissenreirt au point de pouvoir en toucher la surface s'est fait en treize mille trente-quatre ans, et son refroidissement à la température actuelle, s’étant fait en Ningt-hrrit mille cinq cent trente-huit ans, il s'ensuit (ju’il a joui d’urte chaleur cortvenable à la nattrr’e vivante peu d'années après les treize mille trente-quatre, et que [rar conséquent la nature organisée a pu y être établie dès ce tenrps de la formatiorr des planètes, et que depuis cette armée 15,034 jusqu'à l'année 60,326, la température s'est trouvée coirvenable à la rraturc des êtres organisés, qui, par conséquent, orrt pu y subsister pendant quarantesept mille deux cent qrratre-vingt-douze ans , mais qu'aujourd'bui eette planète est trop refroidie pour être peuplée depuis plus de quatorze mille ans;

4° Que le quatrième satellite de Saturne a été la quatrième terre habitable, et que la natirrc vivarrte y a duré deptris l'année 17,523 et dtrrera tout au plus jusqu’à l'anitée 76,526 de la fornratiorr des [tiairètes; en sorte que cette planète secondaire étant actuellement (c’est-à-dire eu 74,832) beaucoup plits froide qrte la terre, les êtres organisés ne peuvent y subsister que. dans un état de langueur, ou même n’y subsistent plus ;

5" Que le quatrième satellite de Jupiter a été la cinquième terre habitable, et (juc la nature vivante y a duré depuis l'année 22,600, et y durera jusqu à l’année 08,696 de la formation des |)Ianctcs,- en sorte que cette planète secondaire est actuellement plus froide (jm; la terre, mais pas a.sscz néanmoins pour que les êtres organisés ne puissent encore y subsister;

6“ Que Mercure a été la sixième terre habitable, puisque son refroidissement au point de pouvoir le toucher s’est fait en vingt-quatre mille huit cent treize ans, et son refroidissement à la température actuelleen cinquantequatre mille cent quatre-vingt-douze ans; il s’ensuit donc qu’il a joui d'une chaleur convenable à la nature vivante peu d’années après les vingt-quatre mille huit cent treize ans, et que, par conséquent, la nature organi.sée a pu y être établie dés ce temps, et que depuis celte année 24,813 de la formation des planètes, jusqu'à l'année 187,765, sa température s’est trouvée et se trouvera convenable à la nature des êtres organisés, qui par conséquent ont pu et pourront encore y subsister pendant cent soixante-deux mille neuf cent

cinquante-deux ans; en sorte qu’aujourd’Iiui cette planète peut être peuplée de

tous les animaux et de toutes les plantes qui couvrent la surface de la terre;

7” Que le globe terrestre a été la septième terre habitable, puisque son refroidissement au point de pouvoir le toucher s’est fait en trente-quatre mille sept cent soixante-dix ans i; et son refroidissement à la tempér turc actuelle s’étant fait en soixante-quatorze mille huit cent trente-deux ans, il s’ensuit qu’il a joui d’une chaleur convenable à la nature vivante peu d’années après les trente-quatre mille sept cent soixante-dix ans f, et que par conséquent la nature, telle que nous la connaissons, a pu y être établie dès ce temps, c'est-à-dire il y a quarante mille soixante-deux ans, et pourra encore y subsister jusqu’en rannéc 168,123, c’est-à-dire pendant quatre-vingttreize mille deux cent quatre-vingt-onze ans, à dater de ce jour;

8“ Que le troisième satellite de Saturne a été la huitième terre habitable, et que la nature vivante y a duré depuis l’année 35,878, et y durera jusqu’à l'année 150,6.58 de la formation des planètes; en sorte que cette planète secondaire étant actuellement un ])eu plus chaude que la Terre, la nature organisée y est dans sa vigueur et telle qu’elle était sur la terre il y a trois ou quatre mille ans;

9° Que le second satellite de Saturne a été la neuvième terre habitable, et que la nature vivante y a duré depuis l’année 38,451, et y durera jusqu'à l’année 167,928 de la formation des planètes; en sorte que cette planète secondaire étant acIuelleiTK'nt plus chaude que la Terre, la nature organisée y est dans sa |)leine vigueur et telle qu’elle était sur le globe terrestre il y a huit ou neuf mille ans;

lO" Que le premier satellite de Saturne a été la dixième terre habitable, et que la nature vivante y a duré depuis l’année 40,020, et y durera jusqu'à l’année 174,784 de la formation des planètes; en sorte que cette planète secondaire étant actuellement considérablement plus chaude cpie le globe terrestre, la nature organisée y est dans sa première vigueur et telle qu’elle était sur la terre il y a douze à treize mille ans ;

11“ Que Vénus a été la onzième terre habitable, puisque son refroidissement au point de pouvoir la toucher s’est fait en quarante et un mille neuf cent soixante-neuf ans; et son refroidissement à la température actuelle s’étant fait eu quatre-vingt-onze mille six cent quarante-trois ans, il s’ensuit qu’elle jouit actuellement d’une chaleur plus grande que celle dont nous jouissons, et à peu près semblable à celle dont joui.ssaient nos ancêtres il y a six ou sept mille ans; et (pie (h'puis cette année 41,969 ou quelque temps après, la nature organist^e a |ui y èirc établie, et que jusqu’à l’année 228,540, elle pourra y subsister; en sorte que la durée de la nature vivante dans cette planèteaété et sera de cent quatre-vingt six millecinqccntsoixanteetonzcans;

12“ Que l'anneau de Saturne a été la douzième terre habitable, et que la nature vivante y est établie depuis rannéc 55,71 l,ct y durera jusqu'à l’année 177,568 de la formation des planètes; en sorte (pie cet anneau étant beaucoup plus chaud que le globe terrestre, la nature organisée y est dans sa pre-

TIlliORlE l)i: I.V TERUE. PARTIE IlYPOTllÉTIQliE. WA mifire vijïueiir, lolitt (|u elle ôiiiit sur la lerru il y a Iri'izu a (|ua(orzt’ mille ans ;

13“ Que le troisième satellite tle .iuiiiler a été la treizième terre habitable, et que la nature vivante y est établie depuis Uaimée o6,Gol, et y durera jusqu’en lannée 241), 401 de la formation des planètes; en sorte que cette planète secondaire étant de beaucoup plus chaude que la terre, la nature organisée ne fait que coniineneer de s’y établir;

14° Que Saturne a été la quatorzième terre habitable, puisque son refroidissement au pointdcpouvoir le toucher s’est fait en cinquante-neuf mille neuf cent onze ans; et son refroidissement à la température actuelle devant se faire en cent trente mille huit cent vingt et un ans, il s’ensuit <]ue la nature vivante a pu y être établie peu de temps a|)rès celte année 39,91 1 de la formation des planètes, et que par conséquent elle y a subsisté et pourra y subsister encore jusqu’en rannée. 262,020; en sorte que la nature vivante y est actuellement dans sa première vigueur, et pourra durer dans celle grosse planète pendant deux cent soixante-deux mille vingt ans;

13“ Que le second satellite de Jui)iter a été la quinzième terre habitable, et que la nature vivante y est établie depuis l’année 61,423, c’est-à-dire depuis treize millequatre cent sept ans, et qu’elle y durera jusqu’à l’année 27 1 ,098 de la formation des planètes ;

16” Que le premier satellite de Jupiter a été la seizième terre habitable, et que la nature vivante y est établie depuis l’année 71,166, c’est-à-dire depuis trois mille six cent soixante-six ans, et qu’elley durera jusqu’en l’annéeSl 1,973 de la formation des planètes;

17“ Enfin, que Jupiter est le dernier des globes planétaires sur lequel la nature vivante pourra s’établir. INous devons donc conclure, d’après ce résultat général de nos recherches, que des dix-sepl corps planétaires, il y en a en efl’el trois, savoir : le cinquième satellite de Saturne, la Lune et Mars, où notre nature serait gelée; un seul, savoir, Jupiter, où la nature vivante n'a pu s’établir jusqu’à ce jour, par la raison de la trop grande chaleur encore subsistante dans celte grosse planète; mais que dans les treize autres, savoir : le quatrième satellite de Saturne, le quatrième satellite de Jupiter, Mercure, le globe terrestre, le troisième, le second et le premier satellite de Saturne, Venus, l’anneau de Saturne, le troisième satellite de Jupiter, Saturne, le second et le premier satellite de Jupiter, la chaleur, quoique de degrés très-différents, peut néanmoins convenir actuellement à l’existence des cires organisés, et on peut croire que tous ces vastes corps sont, comme le globe terrestre, couverts de plantes, et même peiqilés d’êtres sensibles, à peu près semblables aux animaux de la Terre. Nous démontrerons ailleurs, par un gi'and nombre d’observations rapprochées, que, dans tous les lieux où la température est la nième, on trouve non-seulement les mêmes espèces de plantes, les mêmes espèces d’insectes, les mêmes espèces de reptiles, sans les y avoir portées, mais aussi les mêmes espèces de poissons, les mêmes espèces de quadrupèdes, les mêmes espèces d’oiseaux, sans qu’ils y soient allés; et je remarquerai en passant qu’on s’est souvent trompé en attribuant

à la migration et au long voyage des oiseaux les espèces de l'Europe qu'on trouve en Amérique ou dans Lorient de l’Asie, tandis que ces oiseaux d’Amérique et d’Asie, tout à fait semblables à ceux de l’Europe, sont nés dans leur pays^ et ne viennent pas plus chez nous que les nôtres ne vont chez eux. La même température nourrit, produit partout les mêmes êtres; mais cette vérité générale sera démontrée plus en détail dans quelques-uns des articles suivants.

On pourra remarquer : 1° que l’anneau de Saturne a été presque aussi longtemps à se refroidir au point de la consolidai ion et du refroidissement à pouvoir le loucher, que Saturne même; ce qui ne parait pas vrai ni vraisemblable, puisque cet anneau est fort mince, et que Saturne est d'une épaisseur prodigieuse en comparaison : mais il faut faire allcnlion d'abord à l'immense quantité de chaleur que celle grosse planète envoyait dans les commencements à son anneau, et qui, dans le temps de l'incandescence, était plus grande que celle de cet anneau, quoiqu'il fût aussi lui-même dans cet état d’incandescence, et que par conséipient le temps nécessaire à sa consolidation a dii être prolongé de beaucoup par cette première cause.

2° Que, quoique Saturne fût lui-même consolidé jusqu’au centre en cinq mille cent quarante ans, il n'a cessé d'être rouge et très-brûlant que plusieurs siècles après, et que par conséquent il a encore, envoyé, dans les siècles postérieurs à sa consolidation, une quantité prodigieuse de chaleur à son anneau ; ce qui a dû prolonger son refroidissement dans la proportion que nous avons établie. Seulement il faut convenir que les périodes du refroidissement de Saturne au point de la consolidation et du refroidissement à pouvoir le toucher sont trop courtes, parce que nous n’avons pas fait l’estimation de la chaleur que son anneau et ses satellites lui ont envoyée, et que celle quantité de chaleur que nous n’avons pas estimée ne laisse pas d’être considérable : car l'anneau, comme très-grand et très-voisin, envoyait à Saturne, dans le commencement, non-seulement une partie de sa chaleur propre, mais encore il lui réfléchissait une grande portion de celle qu’il en recevait ; en sorte que je crois qu'on pourrait, sans se tromper, augmenter d’un quart le temps de la consolidation de Saturne, c’est-à-dire assigner six mille huit cent cinquante-sept ans pour sa consolidation jusqu'au centre, et de même augmenter d’un quart les cinquante-neuf mille neuf cent onze ans que nous avons indiqués pour son refroidissement au point de le toucher, ce qui donne soixante-dix-neuf mille huit cent quatre-vingt-un ans; en .sorte que ce.s deux termes peuvent être substitués dans la table générale aux deux premiers.

Il est de même très-certain que le temps du refroidissement de Saturne, au point de la température actuelle de la Terre, qui est de cent trente mille huit cent vingt et un ans, doit, par les mêmes raisons, être augmenté non pas d’un quart, mais peut-être d’un huitième, et que cette période, au lieu d’être de cent trente mille huit cent vingt et un ans, pourrait élre^de cent quarantesept mille cent soixante-treize ans.

On doit aussi augmenter un peu les périodes du refroidissement de Jupiter, parce que ses satellites lui ont envoyé une portion de leur chaleur

THÉORIE DE LA TERRE. PARTIE HYPOTHÉTIQUE. îifil propre, et en même temps une partie de celle que .Jupiter leur envoyait ; en estimant un dixiéme le prolongement que eelte addition de chaleur a pu faire aux trois premières période.s du refroidissement de .lupitcr, il ne se sera consolidé jusqu au centre qu’en dix mille trois cent soixante-seize ans, et ne se refroidira au point de pouvoir le loucher qu’en cent vingt et un mille cent vingt-neuf ans, et au point de la température actuelle de la terre en deux cent soixante-quatre mille einq cent six ans.

Je n’admets qu’un a.ssez petit nombre d’années entre le point où l'on peut commencer à toucher, sans se brûler, les différents globes, et celui où la chaleur cesse d’être offensante pour les êtres sensibles : car j'ai fait cette estimation d’après les expériences très-souvent réitérées dans mon second Mémoire, par lesquelles j’ai reconnu qu’entre le point par lequel on peut, pendant une demi-seconde, tenir un globe sans se brûler, et le point où on peut le manier longtemps, et où sa chaleur nous affecte d'une manière douce et convenable à notre nature, il n’y a qu'un inter /aile assez court; en sorte, par exemple, que s’il faut vingt minutes pour refroidir un globe au point de pouvoir le toucher sans se brûler, il ne faut qu'une minute de plus pour qu’on puisse le manier avec plaisir. Dès lors, en augmentant d’un vingtième les temps nécessaires au refroidissement des globes planétaires, au point de pouvoir les loucher, on aura plus précisément les temps de la naissance de la nature dans chacun, et ces temps seront dans l’ordre suivant :

Date de la formation des planètes, 74,832 ans.

Commenccwenl , fin cl durée de l'exislence de la nature organisée dans chague planète.

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